El Jem

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche

El Jem
El Jem
Vue sur El Jem.
Administration
Pays Drapeau de la Tunisie Tunisie
Gouvernorat Mahdia
Délégation(s) El Jem
Maire Adel Farhat[réf. nécessaire]
Code postal 5160
Démographie
Population 21 234 hab. (2014[1])
Géographie
Coordonnées 35° 18′ nord, 10° 43′ est
Localisation
Géolocalisation sur la carte : Tunisie
Voir sur la carte administrative de Tunisie
City locator 14.svg
El Jem
Géolocalisation sur la carte : Tunisie
Voir sur la carte topographique de Tunisie
City locator 14.svg
El Jem

El Jem ou El Djem (arabe : الجم Écouter) est une ville tunisienne située aux portes de la région du Sahel.

Rattachée administrativement au gouvernorat de Mahdia, elle constitue une municipalité comptant 21 234 habitants en 2014[1].

Fondée sur les ruines de la cité antique de Thysdrus ou Thysdritania colonia[2], elle est célèbre pour son amphithéâtre, le plus grand de l'Empire romain (entre 27 000 et 30 000 spectateurs[3]) après le Colisée de Rome (45 000 spectateurs) et celui de Capoue. Il accueille le Festival international de musique symphonique d'El Jem chaque été depuis 1985.

Origine du nom[modifier | modifier le code]

Le nom Thysdrus semble être d'origine libyque car même la transcription romaine exige une certaine prudence et hésite entre plusieurs formes : le « bellum africum » évoque Thysdra alors que Pline écrit tantôt Thysdritanum, En dépit de toutes ces incertitudes, des rapprochements ont été faits avec les racines berbères ZUR et ZR. Si de tels rapprochements sont autorisés, il conviendrait peut-être de les faire avec des substantifs comme Asdrem, Tasdremt ou Tistram dont les diverses significations paraissent liées à la notion de passage soit « passage étroit pratiqué dans un mur » ou « passage réservé aux troupeaux à travers les cultures » et par extension « passage difficile » ; en toponymie de l’Atlas, cela désignerait des villages à proximité de passages artificiels ou sentiers aménagés au milieu d’éboulis.

La cité étant en position centrale sur le plateau d’EI Jem qui domine un chapelet de dépressions fermées et salées (sebkhas) et constitue le passage le plus direct du nord au sud du pays et le point de jonction le plus commode entre la côte et l’hinterland, cela semble confirmer la signification donnée aux substantifs Asdrem, Tasdremt ou Tistram. La naissance même de la cité parait en rapport avec cette position clef comme le laisse supposer la toponymie.

De Thysdrus à El Jem[modifier | modifier le code]

La ville ne connut son nom actuel qu'au début du VIIIe siècle de notre ère lorsque les conquérants arabes l'appelèrent Aljam, ce qui signifie la forteresse ou le palais. Selon les spécificités du dialecte tunisien, le nom a été changé en El Jem ou El Djem.

Histoire[modifier | modifier le code]

Période capsienne[modifier | modifier le code]

Les prospections récentes ont montré l'existence, à quelques kilomètres à l'est d'El Jem, des sortes de monticules artificiels de dimensions fort variables qui se sont formés sur l'emplacement des campements, de l'époque capsienne par suite de l'accumulation de cendres, d'outils divers en pierre, d'ossements humains et animaux et surtout de coquilles d'escargots que l'on consommait alors en abondance. les gisements de ce type dans des endroits qui s'appellent précisément Remimid et Henchir Bou Remad. La Ogla de la région d'El Jem étant relativement riche en eau peu profonde, a peut-être attiré un campement capsien qui a laissé son empreinte dans la toponymie.

Période phénicienne[modifier | modifier le code]

Thysdrus commandait un des passages les plus importants de l’axe routier nord-sud et des voies d’accès de la côte vers l’intérieur. Ce passage naturel privilégié a du donner naissance à une petite agglomération rurale berbère dont les premiers développements seraient à mettre en rapport avec le mouvement de pénétration punique de la côte qui était largement urbanisée et prospère vers l’intérieur du pays, alors essentiellement rural mais qui allait être peu à peu gagné à l’urbanisation et en même temps mis en valeur. Ce rôle de support ou de relais à la pénétration punique vers l’intérieur a du favoriser quelque peu l’essor de l’agglomération thysdritaine primitive encore qu’en l’état de nos connaissances l’époque pré-romaine n’est perçue qu’à travers quelques tombes ne remontant guère plus haut que le IIIe siècle avant J.-C. et présentant un matériel plutôt assez pauvre, indice d’une cité de peu d’envergure.

Période romaine[4][modifier | modifier le code]

Les première informations remontées à propos de cette cité à l'époque romaine remonte à la guerre d'Afrique de César. Celui-ci était à Ruspina (Monastir) lorsqu’il reçut une délégation de Thysdritains venus lui annoncer qu’ils avaient en dépôt 26 252 hectolitres de blé appartenant à des marchands et cultivateurs italiens ; en même temps ils sollicitaient une garnison pour la protection de leurs biens et de leurs personnes. Mais tardant à recevoir l’aide promise, la cité changea de camp. Plus tard, passant devant l’agglomération, César la trouva bien défendue par de solides remparts et jugea inopportun de tenter l’assaut d’autant plus qu’il manquait d’eau. Puis au lendemain de sa victoire finale en Afrique, il récompensa les cités qui lui avaient été fidèles et châtia celles qui s’étaient ralliées à ses adversaires. Il put ainsi imposer de lourdes amendes en espèces à un grand nombre de cités côtières mais des thysdritains, il ne put exiger qu’une certaine quantité de blé « propter humilitatem civitatis... » dit le texte, la cité n’étant qu’une humble bourgade.[5]

Dans les premiers temps de l'Empire, la cité avait alors le statut d’« oppidum liberum » (ville fortifiée libre) et figurait donc sur la liste des trente villes libres citées par Pline.

Sous le règne d'Auguste, Thysdrus a livré une sculpture de la tête de l’empereur et un « ex-voto » (offrande) à la Lune pour le salut d’Auguste fait par un augure de la tribu Galeria, qui est la tribu de la cité : il s’agit là d’une des inscriptions les plus anciennes d’Afrique. Tout cela confirme la présence italienne à Thysdrus, mentionnée dès la période de César et donne à penser que celui-ci ou peut-être Auguste ont pu établir là, à titre individuel, un groupe de vétérans, ce qui expliquerait la mention d’une « pseudo-tribu » Iul(ia) à Rome pour un thysdritain. Mais les témoignages sur les autochtones ne manquent pas non plus pour la même époque. On peut citer, notamment la mise au jour dans la couche la plus ancienne d’une habitation du quartier central de la ville d’ostraca néo-puniques non encore entièrement déchiffrés mais qui semblent évoquer, d’après un premier examen, des questions relatives à un stockage de blé.

A ce premier stade de développement de la cité correspond, sur le plan de l’urbanisme, un noyau central dont l’étendue est de 20 hectares environ formant en gros, un cercle de 500 m de diamètre. A l’intérieur de cet espace, les îlots ont des formes très irrégulières et les rues sont étroites et sinueuses. Une douzaine de maisons ont été dégagées dans ce secteur. De proportions modestes, elles sont formées de quelques pièces groupées autour d’une cour sans portiques et sont toujours pourvues de boutiques ou d’ateliers et d’entrées coudées. Très fonctionnelles, elles ont sûrement appartenu à une classe moyenne d’artisans et de petits marchands. Elles ne sont pas sans rappeler, par la conception et le plan, les maisons de Carthage et de Kerkouane puniques.

Ainsi donc au cours de cette première phase de son histoire Thysdrus est caractérisée par un certain attachement à des traditions pré-romaines, notamment libyco-punique, mais en même temps aussi par une ouverture au monde romain et à la romanisation. A la même période l’essor de la ville se confirme de manière plus nette : dès l’époque des Flaviens on assiste à une certaine extension de la cité marquée par des travaux d’urbanisme et d’adductions d’eau via un petit aqueduc qui relie la cité à un impluvium naturel de 12 km2, situé à une quinzaine de kilomètres au nord ouest d'El Jem et appelé «Oglet Er Rmada».

L’amphithéâtre primitif et embryonnaire, taillé dans le tuf tendre d’une butte périphérique probablement dès le début du Ier siècle, se dégrade par l’érosion et est remplacé par un autre beaucoup plus élaboré avec ses compartiments adossés aux mêmes pentes où avaient été aménagés les premiers gradins.[6]

Mais l’ère de la grande prospérité ne devait commencer que sous les Antonins pour atteindre son apogée à la fin du IIe siècle et au cours des trois premières décennies du IIIe.

Sous Septime Sevère la cité obtint le statut de municipe avant de devenir colonie probablement vers le milieu du IIIe siècle sous Gallien ou Valérien.

