Parc Carol

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Parc Carol
Image illustrative de l'article Parc Carol
La fontaine des Cantacuzènes, dans le parc Carol
Géographie
Pays Roumanie Roumanie
Commune Bucarest
Localisation
Coordonnées 44° 24′ 41″ N 26° 05′ 48″ E / 44.411294, 26.09675344° 24′ 41″ Nord 26° 05′ 48″ Est / 44.411294, 26.096753  

Géolocalisation sur la carte : Roumanie (administrative)

(Voir situation sur carte : Roumanie (administrative))
Parc Carol
Le mausolée communiste du parc Carol.
Le mémorial du soldat inconnu.

Le parc Carol est un parc urbain situé au sud du centre-ville de Bucarest, en Roumanie.

Histoire[modifier | modifier le code]

Aménagement[modifier | modifier le code]

Le parc a été aménagé sur 41 hectares dans les années 1900-1906, sur les plans du paysagiste suisse Edouard Redont, autour d'un lac naturel entouré de bosquets, et de la fontaine du descendant des hospodars de Valachie, Georges Cantacuzène (bâtie en 1870) où venait s'abreuver le bétail des fermes environnantes[1]. Il fut créé pour accueillir l'„Exposition générale de la Roumanie” de 1906[2]. Le parc reçut alors le nom du roi Charles I-er, qui fêtait, cette année-là, ses 40 ans de règne. L'exposition, tout autant culturelle, scientifique et technologique que politique, fut placée sous l'égide d'un commissaire général, l'ingénieur universitaire et académicien Constantin I. Istrati (1850-1918) dont le but était, après l'expo, d'en faire un parc éducatif permanent des sciences et des techniques[3]. Plus de 10.000 arbres (pour moitié, feuillus et conifères) et 50.000 arbustes furent plantés[4].

Le parc à thèmes avant 1914[modifier | modifier le code]

Le Parc Carol comportait, comme les parcs de « Cismigiu » et de « Kisseleff », un petit jardin zoologique, mais aussi un observatoire astronomique, un Musée des Techniques et des pavillons d'expositions temporaires. Les arts et leur enseignement ne furent pas oubliés : une « Maison des Arts » fut bâtie sur la butte surplombant de lac, et des sculptures de Filip Marin, Dimitrie Paciurea et Karl Storck furent placées tout autour. De la butte au lac fut aménagée une cascade entourée de mousses et lichens. En outre, des « Arènes à la romaine » de 5000 places s'offraient aux pièces de théâtre ou autres spectacles en plein air. Enfin, pour la communauté musulmane de Bucarest, le parc accueillit une mosquée de style ottoman, baptisée Hünkiyar Cami. Pour alimenter tous ces éléments, le château d'eau, de style médiéval, fut appelé « Tour de Vlad Țepeș »[1].

Entre les deux guerres mondiales[modifier | modifier le code]

Pendant la Première Guerre mondiale, la Roumanie fut occupée en 1916 par les armées Austro-Allemandes qui transformèrent le parc en campement, coupèrent de nombreux arbres, mangèrent les herbivores du zoo, et laissèrent, à la libération de 1918, un monceau de déchets. La remise en état dura deux ans. En 1922, un « Mémorial du Soldat Inconnu » y fut élevé sur souscription publique lancée par les associations d'anciens combattants, les ossements étant amenés du champ de bataille de Mărășești (1917).

La concurrence de l'Académie des Beaux-Arts, un incendie survenu en 1938 et la pression des militaires eurent raison du « Palais des Arts », qui devînt un Musée de l'Armée sur le modèle de celui de Paris, alors que, dans un climat de guerre civile, le roi Charles II mettait en place sa « dictature carliste » pour lutter par les armes et la répression contre les « légionnaires » fascistes et les « brigades » communistes (la « Grande Roumanie » étant alors menacée à la fois par l'Allemagne hitlérienne et l'URSS stalinienne).

Le séisme de 1940 endommagea gravement ce bâtiment, et le Musée de l'Armée dut fermer. La Deuxième Guerre mondiale n'était de toute manière pas le bon moment pour une remise en état, d'autant que la Wehrmacht établit à nouveau des campements dans le parc. Les combats de la libération de 1944 y laissèrent de nombreux dégâts notamment sur et dans les deux Musées[1].

