Mikhaïl Zochtchenko

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Mikhaïl Zochtchenko
Description de l'image Zoshchenko.jpg.
Nom de naissance Mikhäil Mikhaïlovitch Zochtchenko
Naissance
Saint-Pétersbourg
Drapeau de l'Empire russe Empire russe
Décès (à 63 ans)
Sestroretsk
Drapeau de l'URSS Union soviétique
Activité principale
Auteur
Langue d’écriture russe

Mikhaïl Zochtchenko (en russe : Михаи́л Миха́йлович Зо́щенко) est un écrivain soviétique et un maître humoriste de la littérature russe né le 29 juillet 1894 ( dans le calendrier grégorien) à Saint-Pétersbourg, mort le à Léningrad. Il ironisait sur son style qui lui valut une popularité exceptionnelle relativement jeune : « J'écris de façon très concise. Mes phrases sont courtes. Elles sont accessibles aux pauvres. C'est peut-être grâce à cela que j'ai eu beaucoup de lecteurs[1] ».

Biographie[modifier | modifier le code]

Mikhaïl Zochtchenko naît dans la famille de huit enfants, dans le District de Petrogradsky de Saint-Pétersbourg. Son père, Mikhaïl Zochtchenko sénior (1857-1908), issu de la noblesse de Poltava, est un artiste peintre qui travaille un temps à l'atelier de mosaïques de l'Académie russe des beaux-arts où avec sa collaboration sont réalisées les mosaïques d'après les tableaux Souvorov partant pour la campagne d'Italie (Nikolaï Chabounine, 1904) et Souvorov traversant les Alpes suisses (Alexeï Popov, 1904)[2]. La mère, Elena Ossipovna (née Sourina, 1875-1920), est actrice avant son mariage.

En 1913, après les études secondaires au gymnasium no 8, Mikhaïl commence le cursus à la faculté juridique de l'Université d'État de Saint-Pétersbourg, mais sera contraint d'abandonner l'année suivante, ne parvenant pas à honorer les frais de scolarité. Le 29 septembre 1914, il sera admis à l'école militaire Pavlovski de Saint-Pétersbourg pour être nommé au rang de sous-officier junker le 5 janvier 1915, puis, au rang de praporshchik (en) de l’infanterie le 1er février 1915.

Il poursuit une carrière militaire dans le régiment de grenadiers de l'armée impériale et sera décoré de l'Ordre de Saint-Stanislas de IIIe classe le 17 novembre 1916, de l'Ordre de Sainte-Anne de IVe classe le 11 février 1916, de l'Ordre de Saint-Stanislas de IIe classe le 13 septembre 1916, de l'Ordre de Sainte-Anne de IIIe classe le 9 novembre 1916, l'Ordre de Saint-Vladimir de IVe classe en janvier 1917. Il est fait poruchik (en) le 9 juillet 1916, puis gradé capitaine juste avant la révolution russe.

Démobilisé pour cause de séquelles cardiaques d'empoisonnement au gaz de combat, il exerce de nombreux métiers. Il est notamment commandant du bureau de télégraphe de Saint-Pétersbourg, l'adjoint à la milice communale d'Arkhangelsk, secrétaire du tribunal, instructeur en reproduction de lapins et volailles.

Au début de 1919, bravant ses soucis de santé, il s'engage dans l'Armée rouge et en hiver de la même année participe aux combats près de Narva et Kinguissepp.

En avril 1919, déclaré inapte au service et démobilisé une seconde fois à la suite de l'incident cardiaque, il trouve un poste de téléphoniste aux douanes. Puis, entre 1920 et 1922, sera enquêteur de police, agent maritime, menuisier, cordonnier. Il fréquente à cette époque le studio littéraire au sein des éditions Vsemirnaïa literatoura (Всемирная литература) dirigé par Korneï Tchoukovski.

