Ligue de Corinthe

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La Ligue de Corinthe ou Ligue des Hellènes désigne au IVe siècle av. J.-C. et au IIIe siècle av. J.-C. plusieurs confédérations de cités grecques alliées au royaume de Macédoine.

Époque classique[modifier | modifier le code]

Le naissance d'une confédération[modifier | modifier le code]

La première Ligue de Corinthe a été fondée en 337 av. J.-C. après la bataille de Chéronée . Après la défaite de la vaste coalition menée par Athènes et Thèbes contre Philippe II, roi de Macédoine, le vainqueur, voulant se poser en champion du panhellénique afin d'étendre sa domination sur les Grecs d'Asie, impose une alliance à laquelle toutes les cités sont contraintes d'adhérer à l'exception notable de Sparte. Les Macédoniens, que l'opinion générale de l'époque ne reconnaît pas comme « Hellènes », n'en font pas partie.

Cette alliance donne une forme stable à l'hégémonie de la Macédoine sur la Grèce ; il s'agit au départ d'un simple traité de « paix commune » (en grec ancien κοινή εἰρήνη, koinè eirenè) auquel toutes les cités grecques sauf Sparte adhérèrent ; il contient une interdiction catégorique de renverser par la force les constitutions des autres cités ; or, ces constitutions sont pour la plupart oligarchiques, ayant subi depuis quelques mois une vigoureuse pression de la part de Philippe II[1]. La ligue interdit les conflits et la piraterie ainsi que les bannissements illégitimes, les confiscations, tout nouveau partage des terres, toute abolition des dettes et tout affranchissement en masse des esclaves. Il s'agit donc en fait de protéger les classes possédantes contre la révolution. Afin de respecter la paix jurée, la liberté de navigation est garantie, et les différends entre cités doivent être réglés par l'arbitrage d'une tierce cité.

L'organe politique de la ligue[modifier | modifier le code]

Les cités sont représentées par leurs délégués respectifs qui siègent au sein d'un Conseil, le Synédrion des Hellènes (en grec Συνέδριον τῶν Ἑλλήνων)[2]. Cependant ces délégations ne sont pas à égalité de voix : elles disposent d'une ou plusieurs voix, au prorata de la population qu'elles représentent, selon le principe adopté par les Béotiens et les Arcadiens[3]. Ce Conseil siège en général à Corinthe, et s'occupe de toutes les questions fédérales, ainsi que du contrôle politique et social des cités. Il fonctionne comme tribunal suprême : il juge par exemple le citoyen d'une ville fédérée qui s'engage dans une armée étrangère contre la ligue ou contre son chef, et peut le condamner au bannissement ou à la confiscation[4]. C'est donc avant tout un instrument aux mains d'un maître, d'autant que c'est Philippe II qui convoque ce Synédrion ou le fait convoquer par un mandataire. Qu'est-ce en réalité que la paix qu'on proclame ? Philippe, comme Alexandre, est d'abord un chef de guerre : c'est pourquoi il commence par recenser dans toutes les cités les hommes en état de porter les armes, car il exige des contingents. Il recrute 200 000 fantassins et 15 000 cavaliers[5].

Cette alliance devient en effet rapidement une symmachie, obéissant à un homme plutôt qu'à une cité, avec un double objectif : envahir la Perse, sous le prétexte de venger la profanation des sanctuaires grecs lors des guerres médiques, et garantir qu'aucune cité n'exercerait des actions contraires aux lois établies. Philippe II se fait nommer général en chef, ἑγέμων, de la Ligue en 337. À ce titre, il plaida pour une guerre commune de la Macédoine unie à toutes les cités grecques contre l'Empire achéménide ; le premier acte politique de la Ligue de Corinthe, c'est le vote de la guerre contre les Perses, et la désignation de Philippe II comme stratège autocratôr. Mais la mort de Philippe retarde le projet ; c'est son fils Alexandre le Grand en 334 av. J.-C. qui met son plan en application. Des contingents de la Ligue de Corinthe (commandés par Antigone le Borgne) prennent part aux campagnes d'Alexandre qui s'achèvent par la conquête de l'empire perse.

La Ligue de Corinthe n'a plus rien à voir avec les petites confédérations qui cherchaient à sauvegarder leurs intérêts locaux, ni avec celles qui partagent la Grèce en deux. Le pacte fédéral imposé par la Ligue de Corinthe déclare l'unité et la concorde obligatoires dans la Grèce tout entière, surveille les cités suspectes, et vise à maintenir à jamais leur régime existant.

Époque hellénistique[modifier | modifier le code]

Ligue d'Antigone le Borgne[modifier | modifier le code]

La Ligue de Corinthe est rétablie en 302 av. J.-C. par Antigone le Borgne et son fils Démétrios Poliorcète[6]. Réunissant de nouveau la plupart des États grecs (à l'exception de Sparte, de la Messénie et de la Thessalie), elle est dirigée contre Cassandre maître de la Macédoine. Une inscription épigraphique trouvée à Épidaure éclaire sur ses statuts juridiques[7].

Ligue d'Antigone Doson[modifier | modifier le code]

Une nouvelle Ligue de Corinthe est fondée en 224 av. J.-C. avec l'alliance de la Ligue achéenne et du roi de Macédoine Antigone Doson dans le cadre de la guerre de Cléomène. Outre ces deux États, elle rassemble les Épirotes, les Phocidiens, les Béotiens, les Acarnaniens, les Locriens d'Oponte et les Grecs sous domination macédonienne (Thessaliens et Eubéens).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Gustave Glotz, La cité grecque, coll. L'évolution de l'humanité, Albin Michel, 1970, p. 385.
  2. Eschine, Contre Ctésiphon, 161, 254.
  3. Gustave Glotz, ibid., p. 386.
  4. Eschine, ibid. ; Hypéride, Pour Euxénippe, 20 ; Démosthène, Sur la couronne, 201.
  5. Gustave Glotz, ibid., p. 387.
  6. Will 2003, p. 77-78.
  7. Will 2003, p. 79.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Paul Goukowsky, Le monde grec et l'Orient : Alexandre et la conquête de l'Orient, t. 2, PUF, coll. « Peuples et Civilisations », (1re éd. 1975), 702 p. (ISBN 2-13-045482-8)
  • Édouard Will, Histoire politique du monde hellénistique 323-30 av. J.-C., Paris, Seuil, coll. « Points Histoire », (ISBN 202060387X)
  • Édouard Will, Le monde grec et l'Orient : Le monde hellénistique, t. 2, PUF, coll. « Peuples et Civilisations », (1re éd. 1975), 702 p. (ISBN 2-13-045482-8)
  • (en) Albert Brian Bosworth, Conquest and Empire. The Reign of Alexander the Great, Cambridge Univ. Pr., Cambridge, 1993, p.187 et suivantes, (ISBN 052140679X).
  • (de) Frank-Gernot Schuffert, Studien zu Krieg und Machtbildung im Frühhellenismus, Diss. Gießen, 2005, p. 179 et suivantes, lire en ligne.