Aller au contenu

Peter Winiwarter

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.

Peter Winiwarter, né le et mort le [1], est un scientifique franco-autrichien, spécialiste des systèmes complexes. À la suite de ses premières publications importantes présentant les Lois de Genèse I et II[2],[3], le biologiste généticien Albert Jacquard fait son éloge, en relevant « que à un âge où tout le monde parle de complexité de manière parfois trop excessive, il est agréable de voir un scientifique proposer une définition qui permet de quantifier la complexité des systèmes auto-organisés, avec la formule C = I × R ; I étant l’information (au sens de Shannon) et R l’écart relatif entre la somme des énergies au repos des composants d’un système et l’énergie globale du système lui-même »...« Winiwarter permet de poser comme « principe » fondamental que la complexité d’un système ne peut que croître, ou rester constant (ΔC ≥ 0).(…). On peut alors montrer que le second principe de thermodynamique peut se déduire dans le cas particulier des systèmes isolés de ce principe de croissance de la complexité, et de manière spéculative, à tout système auto-organisé[4]. »

Le médecin psychiatre et professeur agrégé André Bourguignon reconnait que cette méthode peut avoir un impact majeur sur notre façon d’appréhender le sens de l’évolution en raisonnant à partir d’analyses fondamentales des comportements de la matière[5].« Cette méthode d’analyse basée sur la distribution des tailles de populations (inspirée des modèles de distribution type Pareto, Zipf et Mandelbrot) permet d’ouvrir la voie à une nouvelle conception de la théorie générale de l’évolution des systèmes complexes auto-organisés, de la nucléosynthèse cosmique à l’hominisation, ouvrant la possibilité de vérifications empiriques nombreuses dans les domaines les plus divers[5]. » Enfin, le livre Symmetry, Potentiality and Reversibility[6], résultat du premier congrès international sur l’Évolution et Développement de l’Univers[7] organisé à l’École normale supérieure (Paris) et financé par l’institut des systèmes complexes de Paris, auquel il participe activement, les 8 et 9 octobre 2008, comme « pygmalion » de cette initiative et comme conférencier, est dédié à sa mémoire[8].

Éducation et formation[modifier | modifier le code]

Peter Winiwarter est né en Autriche le à St. Valentin, dans une famille de chirurgiens, où son père dirige un hôpital de province. Il reçoit une éducation rigoureuse au Humanistic Gymnasium de Linz (de), avec un copieux programme de latin, grec et mathématique. À l’âge de 17 ans, il gagne une bourse de l’American Field Service pour étudier aux États-Unis durant un an en Californie (Brawley), où il sera remarqué par ses professeurs du lycée pour son excellence exceptionnelle. Il devient parfaitement bilingue en Anglais. De retour en Autriche en 1964, il étudie à l’Université de Vienne, la physique, la chimie, les mathématiques, la philosophie et obtient son Doctorat en Physique Nucléaire en 1970 à I’Institut für Radiumforschung (en), sous la direction du Dr Phil. Peter Hille, avec pour sujet de thèse La Distribution Spin de Densité Nucléaire[9].

Carrière et recherche[modifier | modifier le code]

En 1970, Winiwarter reçoit une bourse du ministère autrichien de l’Éducation pour travailler sur la première base de données mondial Nuclear Data Bank à l’Agence pour l’énergie nucléaire, à Saclay, France. En 1971, il reçoit une bourse des Nations unies pour travailler comme consultant scientifique sur le premier accélérateur de particule dirigé par le prix Nobel de Physique Ilia M. Franck, à Doubna en URSS à l'Institut unifié de recherches nucléaires[10],[11]. Cette expérience de chercheur occidental immergé dans la psychose du régime soviétique et dans un contexte de guerre froide à son apogée, marquera durablement sa conscience de chercheur humaniste, et lui inspirera même l’écriture d’un roman autobiographique Nietschevo[12]. Il deviendra ainsi également Russophone.

