Tel quel (revue)

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Tel quel
Pays Drapeau de la France France
Langue Français
Périodicité Trimestriel
Genre Littéraire
Date de fondation 1960
Ville d’édition Paris

ISSN 0040-2419

Tel quel est une revue de littérature française d'avant-garde, fondée en 1960 à Paris aux Éditions du Seuil par plusieurs jeunes auteurs réunis autour de Jean-Edern Hallier et Philippe Sollers. La revue avait pour objectif de refléter la réévaluation par l'avant-garde des classiques de l'histoire de la littérature. En dépit de son orientation littéraire, les positions de la revue sont très caractéristiques des mouvements d'idées des années 1960 et 1970, notamment le maoïsme affiché de certain de ses membres.

Histoire[modifier | modifier le code]

L'idée de fonder la revue Tel quel prend place, selon Philippe Sollers[1] lui-même, lors d'un cocktail organisé en septembre 1958 par les Éditions du Seuil au bar de l'Hôtel Pont Royal : l'auteur d'Une curieuse solitude sympathise avec Jean-Edern Hallier et son ami Pierre-André Boutang, et, en fin de soirée, le trio décide de se lancer dans une entreprise littéraire commune. Dès la fin de l'année 1958, de nombreuses réunions préparatoires se tiennent, en particulier dans la propriété des parents d'Hallier, à Amblincourt, où se retrouvent entre autres Alain Robbe-Grillet, Jean-Loup Dabadie, Jacques Coudol ; l'ambition est de fonder une revue aussi prestigieuse que La Nouvelle Revue française, et de se rapprocher des courants littéraires émergents, les nouvelles voix, publiées notamment par les éditions de Minuit. Ils manifestent aussi un grand intérêt pour la littérature britannique d'avant guerre et la philosophie.

Le 24 janvier 1960, le contrat est signé entre Paul Flamand, responsable du Seuil, et Jean-Edern Hallier, nommé directeur-gérant.

Le nom de cette revue est emprunté à un aphorisme de Nietzsche : « Je veux le monde et le veux TEL QUEL, et le veux encore... le veux éternellement, et je crie insatiablement : bis ! et non seulement pour moi seul, mais pour toute la pièce et pour tout le spectacle ; et non pour tout le spectacle seul, mais au fond pour moi, parce que le spectacle m'est nécessaire parce que je lui suis nécessaire et parce que je le rends nécessaire ». Cette citation est placée en tête du numéro un, puis pendant dix ans, chaque numéro débutera par une citation contenant l'expression « tel quel »[2].

Le comité de rédaction initial, décidé en janvier 1960, comprend Philippe Sollers, Jean-Edern Hallier, Jacques Coudol, Jean-René Huguenin, Renaud Matignon, et Fernand du Boisrouvray (1934-1996)[3]. Entre quelques évictions et départs, entrèrent par la suite au comité d'abord Jean Thibaudeau, puis Jean Ricardou, Michel Deguy, Marcelin Pleynet, Denis Roche, Jean-Louis Baudry, Jean-Pierre Faye, Jacqueline Risset, Julia Kristeva (en septembre 1971), le germaniste Michel Maxence et l'urbaniste Gislhaine Meffre[4]. Au bout de quelque temps, la presse parle du « groupe Tel quel » pour qualifier les membres fondateurs encore actifs de cette revue[5]. Hallier sera exclu en février 1963, Coudol partira au mois de mars suivant. En novembre 1967, Faye quitte la revue pour s'en aller fonder Change.

Le premier numéro est daté printemps 1960 et comporte 100 pages. Il propose en son sommaire Francis Ponge, Claude Simon, Jean Cayrol, Jean Lagrolet, Boisrouvray, Sollers, Virginia Woolf, Coudol, Huguenin, Hallier, Thibaudeau, Matignon, ainsi que des réponses à la question « Pensez-vous avoir un don d'écrivain ? ». Ponge est considéré comme le père tutélaire de la revue, ainsi que Cayrol, mais dans une moindre mesure.

Les Éditions du Seuil lance en 1963, trois ans après la création de la revue, une collection sous le nom « Tel quel » dont la direction est confiée à Philippe Sollers uniquement. En vingt ans d'existence, y sont publiés 73 ouvrages de 32 auteurs différents[6].

La revue s'est politisée à partir de 1966, en publiant des critiques virulentes contre l'intervention américaine au Viet Nam.

