Lebensborn

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Infirmière dans un établissement du Lebensborn (1943).

Le Lebensborn e. V. (Lebensborn eingetragener Verein, en français « Association enregistrée Lebensborn ») était une association de l'Allemagne nationale-socialiste, patronnée par l'État et gérée par la SS, dont le but était d'accélérer la création et le développement d'une race aryenne parfaitement pure et dominante. Le terme « Lebensborn » est un néologisme formé à partir de « Leben » (« vie ») et « Born » (« fontaine », en allemand ancien). Le journaliste, écrivain et cinéaste Marc Hillel l'a traduit en français par « Fontaines de vie ».

Le programme de création des Lebensborns vit le jour à l'initiative de Heinrich Himmler le dans le cadre de la politique d'eugénisme et de promotion des naissances. Il s'agissait à l'origine de foyers et de crèches, les pères, en grande majorité des SS, étaient invités à concevoir au moins quatre enfants avec leur épouse légitime[1]. Par ailleurs, au dire du journaliste d'investigation Boris Thiolay, auteur d'un ouvrage sur le sujet[2], la SS transforma également certains de ces centres en lieux de rencontre plus ou moins furtive où des femmes considérées comme « aryennes » pouvaient concevoir des enfants avec des SS inconnus, puis accoucher anonymement dans le plus grand secret et remettre leur nouveau-né à la SS en vue de constituer l'élite du futur « Empire de mille ans ». Durant la Seconde Guerre mondiale, plusieurs dizaines de milliers d'enfants, dont les caractéristiques physiques correspondaient au « type aryen », furent arrachés à leurs parents dans les pays conquis pour être placés dans ces centres.

L'existence de ces maternités et de ces crèches fut longtemps considérée comme une simple légende donnant lieu à une grande puissance fantasmatique, certains y voyant des haras humains, d'autres des bordels SS, jusqu'à ce que Georg Lilienthal (de), un jeune historien spécialiste de la médecine SS, y consacre sa thèse en 1985[3].

Histoire[modifier | modifier le code]

En vertu du concept de « pureté raciale » inscrit dans les principes fondateurs du nazisme et du rétablissement[4] de la polygamie germanique[5], Heinrich Himmler ouvrit le premier établissement à Steinhöring, près d'Ebersberg, en Haute-Bavière, le , inaugurant la maternité Hochland, maison-mère du Lebensborn. Ce centre comportait trente lits pour les mères et cinquante-cinq berceaux pour les enfants à naître. Leur nombre fut doublé en 1940.

Le service du Lebensborn était placé sous l'égide du général SS Sollmann. La « pureté de la race aryenne » répondait à plusieurs critères, qui déterminaient l'appartenance à une typologie aryenne qui comportait plusieurs niveaux de « pureté ». Le niveau le plus élevé était celui des pays nordiques. Chacun des niveaux de pureté était supposé indiquer les qualités de ses membres : attachement à la patrie, attachement au Führer, attachement au pays.

Avant la Seconde Guerre mondiale, une dizaine d'établissements furent créés en Allemagne — 8 000 enfants y naquirent —, puis deux en Autriche. Après le déclenchement de la guerre, la fascination des nazis pour la « race aryenne nordique » les conduisit à ouvrir une dizaine de centres en Norvège recueillant des krigsbarn, « enfants de la guerre ». On estime à entre 9 000 et 12 000 le nombre d'enfants nés dans ces centres selon certaines sources[réf. nécessaire].

D'autres centres furent ouverts en Pologne, au Danemark, en Belgique, au Luxembourg, aux Pays-Bas et en France. Ces centres étaient de taille et de nature variable, du simple bureau administratif à l'institution. Au total furent dénombrés :

Rôle[modifier | modifier le code]

L'objectif affiché du Lebensborn était de permettre à des femmes, mariées ou célibataires, de « race pure », de donner naissance à des enfants dont les pères appartenaient à l'élite raciale, notamment des membres de la SS. Beaucoup de ces Lebensborns étaient consacrés à l'éducation des enfants nés de l'union de soldats allemands et de femmes des pays occupés.

Le Lebensborn se chargeait de la germanisation d'orphelins issus de ces couples mixtes, mais aussi par la suite d'enfants arrachés à leurs parents en provenance de Norvège, de Pologne et de Tchécoslovaquie. Ainsi, plus de 200 000 enfants furent emmenés en Allemagne et confiés à des familles allemandes sélectionnées.

En Pologne, plusieurs dizaines de milliers d'enfants dits « racialement valables » (parmi les 2 millions d'enfants soustraits à leurs parents) auraient été littéralement enlevés pour être germanisés. La proportion d'enfants arrachés à leurs véritables parents aurait ainsi atteint un cinquième des effectifs des Lebensborns[réf. nécessaire].

La maternité des Ardennes[modifier | modifier le code]

De novembre 1942 à septembre 1944 fut ouverte l'institution du château de Wégimont, aujourd'hui domaine provincial de Wégimont dans la province de Liège, en Belgique. Les Allemands la baptisèrent « maternité des Ardennes ».

Celle-ci accueillit des femmes belges convaincues par les thèses nazies, mais aussi quelques Néerlandaises et Françaises du Nord. La contribution masculine était assurée par des soldats des régiments belges nazis, comme la Légion Wallonie, ou leurs homologues flamands, ainsi que des SS stationnés en Belgique[réf. nécessaire].

