Gervais Charpentier
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| Nom de naissance |
Gervais Hélène Charpentier |
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| Conjoint |
Aspasie Generelli |
| Enfant |
| A travaillé pour |
Éditions Charpentier (d) (à partir de ) Pierre-François Ladvocat (- |
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| Archives conservées par |
Archives nationales (F/18/1745)[1] |
Revue nationale et étrangère (d) |
Gervais-Hélène Charpentier, né le à Paris où il est mort le , est un libraire et éditeur français, père du livre de poche.
Biographie
[modifier | modifier le code]Rien ne prédestinait Gervais Charpentier, issu d'une famille de magistrats picards, au commerce des livres. Son père, Pierre Charpentier, avait choisi la carrière militaire. N'étant pas l'héritier d'une famille d'imprimeurs ou de libraires, il entra à l'âge de dix-neuf ans comme commis-voyageur chez les libraires Lecointe et Durey, puis chez Ladvocat, le « prince de la librairie romantique ». Abandonné par Ladvocat, vers 1825, à Lyon, où il était tombé très gravement malade, dès que sa santé a été rétablie, il est revenu à Paris. Peu de temps après, en 1827, il fonde, en société avec un de ses amis, un établissement de librairi, galerie d'Orléans, au Palais-Royal, il exploitant également un cabinet de lecture au passage du Petit-Saint-Antoine. Cette association rompue, il devint éditeur de romans, genre alors ascendant, dont son passage chez Ladvocat lui avait apporté une connaissance de premier ordre. N’ayant encore, comme tel, obtenu que de médiocres succès en 1838, il traite, à cette époque, qu’avec Henri Delloye, pour l’impression d’un choix des meilleurs romans de Balzac, qu’il publie à 3 fr. 50, sur grand papier jésus vélin, format in-18[2].
Naissance de la collection moderne
[modifier | modifier le code]Comme tous les autres libraires et éditeurs de l'époque, il subit une crise de l'édition caractérisée à la fois par un cercle restreint d'acheteurs de livres et notamment de nouveautés, par la concurrence des éditeurs belges qui pirataient les auteurs français à succès en les vendant moins cher et par celle de la presse qui primait alors pour la publication des romans en feuilletons[3].
À la suite de l'échec de sa publication des œuvres d'Alfred de Vigny en , il comprit et écrivit que désormais « la loi du bon marché est devenue la condition de toute publication ». Les éditeurs belges avaient compris que la baisse du prix du livre résidait dans la baisse du prix du papier. Gervais Charpentier confia en 1837 à Eugène Roulhac, un imprimeur de la capitale, le soin d'obtenir un nouveau format permettant d'enfermer la matière de deux ou trois volumes in-8º, en utilisant un papier irréprochable. Ainsi, apparut un nouveau format, le « format in-18 grand-jésus vélin », de dimensions 11,5 x 18,3 cm (soit celles d'un livre de poche de la collection « Folio ») où l'espace typographique était rentabilisé au maximum de ses possibilités. Un format « compact » pouvant atteindre jusqu'à 500 pages de texte et permettant d'enfermer en un seul volume la matière de deux ou trois volumes in-octavo vendus entre 7 francs et 7,50 francs le volume et pour un prix moitié moindre et constant : 3,50 francs. Il prit soin également de recouvrir chaque volume de la collection d'une couverture jaune « serin ou beurre frais » en papier épais qui permettait d'identifier visuellement la collection.
Sa collection, qui prend le nom de Bibliothèque Charpentier, fut officiellement lancée au mois d'août avec la Physiologie du goût de Brillat-Savarin, suivie de la Physiologie du mariage de Balzac en octobre. Le succès immédiat rencontré auprès des lecteurs assura un développement rapide de la collection qui comprenait déjà en tous les auteurs romantiques : Honoré de Balzac (toutes ses œuvres), Victor Hugo, Théophile Gautier, Alfred de Musset, George Sand, Germaine de Staël, Charles Nodier, Sainte-Beuve, etc.