Zochtchenko s'essaie à l'écriture vers 1922 et publie Les Récits de Nazar Ilitch, cher monsieur Ventrebleu qui connaissent un franc succès. Il intègre ensuite le groupe littéraire des Frères Sérapion[3].

Dans les années 1920, l'auteur a une prédilection marquée pour les courts récits et les fables où le narrateur fait défiler les héros comiques à la mentalité étriquée. Au fil du temps, il se tourne vers le genre de la nouvelle où le sujet se trouve élargi sans rien perdre de son style concis déjà reconnaissable. L'Élixir de jouvence publié par le mensuel littéraire Zvezda en 1933, ou le recueil du Livre bleu, paru dans Krasnaïa nov en 1934-1935, sont les exemples caractéristiques de la période des années 1930. Son Histoire d'une refonte sera intégrée à l'ouvrage collectif Le canal Staline, histoire de la construction de la voie d’eau Baltique-mer Blanche (Maxime Gorki, Leopold Awerbach, Semion Firine, 1934), présentant le concept de rééducation des prisonniers soviétiques par le travail collectif comme une refonte d'individu[4]. En 1937, tous les exemplaires sont retirés de la vente et les principaux protagonistes exterminés lors des grandes purges, parmi eux Semion Firine (1898-1937), le directeur du chantier en question. Le nom de Zochtchenko ne sera pas mentionné lors des persécutions.

En 1940, paraissent ses Récits sur Lénine (Рассказы о Ленине), livre pour enfants d'âge préscolaire à visée éducative qui dans un langage simplifié fait éloge des prétendues vertus du chef prolétarien. On y découvre, par exemple, le petit Volodia (Vladimir Lénine) qui après avoir cassé un vase confesse l'incident à sa mère surmontant la crainte d'une punition ou encore, ce qui constitue un sujet récurrent du genre, Lénine qui se mêle incognito à un groupe et s'y distingue par sa bravoure, son intelligence, sa loyauté et sa modestie[5]. Cet ouvrage s’inscrit dans le créneau de propagande destiné à diffuser l'image d'un Lénine humain et adopté par beaucoup d'autres écrivains comme Aleksandr Kononov, Maria Prilezhayeva (en) ou Sergueï Mikhalkov[5]. Dans ce contexte, les Récits sur Lénine entrent dans le programme scolaire pour de nombreuses années[6]. D'après le Dr Ben Hellman du département des langues modernes de l'Université de Helsinki, il est difficile de déterminer si les Récits sur Lénine de Zochtchenko comportent les éléments de parodie du genre alors à la mode ou s'il a réellement été impressionné par la personne de Lénine, ou encore si c'était pour lui un moyen de démontrer sa fidélité au régime dans le contexte des répressions dont furent victimes plusieurs de ses collègues[5].

Lors de la Seconde Guerre mondiale, dès que les troupes allemandes viennent de pénétrer sur le territoire de l'Union soviétique, Zochtchenko tente d’intégrer un corps militaire, mais ne sera pas pris pour des raisons de santé. Il s'engage alors dans les forces de lutte contre l'incendie qui patrouillent sur les toits des bâtiments pendant des raids aériens sur la ville, afin d'éteindre les dispositifs incendiaires lancés par les allemands. Il continue même dans ces conditions son travail littéraire, en écrivant les feuilletons patriotiques pour les périodiques du front et pour la radio. Avec Evgueni Schwarz, il écrit la pièce Sous les tilleuls de Berlin parlant de la prise de Berlin par l'armée soviétique, qui sera jouée au Théâtre académique de comédie de Saint-Pétersbourg (ru) lors du siège de Leningrad. En septembre 1941, il est évacué à Moscou, puis, à Almaty où il écrit trois scénarios pour les studios Mosfilm - Feuilles mortes (Опавшие листья), Au Bonheur des soldats (Солдатское счастье) et Que le malchanceux pleure (Пусть неудачник плачет) - mais aucun ne sera adapté au cinéma.