Toutefois dès la fin du IIe siècle, elle devait sans doute compter parmi les cinq cités les plus importantes de la province avec Carthage, Hadrumète, Utique et Lepcis Magna. C’est à cette époque de plein épanouissement qu’elle se dote de sa plus belle parure monumentale. La ville s’étend alors sur plus de 180 hectares et son paysage urbain présente deux profils. Le premier correspond au noyau ancien de la cité avec ses rues tortueuses et ses petites maisons aux nombreuses boutiques mais où on a taillé un secteur pour y loger une série de monuments publics autour d’une grande place. Il s’agit probablement d’un édifice du culte impérial, d’un temple à podium, peut-être le capitole ( ?), et apparemment d’un théâtre qui n’a pas été dégagé et qu’on a cru reconnaître grâce à sa forme semi-circulaire et à certains murs rayonnants. Tous ces monuments sont aménagés autour d’une grande place de 7 500 m2 (100 × 75 m) qui pourrait être le forum. Le second profil du paysage urbain se situe autour de ce noyau central et se distingue par des rues qui, sans atteindre une orthogonalité et une symétrie parfaites, sont tout de même assez droites et régulières. C’est dans cette zone plus récente qu’on trouve les somptueuses demeures thysdritaines célèbres par leurs proportions considérables variant entre 1 200 et 3 000 m2 et comprenant un imposant corps principal aménagé autour d’un péristyle agrémenté d’un jardin et un ensemble plus ou moins important d’appartements secondaires et de dépendances de toutes sortes. Certaines comportent de monumentales salles d’apparat à colonnade intérieure (oeci) dont la superficie peut dépasser les 200 m2.

Les deux monuments publics qui retiennent le plus l’attention demeurent le cirque et le grand amphithéâtre.

Le cirque n'est pas dégagé, et mesure 550 m de long et 95 m de large et est aussi grand que le cirque de Maxence à Rome. Sa contenance a pu être estimée à 30 000 spectateurs soit autant que le grand amphithéâtre qui devait dominer le paysage urbain dans l’antiquité et constituer un des édifices les plus vastes et les plus élaborés du genre.

Sous les Antonins et les Sévères Thysdrus était aussi une cité particulièrement opulente en dépit du fait qu’elle était située dans une région aux conditions naturelles peu favorables au développement d’un grand centre urbain. En fait elle devait son essor, en grande partie, à la diffusion de l’olivier qui, à partir du second siècle, supplanta le blé et s’avéra nettement plus rentable que la céréaliculture. Elle jouait alors le rôle de capitale commerciale de l’huile à l’image de Sfax de nos jours. Probablement, elle devait aussi intervenir dans la commercialisation de l’importante production de céramique qui était concentrée dans la région de Kairouan, à peu de distance d’El Jem. A l’intérieur même de la cité les artisans étaient très actifs comme l’ont montré les récentes découvertes : un atelier de fabrication d’objets en os, d’autres spécialisés dans la sculpture et le travail du plâtre, d’autres encore exécutant des statuettes d’animaux ou de divinités et notamment des Vénus d’une excellente facture, d’autres enfin déployant une grande activité dans le domaine métallurgique sans oublier bien entendu les ateliers de mosaïstes qui devaient satisfaire des commandes nombreuses et sans cesse renouvelées.

Cité prospère sous Hadrien, elle reçoit, sans doute dès l'époque césarienne, le statut de colonie romaine puis acquiert le statut de municipe libre (municipia libera) sous le règne de l'empereur Septime Sévère[7]. Par la suite elle est intégrée à la province de Byzacène. Au cœur d'une région qui connaît une forte productivité agricole, la cité semble jouir d'une relative prospérité.

La cité de Thysdrus bénéficie d'une active politique de mise en valeur des terres et de développement économique : les empereurs Vespasien et Titus y amènent l'eau par l'entremise du proconsul d'Afrique. Ainsi, dès le IIe siècle, elle apparaît selon l'expression de Gilbert Charles-Picard comme la « capitale de l'huile » de Byzacène. Nœud routier des plus importants puisque six voies romaines y aboutissent[8], localisé au centre d'une région oléicole, Thysdrus dispose d'un marché agricole très dynamique.

S'il est communément admis que la cité de Thysdrus, devenue municipe entre 193 et 198, n'échappe pas à la règle commune, elle n'a pu devenir colonie avant la décennie 240-250[9], ce qui confirme l'indication qu'a fournie l'épitaphe d'Arles, et qu'il n'est nullement exclu qu'elle soit même devenue colonie un peu plus tard, sous Gallien et Valerien, comme Thugga, ou sous Gallien seul, comme Thibursicum Bure, sinon même ultérieurement.

En tout état de cause, Thysdrus était au plus tard colonie dans les premières années du règne de Dioclétien, puisque l'Itinéraire Antonin, 59, 1, indique : Thusdro colonia. Sur la date de l'Itinéraire Antonin, rédigé sous Caracalla, mais remanié sans doute au début du règne de Dioclétien.

Cette prospérité n’est sans doute pas étrangère à la révolte de 238 et aux événements qui résultèrent des émeutes : assassinat du procurateur du fisc, proclamation du proconsul Gordien empereur, riposte de Maximin et représailles dont les conséquences sont parfois visibles sous forme de traces d’incendie notamment dans certains édifices privés de la ville.

Révolution de 238[modifier | modifier le code]

Au début de l'an 238, Thysdrus est le cadre d'un litige qui doit avoir de fortes répercussions sur l'histoire de l'Empire romain. À la suite d'un différend survenu à la suite de la levée de nouveaux impôts, une révolte éclate. Le procurateur de l'empereur Maximin Ier le Thrace, doit affronter le peuple thysdritain et les habitants des campagnes environnantes. Le collège des iuvenes et les paysans semblent apparaître comme le fer de lance du mouvement.

Portrait de Gordien Ier.

Après l'assassinat du procurateur, les révoltés se rendent à la résidence du vieux proconsul d'Afrique, Gordien, qui réside à Thysdrus, dans le cadre de sa tournée provinciale, et le proclament empereur. Le nouvel empereur accompagné de son fils, Gordien II, associé au pouvoir, se rend à Carthage et procède à son adventus. La répression du légat de Numidie, Capelianus, est aussi rapide que brutale. Cependant, l'appui puis la reconnaissance de la lignée par le Sénat romain ainsi que par certaines provinces déclenche une brève guerre civile et une crise du pouvoir impérial.

Cette singulière révolte civile se solde par l'élimination de l'empereur Maximin et l'avènement du jeune Gordien III.

L'antique cité de Thysdrus fini par être détruite par les légions romaines de Maximin le Thrace en sa qualité de capitale des rebelles du sénateur Gordien.


Thysdrus après la révolution de 238[10][modifier | modifier le code]

Mais la crise surmontée, la cité sans paraître aussi prospère que par le passé, donne de nombreux signes de vitalité au cours de l’Antiquité tardive. Une inscription de la seconde moitié du IIIe siècle évoque de nouvelles adductions d’eau et se félicite du siècle heureux qui a vu la ville abondamment pourvue de ce précieux liquide qui était réparti sur les places, dans les fontaines publiques et même dans des maisons privées. Une seconde inscription datant du règne de l’empereur Maximien Auguste (286-305) est une dédicace d’une statue équestre d’un évergète qui avait généreusement offert des jeux d’amphithéâtre et d’autres spectacles. L’érection de la statue, due à l’ensemble des curies, constitue une des dernières mentions de l’intervention des curies municipales. Une troisième inscription datant des années 326 à 333 atteste des opérations de restauration dans les grands thermes. Enfin une dédicace à Mithra de la fin du IVe siècle prouve l’existence, à cette époque tardive d’une communauté mithriaque très active qui associe à sa dévotion la population de Thysdrus. En outre le site a livré de nombreuses mosaïques datées de la seconde moitié du IIIe siècle et du IVe siècle qui confirment la vitalité de la cité.

Sur la ville chrétienne, on est très mal renseigné : à peine quelques épitaphes ; les restes, non visibles aujourd’hui, d’une chapelle ; des fragments de sarcophage ; des mentions d’évêques aux principaux conciles jusqu’en 646. Toutefois les recherches récentes ont montré que les lampes chrétiennes d’El Jem et de sa région forment une catégorie à part, reconnaissable à l’homogénéité et à la finesse de la pâte autant qu’à l’élégance des formes et à la richesse des motifs ornementaux. De même les carreaux de terre cuite de même époque forment un groupe nettement individualisé.

Epoques Vandale et Byzantine[modifier | modifier le code]

Les époques vandale et byzantine sont encore moins bien connues : c’est à peine si l’on peut mentionner la découverte d’un important trésor de 200 pièces d’or du VIe siècle et la transformation du grand amphithéâtre en forteresse. Quant à la ville elle-même, elle semble s’être rétrécie, se concentrant apparemment dans la zone ouest du site dès la fin de la période romaine.

