Triskaïdékaphobie

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
(Redirigé depuis Triskaidékaphobie)
Aller à : navigation, rechercher
Ce modèle est-il pertinent ? Cliquez pour en voir d'autres.
Cet article ne cite pas suffisamment ses sources (juillet 2009).

Si vous disposez d'ouvrages ou d'articles de référence ou si vous connaissez des sites web de qualité traitant du thème abordé ici, merci de compléter l'article en donnant les références utiles à sa vérifiabilité et en les liant à la section « Notes et références » (modifier l'article, comment ajouter mes sources ?).

La triskaïdékaphobie (du grec ancien τρεισκαίδεκα / treiskaídeka, « treize » et φόϐος / phóbos, « peur ») est la phobie du nombre treize. C’est une superstition.

Origine et historique[modifier | modifier le code]

Dans cet hôtel, les chambres sont numérotées 11, 12, 14.

Les nombreuses incidences du nombre 13 dans divers domaines temporels, religieux, historiques ou mathématiques semblent expliquer le caractère mystérieux et les superstitions entourant ce nombre.

Le treize suit le nombre douze, symbolisant accomplissement et cycle achevé. Il y a 12 mois dans l'année, 12 heures le jour et 12 la nuit. Le nombre est divisible par 2, 3, 4, ou 6 alors que 13 n'est divisible que par 1 et par lui-même seulement. Treize est plutôt source de déséquilibre et tombe dans une portion opposée du divin, et marque une évolution fatale vers la mort, vers l'achèvement d'une puissance et d'un accomplissement[1]. Ainsi, durant l'Antiquité, les Perses croyaient que les douze constellations du Zodiaque influençaient les mois de l'année, et que chacune régnait sur la terre pour un millier d'années. À la fin de ce cycle, le ciel et la terre sombraient dans le chaos. Cette croyance en la malchance associée au nombre treize est rappelée lors de la fête traditionnelle de Sizdah bedar qui voit les Iraniens quitter leur maison pour éloigner le mauvais sort, les familles passant leur journée généralement dans la nature, profitant d'un pique-nique et d'une fête[2].

Dans les religions chrétiennes, le nombre 13, et plus particulièrement le vendredi treize, est un symbole à la suite d'une interprétation de la Cène où Jésus avait réuni les douze Apôtres autour de lui, dont l'apôtre Judas, le traître qui conduira Jésus à la mort par crucifixion. Ils étaient donc treize à table et le nombre 13 fut ainsi associé, probablement au Moyen Âge[3], aux malheurs et aux souffrances de Jésus. Pourtant c'est le 13 du mois, du 13 mai au 13 octobre 1917, que la vierge Marie serait apparue à trois bergers dans les landes du village de Fatima (Portugal), ce qui montre que le chiffre 13 est ambivalent, comme beaucoup de symboles. Le pape Jean-Paul II, grièvement blessé par balle sur la place Saint-Pierre à Rome le 13 mai 1981, attribua sa survie à l'intervention de Marie lors de sa fête liturgique de Notre-Dame de Fatima.

La phobie du numéro 13 pourrait provenir de l'Antiquité. Au IVe siècle av. J.-C., Philippe II de Macédoine, eut l'idée d'ajouter sa statue à celle des 12 Dieux et il fut assassiné peu de temps après. Cependant, le caractère de mauvais augure associé à ce chiffre provient de superstitions ultérieures (notamment la superstition des pays chrétiens) car après le IVe siècle av. J.-C., il arrivait encore de qualifier un roi ou un empereur de treizième dieu (tel Alexandre le Grand), et donc de considérer ce chiffre comme de bon augure[4].

Mem, la treizième lettre de l'alphabet hébreu, est la première lettre du mot met (מת), qui signifie mort. Le même parallèle peut être fait avec le "M" de la langue Française.

Il en va de même du tarot, où la treizième carte représente la Mort par un squelette en train de faucher. Mais dans la symbolique du tarot de Marseille, la treizième arcane peut aussi signifier chasser les anciens schémas pour repartir sur de nouvelles bases, ce qui peut être interprété comme une renaissance.

La triskaïdékaphobie a peut-être également affecté les Vikings, le dieu Loki étant le treizième dieu de leur mythologie. Ce fut repris plus tard par les chrétiens, désignant Satan comme le treizième ange.

La superstition associe également le vendredi 13 à l'arrestation de Jacques de Molay, grand-maître des Templiers, le vendredi 13 octobre 1307[5].