Le développement de la « Bibliothèque Charpentier »
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Dès , Gervais Charpentier se consacre entièrement à sa collection et, à partir de 1860, à la publication d'une revue, la Revue nationale et étrangère à laquelle collaborent Henri Brisson, Édouard Laboulaye, Pierre Lanfrey, Eugène Despois, etc. La création d'un nouveau format, reconnu comme « commode, élégant et portatif » par tous et répondant, dit l'éditeur Michel Lévy « aux goûts de tous » ne lui suffit pas. Dès 1841, son projet, qu'il expose ensuite au Jury de l'Exposition qui lui décerne en 1857 un des prix pour les meilleures réalisations techniques et artistiques, était de faire : « une vraie Bibliothèque réunissant ou pouvant réunir toutes les productions de l'esprit humain dans leur immense variété » et de « fournir à l'histoire littéraire ses classiques modernes ». Il y parviendra en créant plusieurs collections ; après la « Bibliothèque française », des collections d'auteurs étrangers avec les « Bibliothèques » anglaise, italienne, allemande, espagnole et portugaise, puis les « Bibliothèques » philosophique, scientifique et chrétienne.
Après Gervais Charpentier, le monde de l'édition a été contraint de s'aligner. Les autres éditeurs de l'époque tentèrent tous, dans les années 1850, de créer leur propre collection et d'abaisser encore le prix du livre. La concurrence était forte lorsque, en 1853, la « Bibliothèque des chemins de fer » de Louis Hachette fut mise sur pied et, deux ans plus tard, la « Collection Michel Lévy » à 1 franc le volume.
Cependant, Gervais Charpentier était également connu comme un personnage au caractère affirmé. Il n’était pas forcément désagréable en tant que tel, mais il opposait à la reprise des livres abimés ou invendus l’obligation de mettre en vue tous les titres de la Bibliothèque Charpentier ainsi que de distribuer au public un quota minimum de son catalogue (entre 500 et 1000 exemplaires). Pour s’assurer du respect de ses règles, il envoyait des inspecteurs, quand il le pensait nécessaire, alors que ceux-ci ne doivent intervenir qu’en cas de litige. Cela, ajouté aux possibles traitements infligés à ses auteurs, comme Théophile Gauthier, qu’il aurait enfermé à clé pour remettre ses œuvres dans le temps imparti, expliquent les multiples procès, où il a été une des parties concernées[4].
Il décida également de vendre ses livres en grande quantité sur un large territoire, avec comme politique, le septième livre gratuit et non le douzième comme précédemment. Cette stratégie de production de masse a fait de Gervais Charpentier un des éditeurs de son époque, l’un des plus marquants aux côtés de Michel Lévy ou de Louis Hachette entre autres.
À sa mort, ses exécuteurs testamentaires et amis, Georges Masson, Édouard Laboulaye et Ernest Lebaigue cédent, selon ses volontés, l'entreprise à Edmond Villetard[5]. En 1872, celui-ci se désiste et laisse l'entreprise à Georges Charpentier, fils unique de Gervais Charpentier, qui poursuit la publication la « Bibliothèque Charpentier ». Devenant l'éditeur attitré d'Émile Zola, il publie toutes ses œuvres avec grand succès et poursuit la publication de celles des Goncourt, de Flaubert, de Daudet et de nombre d'autres[4], apportant un souffle de renouveau avec le mouvement du naturalisme, dont Émile Zola était un des représentants.
En 1883, à la suite de mauvais placements immobiliers, Charpentier s'associe à Charles Marpon et Ernest Flammarion. En 1896, Eugène Fasquelle, le gendre de Marpon, reprend le fonds et l'intègre à sa maison d'édition[6].
Notes et références
[modifier | modifier le code]- ↑ « https://www.siv.archives-nationales.culture.gouv.fr/siv/IR/FRAN_IR_056952 »
- ↑ Edmond Werdet, De la librairie française : Son passé, son présent, son avenir, Paris, Édouard Dentu, , 408 p., in-12 (OCLC 461077687, lire en ligne), p. 177
- ↑ Jean-Hervé Donnard, La Vie économique et les classes sociales dans l'œuvre de Balzac, Paris, Armand Colin, , 488 p., 24 cm (OCLC 25398011, lire en ligne), p. 437.