Après un passage à l’Agence internationale de l’énergie atomique comme consultant, il décide de passer un MBA à l’INSEAD, dans le but de se rapprocher du management des systèmes informatiques intégrés aux agents économiques. Dans ce sens, à partir de 1973, il travaille comme consultant pour Arthur D. Little, notamment en Algérie, et sur d’autres missions en Europe de l’Ouest.

En 1978, Peter Winiwarter s’installe en France, dans le Perche à Boursay, dans une vielle ferme qui restaurée, deviendra en 1983, le Bordalier Institute, centre de recherche interdisciplinaire, où il invitera des chercheurs et rédigera ces principaux articles de recherches. Spécialiste d’un domaine très interdisciplinaire et nouveau pour l’époque, ses initiatives pour intégrer en France le CNRS (Biologie Théorique) comme chercheur, et à l’ENS comme professeur n’aboutiront pas. Par sa nationalité autrichienne, il n’obtiendra finalement qu’un poste de Visiting Professor à l’Université Pierre-et-Marie-Curie durant une année académique en 1986.

Le biologiste belge Ilya Prigogine s’intéresse à ses publications et l’invite à un séminaire en 1983, il coécrit des articles avec le mathématicien probabiliste français Bertrand Roehner[13],[14]enfin l’ingénieur polonais, le Professeur émérite Czeclaw Cempel (pl)[15],[16]. L’océanographe espagnole Beatriz Vidondo, la géographe française Denise Pumain utilisent dans leur domaine respectif les modèles de Winiwarter[17],[18]. Le chimiste allemand Manfred Eigen, directeur de l’Institut Max Planck pour la chimie biophysique, père de la théorie des Hypercycles (en) lit assidûment ses publications et encourage officiellement ses recherches[19].

De 1988 à 2006, il travaillera donc essentiellement pour le secteur privé comme Principal Technical Advisor IP Group (en), Havas), poste principalement dédié à la conception de programme algorithmique lié à la Médiamétrie.

Au-delà des sciences dures, il publiera aussi des articles liés à la philosophie du langage et à la linguistique, tel A periodic system of system concepts[20] comme à la question métaphysique que pose l’auto-organisation des systèmes fermés ou ouverts[21],[22].

Un an avant sa disparition, il encourage le philosophe des sciences Clément Vidal et participe au lancement du premier congrès international sur l’Évolution et Développement de l’Univers[7] organisé à l’École normale supérieure (Paris) en 2008, et y présente ses derniers travaux[23],[24].

Vie personnelle, héritage scientifique[modifier | modifier le code]

Peter Winiwarter se marie en 1996 avec sa concubine depuis 1978, l’artiste sculpteur française Elsa Genèse[25], et obtiendra la nationalité française en 2001. Avec sa passion pour les chevaux percherons, il lance un élevage obtenant même un statut d’agriculteur-éleveur à partir de 1991.

À partir de 1998, travaillant dans un monde des affaires pas fait pour sa nature idéaliste et perfectionniste, il commence à souffrir de symptômes liés au trouble bipolaire qui l’obligeront jusqu’à 2005 à effectuer divers séjours en Hôpital Psychiatrique. Grâce à un suivi médicalisé accepté, son état se stabilise enfin, mais il meurt le 8 juin 2009 dans un accident de voiture sur la route de Tours près de Villerable, en se rendant à un examen médical en vue d’une opération bénigne du cœur.

En janvier 2009, 5 mois avant son accident mortel, il crée le site internet www.BordalierInstitute.com[26], où sont publiés l’ensemble de ces articles de recherches, et pour la première fois, un livre Neural Network Nature (3 chapitres, 189 Pages)[27]. Ce document reprend l’ensemble de son œuvre scientifique dans le but d’atteindre un plus vaste public d’experts ou d’amateurs, et faire transmettre l’idée pivot qu’un même modèle de création et d’évolution génère et régule non seulement les écosystèmes observés par les lois de Pareto, Zipf et Mandelbrot (PZM), mais aussi à des systèmes très divers situés à d’autres niveaux hiérarchiques très différents : Des systèmes les plus grands comme ceux qui organisent les étoiles dans l’univers, ou au niveau plus terrestre, la distribution des villes, celui d’internet avec le World Wilde Web, ou des populations de bactéries.