Thysdrus se trouve ensuite mêlée aux événements de la conquête musulmane : son amphithéâtre-forteresse sert de refuge aux débris de l’armée byzantine vaincue près de Sbeïtla et aux populations fuyant devant les troupes musulmanes. Eclipsée par l’ascension, de Sbeïtla puis de Kairouan la cité finit par disparaître complètement. Seul l’amphithéâtre assumant sa fonction de forteresse continue à être mentionné par les chroniqueurs et historiens arabes notamment lorsque la Kahena s’y réfugie pour résister aux conquérants musulmans : le monument prend alors l’appellation de « Chateau-fort de la Kahena ». Plus tard, au XIIIe siècle se formera une petite agglomération autour de cet important édifice qui recevra le nom arabe de Aljam qui signifie la forteresse.

L'antique cité de Barrarus (actuelle Henchir Rougga)[modifier | modifier le code]

L'antique cité de Barrarus s'étend sur plusieurs centaines d'hectares. Elle se situe à 13 km de l'antique cité de Thysdrus (l'actuelle El Jem).

C'était une ville prospère et un ancien évêché dépendant de l'épiscopat de Carthage. Son seul évêque, historiquement documenté, Iulianus Vararitanus (ou Bararitanus), qui figurait sur la liste des évêques de la province de Byzacène (l'actuel Sahel tunisien) ayant assisté en 484 au concile de Carthage convoqué par le roi Vandale Huneric.

Le nom de Bararus apparaît dans d’autres sources antiques : un vétéran de cette cité est mentionné sur une liste de soldats de Nicopolis (Égypte) recrutés en Afrique[11].

La ville a subi un tremblement de terre important en l'an 365.

Le VIe siècle a été une période prospère pour la ville, avec un trésor de pièces d'or retrouvé dans la ville, témoignant de cette richesse[12].

La ville figure sur la feuille de route de la Tabula Peutingeriana (Table de Peutinger) romaine. Dès le VIIe siècle, il existe des preuves de logements fortifiés, bien que des vestiges de poterie indiquent une poursuite de l'occupation jusqu'au Xe siècle, bien après la conquête musulmane du Maghreb.

La ville romaine a été saccagée par Abd Allâh ibn Saad ibn Sarh en 647. Une population berbère s'installa après la conquête islamique et utilisa les matériaux de construction romains pour d'autres colonies.

Les ruines de la cité comprennent les restes reconnaissables d'un théâtre, d'un arc de triomphe et d'un ensemble souterrain de deux citernes[13] permettant le stockage de l'eau provenant des oueds environnant.

La cité a été bâtie sur un oued asséché la plupart du temps que les Arabes ont appelé Oued Raqqa (le dialecte local l'a transformé en "Rougga").

Le vendredi 13 novembre 1972, des fouilles archéologiques ont permis de mettre au jour un trésor de 278 pièces d'or datant de l'époque byzantine.

Le trésor est actuellement visible au musée de Mahdia[14].

De Thysdrus à El Jem[modifier | modifier le code]

L'amphithéâtre sous les byzantins et les berbères[modifier | modifier le code]

Après la période romaine, l'amphithéâtre romain de Thysdrus a souvent servi de forteresse défensive par les armées assiégées ou la population locale.

En 647, à la suite de la défaite des Byzantins (الإمبراطورية البيزنطية) contre les Arabes à Sbeïlta, les Byzantins se réfugient à Thysdrus et ils transforment le Colisée en bouchant les arcades du rez-de-chaussée et en aménageant d'autres installations dont une tour.

En 703, la Kahena (ديهيا) a rassemblé les tribus berbères pour combattre les Arabes. Vaincue et traquée, elle se réfugie avec ses partisans dans l'amphithéâtre et y résiste durant quatre ans. Dans son ouvrage "Description de l'Afrique Septentrionale" l'auteur du XIe siècle Al-Bakri (Abd Allâh ibn Abd al-Azz Ab Ubayd al-Bakr), décrit que la Kahena se voyant assiégée dans cette forteresse, fit creuser dans le roc un passage souterrain qui conduisait à Salakta, et qui était assez large pour laisser passer plusieurs cavaliers de front. Par cette voie elle se faisait apporter des vivres et tout ce dont elle avait besoin.

Le voyage de Al-Bekri[modifier | modifier le code]

Abū Ubayd Abd Allāh ibn Abd al-Azīz ibn Muḥammad al-Bakrī, dans son œuvre écrite au XIe siècle (1068, H460) "Description de l'Afrique Septentrionale", décrit ainsi la ville :

"De Sfax on se rend à El Jem, château de la Kahena. Cet édifice marque la limite de Souk el-Hoceini « le marché du descendant d'El-Hocein », canton dont le marché se tient auprès d'un bourg grand et peuplé qui se nomme Arozlès, et qui possède un djamê (grande mosquée), un bain et quelques bazars. Cette localité compte au nombre des bourgs du littoral (Sahel). De El Jem on se rend à Al-Mahdia"[15].

Le voyage de Al-Tijani[modifier | modifier le code]

Al Tijani, historien, chroniqueur au XIVe siècle rapporte que l’amphithéâtre d'El-Jem servit de forteresse à la population locale, lorsque les Almoravides (de l'arabe : المرابطون al-Murābiṭūn, « les gens du ribāt ») s’emparèrent de la région vers le XIIIe siècle: «Ce château fut vigoureusement attaqué par le général Yahia Ibn Ghania qui, fatigué, dut abandonner le siège et se retirer honteusement. On raconte qu’après une longue résistance, les assiégés lancèrent sur lui des poissons frétillants qu’ils se procuraient par le moyen du passage conduisant à Salakta. Aussi, désespérant de toute réussite, Yahia Ibn Ghania leva le siège.»

Extrait du voyage de Cheikh Al-Tidjan, Abou Mohammed Abdallah ibn Ibrahim, (1306-1309, H.706-708) [16]:

Plus tard, ce château (d'El-Djem) fut vigoureusement attaqué par Yahia Ibn Ishak Ibn Ghania Al Mayorki qui fatigué (de l'inutilité de ses efforts), dut en abandonner le siège et se retirer honteusement. On raconte qu'après une longue résistance, les assiégés (pour lui montrer combien peu ils étaient dans la gêne et la disette), lancèrent sur lui des poissons encore en vie, qu'ils se procuraient par le moyen d’un passage conduisant à Salakta. Aussitôt, désespérant de toute réussite, Yah’ia leva le siège.

Non loin de ce château se trouve une bourgade très peuplée, ayant de nombreux jardins, de vastes champs ensemencés, une mosquée et des marchés très fréquentés. Cette bourgade est habitée par une population berbère qui, avant cette époque, était établie à Ksar Milita ( مليته القصر), dans le pays de Zouara. Les Arabes (qui envahirent l’Ifriquiya sous Mo’ez ben Badis, prince Ziride), ruinèrent cette localité de Ksar Milita et en chassèrent la population, qui vint alors habiter ce pays-ci. D’après ce que l’on dit , on ne trouve de l’eau à El-Djem que dans un seul puit, et encore cette eau est-elle saumâtre. Nous dûment en boire, attendu qu’il pleut fort peu dans cette localité.

C’est dans cet endroit qu’apparut à nos yeux la constellation appelée Soheïl, constellation qui n’est  visible ni à Tunis, ni dans ses environs.

Nous quittâmes El-Djem le mercredi. A partir de ce moment, nous laissâme les terres de H’akim et de Theroud pour entrer sur celles de H’ocen.

Depuis le moment où nous nous éloignâmes d’El-Djem, nous marchâmes au milieu de vastes et anciennes plantations d’oliviers, connues sous le nom de Zeïtoun es-Sah’el « oliviers de la côte ». Les Arabes (lors de l’invasion en Ifriquiya sous le prince ziride El Mo’ez), avaient dévasté ces arbres et avaient altéré la symétrie de leur plantation. Les plus considérables revenus de l’Ifriquiya provenaient de ces oliviers. On rapporte que Abdallah ben Abi Serh fut émerveillé, lorsqu’il pénétra en Ifriquiya, des richesses en or et en argent qu’il y trouva. Ces richesses étaient si considérables, que chaque soldat put en avoir les mains pleines. Ayant demandé aux populations quelle est la source d’une si grande fortune publique, l’un des gens du pays se baissa, et ayant ramassé à terre quelques olives, il les présenta à Abdallah, en lui disant : « Voilà l’origine de ces immenses richesses ».


