Hirokazu Kore-eda

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Hirokazu Kore-eda
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Hirokazu Kore-eda au Festival de Cannes 2015.
Naissance (58 ans)
Tokyo (Japon)
Nationalité Drapeau du Japon Japonaise
Profession Réalisateur
Scénariste
Films notables Maborosi
Nobody Knows
Still Walking
Tel père, tel fils
Une affaire de famille

Hirokazu Kore-eda (是枝 裕和, Koreeda Hirokazu?), né le à Tokyo, est un réalisateur japonais.

Il est réputé pour son approche novatrice, non spectaculaire et quasiment documentaire du cinéma de fiction (trait commun à une série de jeunes réalisateurs japonais)[1].

Son cinéma, fait de chroniques familiales, évoque avec une grande douceur le deuil, le mensonge, l'abandon, la culpabilité, la difficulté d'être parents, la solidarité des enfants. Par sa délicatesse, ses sentiments pudiques et ses qualités de mise en scène, Hirokazu Kore-eda est comparé à Yasujirō Ozu ou à Tchekov[2].

Hirokazu Kore-eda a débuté en 1991 par des films documentaires - genre qu'il n'a pas abandonné -, avant de réaliser son premier film de fiction Maborosi (qui fut présenté à Venise en 1995). Depuis ses films sont présentés dans de nombreux festivals, principalement hors de l'Europe à Toronto où neuf de ses films ont été montrés, et à Cannes où sept de ses films ont été programmés (en Sélection Officielle ou en sélection Un certain regard)[3]. En 2018, il remporte la Palme d'or pour Une affaire de famille, et le festival international du film de Saint-Sébastien lui décerne le prix Donostia pour l'ensemble de sa carrière.

Biographie[modifier | modifier le code]

Né à Tokyo, il a une mère cinéphile, qui lui montre de nombreux films pendant son enfance, dont ceux d'Ingrid Bergman, Joan Fontaine ou Vivien Leigh. Son père a été soldat de l'armée japonaise de Manchourie à l'âge de 20 ans. Il est fait prisonnier par les Russes à la fin de la Seconde Guerre mondiale, puis envoyé en camp de travail en Sibérie, libéré au début 1950, mais il ne se remettra jamais de cette épreuve, ne trouvant pas de travail stable[4]. Hirokazu Kore-eda découvre le cinéma de Fellini, en particulier La Strada et les Nuits de Cabiria et européen : Truffaut et Rossellini [5]. Il étudie la littérature et l'écriture de scénarios à l'université Waseda sous la direction du professeur Iwamoto Kenji, avec lequel il passe sa thèse consacrée à l'écriture de scénario. Il s'intéresse alors également au théâtre.

En tant que réalisateur de documentaires[modifier | modifier le code]

À partir de 1987, il rejoint une société de production de films documentaires comme producteur assistant, puis comme réalisateur. Son premier film documentaire, Mais... à l’ère de la protection sociale, est centré sur les femmes malades et incurables, sans moyen de subsistance. Il marque l'intérêt de Hirokazu Kore-eda pour la question de la responsabilité sociale et nationale et son engagement politique. Ses films documentaires sont remarqués, en particulier en Allemagne, et reçoivent de nombreux prix[6]. Depuis, il combine son activité de réalisateur de documentaires (une vingtaine de films réalisés) avec celle de réalisateur de films de fiction.

Il a également publié une vingtaine de livres, réalisé des publicités et des clips.

