Michelle Loi

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Michelle Loi (1926- [1]) est une sinologue française, universitaire, traductrice et écrivain, spécialiste de la littérature chinoise moderne, et plus particulièrement de Lu Xun.

Biographie[modifier | modifier le code]

Michelle Loi fait ses études à l'École normale supérieure de jeunes filles à l'issue desquelles elle est agrégée de lettres classiques (1947).

Elle rédige ensuite une thèse à la Sorbonne sous la direction de René Étiemble sur les relations entre la poésie occidentale et la nouvelle poésie chinoise, et tout en suivant les cours de chinois à l'École des langues orientales.

Avec son mari et leur ami Louis Althusser, elle s'engage activement dans le soutien à la Chine de Mao Zedong.

Elle soutient sa thèse en 1970, après avoir pu obtenir entre 1967 et 1969 un détachement au CNRS en tant que chargée de recherche en langues et civilisations orientales et devient assistante de chinois à l'Université Paris VIII - Vincennes. Elle y effectue sa carrière universitaire, y devenant maître de conférences puis professeur. Elle fonde le "Groupe Luxun" qui regroupe étudiants et jeunes chercheurs de toutes nationalités autour d'un projet ayant comme but l'étude de l'écrivain et poète chinois Lu Xun et la traduction de ses œuvres.

Elle traduit elle-même plusieurs essais de Lu Xun et contribue à le faire connaître auprès du grand public français.

Après sa retraite, Michelle Loi étudie l'histoire de sa ville natale, Wassy (Haute-Marne).

Controverse avec Simon Leys[modifier | modifier le code]

Dans les années 1970, la publication des pamphlets sur la Chine du sinologue Simon Leys provoque l'hostilité des milieux maoïstes français de l'époque, représentés notamment par la revue Tel Quel. Michelle Loi publie, en 1975, un court livre intitulé Pour Luxun (Lou Sin). Réponse à Pierre Ryckmans (Simon Leys)[2], dont le titre dévoile le nom réel de Simon Leys, au risque de lui interdire de pouvoir retourner en Chine. Leys lui répond dans L'oie et sa farce, un court pamphlet annexé à son livre Images brisées et où il reproche à Michelle Loi d'avoir révélé son identité véritable. Dans un passage, il parle des dénonciateurs qui voudraient qu'il n'entre plus en Chine (il s'agit de la période 1975-1976) :

« La seule idée qu'un individu comme Simon Leys puisse constamment souhaiter revoir la Chine, qu'il ait noué dans ce monde-là les liens les plus chers, ne leur paraît pas seulement incompréhensible, elle leur est proprement sacrilège ».

Cependant, l'essentiel de la réponse de Simon Leys consiste à contester l'autorité et la compétence de Michelle Loi. Il s'emploie en effet à démontrer, en citant ce qu'il identifie comme des erreurs de sa part, que sa reconversion dans les études chinoises n'est pas couronnée de succès[3]. »

À l'appui de ces accusations, il cite de Michelle Loi L'Intelligence au pouvoir[4] :

« Dans cet ouvrage au titre prédestiné, les perles se ramassent par boisseaux : ainsi Qin Shihuang y est défini comme l'Empereur Jaune : que diriez-vous d'une spécialiste d'histoire italienne qui prendrait Mussolini pour Romulus ? L'écart chronologique est le même[5]. »

La dénonciation de Michelle Loi comme la vigueur de la réponse de Leys témoignent de la violence des affrontements idéologiques de l'époque au sein du monde intellectuel européen à l'époque du maoïsme.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Poèmes de Guo Moruo (1892-1978), Gallimard, coll. « Connaissance de l'Orient », 1970, 151 p.
  • Roseaux sur le mur : les poètes occidentalistes chinois, 1919-1949, Gallimard, coll. « Bibliothèque des idées », 1971, 613 p.
  • L'Intelligence au pouvoir, Un monde nouveau : la Chine, François Maspéro, 1973, 178 p.
  • Pour Luxun (Lou Sin). Réponse à Pierre Ryckmans (Simon Leys), Alfred Eibel, 1975.
  • Poètes du peuple chinois, Collection L'Exemplaire, Hallier, P.J. Oswald, 1976, 176 p. (ISBN 2-85785-009-3)
  • Poètes chinois d'écoles françaises, Adrien Maisonneuve, coll. « Librairie d'Amérique et d'Orient », 1980, 159 p.
  • Luxun. Histoire d'A Q : véridique biographie, Presses universitaires de France, coll. « Études littéraires », 1990. (ISBN 978-2-13-042979-1)
  • Luxun, écrivain chinois ou Adieu mes ancêtres, illustrations de Qiu Sha, Hachette jeunesse, 1991
  • Les gens de Wassy, éditions Dominique Guéniot, 1993
Traductions des textes de Lu Xun (réalisées notamment dans le cadre du Groupe "Luxun" de l'Université Paris-VIII Saint-Denis) 
  • Un combattant comme ça, Le Centenaire, 1972.
  • Pamphlets et libelles, François Maspéro, 1977, 255 p.
  • Sur la langue et l'écriture chinoises, Aubier-Montaigne, 1979, 131 p.
  • Quelques pages pour Luxun ; 1, Centre de Recherches de Paris VIII-Vincennes, 1981, 112 p.
  • Quelques pages pour Luxun ; 2, Centre de Recherches de Paris VIII-Vincennes, 1981, 86 p.
  • La Vie et la Mort injustes des femmes : anthologie, Mercure de France, 1985, 315 p.
  • Poèmes, édition bilingue, Arfuyen, Paris, 1985.
  • La Littérature en dentelles, Acropole : Unesco, 1987, 213 p.
  • Histoire d'A Q, véridique biographie, Librairie générale française, 1990, 125 p. volume 3116 du Livre de Poche - Biblio (ISBN 978-2-253-04925-8)
  • Cris, traduction de Joël Bellassen, Feng Hanjin, Jean Jouin et Michelle Loi, Albin Michel, coll. « Les Grandes Traductions », 1995.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (notice BnF no FRBNF119132339)
  2. Lausanne, Alfred Eibel éditeur
  3. Essais sur la Chine, p. 548 :

    « En principe donc, le spectacle d'une dame qui, sur le tard, a le courage et l'énergie de s'atteler à l'étude du chinois, même si ses efforts ne sont guère couronnés de succès, ne devrait susciter chez nous que la sympathie et le respect. On veut lui souhaiter de tout cœur bonne chance, mais en même temps, dans son propre intérêt, on aimerait pouvoir la persuader de résister pour un temps à ce grand prurit d'écriture qui la travaille si fort, et d'attendre pour parler qu'elle ait d'abord acquis quelque connaissance de ce dont elle parle. »

  4. Paris, Maspéro, 1973.
  5. Essais sur la Chine, p. 549, n. 2.