En avril 1943, Zochtchenko rentre à Moscou et travaille dans la rédaction du Krokodil.

Au début du mois d'août 1943, la revue littéraire Octobre commence à publier les premiers chapitres de son roman Avant le lever du soleil dont l'écriture a été entamée lors du séjour à Almaty, mais l'idée avait germée déjà dans les années 1930. C'est une œuvre autobiographique et introspective s'apparentant à un travail de recherche sur les causes de la mélancolie et du mal de vivre, du rapport difficile aux femmes de l'auteur, évoquant les événements de sa petite enfance, ses rêves récurrents, rédigée sous forme d'une succession de petites nouvelles rappelant un journal intime. La publication est interrompue alors que Zochtchenko tombe en disgrâce dans le contexte du jdanovisme suite à la parution de sa courte satire Les Aventures d'un petit singe qui lui vaut également l'exclusion de l'Union des écrivains soviétiques. Finalement, le texte intégral d'Avant le lever du soleil sera d'abord publié aux États-Unis en 1968, alors qu'en URSS on ne le découvrira qu'en 1987.

Au début de l'été 1946, le journal Zvezda publie ses Aventures d'un singe (n°5 et 6). L'histoire est très simple. Un singe s'échappe du zoo lorsque les bombes allemandes détruisent sa cage, prend de la nourriture sur un étalage sans payer et se voit poursuivi par une foule en colère. Il arrive à la conclusion que sa vie au zoo était bien plus facile et tente d'y retourner. Finalement, après bien des déboires, il est recueilli par un jeune garçon qui lui apprend les bonnes manières au point que le petit animal pourra en ce domaine servir d'exemple aux enfants et même à certains adultes. C'est assez inoffensif. Personne ne doute que, en août, une résolution du Parti désignera Mikhaïl Zochtchenko, aux côtés d'Anna Akhmatova, comme la racaille de la littérature et que son histoire sera qualifiée de vulgaire pamphlet, de caricature monstrueuse qui dépeint le peuple soviétique comme primitif, inculte et stupide. Par la suite, le porte-parole culturel de Staline, Andrei Zhdanov, accuse les deux écrivains être à l'origine d'un véritable complot pour souiller la littérature soviétique. Pour Zhdanov, il était tout simplement inacceptable que quiconque, un an après la Seconde Guerre mondiale, allait recruter un singe pour juger l'Union Soviétique afin de propager une allusion venimeuse et anti-soviétique qu'il vaut mieux vivre dans le zoo qu'en liberté et qu'il est plus facile de respirer dans une cage que parmi ses concitoyens[7]. Mikhaïl Zochtchenko sera chassé de l'union des écrivains soviétiques et interdit de publication. La rédaction de Zvezda sera également sévèrement sanctionnée pour lui avoir ouvert ses colonnes[8].

En 1949-1953, Zochtchenko se rabat sur la traduction et, pour survivre, doit se résoudre à travailler en même temps comme cordonnier, le métier appris dans sa jeunesse. Il traduit notamment De Carélie jusqu'aux Carpates d'Antti Timonen (ru) (1948), Le Dit de Sago le charpentier du kolkhoz de Maxime Tsagaraïev (1952) et deux nouvelles d'Algot Untola (en) Ressuscité des morts et Aux allumettes (Tulitikkuja lainaamassa, 1910).

Réintégré à l'Union des écrivains soviétiques après la mort de Staline, Mikhaïl Zochtchenko est de nouveau mis dans le décri suite à son discours devant une délégation britannique en visite en URSS en mai 1954. L'incident à lieu à la Maison des écrivains de Moscou où Zochtchenko est présent aux côtés d'Anna Akhmatova et où il dénonce l'injustice subie en 1946[9]. Néanmoins, il commence à publier à nouveau dans les magazines des histoires comme Un incident extraordinaire (1955) qui ne sont pas indignes de ses œuvres antérieures. Enfin, dans la grande année de désalinisation, en 1956, il fut possible de publier tout un volume rétrospectif, certes nettoyé de passages pouvant être considérés comme offensifs, mais au moins c'était un livre. Mais son grand retour auprès des lecteurs n'aura pas lieu, il meurt deux ans plus tard, en 1958[9]. Il est enterré au cimetière communal de la ville de Sestroretsk, une ville balnéaire au bord du golfe de Finlande, son lieu de résidence au cours de ses dernières années.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Les œuvres majeures de Mikhaïl Zochtchenko sont :

