Rencontre plantes-insectes

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Les rencontres plantes-insectes sont nées des besoins de nutrition des insectes. Au cours des temps géologiques se sont établies d’autres formes de relations, les unes bénéfiques pour les plantes, notamment la pollinisation, les autres nuisibles comme le parasitisme. Elles ont aussi pu être bénéfiques pour les deux partenaires. Ces relations se sont pérennisées par apprentissage et par mémorisation dans les gènes. Insectes et plantes ont pu se reconnaître et échanger des signaux spécifiques, principalement par voie chimique. Des associations se sont créées. Elles contribuent à la stabilité des écosystèmes. L’agroécologie les utilise afin de limiter l’utilisation de produits chimiques.

Historique[modifier | modifier le code]

Les premières traces d’activité d’insectes avec les végétaux sont apparues il y a un peu plus de 430 millions d’années[1]. Ces rencontres étaient bénéfiques à l’un des partenaires ou parfois à tous les deux. Elles ont alors évolué. Il y a eu des adaptations et à partir de là une création de nouvelles espèces. Chaque rencontre a ses propres effets. Les effets se font à l’échelle des individus ou de l’espèce. À ce titre ils varient avec le temps et avec l’espace. Il n’y a pas de schéma stéréotypé s’appliquant à une espèce ou à une autre. Ainsi les relations des fourmis avec les plantes peuvent relever du mutualisme ou au contraire du parasitisme[2]. Les relations entre insectes et plantes sont de nature très diverses. Elles peuvent être mutualistes ou parasites, occasionnelles ou constantes, opportunistes ou spécifiques[3]. L’effet de l’environnement est déterminant. Ainsi deux insectes peuvent avoir la même apparence à cause de l’environnement sans appartenir ni à la même espèce ni au même ordre. La mante religieuse et la mante de Styrie se ressemblent. La première fait partie de l’ordre Mantodéa et la deuxième de l’ordre Neuroptera. Leur similitude morphologique est due aux contraintes environnementales et n’est pas héritée d’un ancêtre commun[4].

Des évolutions séculaires[modifier | modifier le code]

Types de rencontres[modifier | modifier le code]

Les rencontres entre les plantes et les insectes peuvent être prédatrice (qui mange qui ?), parasite (qui attaque qui ?) ou mutualiste (qui aide qui ?).

La prédation est un mécanisme très courant dans la nature. Les insectes qui se nourrissent de végétaux (phytophages) sont eux-mêmes attaqués par des insectes qui se nourrissent d’autres insectes (zoophages). Ce type de relation assure le maintien des équilibres écologiques. L’ensemble plantes, phytophages et prédateurs de phytophages constitue un réseau alimentaire. Les oiseaux qui se nourrissent d’insectes représentent un quatrième niveau. Chaque réseau alimentaire est caractéristique d’un écosystème[5].

Dans le parasitisme la plante sert de nourriture à l’insecte ou d’habitat pour la ponte de ses œufs. Généralement le parasite ne cause pas directement la mort de l’hôte. Il peut rester à l’extérieur de l’hôte ou se loger dans des cavités naturelles de l’hôte. Il peut aussi pénétrer à l’intérieur, par exemple dans les racines[6].

Dans le mutualisme les espèces trouvent une façon de mieux vivre ensemble. Le mutualisme résulte d’évolutions qui s’étalent sur les ères géologiques et se poursuivent de nos jours. Elles se font par apprentissage. Elles peuvent être mémorisées dans le génome, devenir permanentes et se transformer en symbiose. Les organismes mutualistes s’adaptent ainsi l’un à l’autre et transforment les inconvénients d’une cohabitation en avantages pour l’un et pour l’autre[7]. Le mutualisme n’est pas forcément permanent. Il n’est pas non plus figé et peut varier avec le temps[8].