El Jem sous les Hafsides[modifier | modifier le code]

En 1592, le prince Ahmed de la dynastie Hafside, frère de Moulay Hassan, qui était réfugié en Sicile, fut capturé par les troupes ottomanes à El Jem alors qu'il était accompagnés de quelques tribus auxquelles l'unissait des liens de parenté et d'amitié. Cette capture à El Jem fait suite à sa volonté de prendre le trône de sa famille.

Embarquant de Palerme, au printemps 1581, avec une poignée de fidèles, il fut déposé quelque part sur le littoral tunisien (peut-être dans le golfe de Gabès) car les  officiers espagnols qui l’accompagnaient avaient pour consigne expresse de ne prendre, en la circonstance, aucun risque face à la marine ottomane.  Ce prince espérait réunir autour de sa personne les tribus bédouines pour vaincre les Turcs. Cette idée n’était pas tout à fait absurde car le mécontentement des populations tunisiennes était manifeste en raison des abus des Ottomans, maîtres du pays (en 1577, notamment, les Tunisois s’étaient soulevés). Mais le déséquilibre des forces était flagrant  et, malheureusement, la seule approche d’Eulj Ali (Pacha d'Alger) suffit à disperser les hommes qui s’étaient  bel et bien groupés autour de Moulay Ahmed dans la région de Kairouan. Aux abois et traqué à travers la steppe entre Kairouan et El Jem, il fut capturé et envoyé en captivité à Constantinople (Istanbul).


El Jem sous les Mouradites[modifier | modifier le code]

Jusqu'en 1695 le Colisée était entier et intact.

L'amphithéâtre aurait ensuite été partiellement détruit à la suite d'une révolte d'origine fiscale (hausse de la Mejba) contre le pouvoir beylical en 1695 sous le règne de Mohamed Bey el Mouradi (dynastie Mouradite). La population locale ayant pris le parti de Ali Bey durant la révolution.

El Jem sous les Husseinites[modifier | modifier le code]

Une seconde révolte d'origine fiscale contre le pouvoir fiscal a eu lieu lors de l'insurrection de 1864 sous le règne de Sadok Bey (dynastie Husseinite). Le Général Ahmed Zarrouk a finalement fait bombarder l'édifice à coup de canon pour déloger les rebelles.

Après ces dernières révoltes, la population puise largement dans ces ruines pour reconstruire leur habitation. Cela est notamment visible dans le quartier d'habitation d'historique d'El Jem situé entre l'actuelle Gare et l'amphithéâtre aux abords de l'actuelle avenue Habib Bourguiba.

En 1881, les chefs des tribus de la région se sont réunis dans l'enceinte de l'amphithéâtre pour décider du combat à mener contre les troupes coloniales françaises[17].

Arrivée du chemin de fer[modifier | modifier le code]

Le chemin de fer est arrivé à El Jem à travers la construction de la ligne de chemin de fer Sousse-Sfax. La mise en exploitation de la ligne a eu lieu en 1912. L'exploitant de la ligne était la Compagnie Fermière des Chemins de Fer Tunisiens (CFT) qui a existé de 1923 à 1956[18]. Un premier hôtel moderne a vu le jour, pendant la période coloniale avec l'arrivée du chemin de fer. Il s'appelait Buffet de la Gare et se situait sur l'emplacement actuel de l'hôtel Julius.

Au début des années 1930, Khaled Abdul-waheb, fils de Hassan Hosni Abdul-waheb qui était un historien reconnu, étudia l’art et l’architecture à New York et travailla ensuite sur la préservation du patrimoine archéologique de la Tunisie.

Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

La ville d'El Jem a subi l'occupation de l'armée allemande du Maréchal Rommel lors de la campagne de Tunisie en 1942-1943.

Face à l'avancée des troupes allemandes, les familles d'El Jem se sont réfugiées dans l'amphithéâtre. Chacune des familles avait le droit d'occuper l'espace sous une arcade. Le nom de la famille était gravée dans la roche pour que chacune des familles préserve son intimité et ses biens. La mémoire collective des anciens permet de retracer cette période et notamment la vie sous ces arcades durant l'occupation.

L'armée allemande stationnait à proximité d'un corps de ferme dans l'actuel village de Telelsa dépendant de la délégation de El Jem. Ce corps de ferme appartenait à Hassan Hosni Abdul Wahab, un propriétaire terrien fortuné à l’est de El Jem et ancien fonctionnaire de l’Etat.

Les familles Boukhris et Uzzan, expulsées de leurs domiciles par les occupants, trouvent refuge dans une huilerie (presse pour l'huile d'olive) à 9 km de Eljem dans le village de Tlelsa et à 30 km de Mahdia.

Khaled Abdul-Wahab [19] décida de conduire tout le groupe (24 personnes) à sa ferme, leur installa un abri dans les écuries. Pendant 4 mois, les juifs tunisiens se sont réfugiés chez Khaled Abdul-Wahab jusqu’à la fin de l’occupation en avril 1943.

Durant l’occupation allemande, El Ajmi Achour, un notable d’El Jem, fut recherché par les allemands. Des avions ont permis de prendre des photos du ciel du quartier où il résidait (à l'ouest de l'amphithéâtre) Il eut vent que les allemands voulaient bombarder sa maison. Il fit bâtir à la hâte durant la nuit un mur et une modeste porte pour couvrir l’entrée de sa maison qui était reconnaissable. Les allemands arrivant le lendemain matin bombardèrent la maison mitoyenne, qui appartenait à un autre membre de sa famille. Plusieurs morts furent décomptés après le déblaiement des décombres.

La ville d'El Jem fut libérée par les troupes britanniques du général Montgomery en avril 1943.

Thysdrus, capitale de l'école africaine de la mosaïque[20][modifier | modifier le code]

À la fin du Ier siècle apr. J.-C., se développe en Afrique du Nord une école de mosaïque qui se dégage peu à peu des influences italiennes et orientales et crée des œuvres originales, d'une grande fantaisie décorative et d'une infinie variété de formes et de couleurs. À partir du milieu du IIe siècle et au IIIe siècle, on peut parler d'un véritable âge d'or de l'école africaine de mosaïque dont les productions contribueront largement avec celles des autres provinces romaines d'Europe et d'Orient à la genèse de la mosaïque byzantine au IVe siècle.

El Jem, l'antique Thysdrus, a livré une quantité impressionnante de très belles mosaïques aux décors variés : combats d'animaux, scènes de banquet dont la Mosaïque des bestiaires festoyant dans l'arène, thèmes dionysiaques, scènes galantes, etc.

Le labyrinthe de Thysdrus[modifier | modifier le code]

La mosaïque du labyrinthe de Thysdrus[21], retrouvée en août 1969 par Hédi Slim, lors de travaux municipaux de creusement d’égouts sur la route des Souassi, à cinq mètres exactement de l'endroit où la mise en place de pylônes électriques avait révélé, en 1960, une mosaïque dyonisiaque. Ces vestiges, fortuitement découverts à neuf ans d'intervalle, appartiennent sûrement à un même ensemble. Ils sont situés devant la rue Debbeba et la maison Mohamed Ben Ali El-Yazid qui les bordent au nord, alors qu'au sud, ils sont limités par un cimetière contemporain d'enfants et la maison Salem El Bassi. A l'ouest passait une rue romaine au remarquable dallage en V, la même, sans doute, qui longeait la "Sollertiana Domus" et la "Maison du paon".

Le calendrier de Thysdrus[modifier | modifier le code]

Le calendrier de Thysdrus[22] fait référence à une mosaïque retrouvée en 1961 par Louis Foucher à El Jem, l'antique Thysdrus. La mosaïque a été retrouvée dans une maison importante, située en face de grands thermes et qui a subi plusieurs remaniements. L'auteur, et fouilleur, présente une analyse détaillée et minutieuse du calendrier de Thysdrus dont l'iconographie lui semble homogène, toutes les images pouvant se référer à des fêtes religieuses. Il reprend la chronologie de la mosaïque en la plaçant un peu plus tôt qu'il n'est admis traditionnellement (début du IIIe s. au lieu des alentours de 235). La mosaïque murale représente, dans la salle 6, les quatre saisons et les mois. La figure symbolisant Laniarius représente deux hommes se donnant l’accolade, embrassades pratiquées à l’occasion du Nouvel An . A l’arrière-plan on distingue « des branches, une galette, le reste étant des fruits, peut-être une figue, une poire, une pomme » . La consommation de fruits, frais si possible, constitue une marque des repas du Nouvel An latin. Ce qui prouve, que les calendes de Janvier étaient pratiquées en Afrique du nord à cette époque, comme dans tout le pourtour méditerranéen.

L'eau, ressource névralgique à El Jem[modifier | modifier le code]

La gestion de l'eau à Thysdrus et Barrarus[23][modifier | modifier le code]

El Jem, l'antique Thysdrus et Rougga, l'antique Barrarus se situent dans les confins du Sahel et de basse steppe. Le climat y est semi-aride avec un approvisionnement irrégulier en eau via des oueds et les précipitations hivernales, la sécheresse n'étant plus atténuée par l'influence maritime.