Parmi les contributions, souvent inédites, on note au cours de ces années les noms de Roland Barthes, Georges Bataille, James Joyce, Nathalie Sarraute, Jacques Derrida, Michel Foucault (qui encense la revue en 1963)[7], Bernard-Henri Lévy, Maurice Roche, Tzvetan Todorov, Francis Ponge, Umberto Eco, Gérard Genette, Pierre Boulez, Jean-Luc Godard, Philippe Muray, Stephen Jourdain ou Pierre Guyotat.

La publication s'est interrompue en 1982 après 94 livraisons. Les Éditions du Seuil ayant refusé de céder le titre, la revue qui avait déménagé aux Éditions Denoël dut changer de nom pour reparaître sous le titre L'Infini en hiver 1983 (et aux Éditions Gallimard depuis 1987).

Orientations politiques[modifier | modifier le code]

Tel quel se veut tout initialement une revue apolitique. Les inclusions et exclusions du comité de direction se faisait à l'unanimité. Les deux premières évictions n'ont rien de politique : Jean-René Huguenin l'est fin mai 1960 car personne au sein du comité n'aime son premier roman à paraître au Seuil en août, La Côte sauvage : sur ce point, Jean-Edern Hallier et Renaud Matignon se sont toutefois montrés par trop réservés[8]. Matignon fut exclu temporairement quelques semaines après (il l'est définitivement début 1963) ; quant à Hallier, il partit de son propre chef en février 1963, pour travailler avec Dominique de Roux. L'événement politique majeur de l'époque qui rassemble le groupe est bien entendu la guerre d'indépendance algérienne. Une partie de ces jeunes-gens effectue (Candol, Boisrouvray) ou doit effectuer son service militaire (Sollers).

La revue glisse ensuite vers le structuralisme via Roland Barthes, puis vers le freudisme et enfin le maoïsme[9]. Dès avant mai 1968, la revue s'engage résolument à gauche et manifeste contre l'impérialisme américain, pour plus de libertés d'expression en France, etc.

Caractéristique de cette période de maophilie « exacerbée »[9] est la violente hostilité que rencontre dans les années 1970, la publication des essais de Simon Leys sur la Chine communiste dans les milieux maoïstes de la revue ou inversement l'accueil réservé au livre de Maria-Antonietta Macciocchi, De la Chine qui aura pour conséquence que la revue rompra avec le Parti communiste français en 1972. En 1974, une délégation de Tel quel, composée de Philippe Sollers, Julia Kristeva, Marcelin Pleynet, François Wahl et Roland Barthes, se rendra même en voyage officiel en Chine[10]. À leur retour, ils publieront un numéro spécial consacré à la Révolution culturelle dont ils décrivent la « réussite ». Les deux numéros de la revue consacrées à la Chine maoïste connaîtront des records de ventes (entre 20 000 à 25 000 exemplaires)[11].

Les années 1976-1982 sont politiquement plus floues mais il est clair que la mort de Roland Barthes en mars 1980 leur enleva un ami de longue date.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Propos de Sollers à Jean-Claude Lamy, dans Jean-Edern Hallier, l'idiot insaisissable, Paris, Albin Michel, 2017, p. 178-179.
  2. « Les numéros de Tel quel » par Antoine de Gaudemar, dans Libération, 6 avril 1995.
  3. Fernand du Boisrouvray, l'esprit tel quel, par Michel Dejus, dans Le Saint-Hubert, janvier-février 1997 — texte en ligne.
  4. Video de l'INA, 1963
  5. Cf. Photo de groupe (1960) et documents sur Pileface.com, en ligne.
  6. Histoire de la collection Tel quel sur le site fabula.org.
  7. Cf. en 1963, les rencontres de Cerisy-la-Salle de septembre et la revue Critique de novembre.
  8. Selon Thibaudeau, qui parle de jalousies internes, cf. La relation d’un témoin Jean Thibaudeau, sur pileface.com, propos repris de Mes années Tel quel (1994).
  9. a et b François Hourmant, Le désenchantement des clercs : Figures de l'intellectuel dans l'après-mai 68, Presses universitaires de Rennes, coll. « Res publica », 1 mai 1997
  10. Le supplice chinois de Barthes, par Philippe Sollers Le Nouvel Observateur, 29 janvier 2009
  11. Le maoïsme de Tel quel autour de Mai 68, Kefei XU

Liens externes[modifier | modifier le code]