Source de diversité[modifier | modifier le code]

Les rencontres déclenchent des mécanismes évolutifs et complexes. Une nuisance induit une défense de la part de la plante ou de l’insecte qui la subit. Le partenaire riposte par des contre-mesures. S’engagent de véritables courses aux armements. De l’escalade des défenses et des contre-mesures émergent des propriétés nouvelles pour l’individu ou l’espèce, source de diversité. Les mêmes mécanismes fonctionnent en cas de rencontres bénéfiques et de mutualisme. Plantes et insectes se modifient en coévolution. Ils adaptent leur morphologie. Les pièces buccales des insectes ne sont pas les mêmes s’ils se nourrissent de feuilles ou de graines. Les passiflores modifient la forme de leurs feuilles pour ne pas être reconnues de papillons et éviter la prédation de leurs chenilles[9]. Des variations dans l’environnement sont également sources de diversité. Elles entraînent la création de nouvelles espèces. Il y a rarement une seule hypothèse explicative aux évolutions. Celles-ci sont contraintes par de nombreux facteurs[10].

Utilité des rencontres[modifier | modifier le code]

Concernant les insectes[modifier | modifier le code]

Les insectes utilisent les plantes pour se nourrir et/ou pour se loger eux-mêmes ou pour loger leurs œufs. De nombreux insectes consomment les tissus de façon sélective. Ils choisissent les plus nutritifs. Grâce à ce choix ils peuvent exploiter des plantes ou des tissus qui sont de pauvre qualité nutritive. Certains insectes ont un régime alimentaire restreint à une plante ou à une famille botanique. Ils entretiennent avec la plante une relation étroite caractérisée par des procédés de reconnaissance très spécifiques. Ils ont parfois la capacité de manipuler la physiologie de la plante. Ils induisent une surexpression de protéines ou de sucres ou ils modifient les équilibres. Ils altèrent à leur avantage la composition énergétique des tissus végétaux. Lorsque les plantes émettent des substances défensives pour ne pas être attaquées ils ont des capacités de neutraliser les toxines[11].

Le choix du lieu de ponte est important. Les larves sont parfois dans l’incapacité de choisir la plante qui les nourrira, soit par absence de mobilité, soit par incapacité à survivre à l’extérieur du lieu de ponte. Le choix du lieu de ponte est déterminé entre autres par la génétique et peut se modifier selon l’expérience individuelle. Certaines femelles protègent leur ponte en répandant des composés qui empêchent de nouvelles pontes. Ce mécanisme a l’avantage d’exploiter efficacement la plante et d’éviter la surpopulation[12].

Concernant les plantes[modifier | modifier le code]

Les insectes ont commencé par consommer les plantes. Au fil du temps les relations ont pu évoluer de façon à fournir des avantages aux deux partenaires. Les insectes qui visitent les fleurs pour se nourrir se chargent de pollen et le dispersent. La dispersion du pollen ne dépend alors plus du seul hasard des courants d’air. Les fourmis dispersent les graines. Cette dispersion fournit aux plantes un avantage évolutif[13]. Les insectes peuvent offrir une protection aux plantes. Les fourmis protègent ainsi les plantes qui les logent. Pourvues de puissantes mandibules elles éliminent les insectes qui attaquent la plante où elles habitent[14]. Ces avantages représentent la contrepartie de la nourriture et de l’habitat qu’elles procurent aux insectes[15].

Les plantes peuvent aussi établir des relations stables avec des insectes ennemis de leurs ennemis. Ceux-ci se nourrissent des insectes qui attaquent les plantes. Les plantes les attirent en émettant des composés volatils particuliers[16].

Les signaux[modifier | modifier le code]

Signaux olfactifs[modifier | modifier le code]

Les relations stables entre plantes et insectes reposent sur l’émission et la perception de molécules chimiques. Les signaux de l’un sont captés par l’autre, et réciproquement. Ils sont porteurs d’information[17]. Tous les organismes vivants émettent des signaux chimiques. Ceux-ci sont perceptibles à des distances variables pouvant aller jusqu’à plusieurs kilomètres. Ils permettent d’échanger des informations avec d’autres organismes de la même espèce ou appartenant à d’autres espèces. Les composés olfactifs sont facilement diffusibles dans l’air (composés volatils) ou dans l’eau (composés solubles)[18]. Ne pouvant se déplacer les plantes doivent pouvoir détecter et réagir au stress et aux agressions qu’elles subissent[19]. Les molécules de communication des végétaux leurs servent à attirer leurs alliés, par exemple les pollinisateurs, ou à repousser leurs agresseurs, en particulier les herbivores ou les agents pathogènes. Les stratégies mises en place sont parfois extrêmement sophistiquées et complexes. Les dialogues entre espèces résultent de coévolutions ou de coadaptations ininterrompues depuis plus de trois milliards d’années[20].

