Philippe Néri

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Saint Philippe Néri
Image illustrative de l’article Philippe Néri
Saint Philippe Néri par Giuseppe Nogari
Fondateur de la congrégation de l'Oratoire
Naissance
Florence
Décès   (à 79 ans)
Rome
Nationalité Italien
Vénéré à Rome Église Chiesa Nuova
Béatification
par Paul V
Canonisation  Rome
par Grégoire XV
Vénéré par l'Église catholique
Fête 26 mai
Attributs Lys, chasuble, cœur enflammé
Saint patron de la ville de Rome, des forces spéciales américaines (bérets verts)

Philippe Néri (en italien : Filippo Neri), né à Florence le et mort à Rome le , fondateur de la congrégation de l'Oratoire, est une figure très importante de la Réforme catholique entreprise avec le concile de Trente.

Béatifié le 11 mai 1615 par le pape Paul V et canonisé le 12 mars 1622 par le pape Grégoire XV, son caractère enjoué lui valut le surnom de « Saint de la joie ». Liturgiquement, il est commémoré le 26 mai.

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance florentine[modifier | modifier le code]

Pippo buono à seize ans

Philippe est le troisième enfant de Francesco Néri, notaire à Florence, où son ancêtre était venu s'installer au service de la Seigneurie[1] et de Lucrezia Mosciano qui meurent de ses quatrièmes couches. Le couple a quatre enfants :

  • Catherine, née le 25 janvier 1514,
  • Philippe, né le 21 juillet 1515,
  • Élisabeth, née le 7 février 1517
  • Antoine, né le 8 septembre 1520[1].

Francesco épouse en secondes noces une femme prénommée Alexandra qui éduque les enfants dans la foi chrétienne.

L'enfance du futur saint se déroule pendant une période violente. Philippe naît en 1515 à Florence, capitale de la République de Florence qui sort d'une période troublée après la chute de la Maison de Médicis et la dictature théocratique de Savonarole. Les Médicis ont retrouvé le pouvoir en 1512 et donné un pape à l'Eglise, Léon X, élu en 1513. Au nord, dans l'Empire germanique, un moine Augustin, choqué par la décadence et la cupidité de l'Eglise romaine, fait afficher sur la porte du Château de la Wartburg 95 thèses demandant la réforme de l'Eglise. Excommunié en 1521, Martin Luther déclenche sans le vouloir la plus grande crise que connaîtra le catholicisme occidental : le Protestantisme. De toute l'Europe s'élèvent des voix qui demandent la réforme de l'Eglise notamment celle de l'Empereur Charles Quint dont le pouvoir s'étend également sur les Pays Bas, l'Italie, l'Espagne et son empire colonial. En mai 1527, outrepassant la volonté de leur souverain, une armée de lansquenets de l'empereur Charles Quint - composés en majorité de protestants -, assiège Rome puis y entre mettant la ville à feu et à sang et obligeant le pape Clément VII à se réfugier au Château Saint-Ange[2]. Le sac de Rome conduit à une réaction importante dans la ville de Florence : celle-ci se rebella alors contre les Médicis, et Florence institua la République[3]. Deux ans plus tard, les Médicis assiègent et reprennent la ville de Florence.

Pendant ce temps, au Couvent San Marco embelli par Fra Angelico, le jeune Philippe fréquente les dominicains, encore très imprégnés de l'influence de Savonarole[4]. Philippe sera très impressionné par la personnalité de Savonarole, prêtre dominicain qui avait installé une théocratie dans la ville de Florence de 1494 à 1498[4] avant d'être condamné à la pendaison et à être brûlé. Loin d'être aussi absolu et austère que le religieux, le jeune Philippe a hérité du tempérament toscan la fameuse gaieté qui restera une note de son caractère.

Romolo Néri, frère de Francesco et oncle de Philippe et d'Antoine, avait fait fortune près du Mont Cassin[5]. Sans enfants, il propose à son frère d'adopter un de ses fils et d'en faire son héritier. Francesco voit dans cette proposition une chance pour leur fils[6]. Vers 1530[Note 1], Philippe part chez son oncle pour commencer une nouvelle vie, comme vendeur de tissus et de laines[6].

Du Mont Cassin à la solitude romaine[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Mont Cassin.

Saint Philippe Néri, le « Socrate romain »[7].

Au début des années 1530, il se rend chez son oncle à San Germano, qui se situe à côté du Mont Cassin. Arrivé chez son oncle, l'adolescent se met à la tâche mais, très vite, se sent appelé à autre chose. Il fréquente alors les Bénédictins du Mont Cassin. Près du Mont, Philippe aime se recueillir dans une petite église en rotonde à Gaète[8]. Cette vie ne lui convient pas et au bout d'un certain temps[Note 2], il décide de partir[9]. Il part pour Rome, quittant son oncle et la carrière qui lui était destinée. Il part sans argent pour la capitale romaine, sans avoir aucune certitude sur son avenir[Note 3].

