Révolutions de couleur

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Les révolutions de couleur ou révolutions des fleurs sont les noms donnés collectivement à la série de mouvements insurrectionnels ou révolutionnaires qui se sont développés dans les pays post-communistes d'Europe centrale et orientale et d'Asie centrale[1], avec le soutien actif des États-Unis par le biais de ses ONG financées par ses fondations[2].

Précédents et modèles[modifier | modifier le code]

Renversement de Slobodan Milošević en Serbie[modifier | modifier le code]

D'après Rudy Reichstadt, les révolutions de couleurs trouvent leurs origines dans l'action du mouvement étudiant serbe Otpor qui a contribué à la chute de Slobodan Milošević en l'an 2000. Celle-ci s'est inspirée des techniques de contestation non-violente théorisées par le politologue américain Gene Sharp dans son ouvrage De la dictature à la démocratie (1993), et a été soutenue par des ONG américaines[3].

Les révolutions anti-communistes[modifier | modifier le code]

Beaucoup ont cité l'influence des révolutions qui ont mis fin aux régimes communistes en Europe orientale et centrale, sur le modèle non-violent du Printemps de Prague et de Solidarnosc. À la fin des années 1980 et au début des années 1990, particulièrement la Révolution de Velours à Prague (Tchécoslovaquie) en 1989. Une démonstration pacifique par les étudiants (principalement de l'Université Charles) fut attaquée par la police - et contribua à la chute du régime communiste en Tchécoslovaquie.

Révolution des Œillets au Portugal[modifier | modifier le code]

Mais les racines de l'image florale pacifique peuvent remonter plus loin de la Révolution des Œillets au Portugal au milieu des années 1970.

Les révolutions de couleur[modifier | modifier le code]

Les partisans à ces révolutions sont d'abord intervenu au moyen d'une résistance non-violente pour protester contre des gouvernements dénoncés comme autoritaires et corrompus, afin de promouvoir la démocratie et l'indépendance nationale par rapport à Moscou (mais pas vis-à-vis des USA). Obéissant à un plan de communication d'ensemble, ces mouvements ont tous adopté une couleur ou une fleur comme symbole, et ils ont suivi un plan avec les mêmes étapes. Ces révolutions sont caractérisées par le rôle important joué par des organisations non gouvernementales créées et financées par des fondations pilotées par le départemant d'État et par la CIA (National Endowment for Democracy, Fondation Ford, Open Society Foundations, etc) . Leurs activistes, recrutés dans la population étudiante occidentalisée, sont formés à l'agit-prop et dotés de médias indépendants de leur pays.

Certains de ces mouvements sont parvenus à renverser le régime et à prendre sa place comme en Serbie (en 2000), en Géorgie (la révolution des roses en 2003), en Ukraine (Révolution orange de 2004) et (bien que plus violente que les précédentes) dans le Kirghizistan (révolution des Tulipes de 2005). À chaque fois, des manifestations massives dans les rues, suivant des élections contestées, entraînaient le départ d'un leader dénoncé comme autoritaire et non démocratique. En cas d'insuccès et de résistance du gouvernement, une campagne internationale de dénonciation de crimes contre l'humanité et de génocides permet une seconde tentative de renversement, avec des moyens militaires.

États post-communistes[modifier | modifier le code]

Color Revolutions Map.png
  • La révolution du 5 octobre en 2000 qui conduisit à la chute de Slobodan Milošević. Ces manifestations sont considérées pour beaucoup comme le premier exemple de révolutions pacifiques qui ont suivi[4]. Cependant, les Serbes ont adopté une approche qui avait déjà été utilisée dans les élections parlementaires en Slovaquie (1998) et en Croatie (2000), caractérisée par des mobilisations civiles importantes pour le vote et une unification de l'opposition politique. Les protestataires n'adoptèrent pas une couleur ou un symbole spécifique, mais le slogan Gotov je (Готов је, Il est fini !) devint après coup le symbole de la tâche accomplie. Les manifestations étaient soutenues par le mouvement de jeunesse Otpor, dont certains des membres « exporteront » le savoir dans les révolutions d'autres pays.

Malgré ces points communs, beaucoup considère que la Géorgie est la vraie première révolution colorée ou fleurie en Europe centrale.