Les molécules volatiles[modifier | modifier le code]

La voie chimique est la principale dans la reconnaissance entre l’insecte et la plante. Il a été identifié plus de 1 000 composés organiques volatiles. Une espèce végétale émet plusieurs dizaines, voire plusieurs centaines de composés différents. Généralement l’insecte n’en détecte qu’une dizaine, dont seulement quelques-uns sont réellement importants. L’identification se fait en fonction du mélange des molécules et de leur concentration. Le signal peut comporter un seul composé ou un bouquet de composés associés à un ratio particulier[21].

L’identification de la plante[modifier | modifier le code]

Les éléments d’un mélange peuvent ne pas être typiques de la plante. Mais leur mélange dans des proportions bien précises caractérise la plante. Comme chaque bouquet a des ratios particuliers deux espèces végétales mêmes proches ne présentent jamais quantitativement et qualitativement un bouquet strictement identique. Le signal peut être généraliste ou spécifique. Les insectes spécialisés dans une plante la perçoivent grâce à des composés spécifiques. La plupart des insectes qui se nourrissent des plantes sont spécialisés. Percevant les composés volatils de ces plantes ils n’ont pas à dépenser de l’énergie et du temps à rechercher la nourriture qui leur convienne. De même un insecte carnivore sensibilisé à une plante peut être appelé par elle lorsqu’elle est attaquée. Elle lui fournit des informations spécifiques sur l’identité, le nombre de l’agresseur et sur son stade de développement. Si la réponse est à un tel point spécifique, c’est parce que l’agresseur dépose par sa salive des molécules que la plante identifie[22].

Facteurs d’émission[modifier | modifier le code]

La synthèse du bouquet est déclenchée par un stimulus. Celui-ci peut être physique (agression, blessure…) ou chimique, par exemple l’approche d’un ami ou d’un ennemi potentiel, détecté par ses messages chimiques[18]. Les composés volatils émis par une espèce végétale dépendent également de facteurs environnementaux tels que le degré hygrométrique, le cycle journalier et saisonnier, l’éclairement, la température ou le style de sol[23].

Signaux visuels[modifier | modifier le code]

Les insectes sélectionnent les plantes en fonction des couleurs, de la taille et de la forme. Certaines mouches repèrent les fruits, par exemple, en fonction de la silhouette de l’arbre d’abord, puis, lorsqu’elles s’en approchent, de la différence de réfraction lumineuse entre le feuillage et les fruits. Leurs choix finaux sont établis en fonction de la taille et de la forme des fruits. C’est aussi par la vision que l’insecte détermine la vitesse de son vol. Ainsi l’abeille se pose en douceur sur la fleur[24].

Signaux tactiles[modifier | modifier le code]

Les plantes sentent quand on les touche. La pression exercée par un contact sur un récepteur tactile induit un signal électrochimique qui déclenche la réaction appropriée. Au contact d’un petit insecte la dionée attrape-mouche referme ses deux feuilles autour de sa proie[25].

L’appareil buccal des insectes possède des organes sensoriels du toucher, du goût et de l’odorat. Il leur permet de contrôler les qualités nutritives de la plante. Ils s’assurent de sa non-toxicité, identifient ses substances caractéristiques et leur proportionnalité. Les insectes qui se nourrissent de nectar contrôlent ainsi les teneurs en sucres avant d’en absorber[26].