A Rome, pendant une dizaine d'années, il vit en ermite, logeant chez Galeotto del Caccia,un compatriote florentin qui l'emploie en tant que précepteur de ses deux fils.[10].

La "Ville Sainte" est alors dans un triste état spirituel et moral. Les palais sont magnifiques et le carnaval splendide, mais les mœurs de la Renaissance imprègnent les fidèles, la hiérarchie de l’Eglise et même les papes qui anoblissent leurs bâtards et ont entrepris par goût du prestige les travaux gigantesques et onéreux de la Basilique Saint-Pierre. La réforme protestante qui fait rage en Europe conduit l'Église à lancer la réforme catholique sous l'impulsion du pape Clément VII. Ce mouvement de réforme prend une forme nouvelle avec l'apparition de nouvelles formes de vie religieuse, avec les Théatins, ou les Frères mineurs capucins, inspirés de François d'Assise[11].Philippe décide de faire des études et suit des cours au centre culturel de l'Urbs[12]. Il suit les cours de deux maîtres : Cesare Giacomelli et Alfonso Ferro. Il étudie la philosophie de saint Augustin et approfondit sa connaissance des traités De Trinitate, De Angelis, De Incarnatione[12].Il suit quelque temps des cours de philosophie et de théologie. Il aime surtout prier la nuit dans les catacombes de Saint-Sébastien, près des martyrs des premiers siècles.Il commence sa prédication comme laïc, il s'agrège à la Société du Divin Amour qui se dévoue aux malades.

Philippe, à peine âgé de 20 ans, comme nombre de ses contemporains, désire une réforme de l'Eglise mais celle-ci se fait attendre.

Le jeune marchand n'a aucun plan prémédité. Loin de se révolter, il déambule dans les rues et sur les places exerçant une sorte d’apostolat à la Socrate, non par des enseignements élaborés mais par le contact amical, sans autre méthode que la cordialité. Il aborde chacun, spécialement les jeunes : « Quand commençons-nous à faire le bien ? ». Philippe sert les malades et les pèlerins : le premier lieu qui garde sa mémoire à Rome est l’église de la Trinité des pèlerins. C’est là que se situe l’événement marquant pour sa vie intérieure : sa « pentecôte personnelle ». En 1544, la veille de Pentecôte, il sent un globe de feu lui entrer dans la bouche et ensuite se dilater dans sa poitrine. La joie intérieure qui en résulte se manifeste par des phénomènes physiques (attestés par les contemporains)[réf. souhaitée] : excès de chaleur, palpitations et tremblements, battements de cœur véhéments qui se répercutent jusque dans le banc où il est assis ... À sa mort on découvrira même la saillie de deux côtes formant protubérance à l’endroit du cœur.

En 1548,avec son confesseur Perciano Rosa, il fonde la Confrérie de la Trinité des pélerins pour venir en aide aux pélerins pauvres.Il eut grand soin aussi des malades mentaux et fonda pour les accueillir l'Institut de Santa Maria della Pietà, premier établissement du genre.

Saint Philippe Néri par Giandomenico Tiepolo

Très soucieux des besoins des classes nécessiteuses de son temps, il fonda d'abord une maison de convalescence pour les malades, qu'il allait visiter très régulièrement dans les hôpitaux.

Ordonné prêtre en mai 1551, il s'installe à San Girolamo della Carità où sa renommée s'accroît. Gai et plein d'entrain, d'enthousiasme et d'imagination, il étonne ses supérieurs qui finissent par se rallier à ses méthodes.

Très proche des jeunes, Philippe les éduquait et leur communiquait la foi et la joie qui l'animaient. Il fonda pour eux la première école organisée et un collège pour les pauvres les plus capables, et leur recommandait : « Tenez-vous tranquilles, si vous pouvez ! ».

Fondation de la Congrégation de l'Oratoire[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Congrégation de l'Oratoire.

Surtout, il fonda la Congrégation de l'Oratoire, qui s'installera après la reconnaissance par Grégoire XIII, en 1575, dans l'église de la Chiesa Nuova, adjacente à l'oratoire des Philippins, siège de la congrégation. La Congrégation de l'Oratoire essaimera à travers le monde.

Il avait coutume, chaque année, pendant le carnaval, d'emmener des habitants de Rome pour visiter les basiliques antiques perdues dans la campagne, visites effectuées dans la joie, le recueillement, et la prière afin d'éviter des débordements dont les conséquences auraient pu être fâcheuses.

Il fut l'ami des humbles et des pauvres, mais aussi des puissants dont il était le directeur spirituel et le confesseur (notamment de saint Camille de Lellis).

Héritage[modifier | modifier le code]

Sens de l'humour[modifier | modifier le code]

Philippe Néri est le plus humoriste des saints. Quelques traits : à quelqu’un qui l’interroge sur l’opportunité de porter un cilice, il répond : « Certainement, mais au-dessus des vêtements ». A un autre qui l’entretient des transports mystiques d’une très pieuse jeune fille, il réagit : « Qu’on la marie ! ».