  • La Révolution des Roses en Géorgie, suivant les élections contestées de 2003, conduisirent à la chute d'Edouard Chevardnadzé et son remplacement par Mikheil Saakachvili après de nouvelles élections législatives en mars 2004. La révolution des roses était soutenu par le mouvement de résistance civique Kmara.
  • La Révolution orange en Ukraine, suivant le second tour contesté de l'élection présidentielle ukrainienne de 2004 et conduisit à l'annulation du résultat et à un second vote. Le leader de l'opposition Viktor Iouchtchenko fut déclaré président, battant Viktor Ianoukovytch. La Révolution orange était soutenue par Pora.
  • La révolution des Tulipes fut plus violente que les précédentes et suivi les élections kirghizes parlementaires contestées de 2005. Elle était aussi moins unie que les révolutions précédentes. Les manifestants de différentes régions adoptèrent différentes couleurs pour leur protestation (rose et jaune). Cette révolution était soutenue par le mouvement de résistance des jeunes Kelkel.
  • En Moldavie, à la suite de la victoire aux élections législatives du Parti des Communistes le , l'opposition accusa ce dernier de fraudes[5] et appela les habitants à se révolter. Des troubles éclatèrent dans la capitale, Chișinău : des manifestants défilèrent, incendièrent le parlement et allèrent jusqu'à appeler au rattachement du pays à la Roumanie voisine. Certains voient cet épisode comme une tentative avortée de révolution colorée[6].
  • En Bielorussie, une tentative de destitution du président Alexandre Loukachenko, dite Révolution en jean n'a pas abouti[7].
  • En Russie, lors des élections législatives de 2011, une enquête est entreprise envers l'organisation Golos, pour avoir illégalement publié des sondages d'opinion pendant la période précédant le scrutin afin d'influencer les électeurs[8]. Cette organisation, fondée en 2000, reçoit des fonds de George Soros via la Open Society Institute, et de la NED[9].

Usages de couleurs ou de fleurs au Moyen-Orient[modifier | modifier le code]

Différents évènements qui sont intervenus au Moyen-Orient, et pas nécessairement dans d'anciens pays communistes, ont quelquefois été rapprochés des révolutions de couleurs ou de fleurs. Cependant, leur « rattachement » est loin d'être reconnu.

  • La Révolution du Cèdre au Liban. Contrairement aux révolutions en Europe de l'Est ou en Asie centrale, elle ne suivait pas une élection contestée, mais l'assassinat d'un leader de l'opposition, Rafik Hariri, en 2005. Et au lieu de l'annulation des élections, elle exigeait le retrait des troupes syriennes du pays. Mais certains éléments et méthodes utilisés lors des protestations sont assez similaires pour que ces évènements aient été traités par la presse et les commentateurs comme une des révolutions de couleur. Le cèdre du Liban est le symbole du pays, et la révolution fut nommée d'après lui, les manifestants pacifiques utilisant les couleurs blanche et rouge du drapeau du Liban.
  • La Révolution pourpre fut le nom utilisé la première fois par quelques commentateurs américains optimistes et reprise par le président américain George W. Bush pour décrire la « démocratie en marche » en Irak à la suite des élections législatives de 2005. Ce nom fut intentionnellement, et dans un but politique, utilisé pour le parallèle avec la révolution orange et celle des roses. Cependant, le nom ne « prit pas » ni aux États-Unis, ni en Irak, ni ailleurs. Le nom venait de la couleur de l'encre dont l'index des votants était tamponné pour éviter les fraudes.
  • La Révolution bleue fut le nom utilisé par certains Koweïtiens [10] en référence aux manifestations au Koweït pour soutenir le droit de vote des femmes en mars 2005 ; le nom vient de la couleur utilisée par les manifestants. En mai de cette année-là, le gouvernement accéda à leur demande, accordant le droit de vote aux femmes dès les élections parlementaires de 2007[11].
  • La Révolution verte fut le nom utilisé par certains journalistes occidentaux pour désigner les nombreuses et violentes manifestations en Iran, commencées en juillet 2009, à la suite de la ré-élection contestée du président iranien Mahmoud Ahmadinejad.

Le printemps arabe[modifier | modifier le code]

Article connexe : Printemps arabe.

Les différents mouvements insurrectionnels avaient pour but de renverser par la force des gouvernements de divers pays arabes afin d'y établir un vrai gouvernement démocratique.