Les organes sensoriels[modifier | modifier le code]

Chez les plantes[modifier | modifier le code]

Les plantes disposent de plus de 700 capteurs sensoriels olfactifs, mécaniques, thermiques, chimiques, photosensibles et gravitationnels[27]. Ce chiffre élevé est justifié par l’incapacité qu’elles ont de se mouvoir et la nécessité de s’adapter aux modifications de l’environnement et aux agressions. Les réponses qu’elles ont élaborées sont enregistrées dans leurs gènes. De ce fait elles détiennent un très grand nombre de gènes. Le riz en compte plus de 40 000 alors que l’être humain n’en a environ que 25 000[28]. Cette richesse génétique est couplée à une extraordinaire aptitude à synthétiser des molécules complexes. Celles-ci sont impliquées dans les mécanismes de défense[29].

Chez les insectes[modifier | modifier le code]

Dans ses rencontres avec les plantes les organes sensoriels de l’insecte lui servent à les repérer, à communiquer avec elles, à évaluer leur potentiel nutritif ou leur aptitude à leur servir d’habitat. La plupart de leurs récepteurs olfactifs sont hautement spécifiques : ils répondent très fortement à un seul voire à deux composés. Certains insectes peuvent détecter des composés à faible concentration dans l’environnement. Ils perçoivent des odeurs émises parfois à plusieurs kilomètres. Ils peuvent détecter quelques molécules dans un environnement baigné de multiples odeurs (fleurs, autres insectes). Les chimiorécepteurs leurs permettent de contrôler les qualités nutritives de la plante. Grâce à des récepteurs spécifiques à certains nutriments les insectes peuvent équilibrer leur prise alimentaire pour maintenir leur équilibre nutritionnel. Les chimiorécepteurs sont présents principalement sur les pièces buccales et les extrémités des pattes, mais aussi parfois sur les antennes, sur les ailes et sur le reste du corps. Les criquets, par exemple prospectent d’abord la surface de la plante avec l’extrémité de leurs palpes afin de vérifier sa toxicité. Des antennes, lorsqu’elles sont associées à des récepteurs tactiles, peuvent distinguer des « odeurs rondes, carrées, dures ou molles ». Les récepteurs tactiles permettent à la femelle de choisir son lieu de ponte. Les préférences pour la ponte portent sur la taille, la forme, la couleur, l’épaisseur, la texture ou le relief de la surface végétale. Certains insectes choisissent une surface lisse alors que d’autres préfèrent une surface couverte de poils fins[30].

Les composés[modifier | modifier le code]

Des signaux spécifiques[modifier | modifier le code]

Le bouquet d’une plante peut être composé de 10 à 200 substances différentes. Les insectes spécialistes sont sensibles à de très faibles variations dans la composition qualitative ou quantitative du bouquet. La composition du bouquet est fonction du stimulus. Elle est modulée selon la zone attaquée et l’état physiologique de la plante. Le bouquet émis par une plante endommagée mécaniquement diffère largement de celui qui résulte de l’attaque d’un insecte. Une plante attaquée peut appeler au secours un insecte carnivore pour se débarrasser de son ennemi. Elle émet alors un bouquet spécifique. Les signaux d’une plante peuvent être perçus par d’autres végétaux aux alentours. Ceux-ci amorcent alors leur système de défense pour répondre plus rapidement à une attaque éventuelle[31].

Des finalités diverses[modifier | modifier le code]

Les composés volatils émis par les plantes ont une finalité adaptée à chaque cas particulier. Un composé généraliste, comme le méthyle salicilate, peut avoir des rôles assez différents. Il peut appeler des insectes protecteurs, déclencher l’activité protectrice chez les fourmis, attirer à distance des abeilles pollinisatrices d’orchidées, réduire les visites florales chez l’abeille domestique, stopper la parade sexuelle chez des mâles de papillons[32]. Les plantes peuvent également produire des pseudo-hormones pour se défendre de leurs prédateurs. Les insectes qui les consomment sont rendus stériles ou leurs chenilles ne sont plus capables de se métamorphoser. La prédation en est diminuée d’autant. Certaines plantes ont trouvé une parade contre les pucerons. Elles les font fuir en déclenchant des composés volatils qui imitent leur signal d’alarme lorsqu’ils sont attaqués[33].

