La nuit nous appartient

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Page d'aide sur l'homonymie Cet article concerne le film. Pour l'émission de télévision, voir La nuit nous appartient (émission télévisée).
La nuit nous appartient
Titre original We Own the Night
Réalisation James Gray
Scénario James Gray
Acteurs principaux
Pays d’origine États-Unis
Genre Policier
Durée 117 minutes
Sortie 2007

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution

La nuit nous appartient (We Own the Night) est un film policier américain écrit et réalisé par James Gray. En France, il est sorti en salles en novembre 2007 après avoir été présenté en avant-première le au Festival de Cannes, en compétition officielle.

Très appréciée par la critique[1], cette production à la fois sombre, esthétique et efficace est la deuxième, après The Yards sept ans plus tôt, dans laquelle James Gray dirige Joaquin Phoenix et Mark Wahlberg qui sont également producteurs du film. Ces deux réalisations forment avec la première de Gray, Little Odessa, une trilogie caractérisé notamment par une unité thématique : la famille, le crime organisé, la police et Brooklyn, quartier new-yorkais où l’auteur a passé son enfance.

Résumé[modifier | modifier le code]

1988, Brooklyn. Bobby Green (Joaquin Phoenix) est le jeune manager de la discothèque à la mode El Caribe qui appartient à un marchand de fourrure d’origine russe, Marat Buzhayev (Moni Moshonov), un vieil homme bienveillant qui lui fait totalement confiance. Son établissement est fréquenté par un trafiquant de drogue, Vadim Nezhinski (Alex Veadov), un chef de gang ambitieux et violent dont Bobby s’accommode car il est le neveu du propriétaire.

Bobby, dont le patronyme est en fait Grusinsky (Green est le nom de sa mère), a pris ses distances avec son père, le commandant de police Burt Grusinsky (Robert Duvall) et son frère cadet, le capitaine Joseph Grusinsky (Mark Wahlberg), qui vient d’être nommé à la tête de l’équipe des stups de Brighton au sud de Brooklyn. Bobby préfère la fête, le monde de la nuit, le cannabis, les parties de cartes avec son ami Jumbo... Et sa petite amie, la sensuelle Amada Juarez (Eva Mendes). Lorsque les forces de police menées par son frère font irruption dans son night-club, dans l'espoir de prendre Vadim en flagrant délit, Bobby s'énerve et se retrouve au commissariat. Il en vient aux mains avec son frère.

Vadim, qui s'en est tiré à bon compte, estime qu’il faut intimider la police pour exercer son activité en toute quiétude. Un de ses hommes, masqué, tire à bout portant sur Joseph qui s’en sort miraculeusement. Bobby lui rend visite à l’hôpital, il réalise à quel point il tient à son frère et combien Vadim est un être malfaisant et sanguinaire. Il décide d’aider la police à l’arrêter. Malgré les craintes de son père, il accepte l’invitation de Vadim à visiter son laboratoire afin de localiser ce dernier. Une intervention conduit à l'arrestation de Vadim et de nombre de ses complices, mais ceux-ci ont compris dans quel camp est Bobby. Il est maintenant le principal témoin contre Vadim. Amada et lui sont placés sous protection permanente par la police. ils changent constamment de planques, ils ne voient plus personne, leur relation commence à se détériorer.

Vadim parvient à s’échapper de prison à la faveur d’un transfert à l'hôpital. Alors que, sous une pluie battante, un convoi policier, dirigé par le père Grusinsky, escorte Bobby vers une nouvelle planque, les hommes du gangster tentent de le tuer. À l’issue d’une course-poursuite chaotique, c’est son père Burt qui perd la vie dans un carambolage. Quand il reprend ses esprits, Bobby s’interroge sur la façon dont les gangsters sont parvenus à le localiser.

Pour venger son père, il décide d’entrer dans la police. Amada le quitte. Bobby finit par comprendre que le mouchard ne peut être que son « ami » Jumbo. Furieux, il le tabasse, Jumbo avoue qu’il travaille pour le propriétaire du Caribe, le vieux Marat. En fait, c'est ce dernier qui est à la tête du trafic de drogue, c'est lui qui assure l'approvisionnement de son neveu en utilisant ses fourrures pour la transporter. Jumbo sait que le prochain arrivage aura lieu le mercredi qui suit. Bobby lui, sait que tous les mercredis, Marat sort pour accompagner ses petits-enfants à leur cours d’équitation.

