Gigantopithèque

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Gigantopithecus

Gigantopithecus (du grec γίγας gigas « géant », et πίθηκος pithekos « singe ») est un genre éteint de singes appartenant à la sous-famille des ponginés. Il est attesté en Asie du Sud-Est à partir d'environ deux millions d'années et jusqu'à environ cent mille ans avant le présent. On a trouvé des fossiles en Chine, au Viêt Nam, et plus récemment en Indonésie[1]. Bien que les seuls fossiles connus de Gigantopithèque soient de nombreuses dents isolées et quelques mandibules, ils suggèrent que cette espèce est le plus grand singe connu qui ait jamais existé, avec une taille comprise entre deux et trois mètres, et un poids compris entre 200 et 500 kg.

Historique[modifier | modifier le code]

En 1935, le paléontologue allemand Gustav von Koenigswald découvrit dans des pharmacies chinoises de Hong Kong des dents géantes de singe hominidé, presque deux fois plus grandes que celles d'un Gorille. Les apothicaires chinois ont en effet longtemps utilisé des ossements et dents fossiles réduits en poudre, auxquels on attribuait des vertus curatives sous le nom d'os de dragon, dans le cadre de la pharmacopée chinoise traditionnelle.

Koenigswald créa dès 1935 pour ces dents l'espèce Gigantopithecus blacki, en hommage au médecin anatomiste canadien Davidson Black, décédé en 1934 au cours de ses recherches sur l'Homme de Pékin[2]. En 1955, on découvrit la première mandibule relativement complète. En 1958, trois mandibules et plus de 1 300 dents isolées avaient déjà été collectées. En 2014, des dents et une mandibule fossiles de Gigantopithecus blacki ont été trouvées pour la première fois en Indonésie[3],[1]. À ce jour, aucun crâne ni ossement fossile post-crânien n'ont cependant encore été découverts.

Espèce[modifier | modifier le code]

Le genre Gigantopithecus ne comprend qu'une seule espèce connue[2] :

Description[modifier | modifier le code]

Le professeur Friedemann Schrenk montrant un fragment de molaire de Gigantopithecus blacki. Ce fragment correspond à environ un quart de la dent complète.

Les chercheurs lui ont d'abord attribué une taille allant jusqu'à 3 m et un poids allant jusqu'à 540–600 kg[4]. Selon des auteurs plus récents, le Gigantopithèque aurait toutefois été un peu moins grand, atteignant une hauteur de 1,8 à 2 m pour un poids de 180 à 300 kg[5],[6],[7].

Il est difficile de se prononcer de façon précise sur sa taille et son poids, car les seuls fossiles trouvés à ce jour sont des mandibules et des dents. On voit néanmoins que ces éléments dépassent nettement en taille ce que l'on trouve chez le Gorille actuel.

Régime alimentaire[modifier | modifier le code]

Les dents de grande taille et les puissantes mâchoires étaient généralement faites pour broyer une nourriture végétale coriace. On rapproche le régime de ces singes de celui des gorilles, constitué presque intégralement de végétaux[2].

Le rapport isotopique 13C/12C de l'émail dentaire de Gigantopithecus blacki a été comparé à celui d'espèces apparentées d'Asie du Sud-Est, actuelles ou éteintes : différent de celui des taxons omnivores et carnivores et très semblable à celui des orang-outans (mais différent de celui du Panda géant), ce rapport est typique d'un habitat forestier et d'un régime végétarien généraliste.

La très grande taille de Gigantopithecus blacki et son régime particulier (en Thaïlande il n'occupait que les zones forestières alors qu'il y avait une majorité de paysages de savane ouverte) pourraient être la cause de sa disparition lors des épisodes glaciaires qui ont drastiquement réduit le couvert forestier[8],[9].

Comparaison de la taille de Giganthopithecus, à gauche, et d'Indopithecus, à droite, avec un humain.
Vue d'artiste de Gigantopithecus blacki

Classification[modifier | modifier le code]

Phylogénie des genres de ponginés, d'après James Birx et al. (2010)[10] et David Begun (2015)[11] :

 Ponginae 

 Ankarapithecus



 Sivapithecini †


 Sivapithecus




 Indopithecus



 Gigantopithecus





Pongini

 Khoratpithecus



 Pongo (les orang-outans)






Le plus proche parent fossile du Gigantopithèque serait l'Indopithèque, qui vivait dans le Nord de l'Inde et du Pakistan au cours du Miocène supérieur.