Réalisateur de films de fiction[modifier | modifier le code]

Nourri de son travail de documentariste, son premier film de fiction Maborosi reçoit le Prix Osella à la 52e Mostra de Venise, en 1995, et inaugure la carrière d'un cinéaste régulièrement primé[7] dans de très nombreux festivals à travers le monde. Ainsi, dès 1998, son second film After Life est présenté dans de nombreux festivals et remporte un vaste succès international. Il présente la vie joyeuse d'une « administration des limbes » post-mortem, où les fantômes viennent déposer un souvenir éternel. À cette époque, Shinji Sōmai et Masahiro Yasuda (ja) deviennent ses producteurs. En 2001, Distance est présenté en compétition officielle au festival de Cannes. En 2004, Nobody Knows obtient le prix d'interprétation masculine au festival de Cannes pour le jeune Yūya Yagira, 12 ans au moment du tournage. Le film est inspiré d'un fait réel : une mère-enfant abandonne ses cinq enfants dans un appartement pendant neuf mois avant que les voisins ne s'en inquiètent. Le scénario, écrit au moment du fait divers, a été tourné quinze ans après. La direction d'acteurs des enfants de 4 à 12 ans révèle la subtilité du metteur en scène[2].

En 2008, Still Walking montre le quotidien d'une famille ordinaire à la suite du décès d'un enfant. Les liens tragi-comiques décrits et tissés entre les personnages, entre douceur et cruauté, évoquent l'univers de Tchekhov[2]. En 2009, Hirokazu Kore-eda s'essaie à l'adaptation d'un manga de Ryusei Oda avec Air Doll. Le film est présenté au Festival de Cannes dans la section Un certain regard, avec un succès mitigé. Cette histoire de poupée gonflable, pourvue d'un cœur et d'une âme, qui s'affranchit de son créateur, est une réflexion selon Kore-eda « sur la solitude urbaine et le sens de la vie » [5].

Le festival international des cinémas d'Asie de Vesoul lui consacre en 2012 une rétrospective intégrale. En 2013, Tel père, tel fils reçoit le prix spécial du jury au 66e festival de Cannes et au Japon, le prix du ministre de l’Éducation, de la Culture, des Sports, de la Science et de la Technologie en 2013 pour sa réalisation. Le film est une réflexion sur la paternité. En 2015, avec Notre petite sœur, Kore-eda aborde le problème des familles recomposées ainsi que l'acceptation et l'adoption des frères et sœurs entre eux. En 2017, The Third Murder est un film judiciaire dans lequel un meurtrier change trois fois d'aveux et préfère être condamné à mort pour donner sens à sa naissance et à sa présence au monde.

En 2018, Une affaire de famille reçoit la Palme d'or au 71e festival de Cannes. Le film connaît un succès international et crée un incident avec le Premier ministre japonais, qui ressent le film comme anti-japonais[8]. Une famille pauvre et modeste recueille une enfant battue, un soir d'hiver, lui offrant amour et tendresse. Le film, divisé en deux parties yin et yang[9], remet en cause la légitimité de la famille traditionnelle japonaise, l'insolence du cinéaste jaillit au carrefour d'un dialogue lorsque, à une femme-flic qui dit : « Toutes les petites filles veulent vivre chez leurs vraies mères », l’une des membres du clan réplique : « Ça, c’est ce que les mères croient… »[10].

En 2018, pour la première fois, il tourne à l'extérieur du Japon. Son film, La Vérité, se fait en France avec un casting principalement francophone : Catherine Deneuve, Juliette Binoche, Ludivine Sagnier et Ethan Hawke[11].

Style et thématique[modifier | modifier le code]

Le cinéaste aborde souvent la thématique familiale, la filiation, tant il semble interroger la figure paternelle absente. On loue surtout son humanisme, sa délicatesse, il est régulièrement comparé à Yasujirō Ozu[12],[13], par rapport auquel il est parfois qualifié de « petit-fils ». Sont aussi régulièrement vantés sa direction d'acteurs, notamment des non-professionnels, et son minimalisme (écriture blanche)[14].

Admirateur de Ken Loach et Hou Hsiao-hsien il pense que faire « un film c'est fixer son regard ou regarder quelque chose »[15]. Dans son travail, Kore-eda recherche l’équilibre entre la mémoire, l'imagination et l'observation, il a toujours affirmé ne pas vouloir dessiner un personnage de méchant. Il déclare que « réalisateur de documentaire pour la télévision, je suis devenu aujourd'hui un réalisateur de cinéma contemporain, mais j’ai toujours la même planification, l’écriture de scénario, la réalisation, le montage, selon mon style. J’ai toujours un cahier avec moi,à chaque fois que j’ai une idée, je l’y écris. En fonction de la réaction de l'acteur, je réécris le scénario immédiatement, j'écoute la conversation entre les acteurs et j'ajoute une interaction au script. Il ne faut pas remettre le script à l'enfant qui apparaît dans le film, il faut lui expliquer le dialogue de vives voix sur le lieu de travail et recréer le dialogue avec ses mots à lui »[16].