Les rencontres bénéfiques[modifier | modifier le code]

Les insectes ont une durée de vie relativement courte. Ils doivent être capables de sélectionner leurs ressources alimentaires ou celles de leur progéniture en dépensant le moins de temps et d’énergie possible dans la recherche. La capacité de mémoriser leurs lieux de prédilection leur donne un avantage sélectif. Pour les plantes, la mémorisation leur permet d’agir rapidement pour combattre ou pour attirer spécifiquement et rapidement les insectes[34].

La mémorisation[modifier | modifier le code]

La mémorisation permet de retenir les caractéristiques olfactives ou tactiles de la cible et de répondre aux stimuli. Elle s’effectue par les gènes et/ou par apprentissage[35]. Les réactions acquises par apprentissage peuvent se transmettre à la descendance[36].

Le processus[modifier | modifier le code]

Contrairement aux insectes les plantes n’ont pas de cerveau ni de système nerveux. Néanmoins elles sont capables d’apprentissage, d’accoutumance, de mémorisation. La mémorisation se fait dans des cellules apparemment banales. Une cellule peut transmettre l’information à toute la plante. La transmission se fait sous forme de signal électrique. Ainsi l’attaque de racines par un insecte peut déclencher l’émission de composés volatils par les parties aériennes de la fleur[37]. Lorsqu’une cellule de la plante perçoit un stimulus sa teneur en calcium ou sa composition en protéines est changée. La modification est spécifique du signal perçu. Elle se distingue par son amplitude, sa durée et sa vitesse de diffusion. La spécification entraîne le déclenchement de la réponse stockée dans la mémoire. L’intensité de la réponse est fonction de l’expérience passée. Grâce à l’accoutumance, la plante ne réagit pas si la stimulation s’est révélée sans danger. Elle évite ainsi de dépenser son énergie inutilement[38]. L’accoutumance permet également d’élargir le champ du possible. Des chenilles intolérantes à des substances amères émises par les plantes peuvent s’y habituer et même finir par avoir une préférence pour elles[39].

Choix d’un lieu de ponte[modifier | modifier le code]

Le choix d’un lieu de ponte ne peut résulter d’un apprentissage de l’insecte car il n’a aucun impact sur sa survie. Seule la sélection peut jouer. Le lieu optimal peut cependant être modifié par l’évolution ou par une expérience immédiate. Des femelles de mouches qui pondent plusieurs fois dans un type de fruit finissent par le rechercher et rejeter un autre type de fruit. Cet apprentissage permet de privilégier les espèces végétales les plus répandues localement. Il en résulte une diminution du temps consacré à la recherche. L’apprentissage peut aboutir à une diminution de temps de recherche de 75 %[40].

Le choix du lieu de ponte peut aussi ne pas être optimal pour la progéniture. Cela signifie que l’insecte donne la préférence aux plantes dont l’optimalité concerne sa propre nutrition. Il augmente sa longévité et sa fécondité ce qui accroît la probabilité d’avoir plus de descendants. Réduire le temps de recherche du lieu de ponte ou bénéficier d’un stock d’œufs important peut justifier un choix non optimal. Dans chaque cas le choix est réalisé dans un processus adaptatif[41].

Des relations évolutives[modifier | modifier le code]

Historique[modifier | modifier le code]

Les végétaux sont apparus sur Terre bien avant les insectes. Ceux possédant des feuilles, des tiges et des racines datent d’environ - 800 millions d’années[42] contre - 430 millions pour les premiers insectes[1]. Ceux-ci ne se nourrissaient pas de plantes. Ce n’est que depuis - 200 millions d’années qu’ils s’en alimentent. En passant d’une plante à l’autre les insectes disséminaient les grains de pollen. Cette pollinisation donnait aux plantes qui en profitaient un avantage qui faisait plus que compenser les dégâts causés par les blessures de la nutrition. Prise de nourriture pour les uns, pollinisation pour les autres, la rencontre était devenue bénéfique aux deux partenaires. Elle était à même, dans certaines conditions, de se poursuivre[43].