  • Les récits de Nazar Ilitch, cher Monsieur Ventrebleu (Рассказы Назара Ильича, господина Синебрюхова, 1922) ;
  • Récits sentimentaux (1928) ;
  • Michel Siniaguine (Мишель Синягин, 1930) ;
  • La Vie joyeuse ;
  • Élixir de jouvence (Возвращенная молодость, 1933) ;
  • Le Livre bleu (Голубая книга, 1934) ;
  • Récits sur Lénine (Рассказы о Ленине, 1940) ;
  • Avant le lever du soleil (Перед восходом солнца, 1943).

Œuvres traduites en français[modifier | modifier le code]

  • La Vie joyeuse, trad. du russe par Sidersky, collection Jeunes Russes, Gallimard, 1931. (ISBN 2-07-026747-4) ;
  • Avant le lever du soleil, trad. du russe par Maya Minoustchine, collection Du monde entier, Gallimard, 1971. (ISBN 2-07-028051-9) ;
  • Contes de la vie de tous les jours : Nouvelles satiriques soviétiques des années 1920, trad. du russe par Michel Davidenkoff, éditions Noir sur blanc, 1987 ;
  • Les récits de Nazar Ilitch, cher Monsieur Ventrebleu et autres récits, trad. du russe par André Markowicz, éditions Solin, 1992 ;
  • Les Quotidiennes, trad. du russe par Maya Minoustchine, éditions Solin, 1992 ;
  • Les Sentimentales, trad. du russe par Maya Minoustchine, éditions Solin, 1992.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Solomon Volkov, Témoignage : Les mémoires de Dimitri Chostakovitch, Paris, Albin Michel, , 327 p. (ISBN 2-226-00942-6), p. 49
  2. (ru) « Зощенко Михаил Иванович 21.01.1857 - 09.01.1907 художник, мозаичист, график », sur artru.info (consulté le 6 août 2016)
  3. Jean-Claude Polet, Auteurs européens du premier XXe siècle: 2. Le cérémonial de la mort du sphynx, De Boeck, (ISBN 2804139328, lire en ligne), p. 824-825
  4. « Histoire d’une refonte, par Mikhaïl Zochtchenko (1934) », sur annebrunswic.fr (consulté le 31 mars 2016)
  5. a, b et c (en)Ben Hellman, Fairy Tales and True Stories: The History of Russian Literature for Children and Young People (1574 - 2010), BRILL, coll. « Russian History and Culture », (ISBN 9789004256385, lire en ligne), p. 403
  6. (ru) Александр Жолковский, « К переосмыслению канона: советские классики-нонконформисты в постсоветской перспективе », sur usc.edu,‎ (consulté le 7 août 2016)
  7. (en)Gregory Carleton, The Politics of Reception: Critical Constructions of Mikhail Zoshchenko, Northwestern University Press, coll. « Studies in Russian literature and theory », (ISBN 9780810116092, lire en ligne), p. 1-4
  8. Commission de publication des documents diplomatiques français, Documents diplomatiques français: 1946. (1er juillet - 31 décembre), Peter Lang, (ISBN 9789052011776, lire en ligne), p. 375-377
  9. a et b (en)Mikhaïl Zochtchenko avec introduction de Hugh McLean (trad. Hugh McLean, Maria Gordon), Nervous People, and Other Satires, Indiana University Press, (ISBN 9780253201928, lire en ligne), p. Introduction XXVI-XXVII

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]