Parcourant le pays d'El Jem à Sfax le naturaliste René Desfontaines (1750-1831) écrit : « Nous marchâmes pendant huit à neuf heures dans une grande plaine inculte et inhabitée où l'on trouve çà et là quelques bosquets d'oliviers dont la plupart tombent de vétusté». De son côté Hermann von Pückler-Muskau prenant un itinéraire différent décrit le pays entre Ksour-Essaf et Sfax comme «un désert nu, monotone et pierreux, coupé de loin par quelques longues plantations d'oliviers rabougris»; de Rougga à Sfax cela devient pire que le

désert et on ne voit guère qu'un «petit nombre d'oliviers languissants ou bien tout à fait desséchés».

Certes le paysage s'est beaucoup transformé depuis, grâce surtout à une intense mise en valeur des campagnes mais il porte toujours la marque des inconvénients du climat qui ajoute aux chaleurs excessives de l'été et à la sécheresse saisonnière prolongée les effets cumulés de l'insuffisance et de l'irrégularité très fortes des pluies.

Pour augmenter le potentiel hydraulique urbain on a eu recours à Thysdrus à l'aménagement d'un aqueduc assez original alors qu'à Rougga d'impressionnants réservoirs alimentés essentiellement par un puits profond ont été édifiés. Mais le système repose surtout sur la multiplication considérable des citernes publiques et privées ainsi que sur des dispositions visant à économiser le précieux liquide. Mais en dépit de ce remarquable effort d'économie et de toutes les installations évoquées, les possibilités demeurèrent limitées. Aussi, note-t-on sans surprise, l'absence, à Thysdrus comme à Bararus (Rougga), de certains équipements de luxe comme les bains privés ou les fontaines à l'intérieur des maisons ainsi que la rareté des thermes publics, par ailleurs assez modestes.

La gestion de l'eau sous le Protectorat français[24][modifier | modifier le code]

Dès le lendemain de l'établissement du protectorat français, ce problème préoccupa, à l'échelle de l'ensemble du territoire, les autorités coloniales qui, cherchant à renouer avec la prospérité antique, voulurent percer les secrets de l'archéologie. Un recensement des installations hydrauliques fut commandé à la Direction des Antiquités par le Résident Général Millet. Chargé de mener l'enquête dans la région d'El Jem, le capitaine Charles Maumené devait conclure son étude en affirmant que le système thysdritain ne reposait guère sur des adductions d'eaux foraines mais simplement sur des puits. De son côté M. Guasco supposait que l'alimentation de la ville était fournie par les citernes. Ces points de vue, contrairement à l'attitude de Tissot, ne tenaient manifestement pas compte des renseignements fournis par l'inscription évoquée plus haut.

Depuis, une seconde inscription est venue confirmer l'existence d'adductions d'eau. Il s'agit plus exactement d'une partie d'une inscription trouvée en 1960 par les employés du service hydraulique à environ 5 km à l'ouest d'El Jem. Le texte est gravé en très belles lettres de caractère monumental sur une plaque de calcaire gris olive provenant sans doute des carrières de la région de l'Enfida. Dans son état actuel la plaque mesure, 1,44 m de long, 0,68 m de haut et 0,15 à 0,16 m d'épaisseur. Les lettres mesurent 15 cm à la première ligne, 9,5 cm à la seconde, 9 cm à la troisième et 6,5 cm à la quatrième.

Les conclusions négatives de Maumené concernant le problème des adductions avaient été contestées, un quart de siècle environ après avoir été formulées, par un sourcier autochtone de la région de Mahrès qui révéla au service des Travaux Publics de Mahdia l'existence de conduites d'eau antiques alimentant Thysdrus. Ces révélations ne suscitant pas l'intérêt escompté, demeurèrent sans effet jusque vers 1938, date à laquelle Jean Cintas reprit l'affaire en main pour la faire aboutir avec le concours du même sourcier et c'est grâce à ces efforts que les habitants d'El Jem purent pendant près de vingt ans, bénéficier de l'eau courante fournie par les mêmes ressources et utilisant, en partie les mêmes circuits utilisés par leurs ancêtres thysdritains.

L'aqueduc qui alimentait Thysdrus n'avait rien de spectaculaire : C'était un modeste ouvrage souterrain reliant la ville à un impluvium naturel de 12 km2, situé à une quinzaine de kilomètres au nord ouest d'El Jem et appelé «Oglet Er Rmada».

De prime abord, la toponymie est révélatrice d'un site, à tous égards, digne d'intérêt. Ogla (pluriel Oglet) est en effet d'un usage extrêmement courant dans le monde rural tunisien et désigne une zone où l'eau est abondante à peu de profondeur. Ces zones où la nappe est toujours voisine de la surface (1 à 4 ou 5 m) présentent en général un aspect assez typique dans la mesure où elles sont truffées de puits qui sont de simples trous protégés contre l'éboulement par un coffrage de pierres sèches. Ces puits ou trous d'eau appelés aussi «hassis» jalonnent généralement les cuvettes et les talwegs surtout dans le voisinage des garas et des sebkhas. Ces points d'eau sont les lieux de rendez-vous des troupeaux et jouent un rôle essentiel dans la vie du bétail et aussi des hommes. Quant au terme remada, il convient de rappeler qu'il est d'un usage particulièrement courant dans la toponymie de la préhistoire. Les ramadiat (pluriel de remadia) désignent généralement des sortes de monticules artificiels de dimensions fort variables qui se sont formés sur l'emplacement des campements, de l'époque capsienne par suite de l'accumulation de cendres, d'outils divers en pierre, d'ossements humains et animaux et surtout de coquilles d'escargots que l'on consommait alors en abondance. On a établi le lien entre ces «escargotières» et certains noms de lieux tels que Remada. Les prospections récentes ont montré l'existence, à quelques kilomètres à l'est d'El Jem, de gisements de ce type dans des endroits qui s'appellent précisément Remimid et Henchir Bou Remad. La Ogla de la région d'El Jem étant relativement riche en eau peu profonde, a peut-être attiré un campement capsien qui a laissé son empreinte dans la toponymie. Mais il fallut, sans doute, attendre l'époque romaine pour voir les ressources hydrauliques de «ogglet Er rmada» exploitées de manière systématique et intensive grâce à un aqueduc souterrain reliant Thysdrus à cet impluvium naturel formé par une sorte de dépression encadrée au nord par les collines de Sidi El Bgass et de Sidi Amara, à l'est par une ligne de hauteurs atteignant 153 m, à l'ouest par un exhaussement de quelques mètres au-desus de la Sebkha de Sidi el Hani et au sud par des élévations dominant un passage étroit d'où part le dispositif d'alimentation de la ville.

Édifices[modifier | modifier le code]

Amphithéâtre[modifier | modifier le code]

Vue des deux premiers amphithéâtres.

Si le troisième amphithéâtre d'El Jem compte parmi les monuments les plus célèbres de Tunisie, l'antique Thysdrus a possédé deux autres amphithéâtres, de moindre mesure.

Le premier serait datable du Ier siècle av. J.-C. et devait donc être rudimentaire, sans maçonnerie, mais avec une cavea « creusée dans le roc d'une colline, dont la typographie lui a imposé ses dimensions et ses contours »[25]. Il a dû être aménagé par des marchands ou des agriculteurs italiens immigrés pour les combats de gladiateurs. Il est d'une grande valeur documentaire car représentant un jalon unique dans son genre[26].

Par suite de la détérioration de cet amphithéâtre et au développement économique et urbanistique de Thysdrus, et après plusieurs tentatives de restauration, il est décidé à l'époque flavienne de réaménager complètement la même colline — la seule de la région — en « la comblant de remblais sur une hauteur de plus de deux mètres, [pour] allonger le grand axe de l'arène, qui atteignit les proportions de 60 × 40 mètres »[27].

Amphithéâtre d'El Jem.
Vue aérienne du l'amphithéâtre et de la ville

Une tribune est ajoutée sur le petit axe, des gradins construits sur des remblais tassés, deux carceres (cellules et pièces où les gladiateurs et les bêtes sauvages attendent l'entrée en scène) sont mis en communication avec l'arène. Si l'édifice gagne en solidité et fonctionnalité, c'est sans préoccupation d'ordre esthétique. Malgré leur proximité, ce deuxième amphithéâtre est distinct du premier par l'emplacement et le style de construction, notamment les éléments essentiels que sont la cavea et l'arène qui « divergent totalement par le choix de leur modèle »[28]. Ce nouvel amphithéâtre est comparable à de nombreux autres présents en

Tunisie, comme à Thuburbo Majus, avec une structure adossée à une butte naturelle partiellement aménagée[27].