On trouve les mêmes étapes avec d'abord une contestation pacifique de jeunes militants préparés qui se présentent d'abord comme démocratique et non violente, puis des incidents provoquant des morts dont on attribue la faute au gouvernement qui est alors qualifié de dictateur fasciste, avec l'indignation de toute la presse occidentale, l'étape suivante est la création d'un conseil de transition, gouvernement fantôme sur le modèle de celui de la France libre à Londres, il est alors considéré comme vrai et légitime. Seules les premières révolutions démocratiques ont pris un nom de fleur et ont abouti à renverser le gouvernement, pour les autre, s il a fallu que les États-Unis recourent à une intervention armée qui a permis de tuer le chef d'État de la Libye, mais pas celui de Syrie.

Le rôle des ONG et des fondations américaines[modifier | modifier le code]

Influence américaine[modifier | modifier le code]

À travers un réseau d'ONG (National Endowment for Democracy (NED), National Democratic Institute for International Affairs (NDI), Freedom House, Open Society Institute), les États-Unis affichent leur soutien à « des programmes de formation à l’action civique et à la prévention des fraudes électorales ou encore [à] la liberté de la presse, [aux] droits de l’homme et [à] la lutte contre la corruption » dans le monde. Rudy Reichstadt souligne que « l’idée d’un lien intime entre économie de marché, développement et démocratie libérale est en effet au cœur de la doctrine de sécurité américaine. (...) Dans le monde issu de la fin de la Guerre froide, les Etats-Unis font coïncider leurs intérêts stratégiques à long terme avec le soutien aux transitions démocratiques. Il n’y a donc rien d’étonnant à ce qu’ils encouragent les aspirations démocratiques là où elles se manifestent »[3].

Les opposants aux révolutions de couleur, mais aussi des personnalités comme l'ancien secrétaire adjoint au Trésor de l'administration Reagan, Paul Craig Roberts, accusent la fondation Soros et/ou le gouvernement américain de soutenir et même « d'organiser les révolutions » dans le but de « servir les intérêts occidentaux ». Après la Révolution orange plusieurs pays d'Asie centrale menèrent des actions contre l’Open Society Institute de George Soros de différentes façons — l'Ouzbékistan, par exemple, obligea les bureaux régionaux de l’OSI à fermer quand les médias tadjikes, contrôlés par le pouvoir, accusèrent l’OSI du Tadjikistan de corruption et de népotisme.

Des preuves suggérant une implication du gouvernement américain incluent USAID (et UNDP) soutenant des structures Internet appelées Freenet), qui sont maintenant connues comme une part majeure de la structure Internet dans au moins un des pays - le Kirghizistan - dans lequel une des révolutions de couleur se produisit[12].

« Les États-Unis à la conquête de l'Est », un documentaire de la reporter française Manon Loizeau lors de la Révolution des Tulipes au Kirghizistan montre l'implication des États-Unis dans cette révolution. On y voit ainsi Mike Stone de la Freedom House participer à l'organisation. On y voit aussi les acteurs des révolutions précédentes comme Giga Bokeria, de la révolution des Roses en Géorgie, venir soutenir le groupe qui préparait la révolution des Tulipes[13]

Le journal britannique The Guardian déclara que USAID, National Endowment for Democracy, l’International Republican Institute, le National Democratic Institute for International Affairs et Freedom House sont intervenus directement[14]. Des informations sur les sites Internet de ces organisations (dont les quatre premières sont financées par le budget américain) confirment ses affirmations. Projet pour les démocraties en transition participe également à ce genre d'opérations.

Des activistes d’Otpor en Serbie et de Pora en Ukraine ont dit que les publications et les formations qu'ils avaient reçues du personnel de l’Albert Einstein Institution, basée aux États-Unis, ont contribué à la formation de leurs stratégies.

Mouvements de déstabilisation américaine dans d'autres pays[modifier | modifier le code]

  • En Biélorussie en 2006, le mouvement Zubr visait a renverser le régime d'Alexandre Loukachenko, sans succès[16], bien que les moyens habituels aient été employés : villages de tentes, tracts, etc. L'opposition ayant peut-être pâti de sa réputation d'être vendue aux intérêts étrangers[17].
  • En Ukraine, avec les TechCamps dénoncés en 2013 par le député Oleg Tsarev comme moyens de déstabilisation de l'Ukraine par l'ambassade des USA.
  • Arménie
  • Azerbaïdjan
  • Moldavie
  • Mongolie
  • Birmanie
  • Tentative d'Ouzbékistan en 2005[18]

Controverses[modifier | modifier le code]

