Royaume de Corse

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Ne doit pas être confondu avec République corse ou Royaume anglo-corse.
Royaume de Corse

1736-1740

Blason
Armes du Royaume de Corse de la maison de Neuhoff

Hymne : Dio vi Salvi Regina

Description de cette image, également commentée ci-après
Localisation de la Corse en Europe.
Informations générales
Statut Monarchie constitutionnelle
Capitale Corte
Monnaie soldi
Superficie
Superficie 8 778 km²

Entités précédentes :

Entités suivantes :

Le terme de Royaume de Corse (Regno di Corsica) est donné à la Corse par la République de Gênes en 1630. Il est utilisé tant par la République de Gênes jusqu'à sa disparition en 1797, que par les insurgés nationaux Corses qui le considère synonyme de celui de nation corse,

Le Royaume indépendant de Corse, dont il est question ici, est une monarchie constitutionnelle proclamé par l'assemblée d'Alesani du dimanche 15 avril 1736 dans le cadre la Révolution corse contre la République de Gênes de 1729-1769.

Le régime proprement dit prend fin en décembre 1740 à l'issue d'une campagne militaire ordonnée par la monarchie française pour rétablir la domination génoise. La légitimité du roi élu en 1736 sous le nom de Théodore 1er est cependant défendue par ses partisans et fait l'objet de divers projets politiques de la part de l'Empire et de l'Angleterre et du royaume de Piémont-Sardaigne au cours de la Guerre de succession d'Autriche.

Si la forme monarchique est abandonné par régimes insurrectionnels qui se succèdent jusqu'en 1769, le principe d'indépendance et de souveraineté demeurent dans la mémoire populaire et seront repris sous le généralat de Pascal Paoli, qui parviendra à mettre en œuvre nombre de projets ébauchés par le gouvernement de 1736, tels qu'armée permanente, marine, monnaie, université, etc.

Le dernier Royaume de corse est celui établi à l'initiative de Pascal Paoli en association avec l’Angleterre de 1794 à 1796 sous le nom de Royaume anglo-corse.

Érection de la Corse en Royaume[modifier | modifier le code]

Rattachée à l’Empire carolingien, la Corse fit partie des marches toscanes avant de revenir au patrimoine de Saint-Pierre et de tomber progressivement sous la domination génoise à partir du XIVe siècle.

En dépit des tentatives aragonaises de faire de la Corse un vice-royaume à l'occasion des tentatives comtales des XIVe XIVe siècles, le terme n'apparait officiellement qu'au XVIIe siècle

C'est en effet en 1630, au lendemain de la guerre contre la Savoie et de la première banqueroute espagnole, “l’érection de la Corse en Regno, permit au doge d’ajouter à ses armoiries le fleuron d’une couronne royale”[1] .

Cette décision eut un double effet que la République n'avait pas mesurée :

- Elle associait la Corse à d'autres royaumes italiens qui bénéficiaient de prérogatives nationales et de la reconnaissance d'une noblesse nationale que la République de Gênes n'accordait pas à sa possession corse .La notion de royaume de Corse devint ainsi pour les insulaire le socle de revendications nationales visant à bénéficier des mêmes prérogatives que celles accordées aux autres royaumes italiens ;

- Elle faisait de la Corse un objet de convoitise pour les princes voulant accéder au titre de roi, comme tel fut le cas pour le duc de Savoie, déjà rival de la République de Gênes pour les possession des Rivières, François de Lorraine quant il devint duc de Toscane, où pour dynasties aspirant à fournir un royaume à chacun de ses descendants comme tel fut le cas de l'Espagne de Philippe V et d’Élisabeth Farnèse.

Proclamation du royaume indépendant de Corse[modifier | modifier le code]

Nouvelle carte de l'isle de Corse apartenante a la republique de Genes, presentement divisée et soulevée, sous les ordres du baron de Neuhoff, élu roy sous le nom de Theodore Premier / levé sur les lieux par le capitaine I. Vogt ; donnée au jour par Renier et Iosué Ottens (1737). Le médaillon cartouche contient les armes du royaume associant celles de la Corse et celles des Neuhoff

Contexte[modifier | modifier le code]

La Révolution corse de 1729-1769 s'ouvre sur une révolte antifiscale, bientôt transformée sous l'impulsion de Luigi Giafferi en insurrection politique. La Révolution corse s'oriente d'abord vers une exigence de réforme. Gênes s'étant refusée à toute réforme significative de son mode de domination, les insurgées tentent de placer le Royaume sous la domination de l'Espagne, à l'occasion du projet de succession de Don Carlos au trône ducal de Toscane. Celui-ci devenant ainsi roi par la possession de la Corse, comme le duc de Savoie le fut par la possession de la Sardaigne.

