Franjo Jelačić

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Franjo Jelačić
Franjo Jelačić Bužimski
Franjo Jelačić
Le Feldmarschall-Leutnant Franjo Jelačić. Illustration du XIXe siècle tirée du livre de Rudolf Horvat, Slike iz hrvatske povijesti, 1928.

Naissance
Petrinja, royaume de Croatie
Décès (à 63 ans)
Zalaapáti, royaume de Hongrie
Origine Drapeau du Royaume de Croatie Royaume de Croatie
Allégeance Drapeau des Habsbourg Monarchie des Habsbourg
Drapeau de l'Autriche Empire d'Autriche
Arme Infanterie
Grade Feldmarschall-Leutnant
Années de service 1763-1810
Conflits Guerre austro-turque de 1788-1791
Guerres de la Révolution française
Guerres napoléoniennes
Faits d'armes Bataille de Wurtzbourg
Bataille de Feldkirch
Bataille de Sankt Michael
Bataille de Raab
Distinctions Ordre militaire de Marie-Thérèse
Autres fonctions Propriétaire du régiment d'infanterie n° 62
Famille Josip Jelačić, son fils

Franjo Jelacic Bužimski — connu également sous le nom de Franz Jellacic ou Francis Yellachich de Buzhim en anglais, Franz Jellacic von Buzim en allemand et Ferenc Jellacsics de Buzim en hongrois —, né le à Petrinja et mort le à Zalaapáti, est un général autrichien d'origine croate, membre de la Maison de Jelačić. Il commença sa carrière militaire dans l'armée des Habsbourg comme officier de grenzers et se distingua sur le front ottoman. Pendant les guerres de la Révolution française, il fut élevé au rang d'officier général et remporta une victoire éclatante à Feldkirch, le 23 mars 1799. Les événements de sa carrière ultérieure révélèrent toutefois ses limites en tant que commandant. Sa participation aux guerres napoléoniennes, souvent à la tête d'une division, se solda en effet par des revers de grande ampleur, comme à Dornbirn en 1805 ou à Sankt Michael en 1809. Il fut propriétaire d'un régiment d'infanterie autrichien de 1802 jusqu'à sa mort.

Biographie[modifier | modifier le code]

Du cadet au feld-maréchal lieutenant[modifier | modifier le code]

Franjo Jelačić naquit en 1746 à Petrinja, dans le royaume de Croatie, fief de la monarchie de Habsbourg. Il devint élève-officier au 1er régiment d'infanterie de grenzers en 1763. Il fut promu capitaine en 1772 et major en 1783, puis participa à la guerre austro-turque de 1788 à 1791, à l'issue de laquelle il obtint le grade d'Oberstleutnant — équivalent à celui de lieutenant-colonel. Toujours au sein d'un régiment de grenzers, Jelačić fut élevé au rang d’Oberstcolonel — en 1794. En cette qualité, il servit au cours des guerres de la Première Coalition sur le Rhin supérieur, notamment à la bataille de Wurtzbourg et dans divers petits combats. En mars 1797, il fut nommé général-major de l'armée autrichienne, après trente-quatre ans passés sous les armes[1].

Le 23 mars 1799, à la bataille de Feldkirch, Jelačić se heurta avec 5 500 hommes à une armée française forte de 12 000 soldats et commandée par deux futurs maréchaux de l'Empire, André Masséna et Nicolas-Charles Oudinot[2]. Le général autrichien ne disposait que de cinq bataillons d'infanterie, dont trois de grenzers. Adoptant une attitude défensive, il refoula coup sur coup les colonnes françaises qui perdirent 3 000 tués ou blessés alors que les pertes autrichiennes ne dépassaient pas 900 hommes[3]. En récompense de sa victoire, Jelačić fut promu feld-maréchal-lieutenant[4] et se vit décerner la croix de chevalier de l'ordre militaire de Marie-Thérèse. Le titre de baron héréditaire lui fut également octroyé. En 1802, l'empereur François II le nomma propriétaire du régiment d'infanterie no 62, qui porta désormais son nom[5],[note 1]. En 1801, sa femme, Ana Portner von Höflein, donna naissance à un fils, Josip Jelačić, qui devint général à la suite de son père et soutint le régime autrichien lors de la révolution hongroise de 1848[1].

Guerres napoléoniennes[modifier | modifier le code]

Campagne de 1805[modifier | modifier le code]

Le maréchal Pierre Augereau, vainqueur de Jelačić lors de la campagne de 1805.