Un grand coup de filet est organisé. Lors de l'assaut, Joseph reste paralysé par la brusque réminiscence de la traumatisante tentative d’assassinat dont il a été victime. L’opération policière est un succès, Bobby tue Vadim, l'un des seuls à avoir pu s’échapper.

Quelques mois plus tard, il reçoit son diplôme de l'école de police de New York. Lors de la cérémonie, alors qu’il va prononcer son discours, il croit apercevoir Amada dans l'assistance, mais, non, c’est une illusion. Il a perdu celle qu’il aimait, il a perdu aussi son père mais il a retrouvé son frère, Joseph, lequel a décidé de demander sa mutation dans un bureau pour, dit-il, consacrer plus de temps à sa famille.

Fiche technique[modifier | modifier le code]

Distribution[modifier | modifier le code]

Sources et légendes : Version française (VF) sur RS Doublage[5] et sur le carton de doublage du film. Version québécoise (VQ) sur Doublage Québec[6]

Autour du film[modifier | modifier le code]

  • Christopher Walken était le premier choix pour incarner Albert Grusinsky avant que Robert Duvall ne fût choisi.
  • D'après Mark Wahlberg, Joaquin Phoenix passait son temps hors des prises à insulter Robert Duvall pour être totalement imprégné de son rôle. Cela a commencé à fortement agacer ce dernier et Mark Wahlberg dut demander à Joaquin Phoenix de se calmer pour que le tournage continue à se dérouler sans problème.

Analyse[modifier | modifier le code]

Concernant le fond (le message du film) on notera que We Own the Night, le titre original de l'œuvre, est la devise de l'ancienne Street Crime Unit de New York, à laquelle appartiennent les policiers du film. Le générique de début, composé de photographies d'archives, se termine par le gros plan d'un écusson de l'unité. Cette devise évidemment n'est qu'un slogan, un vœu pieu. Pas plus dans les années 1980 qu'aujourd'hui, la police américaine malgré l'augmentation constante de ses effectifs, n'est parvenue à faire baisser la criminalité et le trafic des psychotropes illicites ne cesse d'augmenter. Comme tous les films et les feuilletons policiers, l'œuvre de Gray est un film de propagande, il nous montre une police héroïque qui terrasse les criminels et dépeint ces derniers comme des êtres dont la férocité confine au sadisme. Le critique du Parisien, agacé par cette apologie appuyée, déclare : « Et les nuances, dans tout ça ? Pour qui a connu le cadre du film (...), le New York des années 1980, un univers justement fait de frontières floues, la pilule est un peu dure à avaler. »[1]

Le scénario est très habilement construit pour susciter l'adhésion du spectateur au combat de la police. Gray fait en sorte qu'on s'identifie au personnage principal, Bobby, un individualiste hédoniste, sans morale bien arrêtée, qui justement ne se sent pas au départ concerné par ce combat. Son père policier le met en garde : il devra tôt ou tard choisir entre la loi et le crime. Et la suite de l'intrigue lui (et nous) démontre qu'il a raison : dans leur frénésie meurtrière, les gangsters blessent grièvement son frère et tuent son père. Bobby entre dans la police et débarrasse la ville des trafiquants de drogue. Gray n'hésite pas à être caricatural pour appuyer sa démonstration, quitte à « quelques invraisemblances du scénario » (Paris-Match). Ainsi le chef du gang a la curieuse idée de tuer un responsable de la police pour que celle-ci le laisse tranquille. Il est si féroce qu'un de ses hommes arrêté par elle préfère se suicider en arrivant au commissariat plutôt que de risquer de parler lors d'un interrogatoire. Le critique de aVoir-aLire.com estime que « Gray signe un (...) mélo emphatique peu subtil et faussement moralisateur. »[1]

Le style est brillant comme l'ont noté la plupart des critiques dans les médias. Gray a assimilé les enseignements des grands films noirs et policiers hollywoodiens des années 1930 à 50. TéléCinéObs salue son « classicisme somptueux ». Il parvient à créer dans son film une ambiance pesante et sombre grâce notamment à une photo, assurée par Joaquin Baca-Asay, qui sait capter les clairs-obscurs des scènes nocturnes qui occupent l'essentiel de l'œuvre. Mais celle-ci ne verse jamais dans l'esthétisme gratuit, le montage est rythmé et les scènes d'action (fusillades, poursuites en voiture), mises en scène avec maestria, sont haletantes. Bien dirigés et portés par des dialogues brefs et sans emphase, les acteurs (même Marc Wahlbergh) habitent leurs personnages sans surjouer.