L'accession de Don Carlos au trône de Naples au cours de la Guerre de succession de Pologne contraint une partie des insurgés proche de Luigi Giafferi, du chanoine Orticoni et de Sebastiano Costa, a envisagé une solution indépendante. Ce projet est élaboré à l'hiver 1734 à Livourne au cours de rencontre avec Théodore de Neuhoff[2]. La base programmatique de ce projet est exposé dans le Disinganno interno alla guerra di Corsica[3].

La constitution d’Alisgiani du [modifier | modifier le code]

Théodore de Neuhoff est élu roi des Corses le , à Alesani. Son pouvoir est défini par une constitution rédigée par l'avocat Sebastiano Costa, approuvée par les principaux "patriciens" du royaume du Delà et du Deçà des Monts : descendants de branches seigneuriales du sud comme Luc d'Ornano, de grands familles caporali du nord comme Saverio Matra, et de chefs de clan dont la notabilité s'était affermi au cours des XVIIe siècle et du début du XVIIIe siècle.

La constitution d'Alesani, constitue l'un des premiers exemples de constitution monarchique. Reconnue comme tel par les historiens constitutionnalistes en Italie; elle n'est pas sans évoquer la monarchie de juillet.

Le pouvoir du roi s'exerce sous le contrôle d'une diète constituée des "primats du royaume". Le monarque est directement assisté des trois généraux de la Nation élus lors de la seconde phase de l’insurrection - Luigi GiafferiGiacinto Paoli, pour le Deça-des-Monts et Luca d’Ornano pour le Delà-desMonts.

La justice et plus généralement l’administration sont confiés à Sebastiano Costa, grand chancelier et premier secrétaire d’État.

Le département de la guerre est confié à un cabinet confié à Gian Pietro Gaffori à Simone Fabiani. La garde royale est confiée au capitaine Antonio Francesco Giappiconi, proche de Giafferi et Costa qui avait participé aux entretiens de Livourne de la fin 1734[4].

Les principaux points de la constitution sont les suivants :

  • Le roi a le droit de choisir un successeur, s'il n’a pas de descendance, pourvu que ce dernier soit catholique et qu'il demeure en Corse
  • Toutes les dignités et les charges du Royaume doivent être attribuées aux seuls Corses
  • L’impôt personnel ne doit pas excéder trois lires de monnaie courante par feu
  • Le nombre de soldats étrangers des troupes royales ne doit pas dépasser 1 200
  • Une Diète sera élue (24 membres (Cunsultori), 16 pour le Diquà et 8 pour le Dilà), sans l’approbation de laquelle le roi ne peut rien décider en matière de paix, de guerre, d'impôts ou de gabelle
  • À l'extinction de la lignée du roi ou de celle de son successeur, la Nation retrouvera tous ses droits pour l'élection d'un autre roi ou pour choisir toute autre forme de gouvernement qui lui plaira
  • Une réglementation de la vente et le prix du sel
  • Création d'une université (Publica Università di Studi), dont le lieu d'implantation reste au choix de la Diète et du roi (Article 16)
  • Confiscation des biens de tous les ressortissants génois et de leurs partisans
  • Création d'un ordre de noblesse.
Article détaillé : Constitution corse.

La création de l'ordre de noblesse insulaire, revendiqué depuis 1730, concerne moins de monde que l'on l'affirme généralement et sa légitimité est somme toute moins discutable que celles de la "reconnaissance de noblesse" de la monarchie française établie à partir de 1769 . Elle concerne en effet des personnalités déjà nobles, comme Luca d'Ornano, des caporali comme Saverio Matra, depuis longtemps considérés comme de ceto nobile, des notables "vivant noblement" plus ou moins apparentés aux précédents, ainsi que des personnalités de plus "basse extraction" mais qui s'étaient distingués dans la lutte contre Gênes. De façon plus originale pour l'époque, le titre de chevalier est par ailleurs volontiers délivré, dans la plus pure tradition chevaleresque, à ceux qui s'étaient distingués dans les combats.

Le régime bat monnaie, constitue une armée et se déclare souverain à la face du monde. Il prévoit le retour à un impôt modeste étroitement contrôlé par la diète, une université et l'accession des Corses à tous les emplois publics qui leur étaient interdits dans l'administration génoise et des distinctions comme l’ordre de la Délivrande

Théodore règne en personne durant moins de 6 mois avant de partir à la recherche de soutiens financiers et politiques, laissant la régence à Luigi Giafferi, Giacinto Paoli et Luca d'Ornano. Malgré ses efforts et les importants secours qu'il parvient à rassembler, le débarquement de troupes française entraine la défection d'une partie des notables clefs du régime et provoque l'échec de son retour en 1738. Le régime garde cependant ses partisans dont les derniers ne sont réduits à merci qu'à la fin de 1740.