El Jem est « unique au monde » par le fait de posséder trois édifices appartenant chacun à l'une des trois grandes catégories connues d'amphithéâtres, tous trois étant civils et non militaires, puisque la ville n'a jamais eu de garnison[29].

Il est fort probable que la carrière ayant servi à l'extraction des blocs de pierre constituant l'amphithéâtre de Thysdrus, proviennent de l'actuelle Rejiche.

Rejiche se trouve à une quarantaine de kilomètres d'El Jem. Ses carrières fournissent de la pierre en grès dunaire assez tendre qui est très appréciée dans toute la région et qui a été utilisée notamment pour l'amphithéâtre thysdritain.

Musée archéologique[modifier | modifier le code]

À la périphérie de la ville, le musée archéologique présente de nombreuses mosaïques issues des fouilles dans les villas romaines de Thysdrus. Nombre de pièces retrouvées sur le site sont conservées au musée national du Bardo et au musée archéologique de Sousse.

Jouxtant le musée, la villa d'Africa est une reconstitution à portée didactique d'une maison romaine. Elle comporte deux mosaïques remarquables : la première représente la déesse Africa, surmontée d'une dépouille d'éléphant et entourée de bustes représentant les quatre saisons. La seconde est une représentation symbolisée de Rome et de ses provinces.

El Jem accueille aujourd'hui un festival de la mosaïque[30].

Géographie[modifier | modifier le code]

Du point de vue topographique la région d'El Jem se présente sous la forme d'un haut plateau de plus de 115 m d'altitude qu'entoure un chapelet de dépressions fermées comme la Sebkha de Sidi El Hani et celles de Cherita, El Ghorra et El Jem. L'aspect aride et desséché de la campagne est accentué par ces cuvettes aux berges molles et très évasées dont la présence, en grand nombre, est due à l'indigence de la pluviométrie et de l'écoulement des eaux.

Mais c'est l'insuffisance et surtout la mauvaise répartition des pluies qui demeure le fait dominant dans cette région. Comme on l'a souvent affirmé, l'irrégularité intersaisonnière et interannuelle est la règle. Souvent, succédant à des périodes prolongées de sécheresse, surviennent des pluies rares mais diluviennes qui chargent brusquement les oueds de quantités considérables d'eau, ravinent les sols, emportent l'humus et vont se perdre dans les sebkhas. L'extrême rareté, voire l'absence de sources s'explique par le fait que le relief est faible et que les terrains de surface sont souvent horizontaux. Par ailleurs les oueds de toute la région se déversent dans les nombreuses dépressions fermées comme les sebkhas, herias ou garaa.

En 1961, de mars à novembre, la campagne d'El Jem n'a reçu que 20 mm d'eau. La sécheresse a été fatale au troupeau qui a perdu près de 50 % de son effectif mais en 1969, 270 mm d'eau se sont abattus sur la région en 24 heures, soit la même quantité que celle qui est tombée pendant toute l'année 1968. Il convient donc d'insister sur le fait que si la moyenne annuelle se situe autour de 240 mm à El Jem, le trait fondamental du climat demeure la succession de pluies surabondantes et de grandes sécheresses se traduisant parfois par des déficits très prononcés : en 1913-1914 la quantité annuelle d'eau n'a guère dépassé 50,5 mm[31]. Les insuffisances de la pluviométrie et ses caprices ne sont compensés ni par les sources et eaux pérennes, quasiment absentes, ni par la nappe phréatique dont les carences ont déjà été soulignées par J. Despois. Les eaux profondes elles-mêmes sont parmi les moins abondantes et les plus médiocres de toute la Tunisie. On a creusé, autour d'El Jem, jusqu'à 400 m de profondeur et on n'a guère rencontré que deux pauvres nappes à 145 et 175 mètres présentant 5 grammes de résidu sec. L'existence de ces nappes est due à la présence, au sein de la masse compacte du sous-sol argileux, de minces couches intercalaires de sable. Au sud d'El Jem les conditions sont encore moins bonnes du fait de la plus grande fréquence du gypse qui aggrave la salure des eaux. Un examen de la carte des ressources hydrauliques du Sahel et de la Basse Steppe permet, à cet égard, de saisir le contraste frappant entre la zone littorale où les puits abondent et celle d'El Jem où ils sont particulièrement rares[32].

Cette pénurie caractérisait déjà la campagne de Thysdrus à l'époque de Jules César. On sait, en effet, que celui-ci, après s'être emparé de Sarsura, s'était rendu à Thysdrus le 4 mars 46 avant J-C. La cité était alors occupée par Considius qui disposait d'une garnison et d'une cohorte de gladiateurs. Examinant les lieux, et constatant qu'il n'y avait pas d'eau, César préféra renoncer à l'attaque et installa son camp à quelque quatre milles de là, à proximité d'un point d'eau dont l'identification pose des problèmes.

Aménagements urbain après l'indépendance[modifier | modifier le code]

Après l’indépendance, l'Etat a entrepris des travaux de mise en valeur de l'amphithéâtre romain notamment en detruisant les habitations toutes proches de l'édifice, en procédant par expropriation des demeures situées sur l'actuelle avenue Bourguiba en faisant reculer les habitations de 3 à 4 m, de chaque côté de la rue (future avenue Habib Bourguiba) pour dégager une voie de circulation depuis la gare à l'amphithéâtre. la mosquée d'époque Almohade a également été rasée car jugée trop proche de l'amphithéâtre. De manière à garantir la visibilité de l'édifice de loin les habitations ne pouvaient excéder un étage.

De nombreux terrains familiaux sont encore non exploités car ils contiennent encore beaucoup de ruines qui sont en cours d'étude par les équipes du département des antiquités rattaché au Ministère de la Culture.

L'amphithéâtre a su être protégé à la suite de son inscription au patrimoine mondial de l'UNESCO en 1979. Mais les deux premiers amphithéâtre situés au Djebel ElJem juste en face du musée archéologique demeure dans un état de délabrement. Ils ne sont pas valorisés et soumis aux assauts du temps et de l'urbanisation galopante.

Sport[modifier | modifier le code]

Le football tient une place importante à côté du handball dans la ville d'El Jem. L'équipe locale de football Etoile Sportive d'El Jem joue dans les divisions inférieures du championnat de Tunisie de football.

La ville compte diverses salles de sport couvertes qui permettent la pratique du handball, de la boxe, des arts martiaux.

Des clubs de pétanque, de tennis de table, de modélisme ont été montés par l'intermédiaire de bénévoles d'El Jem.

Culture[modifier | modifier le code]

La ville connaît une effervescence culturelle l'été avec la tenue de deux festivals musicaux.

Le festival international de musique symphonique de El Jem[33] a été fondé en 1985 par M. Mohamed Ennaceur, actuel président de l'Assemblée Représentative du Peuple.

Ce festival est le seul d'envergure réellement internationale dans le monde arabe, et il a la particularité de se dérouler dans l'enceinte de l'amphithéâtre romain de Thysdrus.

La 33ème édition de ce festival s'est déroulée du 30 juin 2018, avec le spectacle Opéra Aida de Verdi au 11 août 2018 avec le spectacle de l'orchestre "New Musique" de la République du Tatarstan, Fédération de Russie.

La ville héberge aussi le festival El Jem World Music[34] qui s'est déroulé, pour sa 3ème édition, dans l'amphithéatre romain de Thysdrus du 13 au 31 août 2018.

Pour combler l'absence de manifestations culturelles en dehors de la période estivale, mais aussi pour impulser l'activité touristique à El Jem avec le tourisme local, un festival est organisé par l'association "We love EL Jem". Le festival est intitulé les "Thysdrus, Journées romaines d'El Jem" et se déroulera pour sa 3ème édition les 22,23 et 24 mars 2018.

L'association a noué des partenariats avec des associations de reconstitution historique françaises, et a sollicité des artisans pour la fabrication de costumes d'époques, d'outils.

Le festival "Thysdrus, Journées romaines d'El Jem" [35] a permis d'attirer un flux d'environ 7 000 visiteurs sur la ville d'El Jem ce qui a permis de dynamiser l'activité commerciale, de restauration et d'hébergement sur le territoire de la ville et jusqu'à la ville de Mahdia pour l'hébergement.

Dar El Jem[36][modifier | modifier le code]

Le complexe culturel Dar El Jem[37] est un atelier-musée, où l'on peut aussi prendre un café, dans la proximité immédiate de l'amphithéâtre romain d'El Jem. Il a été créé en 2009 par M. Ridha Hfayedh et s'est spécialisé dans la micro-mosaïque. Le complexe forme et fait travailler des artisans et des artistes à la fabrication de tableaux en micro-mosaïque mais aussi de cadeaux artisanaux. Le musée abrite des expositions d'oeuvre d'arts conçues en collaboration avec des artistes du monde entier.