Spécialisation[modifier | modifier le code]

Utilité[modifier | modifier le code]

Les relations bénéfiques entre un insecte et une plante se pérennisent par mémorisation. Il se constitue des composés de liaison spécifiques. La spécialisation fournit aux insectes des avantages comparatifs. La plupart des insectes ont des durées de vie relativement courtes. Ils doivent consacrer le moins de temps possible à la recherche de leurs aliments. Dans les régions où règne une grande diversité d’insectes, comme sous les tropiques, la spécialisation réduit la compétition. Elle facilite l’existence des espèces dans des niches écologiques. La spécialisation concerne également les lieux de ponte. Ceux-ci ont pu être sélectionnés dans les temps longs pour répondre aux besoins de la descendance. Certaines études suggèrent que la spécialisation serait la règle tandis que la forme généraliste ne serait que transitoire. Des contre-exemples sont nombreux. Ce sont surtout les insectes herbivores qui sont spécialisés. Seulement 10 % dans cette catégorie se nourrissent sur plus de trois familles végétales. Les insectes généralistes se trouvent principalement dans les arbres. Les défenses chimiques des arbres sont relativement homogènes. Les insectes ont moins de composés de défense à créer. La spécialisation s’impose moins[44].

Modalités[modifier | modifier le code]

La spécialisation permet une adaptation évolutive entre les partenaires. Concernant la ponte le moment de la ponte doit correspondre à celui où la feuille, le fruit ou la graine sont à l’état optimal pour la recevoir. Les partenaires doivent avoir un développement synchronisé. Cette synchronisation a été obtenue par la sélection naturelle. Il semble que les relations entre la plante et l’insecte carnivore qui lui vient au secours puissent relever d’une telle procédure. L’insecte carnivore ne se base plus seulement sur les caractéristiques de sa proie. Il a aussi mémorisé les odeurs spécifiques que la plante émet lorsqu’elle est attaquée par ce prédateur[45].

Morphologie[modifier | modifier le code]

Les plantes et les insectes qui ont établi entre eux des relations bénéfiques adaptent leurs organes en coévolution[46]. La vision de chaque espèce est adaptée à son mode de vie. Les yeux des abeilles lui permettent de stabiliser la ligne de vol pour l’approche de la fleur. Les papillons repèrent les fleurs à leur couleur. Ils ont au moins cinq types de récepteurs spectraux : l’ultraviolet, le violet, le bleu, le vert et le rouge. À titre de comparaison l’homme n’en a que trois : le bleu, le vert et le rouge[47]. Les pièces buccales des insectes se spécialisent en fonction du mode de nutrition. Les insectes qui se nourrissent de sève sont munis de tubes par lesquels les aliments liquides sont aspirés. Ceux qui s’alimentent de graines disposent au contraire de mandibules puissantes et tranchantes. Le cas le plus extrême de spécialisation morphologique concerne l’orchidée l’étoile de Madagascar. Son éperon a une longueur de 25 à 28 cm. Elle est pollinisée par un papillon nocturne dont la trompe mesure environ 25 cm et qui se nourrit du nectar de cette fleur [48].

Mutualisme[modifier | modifier le code]

Les relations mutualistes se renforcent par la coévolution. Certains mutualismes spécifiques tel celui qui concerne des figuiers et des guêpes durent depuis 60 à 100 millions d’années. Les fourmis sont les principaux insectes engagés dans le mutualisme avec les plantes. Les plantes offrent aux fourmis du nectar, des tissus alimentaires et des sites de nidification. En retour la plante se trouve protégée. Les fourmis considèrent que c’est leur territoire. Elles patrouillent et excluent tous les insectes, notamment les antagonistes de la plante. Le mutualisme peut s’élargir à trois espèces. Certains insectes qui se nourrissent de la plante sont parvenus à se maintenir sur le territoire des fourmis, et même à être protégés parce qu’ils participent à leur alimentation. Ainsi les pucerons et les cochenilles leur fournissent du miellat et la sécrétion de certaines chenilles est appréciée des fourmis. Le mutualisme tripartite entre plantes, insectes et champignons est fréquent. Les champignons peuvent produire des composés volatils qui attirent les insectes pollinisateurs. Ils fournissent des nutriments à la plante et aux fourmis. Les fourmis les cultivent. Ils les nourrissent en leur apportant des fragments de feuilles et lorsqu’elles changent de nid, elles les emmènent avec elle. La forme la plus aboutie du mutualisme est la symbiose [49],[50].