Pendant la dictature communiste[modifier | modifier le code]

Pendant la soi-disant „démocratie populaire” (dénomination fallacieuse, compte tenu du caractère dictatorial du régime), le parc fut rebaptisé « de la Liberté » (en roumain Libertății), mais, au lieu d'être remis en état, il fut d'abord laissé à l'abandon durant deux ans (le régime ayant d'autres priorités), ce qui fut à l'origine de nombreux quolibets populaires sur l'état des libertés dans le pays.

Puis, à partir de 1947, le régime entreprit de changer la thématique du parc pour en faire un espace dédié à sa propre gloire. L'ancien palais des arts/musée militaire, les serres et la plupart des pavillons furent démolis. L'allée centrale fut élargie en esplanade monumentale, flanquée de piliers portant des symboles communistes et enjambant le lac par un massif pont en béton et marbre, desservant un mausolée des dirigeants du Parti unique, élevé à la place du palais et de la cascade, sous les auspices des architectes Ovidiu Maitek, Horia Maicou et Vasile Coucou. La mosquée, lieu d'un culte dont l'objet n'était pas le régime et donc « antre de superstition », fut elle aussi démolie, et un autre lieu de prières musulman fut ultérieurement autorisé plus au sud de la ville, place Pieptănari.

Les sculptures furent enlevées (cet « art décadent » ne correspondant pas aux canons du « réalisme socialiste »). Ce fut aussi le cas des serres de fleurs tropicales, dont la fonction fut confiée au jardin botanique. Enfin, le petit zoo disparut, les animaux survivants étant regroupés au nord de Bucarest, à l'actuel zoo[1]. Seuls subsistèrent le Musée technique et l'Observatoire astronomique, le communisme étant compatible avec les sciences (à l'exception de la génétique, domaine dans lequel sévissait alors le « lyssenkisme »).

Le Parc Carol aujourd'hui[modifier | modifier le code]

Après la libération de 1989 et le retour d'une démocratie fragile, menacée tant par les excès d'une économie de marché pas du tout sociale, que par les réactions nationalistes et religieuses intégristes qui en découlent, le parc, ayant repris en 1990 le nom de Carol, fit l'objet d'un projet de retour à une thématique scientifique et technique, mais resta en l'état et, faute de financements, se dégrada lentement. En 1991, le « Mémorial du Soldat Inconnu » y fut restauré, les sculptures qui avaient été enlevées en 1947 y furent ramenées et les piliers portant des symboles communistes furent enlevés, mais malgré les protestations des victimes de la dictature, le mausolée des dirigeants du régime fut conservé.

En 2004, le gouvernement d'Adrian Năstase décida, sans passer par le parlement, ni par la mairie de Bucarest, de transférer 52.000 m2 à l'Église orthodoxe roumaine „pour y construire une cathédrale de la Rédemption de la Nation”[5] à la place du mausolée des communistes, qui lui, devrait être démoli et reconstruit dans un autre parc plus au sud de la ville, les deux opérations devant coûter des millions d'euros alors que le pays et la ville manquent d'infrastructures, d'hôpitaux, de logements[6].

L'actuel président roumain Traian Băsescu, maire de Bucarest à l'époque, s'y opposa et réussit à bloquer le processus[7], mais pendant ce temps le Musée technique „Ing. Dimitrie Leonida” et l'observatoire astronomique de l'académie roumaine se dégradaient gravement faute de moyens d'entretien et restauration des collections et des instruments. Malgré la crise économique, l'état consacra au parc des fonds, non pour restaurer les musées, mais pour installer dans l'ancien château d'eau (« tour de Țepeș Vodă ») un « Office national pour le Culte des héros » qui n'est, aux yeux de ses critiques, qu'un « avatar nationaliste et collectif du „culte de la personnalité” hérité de la dictature ». Dès lors, le parc Carol est un résumé de l'histoire de la ville, du pays et de tout le bloc de l'Est : il porte le nom d'un roi, néglige les sciences, et juxtapose des monuments honorant aussi bien l'héritage du royaume, que celui du régime communiste, et celui de ceux qui ont combattu et abattu ce régime[8].

Quoi qu'il en soit, le parc Carol est inscrit sur la liste des Monuments historiques de Roumanie par le décret gouvernemental n° 2314 du 8 juillet 2004[9].

Panorama[modifier | modifier le code]

Le pont sur le lac, vu du mausolée.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c et d Source.
  2. Histoire du Parc Carol sur [1].
  3. Le plan de Constantin I. Istrati sur [2].
  4. Source : [3].
  5. Source : [4].
  6. Voir : [5].
  7. Voir
  8. Voir : [6].
  9. Voir : Parcul Carol.