Jumelage[modifier | modifier le code]

Au plan international la ville est jumelée avec Luttre (Pont-à-Celles), Belgique depuis 1973. Un jumelage dont la ville a largement bénéficié avec les projets de développement de l'ONG Delipro présidée par le maire de Luttre puis de Pont-à-Celles Charles Petitjean. Une délégation d'habitants de El Jem fut reçue à Luttre (Pont-à-Celles), Belgique le 1er septembre 1973, ce fut aussi l'occasion de l'inauguration de la rue d'El Djem à Luttre (Pont-à-Celles). En retour une délégation de Luttre s'est rendue à El Jem en 1984.

La ville est aussi jumelée avec Romans-sur-isère, France depuis 1987.

Un jumelage a été mis en place entre le Colisée de Rome et l'amphithéâtre d'El Jem, l'antique Thysdrus à la suite d'un accord-cadre signé entre le parc archéologique du Colisée de Rome et l'Institut National du Patrimoine (Tunisie) et l'Agence de Mise en Valeur du Patrimoine et de la Promotion Culturelle (Tunisie).

L'accord de jumelage prévoit l'organisation de fouilles, de recherches et de travaux de restauration pour une meilleure connaissance et une mise en valeur du site d'El Jem.[38]

Coopération décentralisée[modifier | modifier le code]

La ville de Romans-sur-Isère (Département de la Drôme en France) et la ville de Vienne (Département de l’Isère) ont établi des relations de coopération décentralisée avec la ville de El Jem depuis 1995, pour la première et 1999 pour la seconde.

En 2006, un accord de coopération décentralisée[39] a été signé entre les villes d’El Jem et les deux villes françaises de Romans-sur-Isère et de Vienne, ainsi qu’avec une association, le Groupement d’Action Locale (GAL) des Chambarans.

L’objectif était de mettre en valeur le patrimoine historique et culturel d’El Jem dans la perspective du développement durable urbain de cette ville.

Deux types d’actions ont été menés principalement dans le cadre de ce projet : une formation des élus et des cadres territoriaux ainsi que la création d’un musée, la Maison Africa.


Un autre accord a été signé pour la mise en place d'un partenariat solide et croissant entre les États-Unis et la Tunisie en matière de préservation du patrimoine culturel en 2019 concernant les travaux de réhabilitation de l'amphithéâtre d'El Jem.[40]

Edifices religieux[modifier | modifier le code]

De nombreuses mosquées sont présentes en ville, mais elles sont pour la plupart de construction contemporaine.

Une mosquée du XIIIe siècle se situait sur l'emplacement de l'actuel café Bacchus sur l'avenue Habib Bourguiba.

La plupart des familles se référaient à un marabout, la ville comptaient plusieurs marabouts. Ceci ont été détruits dans les années 60 suite aux réaménagement urbanistique de la ville et notamment la construction de l'avenue Habib Bourguiba et l'aménagement des alentours de l'amphithéâtre.

Marabout Sidi Ben Aissa[modifier | modifier le code]

Le marabout Sidi Ben Aissa est situé juste en face de la face Sud de l'amphithéâtre, il abrite l'actuelle maison de la culture de El Jem. Le marabout contient la tombe d'un saint qui aurait vécu lors de l'occupation Almolhade de El Jem.

Santé[modifier | modifier le code]

La ville possède un hôpital de circonscription qui assure les urgences, la maternité et les premiers soins.

Économie[modifier | modifier le code]

Historiquement, le commerce de l'huile d'olive a fait la fortune de l'antique Thysdrus et son commerce continue d'assurer l'activité économique de la ville. La ville fut aussi le siège d'une usine de poudre noire à destination de l'industrie militaire au XIXe siècle et au début du XXe siècle.

Les principales activités économiques à El Jem[41] sont : l'agriculture, l'industrie et les services, le tourisme et l'artisanat.

La production oléicole est abondante et la ville compte plusieurs presses et usines de mise en bouteille de l'huile d'olive. Cependant, la ville ne s'est pas encore doté d'industrie pour la valorisation des margines qui sont les résidus de la fabrication de l'huile et qui sont utilisés pour la fabrication d'engrais végétaux.

L'élevage ovin est prédominant sur le territoire de la délégation d'El Jem. Il s'agit d'élevages extensifs avec une prédominance de la race barbarine dans le cheptel local.

La ville compte beaucoup d'unités d'élevages industriels avicoles (poulets) notamment pour la chair et les œufs. les cheptels bovins (production de lait), caprins, et de dromadaires sont présents mais en plus faible proportion que les élevages ovins et avicoles.

La ville compte une zone industrielle sur le bord de la route nationale N1 avec notamment la présence remarquée du groupe industriel allemand Draexlmaier[42]. Le site industriel compte deux usines SATE 1 & 2 et emploie environ 1500 personnes dans la fabrication de faisceaux de câble pour l'industrie automobile.

De nombreuses usines et ateliers de fabrication de prêt-à-porter cuir et maroquinerie, de fabrication de matériaux de construction (Concasseur, carrelages, briques), de plastiques sont implantées sur le territoire de la ville d'El Jem.

La ville est aussi connue comme une plateforme de commerce, idéalement située sur les grands axes routiers Nord-Sud et Est-Ouest la ville possède un souk important qui se déroule le lundi. Le souk historique se situe sur les artères perpendiculaires à l'avenue Habib Bourguiba, et était un lieu important pour la vente des animaux, de l'huile d'olive, et d'autres objets et denrées alimentaires. Une partie du souk a été déportée dans le nouveau marché Ong Jamel, qui était l'ancienne partie du Souk où se déroulait la vente des bêtes vivantes et notamment des dromadaires. Un autre souk se situe sur la rue Arbi Zarrouk près de l'oued parallèle à la route de Sousse.

La rocade qui entoure la ville et qui permet de relier les portions Nord et Sud de la route nationale N1 sans rentrer dans le centre-ville de El Jem est bordée d'innombrable échoppes qui alimentent le commerce local et national, de nombreux clients venant de toute la Tunisie pour venir faire leur emplette sur cette rocade.

L'artisanat tient une part importante dans l'activité de la ville. La ville est notamment réputée pour ses tapis Margoum fait main. Les artisans de la ville possèdent un savoir faire dans la fabrication de mosaïque réputé à l'international.

24 clusters ont été identifiés sur tout le territoire de la Tunisie, et El Jem a été retenue pour héberger un cluster lié à la mosaïque. Cela permettra à la ville de devenir un pôle important pour le développement économique du gouvernorat de Mahdia[43].

La ville d'El Jem est reconnue mondialement par le savoir-faire de ses artisans dans la reproduction de mosaïques romaines, mais aussi dans la mosaïque de pavement et la micro-mosaïque qui consiste en la reproduction de chefs-d’œuvre de la peinture sous forme de micro-mosaïque.[réf. nécessaire][44]

Transports[modifier | modifier le code]

La ville d'El Jem est desservi par l'autoroute A1 avec une sortie via un péage. Elle est aussi desservie par 2 autres axes routiers de grande circulation : la route nationale N1 (ex: GP1) et la route C87.

L'autoroute A1 permet la desserte, sur sa portion Nord, de M'Saken à 57 km, Sousse à 62 km, Hammamet à 154 km, Tunis à 205 km. Sur sa portion Sud, elle permet de desservir El Hencha à 21 km, Sfax à 63 km, Gabès à 213 km. Ces villes sont aussi accessibles via la route nationale N1, mais c'est une route à 2 × 1 voie qui passe par une multitude de petites villes sur son tracé.

La route C87 permet la desserte, sur sa portion Est, des villes de Ksour Essef à 31 km, la Chebba via Ksour Essef à 45 km, Mahdia à 42 km. Sur sa portion Ouest, elle permet la desserte des villes de Essouassi à 8 km, Ouled Chamekh à 42 km et de Kairouan à 71 km.

Des routes secondaires permettent de desservir les villes de Zelba à 20 km, Bou Merdes à 20 km, ainsi que de petits villages dépendant de la délégation de El Jem.

Les transports en communs sont assurés par des taxis pour les déplacements à l'intérieur de la ville, des louages à bandes jaunes permettent la desserte des villages dépendant de la délégation de El Jem. Les louages à bandes jaunes sont au départ de la station située sur l'Avenue Hedi Chaker près du Souk de la ville.

Les louages à bandes bleues (intra-gouvernorat) et à bandes rouges (inter-gouvernorat) permettent la desserte de Mahdia, Sousse, Tunis, Sfax, M'Saken. La station de louage principale se situe près de la Grande Mosquée.

La ville est également desservie par le train. la gare d'El Jem est située en centre ville. la desserte ferroviaire de la SNCFT permet de desservir les villes de Tunis, Bir Bouregba, Enfidha, Sousse, Kaala Sghira, Kerker, Sfax et Gabès.