Lors de la campagne d'Autriche de 1805, Jelačić fut affecté à l'armée commandée par l'archiduc Ferdinand et le feld-maréchal Mack. Ses troupes furent d'abord assignées à la défense de la ville de Biberach an der Riß[6], puis, aux alentours du 6 octobre, Jelačić reçut de la part de Mack l'ordre de se diriger vers Ulm. Son corps alignait alors 16 bataillons d'infanterie, six compagnies de jägers et six escadrons de cavalerie, pour un total de 15 000 hommes. À la tête de la Grande Armée, Napoléon entama sa manœuvre d'enveloppement de l'armée autrichienne[7]. Des affrontements eurent lieu à Wertingen le 8 octobre, Günzburg le 9 et Haslach-Jungingen le 11, qui resserrèrent l'étau autour de la forteresse d'Ulm[8]. Le 12, la réorganisation du commandement fit de Jelačić l'un des quatre principaux commandants de l'armée autrichienne avec les généraux Riesch, Werneck et Schwarzenberg. Mack ordonna ensuite à Jelačić de faire route vers le Tyrol en passant par Ochsenhausen, décision d'autant plus curieuse qu'elle ne reposait sur aucune nécessité stratégique[9].

Après la reddition d'Ulm auquel il échappa, le corps de Jelačić se replia dans le Vorarlberg, près du lac de Constance[10]. Napoléon lança à sa poursuite le 7e corps d'armée du maréchal Pierre Augereau, fort de 12 000 hommes[11]. Méthodiquement, combat après combat, Augereau fit reculer les Autrichiens et parvint à fractionner leurs forces[12]. Le 13 novembre 1805, à Dornbirn, Jelačić se rendit à Augereau avec les 4 000 hommes qui lui restaient[11]. Conformément aux clauses de la reddition, les Autrichiens regagnèrent la Bohême avec la promesse de ne pas se battre contre la France pendant un an. La cavalerie de Jelačić, dirigée par le général-major von Reichenberg, réussit quant à elle à traverser la Bavière et à se réfugier en Bohême[12]. Une dernière partie de l'armée du Vorarlberg sous le prince de Rohan tenta de rejoindre Venise, mais elle fut interceptée par les généraux Gouvion Saint-Cyr et Reynier à Castelfranco Veneto et dut déposer les armes[13]. Après ces événements, Jelačić obtint sa mise à la retraite et quitta l'armée[1].

Campagne de 1809[modifier | modifier le code]

Avec la formation de la Cinquième Coalition contre la France, Jelačić reprit du service au commandement d'une division d'infanterie qui faisait partie du VIe corps du général Hiller. Forte à l'origine de deux brigades d'infanterie de ligne sous les ordres des généraux Ettingshausen et Hoffmeister[14], cette dernière fut finalement remplacée par la brigade légère du général Provenchères au commencement de la campagne[15]. La division Jelačić fut d'abord détachée vers Munich, mais la nouvelle des défaites autrichiennes à Abensberg, Landshut et Eckmühl, du 20 au 22 avril 1809, incita son commandant à rétrograder sur Salzbourg tandis que le gros du corps de Hiller amorçait sa retraite vers l'est[16].

La bataille de Raab, 14 juin 1809. Graphique en couleur d'Eduard Kaiser, XIXe siècle.

Les quelque 10 000 hommes de Jelačić furent ensuite affectés à l'armée d'Italie commandée par l'archiduc Jean d'Autriche[17]. Le 29 avril, les troupes bavaroises occupèrent Salzbourg alors qu'au même moment, Jelačić s'enfuyait vers le sud[18]. Les 1er, 4 et 5 mai, il défendit avec succès le col de Lueg près de Golling an der Salzach, repoussant à deux reprises une brigade bavaroise[19]. Provenchères et presque toute la cavalerie reçurent l'ordre de rallier l'armée principale[20]. De son côté, l'archiduc Jean, qui attendait impatiemment l'arrivée de Jelačić, avait pourtant émis des directives ambiguës à ce sujet. Ses ordres furent mal interprétés par son subordonné et celui-ci se maintint sur Salzbourg jusqu'au 19 mai. Lorsqu'il se décida enfin à se retirer sur Graz, il était déjà trop tard. En outre, il commit l'erreur de se séparer de la majeure partie de son artillerie, pensant qu'elle ne lui serait que de peu d'utilité dans les montagnes, ne conservant avec lui que quatre canons. Le 25 mai, un corps franco-italien fort de 12 000 à 15 000 hommes, commandé par le général de division Paul Grenier, intercepta Jelačić à Sankt Michael, près de Leoben. Manquant cruellement d'artillerie et de cavalerie, les troupes autrichiennes furent écrasées, perdant 423 tués, 1 137 blessés et 4 963 prisonniers sur un effectif initial d'environ 9 000 hommes[17],[21],[22]. Évoquant ce désastre, l'historien Gunther Rothenberg qualifie Jelačić de « général remarquablement incompétent et malchanceux »[23].