En 2022, lors de la dissolution du Bordalier Institute suite de la vente du domaine par sa veuve, une partie des ouvrages scientifiques de la bibliothèque de Peter Winiwarter, est donnée au Centre de Recherche Interdisciplinaire Leo Apostel de l’Université libre de Bruxelles, mais le site internet où sont archivés ces travaux et articles, reste accessible[28].

Sur sa sépulture à Saint-Marc-du-Cor, est écrit « Natura est Sapienza » (La Nature est Sagesse).

Membres[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Relevé des fichiers de l'Insee
  2. (en) Peter Winiwarter, « THE GENESIS MODEL PART I: COMPLEXITY, A MEASURE FOR THE EVOLUTION OF SELF-ORGANISED SYSTEMS OF MATTER », Speculations in Science and Technology, complete edition, vol. 6, no 1,‎ , p. 10 (lire en ligne Accès libre [PDF])
  3. (en) Peter Winiwarter, « THE GENESIS MODEL - PART II : FREQUENCY DISTRIBUTIONS OF ELEMENTS IN SELFORGANIZED SYSTEMS », Speculations in Science and Technology Complete Edition, vol. 6, no 2,‎ , p. 11 (lire en ligne Accès libre [PDF])
  4. Albert Jacquard, L'héritage de la liberté : De l’animalité à l’humanitude, Paris, Seuil, , 224 p. (ISBN 9782020093446, EAN 9782020093446), pp.66-67
  5. a et b André Bourguignon, L'homme imprévu, Histoire naturelle de l'homme, Tome 1, PARIS, Presses universitaires de France (PUF), , 371 p. (ISBN 2130423728, lire en ligne), pp.114-116-117-123-124-125-126-127-128-129-136-141
  6. (en) clément Vidal et Francis Heylighen, Symmetry_Potentiality_and_Reversibility : The Evolution and Development of the Universe, Bruxelles, VUB, Free University Of Brussels, Springer Nature,The official Journal of the Association for Foundations of Science, Language and Cognition, , 372 p. (lire en ligne Inscription nécessaire [PDF]), p. 14
  7. a et b (en) Clément Vidal, « First International Conference on Evolution and Development of the Universe », wikimedia,
  8. (en) Clément Vidal, Laurent Nottale, Francis Heylighen, John Stewart, Giuseppe Longo, Thomas Durt, Jean Chaline, Louis Crane, Alex Blin et Charles Auffray, Symmetry, Potentiality, and Reversibility, ENS, Paris, Evo Devo Edu, , 353 p. (lire en ligne Accès libre [PDF]), p. 14
  9. (de) Peter Winiwarter, et Dr. Phil. Peter Hille, Bestimmung der Drehimpulsverteilung hochangeregter Kerne ans Isomerenverhaltnissen nach (n, 2n)-Reaktionen, Vienne, Autriche, Springer Verlag, coll. « Acta Physica Austriaca », , 33e éd., 372 p. (lire en ligne Accès libre [PDF]), pp.284-304
  10. (en) W.I. Furman, « AN ESTIMATE OF THE HINDRANCE FACTORS FOR y-RAY TRANSITIONS NEAR THE NEUTRON BINDING ENERGY FROM THE REACTION », Physics Letter,‎ , p. 2 (lire en ligne Accès libre)
  11. (ru) Peter Winiwarter, « Decay of neutron resonances in the reaction », Journal Of Nuclear Physics, vol. 44B, no 5,‎ , p. 1 (lire en ligne Accès libre)
  12. (de) Peter Winiwarter, Nietschewo, Autriche, LECTOR, (lire en ligne)
  13. peter winiwarter et Bertrand Roehner, « STABILITE DES DISTRIBUTIONS DE TAILLES D'ENTREPRISES ET EVOLUTION DES SYSTEMES ECONOMIQUES », 6e Congres International de CYBERNETIQUE ET DE SYSTEMIQUE,‎ 10-14 septernbre 1984, p. 7 (lire en ligne Accès libre [PDF])
