Malgré-elles

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Page d'aide sur l'homonymie Pour le téléfilm, voir Malgré-elles (téléfilm).

Les Malgré-elles sont des femmes originaires d’Alsace et de Moselle sous occupation nazie lors de la Seconde Guerre mondiale, qui, à l’instar des Malgré-nous, ont été enrôlées de force dans différentes structures nazies durant la période de 1942 à 1945.

Éléments historiques[modifier | modifier le code]

Elles furent incorporées dans le RAD (Reichsarbeitsdienst ou service national du travail), dans le KHD (Kriegshilfsdienst ou service auxiliaire de guerre pour les femmes) et dans l'armée régulière allemande, la Wehrmacht. Ce fut également le cas de nombreuses femmes originaires de Belgique (cantons de l'Est et Pays d'Arlon) et du Luxembourg.

Ce terme de « Malgré-elles » est réfuté par nombre d'entre elles, parce que d'origine journalistique[1] ; elles lui préfèrent le terme d’« incorporées de force »[2].

Leur situation a été longtemps ignorée et ce n'est que le 17 juillet 2008[3] qu'un accord d'indemnisation a été conclu entre Jean-Marie Bockel, alors secrétaire d'État aux Anciens combattants et le président de la Fondation entente franco-allemande, gérante des fonds versés par les autorités allemandes, au titre de dédommagement moral aux Malgré-nous[4].

Incorporation de départements au Reich[modifier | modifier le code]

Lors de la signature de l'armistice du 22 juin 1940, les Nazis incorporèrent au Reich, sans aucun texte juridique, unilatéralement, les trois départements frontaliers (Bas-Rhin, Haut-Rhin et Moselle). Cette annexion n'avait aucun support juridique. En effet, à Compiègne, lors de la discussion des modalités de l'armistice, la question du devenir de ces territoires avait été délibérément écartée des négociations. Les nazis arguèrent la tradition linguistique (expression en un dialecte alémanique de la vallée du Rhin ainsi que la proximité de l'Allemagne et l'histoire locale (historiquement l'Alsace avait appartenu à l'Allemagne)[5].

L'Alsace fut rattachée au Gau de Bade, la Moselle au Gau de Sarre-Palatinat.

Une partie des populations avait quitté ces régions, car les autorités françaises avaient anticipé la future transformation des frontières de l'Allemagne.

Le RAD au féminin[modifier | modifier le code]

Le RAD ou Reichsarbeitsdienst est un service remontant à la fin de la première guerre mondiale.

Drapeau du RAD.

Ce qui était une entraide patriotique de la nation fut orienté autrement par les Nazis à leur avènement en 1933. Son installation en Alsace-Moselle dans le cadre de l'annexion de ces territoires violait les paragraphes 44 et 45 de la Convention de La Haye stipulant ... qu'il est interdit de contraindre la population d'un territoire occupé à prêter serment à une puissance ennemie.

Recrutement forcé[modifier | modifier le code]

Il y a eu conscription forcée, les jeunes filles allaient être appelées au RAD de la même manière et aux mêmes dates que les garçons. L'incorporation au RAD débuta en février 1941 ; puis différentes classes, années de naissance allant de 1922 à 1924, furent appelées. Au total, le contingent de jeunes femmes sera de 15.000 entre 1941 et 1945 (âges s'échelonnant de 17 ans à 25 ans ou plus pour certaines). Le recrutement "volontaire" faisant preuve de peu d'empressement, la conscription devint forcée (garçons et filles). Des rebellions éclatèrent ça et là, réprimées sévèrement (Sippenhafter). Peu à peu beaucoup rejoignirent le RAD sans plus attendre. Les familles, les voisins et amis des réfractaires subissaient une punition au nom de la « responsabilité du clan ».

Exil des engagées de force[modifier | modifier le code]

Les Nazis se sont vite rendus compte que beaucoup d'Alsaciens étaient, en fait, des opposants, les autorités du RAD les ont affectés à des camps très éloignés (Autriche, Pologne, Yougoslavie, Sudètes, ...), rendant les relations avec les familles plus difficiles. Les correspondances se faisaient par cartes postales facilitant la surveillance et la censure postale.

Des emprisonnements, des sévices (passages à tabac) et des vexations contribuèrent à développer une résistance sourde gênant considérablement les desseins de la puissance occupante, allant jusqu'au développement de groupes de résistance.

La vie au RAD[modifier | modifier le code]

Des jeunes filles de la BDM faisant de la gymnastique en 1941.

Cette vie se déroulait, majoritairement, en camps (bâtiments auparavant désaffectés, foyers de jeunes, maisons de maîtres expulsés, baraquements). Quelques camps étaient situés en Alsace (Roeschwoog, Batzendorf ou Oberlauterbach).

La circulation des jeunes filles était contrôlée par un poste de sécurité et il y eut parfois des sentinelles armées.

Au milieu du camp, se trouvait la Fahnenplatz (un mât aux couleurs). C'est là que se faisait la prestation de serment à Hitler au Reich. Outre l'endoctrinement, l'éducation avait pour but de faire de ces jeunes filles de parfaites femmes d'intérieur.