Filmographie[modifier | modifier le code]

Au cinéma[modifier | modifier le code]

À la télévision[modifier | modifier le code]

Distinctions[modifier | modifier le code]

Hirokazu Kore-eda au Festival du film international de Toronto en 2009.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Hirokazu Kore-eda, Quand je tourne mes films, traduit du japonais par Saeko Takahashi et Stéphane de Torquat, Atelier Akatombo, 2019, 413 p.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Par exemple Donald Richie dit de Kore-eda et de Susumu Hani : « Ces jeunes cinéastes ont ainsi donné au style documentaire un réalisme plus apparent et une place définitive dans les films du tournant de ce millénaire. » (Donald Richie (trad. de l'anglais par Romain Slocombe), Le cinéma japonais, Paris, Édition du rocher, , 402 p. (ISBN 2-268-05237-0), p. 299). Kuriko Sato (op. cit.) le décrit comme « one of the quintessential exponents of young Japanese cinema. ».
  2. a b et c « Cinq films qui font d’Hirokazu Kore-eda le grand cinéaste de la famille », sur Télérama.fr
  3. « Festival de Cannes - Site Officiel », sur Festival de Cannes
  4. Bradshaw, « Hirokazu Kore-eda: ‘They compare me to Ozu. But I’m more like Ken Loach’ »,
  5. a et b in Rama Yamini, Interview with Kuro-eda en ligne https://www.ioncinema.com/news/uncategorized/interview-hirokazu-kore-eda-air-doll
  6. Galaxy Award Excellence Work Award, prix ATP
  7. au total, Hirokazu Kore-eda reçoit une centaine de prix pour l'ensemble de son œuvre
  8. « La palme de la brouille entre Kore-eda et le gouvernement nippon »,
  9. Le film se divise en deux parties, deux sensations antagonistes, le chaud et le froid.in Cécile Mury, Cannes 2018 - Kore-eda signe “Une affaire de famille”, qui s’apparente à la perfection, in Télérama, https://www.telerama.fr/festival-de-cannes/2018/cannes-2018-kore-eda-signe-une-affaire-de-famille,-qui-sapparente-a-la-perfection,n5647900.php
  10. in Pierre Murat, les familles décomposées de Kore-eda, Télérama 2018 https://www.telerama.fr/cinema/les-familles-decomposees-de-kore-eda,n5934254.php
  11. « Démarrage fulgurant pour « Une Affaire de famille », Palme d'or à Cannes », sur www.20minutes.fr
  12. « Cannes 2018 - Kore-eda signe Une affaire de famille, qui s'apparente à la perfection », sur Télérama,
  13. « Hirokazu Kore-Eda, un maître se lève », sur L'Express,
  14. « The Third Murder : Crimes en abymes », sur Libération,
  15. "I thought making a film is gazing or looking at something" in Rama Yamini, Interview with Kuro-eda en ligne https://www.ioncinema.com/news/uncategorized/interview-hirokazu-kore-eda-air-doll
  16. Traduction partielle de la note 33 de l'article Hirokazu Kore-eda sur wikipedia en japonais : « Un grand succès! » Et devenir père « Le directeur, Hirokaze Oshita, s'entretient avec le directeur Spielberg au sujet d'une décision de refonte aux États-Unis » eiga.com ( 1er octobre 2013 ). Consulté le 19 juin 2018 .
  17. (en) « '3 Faces', 'Shoplifters' win top prizes at Antalya Film Festival », sur screendaily.com, (consulté le 13 octobre 2018)

Liens externes[modifier | modifier le code]