  14. (en) Peter Winiwarter et Bertrand Roehner (Laboratoire de Physique Théorique et Hautes Energies, Paris), « AGGREGATION OF INDEPENDENT PARETIAN RANDOM VARIABLES », ADVANCES IN APPLIED PROBABILITY, vol. 17, no 2,‎ , p. 6 (lire en ligne Accès libre [PDF])
  15. (en) Peter Winiwarter et Czeclaw Cempel, « Life Symptoms: the Behaviour of Open Systems with Limited Energy Dissipation Capacity and Evolution », Research Systems, The Official Journal of the International Federation for Systems Research, vol. 9, no 4,‎ , p. 25 (ISSN 0731-7239, lire en ligne Accès libre [PDF])
  16. (en) Peter Winiwarter et Czeslaw Cempel, « Evolutionary Hierarchies of Energy processing in Nature », Cybernetics and Systems, Autriche, Robert Trappl , Austrian Society for Cybernetics Studies, vol. 2,‎ (lire en ligne Accès libre [PDF])
  17. (en) Beatriz Vidondo, « Dynamics of a landscape mosaic: size and age distributions, growth and demography of seagrass Cymodocea nodosa patches », Marine Ecology, vol. 158,‎ , p. 8 (lire en ligne Inscription nécessaire [PDF])
  18. (en) Denise Pumain, « URBAN RESEARCH AND COMPLEXITY », The City and Its Sciences,‎ , p. 40 (lire en ligne Inscription nécessaire [PDF])
  19. (de) Manfred Engien, « MAX-PLANCK-INSTITUT FOR BIOPHYSIKALISCHE CHEMIE » Accès libre [PDF] (correspondance),
  20. (en) Peter Winiwarter, « A periodic system of system concepts », Semiotica, Revue International de Sémiotique, vol. 125,‎ 1 trimestre 1999, p. 15 (lire en ligne Accès libre [PDF])
  21. (en) Peter Winiwarter, « NATURAL NUCLEAR COMPUTERS : A CONCEPTUAL MODEL FOR HUMAN INTELLIGENCE », INTERNATIONAL. CONFERENCE ON MENTAL IMAGES, VALUES, REALITY, University Of Pennsylvania, Philadelphia, John A. Dillon, Society for General Systems Research, vol. 1,‎ 26-30 mai 1986, p. 15 (lire en ligne Accès libre [PDF])
  22. (en) Peter Winiwarter, « Autognosis :The theory of Self-Image Building Systems », Bordalier Institute Review,‎ , p. 11 (lire en ligne Accès libre [PDF])
  23. (en) Peter Winiwarter, « Universal Evolutionary Hierarchy: A Unified Network Approach », Evo Devo Universe, EDU, École Normale Supérieure de Paris,‎ , p. 8 (lire en ligne Accès libre [PDF])
  24. (en) Peter Winiwarter et Czeslaw Cempel, « Evolutionary Hierarchies of Energy processing in Nature », CYBERNETICS AND SYSTEMS,‎ , p. 8 (lire en ligne Accès libre)
  25. « https://elsagenese.com/ma-bio-2/ », (consulté le )
  26. « bordalier institute, longtailed / skewed distributions, power laws, Pareto law, Zipf"s law, Zipf-Mandelbrot law, law of Gutenberg-Richter, Lotka's law, maximum power principle, Bredford"s law, rank-size rule, 80/20 rule ... self-organization, complexity », sur www.bordalierinstitute.com (consulté le )
  27. (en) Peter Winiwarter, Neural Network Nature : Fractal hierarchies of 'Perceptrons' from Clusters of Galaxies to the World Wide Web, Loire et Cher, Bordalier Institute Review, , 189 p. (lire en ligne Accès libre [PDF]), p. 188
  28. (en) Peter Winiwarter, « The discovery of the Universe is the discovery of our Brain : Complexe Network and Evolution » Accès libre,