Accueil[modifier | modifier le code]

La critique[modifier | modifier le code]

Elle est très élogieuse. Allociné recense 27 critiques qui dans leur majorité donnent leur meilleure note possible au film[1]. Pour beaucoup de médias c’est un chef-d’œuvre. La revue Chronic'art et le site MCinema.com l’élisent meilleur film de l’année[7]. Quant au mensuel spécialisé Positif, il le classe cinquième meilleur film de la décennie 2000-2010[8].

Ces appréciations confortent l’accueil très favorable des festivals au cinéma de James Gray. À Cannes, par exemple, le jeune cinéaste, avec cette troisième réalisation, est présent pour la troisième fois dans la sélection officielle et il est nommé 9 fois (il repart à nouveau bredouille mais, dans cette fête, l’important est d’en être)[9].

La presse apprécie particulièrement le caractère intemporel et poignant du récit. Positif évoque un « drame cornélien » pour qualifier l’épine dorsale du film, à savoir le choix impossible du héros entre ses amis, fêtards, débauchés, drogués parfois et sa famille composée de policiers austères. L’Humanité fait le parallèle avec les « récits bibliques, les paraboles du bon et du mauvais fils ». Les journalistes applaudissent sa maitrise technique et esthétique. Le Journal du Dimanche loue une « mise en scène serrée et totalement maîtrisée ... qui affiche un sens radical de la dramaturgie et un esthétisme jamais ostentatoire ». Les critiques ont été marqués par des « séquences époustouflantes » (Le Parisien), « héroïques » (Ouest-France), notamment une poursuite en voiture particulièrement haletante. Certains sont plus réservés, ils regrettent son côté manichéen. Ainsi aVoir-aLire.com a vu « un polar affecté doublé d'un mélo emphatique, peu subtil et faussement moralisateur. » Le Parisien, agacé par cette apologie sans réserve de la police américaine, demande : « Et les nuances, dans tout ça ? »

Le public[modifier | modifier le code]

En France, sans être un raz-de-marée, le film est un petit succès : 863 159 entrées. Sur le plan mondial, il rapporte 54,9 millions de dollars pour les seules entrées en salles. Il avait coûté 21 millions[10].

Ce succès est presque une surprise. En effet, les précédentes réalisations de Gray, Little Odessa et The yards avaient été toutes deux de pathétiques échecs commerciaux[11],[12]. The yards par exemple n’avait engrangé que 2,3 millions de dollars de recette alors qu’il en avait coûté 20 millions ! Un tel flop refroidit les investisseurs... Et explique les sept ans qu'il a fallu à Gray pour monter La nuit nous appartient. Après le succès de ce dernier film, il ne lui faudra qu’un an pour sortir le suivant, Two lovers... Qui sera, hélas, un échec public, ainsi que le suivant. En fait, le seul film de James Gray qui a rencontré son public et rempli les poches de ses producteurs est La nuit nous appartient. Il faut dire que les américains ne s’intéressent guère à l’œuvre de leur compatriote, ce sont les Européens et particulièrement les Français qui sauvent (si c’est possible) ses films de leurs habituels naufrages. Ainsi celui qui nous intéresse a rapporté près de 8 millions de dollars en France pour seulement 28,5 millions en Amérique, pays 5 fois plus peuplé.

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b c et d « Critiques Presse », sur allocine.fr
  2. (en) La nuit nous appartient sur l’Internet Movie Database
  3. Le R signifie que les mineurs (17 ans ou moins) doivent être accompagnés pour pouvoir assister à la projection du film.
  4. http://www.cnc.fr/web/fr/rechercher-une-oeuvre/-/visa/118946
  5. « Fiche de doublage VF du film » sur RS Doublage, consulté le 2 janvier 2015
  6. « Fiche de doublage québécois du film » sur Doublage Québec, consulté le 2 janvier 2015
  7. http://lesfilmsdefab.over-blog.com/article-2007-presse-sites-cine-82349801.html
  8. http://www.cineclubdecaen.com/analyse/listesdesmeilleursfilmsannees2000.htm
  9. « La nuit nous appartient. Palmarès », sur Allociné
  10. « La Nuit nous appartient. We Own The Night », sur JP's Box-Office
  11. « Little Odessa », sur JP's Box-Office
  12. « The yards », sur JP's Box-Office