La journée, sous l'autorité de la Führerin assistée de ses Unterführerinnen se déroulait avec :

  • lever à 6 h du matin,
  • gymnastique,
  • lever des couleurs (drapeau nazi),
  • douche, rangements divers dans les chambres,
  • petit déjeuner succinct,
  • endoctrinementt,
  • départ pour le lieu de travail (ferme ou usine),
  • retour vers 17 h,
  • cours de politique,
  • temps libre, dîner vers 19 h,
  • extinction des feux vers 22 h.

Après le RAD[modifier | modifier le code]

Après leur formation au RAD, les jeunes femmes n'en avaient pas fini avec le service nazi, la majorité était transférées à l'Aussendienst (Service du travail extérieur).

Elles partaient travailler aux champs ou dans les usines (armement, munitions) ou comme auxiliaires militaires (service des projecteurs de la Luftwaffe). Elles étaient aussi affectées à des travaux pénibles (tranchées, schlittage de bois). Les plus chanceuses aidaient dans des commerces de ville (boulangeries, boucheries) ou étaient femmes de ménage. Dans les fermes les attendaient des travaux pénibles : écuries et étables à nettoyer, rangement du bois coupé, binage des légumes, etc. Les affectations changeaient toutes les trois semaines.

Toutes ces jeunes filles ont manifesté un courage et des aptitudes insoupçonnées, face aux sévices et à l'endoctrinement forcé.

Stèle des Malgré-nous à la Gare de Strasbourg-Cronenbourg.

Épilogue[modifier | modifier le code]

La justice a été partiellement rendue après un long combat. En 2008 a été conclu un accord d'indemnisation pour dédommager les incorporés de force pendant le second conflit mondial.

Monument en hommage aux Malgré-nous dans le canton d'Obernai (Bas-Rhin).

Polémique autour d’un téléfilm de fiction[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Malgré-elles (téléfilm).

Le 9 octobre 2012, la chaîne de télévision France 3 diffuse en première partie de soirée un téléfilm de fiction réalisé par Denis Malleval intitulé Les Malgré-elles qui associe deux thèmes qui n’ont aucun rapport : l’incorporation de force et les Lebensborn.

La documentariste Nina Barbier à l’origine du documentaire de 2009 explique que « Pour des raisons d’évolution dramatique du récit, Alice et Lisette atterrissent là. C’est cohérent dans le film, mais contraire à la vérité historique. Je me suis battue contre la production et la chaîne, qui tenaient absolument à mélanger les deux faits. Les pouponnières de SS-Kinder n’ont rien à voir avec l’Alsace : elles ont été créées en Allemagne pour des Allemandes ! ».

Hélène Delale, la productrice qui a proposé le sujet à France 3, reconnaît : « L’argument de départ était de raconter la vie de ces très jeunes Alsaciennes, enrôlées dans l’effort de guerre allemand. Mais il y a malheureusement eu ce rapprochement parce que France Télévisions trouvait que le sujet des « malgré-elles » ressemblait trop à un récit de STO, et manquait de dramatisation et de rebondissements pour un téléfilm de 90 minutes. On a donc eu l’idée de mélanger deux histoires qui, historiquement, n’ont effectivement rien à voir »[6].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Nina Barbier, Malgré-elles : les Alsaciennes et Mosellanes incorporées de force dans la machine de guerre nazie, préf. Odile Goerg et Léon Strauss, éd. du Rhin, Strasbourg, 2000, 110 p. (ISBN 2-7165-0476-8)
  2. Ady Rivet (présidente d'une association d'incorporées de force), « Malgré elles », L'Express, 23 septembre 1999.
  3. Janine Rozier, Projet de loi de finances pour 2009 : Anciens combattants, mémoire et liens avec la Nation, chap. II. C. « Malgré l’indemnisation des « Malgré-elles » et la revalorisation continue de la retraite du combattant, certaines revendications du monde combattant restent insatisfaites », 20 novembre 2008, sur le site du Sénat.
  4. Thomas Calinon, « Les Malgré-elles indemnisées », sur LibéStrasbourg, 17 juillet 2008.
  5. Churlet 2017, p. 8-17
  6. Hélène Rochette, « “Malgré-elles”, du drame au mélodrame », sur telerama.fr, (consulté le 9 octobre 2012)

Références[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Nina Barbier, Malgré-elles : les Alsaciennes et Mosellanes incorporées de force dans la machine de guerre nazie, préf. Odile Goerg et Léon Strauss, La Nuée Bleue, Strasbourg, 2000, 110 p. (ISBN 2-7165-0476-8)Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Dr Alain Churlet, « Les Malgré-Elles », La Charte,‎ Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.
Le Docteur Alain Churlet est président de l'UNC de Weyersheim (67720) et la revue « La Charte » est l'Organe de la Fédération Nationale André Maginot. Le Musée de la Watzenau, le mémorial de Schirmeck, le théatre Saint-Nicolas de Haguenau, DS Photography ainsi que M. Denis Malleval et Mme Hélène Delais (Italique Productions) ont participé à l'illustration de l'article de La Charte.

Liens externes[modifier | modifier le code]