La Société de transport du Sahel met à la disposition des lignes de bus qui permettent de desservir Mahdia et Sousse.

La Société Nationale de Transport Interurbain met à la disposition des bus qui marquent un arrêt à El Jem au niveau du relais sur la route GP1 à l'entrée de El Jem en venant de Sousse, ces bus assurent les liaisons Tunis-Gabès, Tunis-Médenine, Tunis-Tataouine et Tunis-Djerba via Sousse.

Elections municipales de 2018[45][modifier | modifier le code]

Les premières élections municipales en Tunisie depuis la Révolution tunisienne ont eu lieu en 2018. A El Jem, il y avait 24 sièges en jeu pour le conseil municipal.

3 listes étaient en concurrence : la liste portée par le parti Nidaa Tounes, la liste portée par le parti Ennahda et la liste indépendante "Al Horra".

Le parti Nidaa Tounes est arrivé en tête avec 2 012 voix. Nidaa Tounes a obtenu 11 sièges au conseil municipal[46].

Le parti Ennahda est arrivé deuxième avec 1 718 voix. Ennahda a obtenu 9 sièges au conseil municipal.

La liste indépendante "Al Horra" est arrivée troisième avec 1 008 voix. "Al Horra" a obtenu 4 sièges au conseil municipal.

Le président de la Municipalité élu par le conseil municipal est M. Adel Fahrat.

Personnalités[modifier | modifier le code]

Cliquez sur une vignette pour l’agrandir.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b (ar) [PDF] Recensement de 2014 (Institut national de la statistique)
  2. Victor Guérin, Voyage archéologique dans la régence de Tunis, éd. Plon, Paris, 1862, p. 98
  3. Hédi Slim, El Jem, l'antique Thysdrus, éd. Alif, Tunis, 2007, p. 89
  4. Hedi Slim, « Djem (El Jem Thysdrus) », Encyclopédie berbère,‎ (lire en ligne)
  5. Nouveaux témoignages sur la vie économique à Thysdrus., BCTHS 19, , p. 63-85
  6. Les amphithéâtres d’El Jem, Comptes Rendus de l'Académie des Inscriptions et Belles Lettres, , p. 440-469
  7. Antonio Ibba et Giusto Traina, L'Afrique romaine : de l'Atlantique à la Tripolitaine (69-439 ap. J.-C.), éd. Bréal, Paris, 2006, p. 107
  8. Antoine Héron de Villefosse, « Lettre à M. le Docteur Carton sur une inscription de Thysdrus », Bulletin de la Société archéologique de Sousse, n°1, 1903, p. 35
  9. Jacques Gascou, « P. Iulius Liberalis sacerdotalis provinciae Africae, et la date du statut colonial de Thysdrus », Persee,‎ , pp. 189-196 (lire en ligne)
  10. Hedi Slim, « Djem (Eljem Thysdrus) », Encyclopédie berbère,‎ (lire en ligne)
  11. R. Guéry et P. Trousset, « Encyclopédie Berbère », journals.openedition.org,‎ , Pages 1338-1340 (lire en ligne)
  12. Roger Guéry, Cécile Morrisson, Hédi Slim, « Recherches archéologiques franco-tunisiennes à Rougga. III. Le trésor de monnaies d'or byzantines », Persee,‎ (lire en ligne)
  13. Gilber Hallier, « Les citernes monumentales de Bararus (Henchir Rougga) en Byzacène », Persee,‎ , pages 129-148 (lire en ligne)
  14. « Le site de Rougga ou Barrarus à Sfax », sur zaherkammoun.com,
  15. Bakr, Abd Allâh ibn Abd al-Azz Ab Ubayd al- (1040-1094), Description de l'Afrique Septentrionale, Typographie Adolphe Jourdan - Alger, 408 p. (lire en ligne), page 49
  16. Tidjanī, Abou Moḥammad Abd Ạllāh b́n Ibrahim al., Voyage du scheikh Et-Tidjani dans la Régence de Tunis, pendant les années 706, 707 et 708 de l'hégire (1306-1309 de J.-C.) (lire en ligne)
  17. Valère Duraffourg, Notice de géographie historique et descriptive sur la Tunisie, Sfax et ses environs, Les éditions chapitres.com, (lire en ligne), Page 6
  18. « COMPAGNIE FERMIÈRE DES CHEMINS DE FER TUNISIENS (CFT) (1923-1956) », sur http://entreprises-coloniales.fr
  19. « Pour la première fois un arabe est nommé juste parmi les nations », sur lefigaro.fr,
  20. Hedi Slim, « Mosaïque romaine en Afrique du Nord », Dossiers d'Archéologie,‎ (ISSN 1141-7137)
  21. Hedi Slim, « La mosaïque du labyrinthe de Thysdrus », Antiquités africaines,‎ , pp. 201-205 (lire en ligne)
  22. Louis Foucher, « Le calendrier de Thysdrus », Antiquités Africaines,‎ , pp. 63-108 (lire en ligne)
  23. Hedi Slim, « Le modèle urbain romain et le problème de l'eau dans les confins du Sahel et de la Basse Steppe », Publications de l'École Française de Rome,‎ , pp. 169-201 (lire en ligne)
  24. Hédi Slim, Le modèle urbain romain et le problème de l'eau dans les confins du Sahel et de la Basse Steppe, Publications de l'École Française de Rome, (lire en ligne), pp. 169-201
  25. Ammar Mahjoubi, Villes et structures urbaines de la province romaine d'Afrique, éd. Centre de publication universitaire, Tunis, 2000, p. 167-168
  26. Hédi Slim, « Les amphithéâtres d'El-Jem », CRAI, vol. 130, n°3, 1986, p. 469
  27. a et b Ammar Mahjoubi, op. cit., p. 168
  28. Hédi Slim, « Les amphithéâtres d'El-Jem », p. 462
  29. Hédi Slim, « Les amphithéâtres d'El-Jem », p. 468
  30. « Festival international de la mosaïque d'El Jem : une identité artisanale locale et un créneau prometteur de développement », Investir en Tunisie, 11 mai 2010
  31. Abderrahmen Bousnina, La variabilité des pluies en Tunisie, Tunis, Tunisie, Publications de l'Université de Tunis, , page 173
  32. J. Despois, La Tunisie orientale. Sahel et Basse Steppe, Paris, (lire en ligne), ch. III. les eaux, pp. 75-96 et surtout p. 91
  33. « Festival international de musique symphonique d'El Jem – Site Web Officiel » (consulté le 8 décembre 2018)
  34. « Festival El Jem World Music », sur festivaleljemworldmusic.tn
  35. « Thysdrus, journées romaines d'El Jem », sur www.agendas.ovh,
  36. « Dar el Jem », sur Creative Tunisia (consulté le 8 décembre 2018)
  37. « Dar El Jem », sur Artisans d'Art (consulté le 8 décembre 2018)
  38. « Le parc archéologique du Colisée signe un accord pour un jumelage avec l’Amphithéâtre d’El Jem », sur https://ambtunisi.esteri.it/, (consulté le 26 avril 2020)
  39. Lamia KRATOU, Jacques POIROT, « El Jem - Vienne et Romans-sur-Isère », sur http://www.coopdectunisie.org/ (consulté le 26 avril 2020)
  40. « Lancement du projet de restauration du site archéologique du Colisée d'El Jem », sur https://tn.usembassy.gov/fr/, (consulté le 26 avril 2020)
  41. « Culture et Patrimoine : Tunisie - El Jem »
  42. « El Jem - Dräxlmaier TN », sur tn.draexlmaier.com (consulté le 8 décembre 2018)
  43. « LES MOSAÏSTES D'EL JEM », sur Creative Tunisia (consulté le 8 décembre 2018)
  44. « Micro Mosaïque Tunisia », sur https://micromosaictunisia.com/ (consulté le 26 avril 2020)
  45. « Résultats – Instance Supérieure Indépendante pour les Élections », sur www.isie.tn (consulté le 8 décembre 2018)
  46. walid, « Elections municipales Tunisie 2018: Décompte des voix dans toutes les municipalités à Mahdia », sur Directinfo (consulté le 8 décembre 2018)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Gilbert Charles-Picard, La civilisation de l'Afrique romaine, éd. Études augustiniennes, Paris, 1990
  • Hédi Slim, El Jem : l'antique Thysdrus, éd. Alif - Les éditions de la Méditerranée, Tunis, 1996
  • Hédi Slim et Latifa Slim, Vie et artisanat à Thysdrus, El Jem, ville d'Africa, IIe – IIIe siècles : Exposition au musée archéologique de Nice-Cimiez, éd. Comité des travaux historiques et scientifiques, Paris, 1996

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]