Symbiose[modifier | modifier le code]

Il y a symbiose lorsque les partenaires ne peuvent plus se passer l’un de l’autre. La symbiose résulte de processus évolutifs. Elle permet à des espèces de mieux vivre et de survivre à des modifications de l’environnement. Elle concerne la nutrition, la protection contre des prédateurs, la fourniture d’un milieu favorable (température, lumière…)[51]. Certains mutualismes entre les fourmis et les plantes sont devenus obligatoires et se sont transformés en symbiose. Des acacias et des fourmis ne peuvent exister qu’ensemble. L’acacia leur fournit dans ses épines creuses un lieu de nidification ainsi que des nutriments. En revanche les fourmis protègent l’arbre de la concurrence des végétaux voisins ainsi que des insectes ou des animaux qui les attaquent. Des associations symbiotiques peuvent concerner trois partenaires. Les plus courantes associent des champignons[52].

La chaîne alimentaire[modifier | modifier le code]

Les besoins nutritionnels ont été à l’origine des rencontres plantes et insectes. La chaîne alimentaire s’est complexifiée au cours des temps long. Les consommateurs de plantes sont eux-mêmes des proies pour d’autres insectes. Pour se débarrasser de leurs prédateurs les plantes ont établi par coévolution des relations durables avec les insectes ennemis de ses ennemis. Elles émettent des signaux qui les font venir lorsqu’elles sont attaquées. Elles leur fournissent également du nectar en dehors de la floraison pour les attirer. La chaîne alimentaire peut se prolonger. Aux trois niveaux alimentaires plantes/fourmis/pucerons (les pucerons fournissent des nutriments aux fourmis qui protègent les plantes) s’ajoute, par exemple, un quatrième niveau avec des miniguêpes qui attaquent les pucerons. Les oiseaux se nourrissent d’insectes et interviennent dans la chaîne. L’interdépendance des niveaux assure la régulation globale. Chaque niveau se développe en fonction des disponibilités du niveau inférieur dont il se nourrit. Si les disponibilités du niveau inférieur se réduisent son volume diminuera en conséquence. Cette baisse permettra la reconstitution du niveau inférieur. Ces fluctuations assurent la régulation. Dans un écosystème les chaînes alimentaires peuvent être multiples et s’entrecroiser. Dans une prairie, par exemple, il n’est pas possible d’isoler une chaîne alimentaire particulière. L’ensemble représente un réseau alimentaire complexe[53].

L’agroécologie[modifier | modifier le code]

L’agroécologie cherche à rétablir les équilibres écologiques naturels afin de limiter l’usage de produits chimiques. Ces derniers, pesticides et engrais, occasionnent des nuisances dans le monde vivant et détériorent la terre. L’agroécologie en limite l’utilisation[54].

Limiter les pesticides[modifier | modifier le code]

Il faut d’abord favoriser les relations locales. Si les insectes nuisibles font partie de la faune locale, leurs propres prédateurs doivent également s’y trouver. Il s’agit alors de favoriser ces derniers en leur fournissant des sources alternatives de nourriture ou en leur procurant des abris. La présence de zones boisées ou de haies près des zones de culture est bénéfique. Il est également possible d’introduire des insectes qui ne faisaient pas partie de l’écosystème local. Dans ce cas il y a lieu de s’assurer qu’ils ont gérables. Car ils peuvent s’attaquer à des espèces locales non cibles et perturber les équilibres écologiques[55].

