Canal de la mer Blanche

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Canal de la mer Blanche
Belomorsko-Baltiski kanal
Беломо́рско-Балти́йский кана́л
Carte du canal de la mer Blanche.
Carte du canal de la mer Blanche.
Géographie
Pays Drapeau de la Russie Russie
Coordonnées 62° 48′ N, 34° 48′ E
Début Mer Blanche
Fin Belomorsk, mer Baltique
Caractéristiques
Longueur 227 km
Infrastructures
Écluses 19
Ascenseurs 49
Histoire
Inauguration

Le canal de la mer Blanche (en russe : Беломо́рско-Балти́йский кана́л, Belomorsko-Baltiski kanal, en abrégé ББК, BBK) est un canal reliant la mer Blanche à la mer Baltique près de Saint-Pétersbourg.

Son nom d’origine était Belomorsko-Baltiski kanal imeni Stalina (« le canal de la mer Blanche à la mer Baltique du nom de Staline ») et il était connu sous l’abréviation Belomorkanal. La réalisation de ce canal fut supervisée par le tchékiste Naftali Frenkel et réalisée par des prisonniers du Goulag, les zeks.

Anne Applebaum avance que 170 000 détenus y travaillèrent[1] et qu'environ 25 000 y moururent[2], mais certains estiment qu'environ 30 000 personnes sur 300 000 zeks périrent au cours de sa construction[3],[4]. Dans L'Archipel du Goulag, Alexandre Soljenitsyne estime, quant à lui, que la construction du Belomorkanal a coûté la vie à 250 000 hommes[5].

Le Belomorkanal fut inauguré le lors d’une visite de Staline.

Histoire[modifier | modifier le code]

Prisonniers construisant le canal, 1931-1933.

Le canal parcourt en partie plusieurs cours d’eau et lacs tels que le lac Onega et le lac Vygozero. D'une longueur totale de 225 km, il comprend cinq barrages et dix-neuf écluses[6]. Les travaux commencèrent en septembre 1931 et durèrent vingt mois, dirigés par Naftali Frenkel. Pour accroître la main-d’œuvre, on fit venir des prisonniers des îles Solovetski, situées en mer Blanche.

Staline présenta le canal comme un modèle de réussite du plan quinquennal. Pourtant, le projet n'avait pas été prévu dans le premier plan quinquennal. Il a cependant été construit en un temps record avec des moyens techniques rudimentaires : selon les termes de Staline « bistro i dechevo » (« vite et à faible coût »)[7]. Le Belomorkanal fut l'un des premiers grands chantiers à être réalisés par des détenus. Le travail servile fut présenté par la propagande comme une politique pénale novatrice, la perekovka (réhabilitation par le travail).

Environ cent vingt artistes et écrivains amenés sur le chantier en firent la propagande : Maxime Gorki, Alexeï Nicolaïevitch Tolstoï[8], Victor Chklovski, Mikhaïl Zochtchenko décrivirent le « grand chantier » avec emphase et un enthousiasme de commande : l'un d'eux, en mal d'image, calcula que la terre extraite lors de terrassement aurait pu servir à élever sept pyramides de Khéops[9].

Le canal avait cependant déplu à Staline et quinze jours après son inauguration, il lança un nouveau projet, beaucoup mieux pensé, le « Grand Canal de la mer Blanche ». L'étude dura trois ans, mais quand elle fut terminée, l'heure était à d'autres problèmes (Grandes Purges)[9].

Selon Tomasz Kizny, la construction du canal fut un fiasco total. Le Belomorkanal ne joua jamais le moindre rôle stratégique. En 1941, les artificiers soviétiques dynamitèrent certaines structures pour freiner l'assaut des troupes finlandaises, noyant le village en bois de Povenets[10].