Il reste peu de documents sur cette affaire et la population locale évoque rarement ces faits. Il semble néanmoins que ce centre ne fonctionna jamais véritablement ainsi que les Allemands l'auraient voulu, notamment du fait des réticences du personnel belge qui y travaillait[réf. nécessaire]. Les habitants d'Olne, questionnés sur le Lebensborn de Wégimont, distant seulement de trois kilomètres, ignoraient tout de l'institution et ce n'est que longtemps après la guerre qu'ils apprirent ce dont il s'agissait[7].

Galerie de photos d'un Lebensborn (1936)[modifier | modifier le code]

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Dans la littérature et au cinéma[modifier | modifier le code]

Par le contexte de leur création et par leur fonction, supposée ou réelle, de haras humains, les Lebensborn a inspiré roman picaresque de Bohumil Hrabal Moi qui ai servi le roi d'Angleterre, également adapté en film. Le héros-narrateur de l'histoire, jeune employé d'hôtel tchèque qui n'a pourtant rien du stéréotype aryen se retrouve employé dans un Lebensborn et s'y révèle un « étalon » adulé par les pensionnaires.

L'ouvrage Un goût de cannelle et d'espoir, de Sarah McCoyle évoque le Lebensborn de Steinhöring : la fille aînée de la famille Schmit et sœur de l'héroïne du roman y évolue, après avoir été sélectionnée comme une « pure aryenne » par la SS. Elle y donne naissance à des jumeaux, donnés à la patrie.

Le roman de Sarah Cohen-Scali, Max, raconte l'histoire d'un petit garçon, Konrad Von Kebnersol, né le même jour qu'Adolf Hitler dans un des Lebensborn. Produit en tant que futur de la race aryenne et élevé dans cette idée, il croit fortement à l'idéologie nazie. Au fur et à mesure du livre, on le voit découvrir le Lebensborn ou il est né, participer à l'enlèvement de petits Polonais « dont la venue serait un apport souhaitable a la race aryenne », vivre dans l'un des Heim où les enfants d'origine polonaise sont élevés puis découvrir une Napola en compagnie d'un adolescent juif et polonais qu'il considère comme son frère.

Le roman Lignes de faille de Nancy Huston raconte l'histoire, sur quatre générations, de la descendance d'une enfant ukrainienne, arrachée à ses parents lorsqu'elle était tout bébé pour être placée dans une famille allemande dans le cadre du programme de germanisation. Le roman revient, à travers le vécu d'un enfant à chaque génération, sur ce passé longtemps refoulé par l'aïeule et sur la découverte progressive des circonstances précises qui ont été celles des premières années de sa vie.

Le téléfilm Malgré elles, réalisé par Denis Malleval en 2012, aborde l'organisation des Lebensborn.

Dans la série The Man in the High Castle, le personnage Joe Blake découvre qu'il a fait partie du programme Lebensborn (saison 2, épisode 5).

Dans la série X Company, l'épisode 5 de la première saison développe comment l'équipe d'espions alliés font évader des jeunes filles d'une maison de naissance aryenne en France.

Dans le roman de Marie Boyer, Les Eaux rougies de la Théols, Gisèle, jeune habitante d'Issoudun dans l'Indre, a tout juste vingt ans quand éclate la Seconde Guerre mondiale. Elle va se trouver aux prises avec la machine nazie et son Lebensborn de Lamorlaye.

Dans le roman de Maxime Chattam, La Conjuration primitive, l'enquête liée à des crimes particulièrement violents va mener Ludivine Vancker jusqu'à un institut situé à Bois Larris, qui se révèlera être un ancien Lebensborn.

Dans le roman de Torey Hayden, La Forêt de Tournesols, le personnage principal découvre peu à peu la vérité sur sa mère, ancienne "poulinière du Reich" dans un Lebensborn.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Léo Pajon, magazine GEO Histoire, no 26, p. 80
  2. Boris Thiolay, Lebensborn : la fabrique des enfants parfaits, éditions Flammarion, 2012
  3. (de) Georg Lilienthal, Der « Lebensborn e.V. » Ein Instrument nationalsozialistischer Rassenpolitik, Fischer-TB, (ISBN 3-596-15711-0)
  4. Le sexe-ratio étant très défavorable aux hommes depuis la Grande Guerre.
  5. Serge Guérout, Science et politique sous le Troisième Reich, Édition Marketing, , p. 93
  6. (en) David Crossland, « Nazi Program to Breed Master Race: Lebensborn Children Break Silence », Der Spiegel, Hamburg,‎ (lire en ligne)
  7. Bolly et al., Visages d'Olne : Son village, ses hameaux, Olne, Édition de la Commune d'Olne, 2006, 288 p., D/2006/11.092/1 (voir le chapitre « Une autre histoire » par Marthe Gorin).

Annexes[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Roman
Récit
Études et essais
  • Marc Hillel, Au nom de la race, Paris, Fayard, coll. « Livre de poche » (no 4910), , 408 p. (ISBN 978-2-253-01592-5, OCLC 984797583).
  • Boris Thiolay, Lebensborn, la fabrique des enfants parfaits : ces Français qui sont nés dans une maternité SS, Paris, Flammarion, coll. « EnQuête », , 315 p. (ISBN 978-2-081-24343-9, OCLC 796230197).
  • Marc Hillel (en collab. avec Clarissa Henry), Au nom de la race ; Paris (Librairie Arthème Fayard), 1975. - Ouvrage paru également en format de poche chez Marabout (collection Marabout université), en décembre 1985 ; 274 pages (bibliographie aux p. 269-272) ; (ISBN 2-501-00749-2).

Film[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

  1. « Les pouponnières du IIIème Reich - Nilaya Productions », sur www.nilaya.fr (consulté le 25 novembre 2018)