Exemples[modifier | modifier le code]

À certains endroits, en particulier aux États-Unis où entre 17 et 21 millions d’Américains seraient concernés par cette phobie[6], on élude le 13, passant du 12 au 14 ou utilisant 12a ou 12b à la place de 13. De même de 112 à 114etc. :

  • certains immeubles n'ont pas de treizième étage, par exemple la Hearst Tower aux États-Unis ;
  • dans beaucoup de villes américaines, il n'y a pas de 13e rue ni de 13e avenue[7] ;
  • la plupart des services hospitaliers ne possèdent pas de lit ou de chambre 13, en prévision de certains patients triskaïdékaphobes ;
  • certains hôtels n'ont pas de chambre 13 (ou numérotent la chambre 12bis), surtout s'ils ont une clientèle internationale, susceptible d'être triskaïdékaphobe ;
  • certains cinémas n'ont pas de salle 13 ;
  • le logiciel WinZip n'a pas de version 13, mais ce cas est semble-t-il isolé ;
  • dans beaucoup d'aéroports, il n'y a pas de porte d'embarquement 13 et la plupart[8] des compagnies aériennes dont Air France[réf. souhaitée], n'ont pas de siège 13 en cabine ;
  • divers commerces éludent la treizième rangée et le treizième siège ;
  • le magazine Spirou n'a pas de page 13, remplacée par la page 12bis, afin de tourner en dérision la triskaïdékaphobie ;
  • le compositeur Arnold Schönberg souffrait de cette phobie. Il est né un dimanche 13 et décédé à l'âge de 76 ans (7 + 6 = 13) un vendredi 13[9] ;
  • Fabian Cancellara, coureur cycliste, retourne son dossard lorsque celui est le numéro 13[10] ;
  • le pilote de Formule 1 Pastor Maldonado porte depuis 2014 le numéro 13 à sa demande. Néanmoins, à la suite de deux accidents mortels en 1925 et 1926, de nombreuses compétitions comme la Formule 1 n'attribuent pas d'office à un concurrent le numéro 13, sauf si celui-ci le demande, généralement pour une compétition à domicile[11]. C'est le sujet de la bande dessinée de Michel Vaillant Le 13 est au départ ;
  • lors de la construction du pont de l'Øresund le 13e bloc de son tunnel a été appelé 12bis. Malgré cela, un incident a tout de même eu lieu lors de la pose du bloc au fond de la mer.

On rencontre dans d'autres pays des phobies similaires concernant d'autres nombres :

  • en Italie, le 17, car celui-ci, écrit en chiffres romains (XVII) est l'anagramme du mot latin VIXI, qui signifie « j'ai vécu » (i.e. « je suis mort ») ;
  • en Chine et au Japon, le 4 dont une lecture shi (?) est une homophonie du mot désignant la mort shi (?).

Le mot triskaïdékaphobie est une composition étymologiquement correcte mais assez arbitraire : on peut de même appeler hexakosioihexekontahexaphobie la peur du nombre de la Bête (666), mais dans les pays anglophones, le mot est plutôt employé comme virelangue que pour réellement désigner la notion.

Le groupe de rock progressif Présent consacre ce nom à son premier album Triskaïdékaphobie, sortie en 1980 et réédité en 2014 (Cunéiform records).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) R. Brasch, L. Brasch, How Did It Begin ? Customs, superstitions and their romantic origins, HarperCollins Australia, , p. 171.
  2. (en) Serinity Young, Encyclopedia of Women and World Religion, Macmillan Reference, , p. 70.
  3. La première mention de cette superstition liée au vendredi apparaît dans Les Contes de Canterbury de Chaucer, écrits au XIVe siècle. Si l'aspect maléfique du nombre 13 apparaît au Moyen Âge, les premières traces de craintes liées au vendredi 13 (association du jour et du nombre) n'apparaîtraient qu'au XIXe siècle. Cf. (en) Nathaniel Lachenmeyer, 13: The Story of the World's Most Notorious Superstition, Penguin Group Incorporated, , p. 83.
  4. Salomon Reinach, « Le treizième dieu », Revue Archéologique, t. 22,‎ , p. 281 (lire en ligne).
  5. « Vendredi 13, une superstition tenace », sur lefigaro.fr,‎ .
  6. Selon Donald Dossey, fondateur du "Stress Management Center and Phobia Institute" à Asheville, cette phobie serait responsable de la perte de 800 à 900 millions de dollars chaque vendredi 13, certains américains préférant repousser leur décision d’achat, de voyage, de mariage, etc. Cf. (en) John Roach, « Friday the 13th Phobia Rooted in Ancient History », sur nationalgeographic.com,‎ .
  7. Richard Robinson, Pourquoi la tartine tombe toujours du côté du beurre. La Loi de Murphy expliquée à tous, Dunod, , p. 94.
  8. (en) Richard Webster, The Encyclopedia of Superstitions, Llewellyn Worldwide, , p. 253.
  9. Calendrier 1951.
  10. « Les coureurs sont-ils superstitieux ? », sur www.francetvsport.fr,‎ (consulté le 26 mai 2014)
  11. (en) Why there is no number 13 in Formula 1, sur un blog.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Nathaniel Lachenmeyer, 13 : The Story of the World's Most Popular Superstition, New York, NY : Thunder's Mouth Press, 2004. (OCLC 56613076)
  • Triskaidékaphobie, AqME, Paris : Hérésie, 2008. (OCLC 56613076)
  • (en) Peter Telemann, Myths that mislead : thirteen brief essays of some new and old fudge factors in our society, New York : Vantage Press, 1991. (OCLC 34079759)

Articles connexes[modifier | modifier le code]