Un canal inutile[modifier | modifier le code]

Dès sa mise en service, le canal ne s'avéra d'aucune utilité économique ou militaire, étant donné que sa trop faible profondeur (3,60 mètres[3] au maximum) ne permettait pas la navigation des navires de commerce ou de guerre, même de faible tonnage.

Voulant pulvériser le délai de construction du canal de Panama, le canal aurait été construit beaucoup trop rapidement.

Aujourd'hui[modifier | modifier le code]

Plan du canal centré sur le lac Vygozero, avec au nord la mer Blanche et au sud le lac Onega.

De nos jours, les bateaux souhaitant utiliser le canal doivent faire maximum 14,3 mètres de large et 135 mètres de long. La voie navigable fait 36 mètres de large et 3,5 mètres de profondeur, avec un rayon de courbure de 500 mètres. La vitesse est limitée à 8 kilomètres par heure dans les portions creusées. La navigation doit être arrêtée en cas de basse visibilité.

Le pic de tonnage est atteint en 1985 avec 7,3 millions de tonnes transportées par le canal. Les quantités transportées restent élevées jusqu'en 1990, puis déclinent. Le tonnage transporté remonte lentement au XXIe siècle, avec 283 400 tonnes en 2001 et 314 600 tonnes en 2002, 400 000 tonnes en 2007. De plus, 2500 passagers ont emprunté cette année le canal. Celui-ci est opéré par l'Administration des cours d'eau et de la navigation du bassin d'État de la mer Blanche et et du lac Onega (en russe : Беломорско-Онежское государственное бассейновое управление водных путей и судоходства )[11].

Le canal est également utilisé pour transporter des objets lourds et volumineux des centres industriels russes jusqu'à la mer Blanche, et ensuite vers les ports du nord de la Sibérie. Par exemple à l'été 2007 une pièce importante pour le champ pétrolier de Vankor exploité par la société Rosneft est apportée jusqu'au Ienisseï, pour ếtre déchargée au port de Doudinka[12].

Données techniques[modifier | modifier le code]

L'ensemble de la voie navigable dispose de 19 écluses, 41 digues, 34 canaux, 13 barrages et 13 déversoirs[11].

Mémoire[modifier | modifier le code]

Un mémorial aux victimes de la construction du canal situé à Povenets.
Les cigarettes Belomorkanal.

La marque de cigarettes soviétique Belomorkanal commémore le canal. Ce sont des cigarettes fortes et bon marché.

Un monuments aux prisonniers morts lors de la construction du canal est édifié à Povenets, et un plus petit mémorial de trouve également à Belomorsk près de l'entrée du canal dans la Mer Blanche. Une pièce de théâtre sur le canal est écrite par Nikolaï Pogodine.

Les mots zeka, zek, z/k sont également passés dans le langage courant pour désigner un prisonnier.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Applebaum 2005, p. 101.
  2. Applebaum 2005, p. 102.
  3. a et b Applebaum 2005, p. 101.
  4. De 30 000 à 60 000 morts selon Delacampagne 2002, p. 280.
  5. L'Archipel du Goulag, Tome II, troisième partie : L'Extermination par le Travail, chapitre 3. L'Archipel envoie des métastases 1974, p. 80.
  6. Applebaum 2005, p. 99.
  7. Kizny 2003, « Le Belomorkanal », p. 116.
  8. Alexeï Nicolaïevitch Tolstoï est l'un des auteurs de Le Canal Staline reliant la mer Blanche à la mer Baltique.
  9. a et b Kizny 2003, « Le Belomorkanal », p. 118.
  10. Kizny 2003, « Le Belomorkanal », p. 119.
  11. a et b (ru) « Федеральное государственное учреждение "Беломорско-Онежское государственное бассейновое управление водных путей и судоходства" (ФГУ "Беломорканал") », sur République de Carélie (consulté le 2 décembre 2017)
  12. (ru) Oleg KIRILLOV, « Нефтяники получили свое », sur b-port,‎ (consulté le 2 décembre 2017)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]