Postérité[modifier | modifier le code]

Reconnaissance par l'Église catholique[modifier | modifier le code]

Saint Philippe Néri par Giambattista Tiepolo.

Philippe Néri fut béatifié le 11 mai 1615 par le pape Paul V, et canonisé le 12 mars 1622 par le pape Grégoire XV. Liturgiquement, il est commémoré le 26 mai.

Il est le patron de la ville de Rome, des jeunes, et on l'invoque contre les rhumatismes et les tremblements de terre.

Ses reliques sont conservées dans une urne sous l'autel de la chapelle San Filippo Neri de la Chiesa Nuova à Rome.

Postérité dans les arts[modifier | modifier le code]

Iconographie[modifier | modifier le code]

Saint Philippe Néri est habituellement représenté en soutane noire ou portant la chasuble (de prêtre), vénérant la Sainte Vierge. Guido Reni l'a représenté en 1619 avec une Vierge à l'Enfant (Santa Maria in Vallicella, Rome), ainsi que Giambattista Tiepolo (voir illustration ci-contre).

Musique[modifier | modifier le code]

Alessandro Scarlatti, oratorio San Filippo Neri, Rome, 1705.

Cinéma et télévision[modifier | modifier le code]

  • State buoni se potete (restez bons si vous pouvez) 1984 - Réalisé par Luigi Magni, avec Iris Peynado, Johnny Dorelli, Philippe Leroy (musique Angelo Branduardi)
  • Preferisco il Paradiso - Mini-série de la télévision italienne RAI (septembre 2010)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Giacomo Campiotti, Saint Philippe Neri - DVD, Sajeprod, coll. « PAL », (ASIN B01B453UCE)
  • Louis Bouyer, Saint Philippe Neri : Un socrate romain, Ad Solem, coll. « Spiritualité », (ISBN 978-2372980043)
  • L'esprit de saint Philippe de Néri, fondateur de l'Oratoire romain, et son école ascétique, Hachette Livre BNF, coll. « Religion », (ISBN 978-2012842670)
  • Bernard Lelièvre, Saint Philippe Néri : Un cœur brûlant d'amour, France, Editions de l'Emmanuel, coll. « Biographie », , 90 p. (ISBN 978-2-35389-113-9)
  • Edoardo Aldo Cerrato, Paroles pour Aujourd'hui - Saint Philippe Neri, Tequi Editions Pierre, (ISBN 978-2740314043)
  • Giorgio Papasogli, Philippe Néri : Homme dans son siècle, France, Pierre Téqui, , 90 p. (ISBN 2-7403-0055-7 et 978-2740300558)
  • Paul Türks, Philippe Néri ou le feu de la joie, Éditions Bayard-Centurion, 1995 (ISBN 2227436352 et 978-2227436350)
  • Comtesse d'Estienne d'Orves, Saint Philippe de Néri, 1895
  • Marcel Jouhandeau, Saint Philippe Néri, Éditions Plon, 1957
  • Louis Ponnelle et Louis Bordet, Saint Philippe Neri et la société romaine de son temps, La Colombe, 1929.

Sources[modifier | modifier le code]

  • Tout ou partie de cet article est issu d'une traduction d'un article de la Catholic Encyclopedia, encyclopédie catholique dont le contenu est dans le domaine public.
  • Rosa Giorgi, Le petit livre des saints, Larousse, 2006 (ISBN 2-03-582665-9)

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Sur les motivations du départ de Philippe, certains mentionnent des possibles motifs politiques alors que les Médicis arrivent au pouvoir. La date exacte du départ n'est pas connue. Nello Vian dans Memorie oratoriane propose la date de 1531
  2. Là encore les dates précises manquent. Certains évoquent deux ans, d'autres quelques mois
  3. Les raisons de son départ ne sont pas clairement connues. Le refus de vivre comme son oncle et le refus de faire carrière dans la laine. Certains évoquent la volonté de se consacrer à Dieu

Références[modifier | modifier le code]

Autres sources[modifier | modifier le code]

  1. a et b Giorgio Papasogli 1991, p. 11
  2. Giorgio Papasogli 1991, p. 17
  3. Giorgio Papasogli 1991, p. 18
  4. a et b Giorgio Papasogli 1991, p. 12
  5. Giorgio Papasogli 1991, p. 19
  6. a et b Giorgio Papasogli 1991, p. 20
  7. Voir bibliographie : Louis Bouyer, Saint Philippe Neri : Un socrate romain.
  8. Giorgio Papasogli 1991, p. 21
  9. Giorgio Papasogli 1991, p. 22
  10. Giorgio Papasogli 1991, p. 33
  11. Giorgio Papasogli 1991, p. 29
  12. a et b Giorgio Papasogli 1991, p. 34