- Sur les relations de Gervais Charpentier avec ses auteurs, voir : L. de Hessem, « Le Cinquantenaire de la Bibliothèque Charpentier », dans Le Livre, revue du monde littéraire, archives des écrits de ce temps, IX, 1888, p. 233-249.
- ↑ Son neveu par alliance, en épousant Aline Charpentier, rédacteur au Moniteur Universel, directeur des Journaux Officiels.
- ↑ Jean-Yves Mollier, in Dictionnaire encyclopédique du Livre, Cercle de la Librairie, 2003, p. 508, §2.
Sources
[modifier | modifier le code]Ouvrages
[modifier | modifier le code]- Angelo De Gubernatis, Dictionnaire international des écrivains du jour, Florence, L. Niccolai, 1891.
- « Gervais Charpentier », dans Pierre Larousse, Grand dictionnaire universel du XIXe siècle, Paris, Administration du grand dictionnaire universel, 15 vol., 1863-1890 [détail des éditions].
- Dominique Kalifa (dir.), « Bibliothèques et collections au XIXe siècle : essai de périodisation comparée », dans Revue d'histoire du XIXe siècle, Aspects de la production culturelle au XIXe siècle, no 19, 1999, p. 65-76 [lire en ligne]
- Nicole Le Pottier, Histoire de l’édition française : Le temps des éditeurs du Romantisme à la Belle époque, 1985, Promodis.
- Jean-Yves Mollier, Revue d'histoire littéraire de la France - Éditer au XIXe siècle, p. 771-790.
- Jean-Yves Mollier, Michel & Calmann Lévy ou la naissance moderne de l’édition – 1836-1891, 1984, Calmann Lévy.
- Jean-Yves Mollier, Louis Hachette, 1999, Fayard.
- Paul de Musset, Les Héritiers d'Alfred de Musset contre M. Charpentier, éditeur, 1867.
- Virginie Meyer, (sous la direction de Frédéric Barbier), Georges Charpentier, 1846-1905 : figure d'éditeur, 2005.
- Isabelle Olivero, L'Invention de la collection. De la diffusion de la littérature et des savoirs à la formation du citoyen au XIXe siècle, IMEC/Maison des Sciences de l'Homme, 1999.
- Isabelle Olivero, L'Invention de la collection au XIXe siècle : le cas de la "Bibliothèque Charpentier" (1838) et de la "Bibliothèque nationale", 1863.
- Michel Robida, Le Salon Charpentier et les impressionnistes, 1958.
- Virginie Serrepuy, Georges Charpentier (1846-1905) : Éditeur de romans, roman d’un éditeur (lire en ligne).
Articles
[modifier | modifier le code]- Dominique Kalifa, « La culture de masse en France », tome 1 : 1850-1930, 2001.
- Joëlle Gleize, « Les Personnages balzaciens », L'Année balzacienne 2005.
- Philippe Olivera, « Art et société, les ruptures de la Belle époque », 2003.
- Virginie Meyer, Georges Charpentier (1846-1905) : figure d'éditeur, (lire en ligne).
- Jean-Yves Mollier, « Le Roman populaire : 1838-1960 », 2008.
- Jean-Yves Mollier, « Charpentier, Gervais », dans Pascal Fouché, Daniel Péchoin et Philippe Schuwer, Dictionnaire encyclopédique du livre, t. A-D, Paris, Éditions du Cercle de la Librairie, , p. 508.
- Anthony Glinoer, « La Littérature frénétique », 2009.
Iconographie
[modifier | modifier le code]- Franck, « Gervais Charpentier 1805-1871, éditeur, littérateur, connu pour avoir fondé la bibliothèque Charpentier, et la Revue Nationale », Musée d’Orsay, (lire en ligne).
Liens externes
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- Notices dans des dictionnaires ou encyclopédies généralistes :