Limiter les engrais chimiques[modifier | modifier le code]

Il s’agit de maintenir les cycles écologiques normaux. La décomposition des aliments s’effectue alors par des insectes nécrophages et des bactéries . Il n’est plus nécessaire de recourir aux produits chimiques. Le travail des fourmis en fournit un exemple. En édifiant leur nid les fourmis peuvent remuer annuellement jusque 40 tonnes de terre et l’éparpiller sur 100 m2. La couche arable est ainsi enrichie en phosphore, calcium, magnésium ou sodium. La quantité moyenne de terre remaniée au mètre carré place les fourmis au deuxième rang de tous les organismes remueurs de terre. juste derrière les vers de terre. Les fourmis enfouissent la matière organique et remontent à la surface des éléments minéraux qui favorisent la croissance des végétaux[56].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Sauvion, p. 24
  2. Sauvion, p. 16, 23, 340
  3. Suty 2015b, p. 35
  4. Sauvion, p. 368/369
  5. Suty 2015a, p. 18, 19
  6. Suty 2015a, p. 19
  7. Suty 2015a, p. 20
  8. Sauvion, p. 303, 558
  9. Francis Hallé, Éloge de la plante, Seuil, 1999, p. 168
  10. Sauvion, p. 183, 555 à 561
  11. Sauvion, p. 296, 298, 171
  12. Sauvion, p. 171, 172, 336
  13. Sauvion, p. 303, 305
  14. Suty 2015b, p. 35, 36
  15. Sauvion, p. 303
  16. Sauvion, p. 474
  17. Suty, 2015bp. 14, 15
  18. a et b Suty, 2015b, p. 14
  19. Thellier, p. 83
  20. Suty, 2015a p. 23
  21. Sauvion, p. 416, 325, 329, 327
  22. Sauvion, p. 183, 325, 328, 415 à 417
  23. Sauvion, p. 325 à 327
  24. Sauvion, p. 139, 154
  25. Chamovitz, p. 67, 71, 72
  26. Sauvion, p. 108, 112, 148
  27. Suty, 2015a, p. 37
  28. Le Monde, Science et techno, 29/02/2016
  29. Suty, 2010, p. 11
  30. Sauvion, p. 15, 105, 147, 347, 349, 368 à 369
  31. Sauvion, p. 327, 329, 415, 417, 418
  32. Sauvion, p. 328, 329
  33. Hallé, déjà cité, p. 168, 169
  34. Sauvion, p. 317, 319, 323
  35. Sauvion, p. 466
  36. Henri Atlan, Le vivant post-génomique, Odile Jacob, 2011, p. 108, 109
  37. Sauvion, p. 416
  38. Thellier, p. 66, 67, 75 à 78, 80
  39. Sauvion, p. 360
  40. Sauvion, p. 358, 319, 339, 309
  41. Sauvion, p. 358, 319, 250, 251
  42. Suty, 2014, p. 8 et 9
  43. Sauvion, p. 557
  44. Sauvion, p. 328, 317, 554, 320, 558, 553
  45. Sauvion, p. 368 à 369, 253, 474
  46. Suty 2015b, p. 7
  47. Jeremy Narby, Intelligence dans la nature, Libella, 2017, p. 153
  48. Sauvion, p. 137 à 139, 108, 109, 368 à 369
  49. Sauvion, p. 369 à 370, 312, 313, 128, 274
  50. Suty 2015a, p. 20, 21
  51. Suty 2015b, p. 7, 9, 17
  52. Sauvion, p. 173, 273
  53. Sauvion, p. 415,379,368 à 369,449,451,125,17,443,478
  54. Suty 2015b, p. 45
  55. Sauvion, p. 675 à 677, 680
  56. Luc Passera, Formidables fourmis !, Éditions Quæ, 2016, p. 138 à 140

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Lydie Suty, Les végétaux, évolution, développement et reproduction, éditions Quæ, 2014
  • Lydie Suty, Les végétaux, les relations avec leur environnement, éditions Quæ, 2015a
  • Lydie Suty, Les végétaux, des symbioses pour mieux vivre, éditions Quæ, 2015b
  • Lydie Suty, La lutte biologique, Éducagri éditions, éditions Quæ, 2010
  • Michel Thellier, Les plantes ont-elles une mémoire, éditions Quæ, 2015
  • Daniel Chamovitz, La plante et ses sens, Libella, Paris, 2014
  • Nicolas Sauvion, Paul-André Calatayud, Denis Thiéry, Frédéric Marion-Poll, Interactions insectes-plantes, IRD, Quæ, 2013

Articles connexes[modifier | modifier le code]