En 2019, une étude paléoprotéomique de l'émail d'une molaire de Gigantopithecus blacki, datant de 1,9 Ma, a montré que le dernier ancêtre commun de cette espèce et des orang-outans remonterait à environ 10 à 12 Ma, ce qui confirmerait l'appartenance du Gigantopithèque à la sous-famille des Ponginae[12].

Cryptozoologie et mythologie[modifier | modifier le code]

Les cryptozoologues, qui croient à l'existence du Yéti (ou « abominable homme des neiges ») et du Bigfoot, émettent la théorie selon laquelle ces créatures seraient des spécimens de Gigantopithèques contemporains de l'Homme moderne, qui auraient été observés par les populations himalayennes historiques[13]. Les scientifiques supposent que l'observation de fossiles de Gigantopithèque (aujourd'hui perdus, et plus complets que les quelques dents et mandibules dont nous disposons), par ces populations dépourvues de connaissances scientifiques, a aussi pu donner naissance au mythe[14].

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Noerwidi Sofwan, « Primata Besar di Jawa : Spesimen Baru Gigantopithecus dari Semedo / Giant Primate of Java : A new Gigantopithecus specimen from Semedo », Berkala Arkeologi, vol. 36, no 2,‎ , p. 141–160 (lire en ligne [PDF], consulté le 6 décembre 2017)
  2. a b et c (en) Jeffrey K. McKee, Frank E. Poirier, W. Scott McGraw, Understanding human evolution, 5e édition, chapitre 7, p. 156, Routledge, New York, 2016, lire en ligne
  3. (en) Agus Maryono, « Fossils of rare, ancient animals found in Tegal », The Jakarta Post,
  4. Russell Ciochon, « The ape that was – Asian fossils reveal humanity's giant cousin », Natural History, vol. 100,‎ , p. 54–62 (ISSN 0028-0712, lire en ligne[archive du ])
  5. (en) Robin Dennel, The Palaeolithic Settlement of Asia, Cambridge, Cambridge University Press, , 548 p. (ISBN 978-0-521-84866-4)
  6. Singh, R. P. et Islam, Z., Environmental Studies, Concept Publishing Company Pvt. Ltd., , 344 p. (ISBN 978-81-8069-774-6, lire en ligne)
  7. Y. Zhang et T. Harrison, « Gigantopithecus blacki: a giant ape from the Pleistocene of Asia revisited », American Journal of Physical Anthropology, vol. 162, no S63,‎ , p. 153–177 (DOI 10.1002/ajpa.23150)
  8. « Comment le vrai King Kong a disparu de la planète », L'Obs,‎ (lire en ligne, consulté le 21 novembre 2018).
  9. (en) Hervé Bocherens, Friedemann Schrenk, Yaowalak Chaimanee, Ottmar Kullmer, Doris Mörike et al., « Flexibility of diet and habitat in Pleistocene South Asian mammals : Implications for the fate of the giant fossil ape Gigantopithecus », Quaternary International, vol. 434, part A,‎ , p. 148-155 (DOI 10.1016/j.quaint.2015.11.059).
  10. (en) H. James Birx (dir.), 21st Century Anthropology : A Reference Handbook, partie IX, chapitre 55, p. 553-554, vol. 2, Sage Publications, (lire en ligne)
  11. (en) David R. Begun, The real Planet of the Apes : A new Story of human Origins, Princeton University Press, (lire en ligne)
  12. (en) Frido Welker, Jazmín Ramos-Madrigal, Martin Kuhlwilm, Wei Liao, Petra Gutenbrunner et al., « Enamel proteome shows that Gigantopithecus was an early diverging pongine », Nature, vol. 576,‎ , p. 262-265 (DOI 10.1038/s41586-019-1728-8)
  13. (en) Michael Alan Park, Biological Anthropology, Mayfield Publishing Co., 1996, (ISBN 1-55934-424-5), p. 177-178.
  14. (en) From the Teeth of the Dragon : Gigantopithecus Blacki

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Références taxonomiques[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]