La brièveté du royaume indépendant de Corse n'en fait pas plus un événement politique mineur qu'elle ne fait par exemple des deux moins d'existence de la Commune de Paris de 1871, un épiphénomène sans conséquences. Elle établi au contraire une rupture symbolique du Regno di Corsica avec la République de Gênes et constitue un exemple précoce de la revendication des peuples à disposer d'eux-mêmes.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Costa, Sébastien, Mémoires regardant le Roi Théodore écrits de la main même de Sébastien Costa, ex-Auditeur-Général de la Nation Corse en 1735 et ensuite Grand Chancelier et premier secrétaire d’État du dit Roi avec lequel il vécut et qu’il accompagna dans ses voyages, éd. critique, traduction et notes par Renée Luciani, éd. Picard-Atalta, Paris/Aix, 1975.
  • Germanes, abbé de, Histoire des révolutions de Corse depuis ses premiers habitants jusqu’à nos jours, Paris, Hérissant, 1771.
  • Giappiconi, Thierry, “Les Corses à Livourne (1733-1734)”, De l'affirmation de la Nation à la première déclaration d'indépendance, 1731-1735, Actes des deuxièmes rencontres historiques d'Île-Rousse, 2011, Ajaccio, Albiana, 2012.
  • Graziani, Antoine-Marie, Le roi Théodore, Paris, Taillandier, 2005.
  • Histoire de la Corse, publiée sous la direction de Paul Arrighi, Privat, 1971.
  • Histoire de l’Isle de Corse contenant en abrégé les principaux événements de ce pays, Nancy, Abel Cusson, 1749.
  • Histoire des Révolutions de l’Île de Corse et de l’élévation de Théodore 1er sur le trône de cet État, tirée de Mémoires tant secrets que publics, La Haye, Pierre Paupie, 1738.
  • Mémoires historiques de ce qui s’est passé de plus mémorable en Corse depuis l’an 1562 jusqu’en l’an 1741, divisée en quatre différentes parts : le premier traite de la paix entre la Corse et la Sérénissime République de Gênes, par l’entremise et la garantie du Roy très chrétien Henry II et du Roi catholique Philippe II jusqu’à la première soulevation arrivée l’année 1729 ; le second renferme ce qui s’est passé depuis 1729 jusqu’à la pacification et sous la garantie de l’empereur Charles VI arrivée en 1732 ; le 3° commence avec la seconde soulevation arrivée l’an 1733 et finie à l’arrivée des troupes françoises en 1738 ; le 4° contient ce qui s’est passé depuis l’arrivée des dites troupes jusqu’à la soumission et la pacification arrivée en 1739 sous la garantie du Roy très chrétien Louis XV. Manuscrit de 165 p. reliées, [1741] cote : ms 658 (238), Bibliothèque Méjanes, Aix en Provence.
  • Mémorial des Corses (Le), Francis Pomponi dir., Ajaccio, 1979-1982.
  • Pomponi, Francis, Histoire de la Corse, Paris, Hachette, 1979.
  • Vergé-Franceschi, Michel, Histoire de Corse. Le pays de la grandeur, Paris, Ed. Du Félin, 1996.
  • Yvia-Croce, Hyacinthe, Quarante ans de Gloire et de misère : la Révolution Corse (1727-1769), Ajaccio, Albiana, 1996.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Francis Pomponi, Histoire de la Corse, Paris, Hachette, , p. 137-138.
  2. Thierry Giappiconi, De l'affirmation de la Nation à la première déclaration d'indépendance, 1731-1735 : actes des Deuxièmes Rencontres historiques d'Île-Rousse, 2011., Ajaccio, Albiana, , p. Les Corses à Livourne (1733-1734)
  3. Tulliano, Curzio (pseudonyme de Giulio Natali), Disinganno interno alla guerra di Corsica,, Colonia e Trevigi,
  4. Sebastiano Costa, Sebastiano Costa, Mémoires regardant le roi Théodore écrit de la main même de Sébastien Costa, ex Auditeur-Général de la Nation Corse en 1735 et ensuit grand chancelier et premier secrétaire d’État du dit Roi avec lequel il vécut et qu'il accompagna dans ses voyages, Paris, Picard,

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]