Malgré la défaite de Sankt Michael, Jelačić et les débris de sa division parvinrent finalement à rejoindre les forces de l'archiduc Jean qui se repliaient à travers la Hongrie. Lors de la bataille de Raab, le 14 juin 1809, il dirigea les 7 500 hommes de l'aile droite. Appuyés par les troupes de réserve, ses soldats repoussèrent la première attaque franco-italienne, mais ne purent empêcher la défaite[24]. Sa division fit partie des renforts amenés par l'archiduc Jean à son frère lors de la bataille de Wagram, trop tard néanmoins pour renverser le cours des événements[25]. Ce fut là son dernier commandement : Franjo Jelačić mourut le 4 février 1810 à Zalaapáti, dans l'actuelle Hongrie[1].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Cette unité ne doit pas être confondue avec le régiment d'infanterie Johann Jellacic no 53[5].

Références[modifier | modifier le code]

  1. a b c et d (en) Digby Smith et Leopold Kudrna, « Austrian Generals of 1792-1815: Franz Jellacic », sur The Napoleon Series, 1995-2009 (consulté le 3 juillet 2015).
  2. (en) Ramsay Weston Phipps, The Armies of the First French Republic : The Armies Of The Rhine In Switzerland, Holland, Italy, Egypt, and The Coup D'Etat of Brumaire (1797-1799), vol. 5, Pickle Partners Publishing, (ISBN 978-1-908692-28-3), p. 81.
  3. Smith 1998, p. 147 et 148.
  4. (en) David Chandler, Dictionary of the Napoleonic Wars, New York, Macmillan, (ISBN 0-02-523670-9), p. 214.
  5. a et b (en) Otto von Pivka, Armies of the Napoleonic Era, New York, Taplinger Publishing, (ISBN 0-8008-5471-3), p. 85.
  6. Kagan 2006, p. 387.
  7. Kagan 2006, p. 392 et 393.
  8. Smith 1998, p. 203 et 204.
  9. Kagan 2006, p. 421 à 423.
  10. Kagan 2006, p. 440.
  11. a et b Smith 1998, p. 214.
  12. a et b (en) The New Annual Register for the Year 1805, Londres, , p. 229.
  13. (en) Andrew Kippis, The New Annual Register or General Repository of History, Politics, and Literature for the Year 1805, Londres, , p. 330.
  14. Bowden et Tarbox 1980, p. 70.
  15. (en) James Arnold, Crisis on the Danube, New York, Paragon House, (ISBN 1-55778-137-0), p. 260.
  16. Schneid 2002, p. 85 et 86.
  17. a et b Bowden et Tarbox 1980, p. 96.
  18. Petre 1976, p. 224.
  19. Smith 1998, p. 296 et 299.
  20. Petre 1976, p. 229.
  21. Smith 1998, p. 312.
  22. Schneid 2002, p. 86 et 87.
  23. (en) Gunther Rothenberg, Napoleon's Great Adversaries, The Archduke Charles and the Austrian Army, 1792–1814, Bloomington, Indiana University Press, (ISBN 0-253-33969-3), p. 145.
  24. Bowden et Tarbox 1980, p. 122 et 123.
  25. Bowden et Tarbox 1980, p. 168.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • (en) Digby Smith, The Napoleonic Wars Data Book, Londres, Greenhill Books, (ISBN 1-85367-276-9). Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • (en) Frederick Kagan, The End of the Old Order : Napoleon and Europe, 1801-1805, Cambridge, Da Capo Press, (ISBN 0-306-81137-5). Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • (en) Scotty Bowden et Charlie Tarbox, Armies on the Danube 1809, Arlington, Empire Games Press, . Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • (en) Frederick Schneid, Napoleon's Italian Campaigns : 1805-1815, Westport, Praeger Publishers, (ISBN 0-275-96875-8). Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • (en) Francis Loraine Petre, Napoleon and the Archduke Charles, New York, Hippocrene Books, . Document utilisé pour la rédaction de l’article