D'après Rudy Reichstadt, les révolutions de couleurs ont changé de signification et de connotation à travers leur traitement par la littérature conspirationniste et les régimes hostiles (Russie, Venezuela, Syrie, Iran) : « De révolution populaire pacifique traduisant les aspirations sincères d’une société civile exaspérée par les fraudes, la corruption et l’étouffement des libertés publiques, « révolution de couleur » en est venu à désigner une tentative d’ingérence visant à fomenter des coups d’Etat soft contre des régimes jugés trop indociles à l’égard des Etats-Unis ». Rudy Reichstadt considère que cette approche a plusieurs limites :

  • le déni de toute de toute volonté ou capacité d’action autonomes aux peuples ;
  • « sa représentation fantasmée des Etats-Unis, conçus comme une entité à la fois démoniaque et monolithique qui serait dotée d’une volonté immuable tout au long de l’histoire, en dépit des changements d’administration » ;
  • le fait « de négliger un ensemble de facteurs historiques et matériels qui ont leur part dans ces révolutions de couleurs » et, à l'inverse, de surestimer « le rôle d’ONG de promotion des droits de l’homme » par rapport aux régimes en place[3].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Boris Pétric, « À propos des révolutions de couleur et du soft power américain », Hérodote, vol. 2, no 129,‎ , p. 7-20 (DOI 10.3917/her.129.0007, [www.cairn.info/revue-herodote-2008-2-page-7.htm lire en ligne])
  • Rudy Reichstadt, « Les « Révolutions de couleurs » : coups d’État fabriqués ou soulèvements populaires ? », Diplomatie. Affaires stratégiques et relations internationales, no 73 « Théories du complot : délires conspirationnistes ou armes de propagandes ? »,‎ , p. 60-63 (lire en ligne) Document utilisé pour la rédaction de l’article

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

Références[modifier | modifier le code]

  1. La faillite des révolutions colorées
  2. Navalny: la situation profite à Washington (politologue US)
  3. a, b et c Reichstadt 2015
  4. "CEI : La fin des « révolutions colorés » ?", Mémoire de géopolitique du Lieutenant-Colonel Patrick Justel
  5. Les observateurs de l'OSCE n'ont cependant pas relevé d'irrégularités.
  6. Moldavie: une "révolution de couleur" avortée, Andreï Fediachine, RIA Novosti, 9 avril 2009.
  7. La révolte des «bisons» biélorusses liberation.fr
  8. Color Revolution for Russia?
  9. Putin compares US funded NGOs to Judas the betrayer.
  10. http://www.reason.com/hitandrun/2005/03/kuwaits_blue_re.shtml
  11. http://news.bbc.co.uk/2/hi/middle_east/4554381.stm
  12. Tm, tj, kz et les autres… Ainsi, les sites de Freenet financés par l’aide américaine fournissaient dans tous les pays d’Asie centrale des versions en langue kazakhe, tadjike, ouzbèke et kirghize
  13. [1]
  14. US campaign behind the turmoil in KievFunded and organised by the US government, deploying US consultancies, pollsters, diplomats, the two big American parties and US non-government organisations, the campaign was first used in Europe in Belgrade in 2000 to beat Slobodan Milosevic at the ballot box.
  15. « Nachi » contre « Oborona » : la Russie en tant que champ de bataille entre les organisations de jeunesseLe mouvement « Oborona » (la Défense) fondé en mars 2005 se veut être en quelque sorte l’héritier de l’organisation Pora en Ukraine ou encore de Otpor en Serbie avec toutefois quelques nettes distinctions.
  16. L'opposition bélarusse persiste et signe mais semble de plus en plus isolée Mais la ville et, plus loin, le Bélarus, paraissent indifférents à l'action des jeunes manifestants, acceptant la victoire controversée de M. Loukachenko comme naturelle. Dans le camp, on comptait mercredi matin à peine deux cents personnes, dont une centaine forment un cordon de sécurité en se tenant par les bras.
  17. Un scrutin sans suspense, des suites incertainesLe régime de Loukachenko accuse cependant l’opposition d'être « vendue » aux intérêts étrangers, et notamment américains. En réalité, l’aide internationale aux mouvements démocratiques est beaucoup moins importante ici qu’en Serbie ou qu’en Ukraine. Le régime a réussi à chasser depuis plusieurs années toutes les ONG internationales, comme la fondation Soros et les financements extérieurs aux courants démocratiques sont presque impossibles.
  18. Guerre et Paix : La faillite des révolutions colorées, Xavier Moreau, 2010