Corderie royale

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Corderie royale - Centre international de la mer
Façade de la Corderie royale.
Façade de la Corderie royale.
Informations géographiques
Pays Drapeau de la France France
Ville Rochefort
Adresse Rue Jean Baptiste Audebert
Coordonnées 45° 56′ 21″ nord, 0° 57′ 21″ ouest
Informations générales
Date d’inauguration 1985
Collections Maritime
Superficie 14 000 m2 dont près de 2 000 m2 pour le Centre international de la mer (sur lesquels 1 000 m2 sont accessibles au public)
Informations visiteurs
Nb. de visiteurs/an 110 000
Site web www.corderie-royale.com

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Corderie royale - Centre international de la mer

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Corderie royale - Centre international de la mer

La Corderie Royale – Centre International de la mer, est un vaste ensemble muséal situé au cœur de l’Arsenal maritime de Rochefort. Le bâtiment construit en 1666 est classé au titre des Monuments Historiques depuis 1967 et actuellement candidat à l’inscription à la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO[1].

La partie ouverte aux visiteurs accueille depuis 1986 des expositions permanentes et temporaires dédiées au monde maritime et à l’histoire de l’Arsenal de Rochefort.

Présentation[modifier | modifier le code]

La Corderie Royale à proprement parler – c’est-à-dire le bâtiment – est une curiosité architecturale. D’une longueur de 374 mètres pour 8 mètres de largeur, la Corderie Royale de Rochefort est jusqu’au XXème siècle le plus long bâtiment industriel en Europe. A titre de comparaison, la longueur de la Corderie Royale est supérieure à la hauteur de la tour Eiffel (374 mètres contre 324 mètres)

Le site de la Corderie royale qui abrite le Centre international de la Mer est un vaste espace muséographique faisant partie du grand Arsenal de Rochefort, haut lieu historique, culturel et touristique de la ville qui comprend également le Musée national de la Marine, l'Hermione, et le projet de rénovation du Commissariat de la marine sur le Quai aux Vivres de Rochefort.

C'est le site muséographique le plus fréquenté de la ville recevant plus de 100 000 visiteurs chaque année.

Cet ensemble muséographique exceptionnel est mentionné dans nombre de guides touristiques aussi bien que sur le site de l'office de tourisme Rochefort Océan, de la Charente-Maritime et du Poitou-Charentes, qu’au niveau national.

Historique[modifier | modifier le code]

Le contexte[modifier | modifier le code]

La Corderie Royale en vue aérienne

La Corderie royale est l'un des bâtiments les plus importants de l'arsenal. La construction de l’Arsenal est en outre à l’origine du développement de la ville de Rochefort au XVIIème siècle, laquelle n’était peuplée que de 500 habitants au début de ce siècle.

Rochefort au XIe siècle est un village : « Roccafortis ». Au milieu du XVIIème siècle, le roi Louis XIV cherche à construire une marine de guerre capable de concurrencer celle des Anglais et des Hollandais, alors très en avance sur leur industrie maritime. Il ne reste en effet en France plus que 20 navires, dont seulement 2 ou 3 sont aptes à prendre la mer.

En 1661, à la mort de Mazarin, Jean-Baptiste Colbert entre au service du roi et charge une commission composée de 5 membres de trouver l’endroit le plus propice à l’installation du futur Arsenal du Ponant. En 1664, les membres de la commission se rendent sur la côte Ouest, de Dunkerque jusqu’à Bayonne. En 1665, et en partie grâce à Jean Colbert du Terron, intendant de la ville de Rochefort et cousin du ministre Colbert, la décision est prise de l’installer à l’embouchure de la Charente.

Le site est privilégié entre autres de par son accès difficile pour d’éventuels envahisseurs.

Les plans sont tracés par l’architecte Francois Blondel et la construction débute dès février 1666, et ce malgré l’absence d’approbation de Louis XIV jusqu’en Mars de cette année. Les travaux sont lancés avant même l’acquisition du terrain par l’Etat, alors possédé par le seigneur Jacques Henri de Cheusse. Le 5 Mai 1666, celui-ci est exproprié de ses terres et les travaux deviennent enfin officiels. François Blondel admettra tout de même avoir « mené un peu vite la construction de la Corderie, l’étuve et les forges (…) »

Envoyé aux Antilles en juillet 1666, l’architecte ne put constater le résultat de ses plans.

La construction[modifier | modifier le code]

La réalisation ne fut pas simple en raison du terrain. Celui-ci est situé en bordure de la Charente, sur un sol constitué d'une couche de vase épaisse de près d'une trentaine de mètres, parfois inondé d'une soixantaine de centimètres d'eau lors des grandes marées. Avant la construction du bâtiment lui-même, il fallut donc surélever de quelques pieds[1] et établir un radier constitué d'un quadrillage de pièces de chêne de 30 centimètres de section enfoncé à 5 pieds sous la nappe phréatique[2].

Ce n'est qu'une fois le radier terminé que commença réellement la construction, à l'aide de pierres calcaires des carrières proches de Crazannes. Afin de ne pas déstabiliser ce radeau flottant, la construction se fit de manière symétrique, le passage au niveau supérieur n'ayant lieu que lorsque les deux pans de mur avaient atteint le même niveau. Au plus fort de la construction, 700 ouvriers se relaient pour construire le bâtiment.

Finalement, après plus de trois ans de travail, la construction s’achève en juin 1669.

Pendant près de deux cents ans, le bâtiment fut utilisé pour réaliser les cordages de la marine royale.

Les années d'or de la Corderie[modifier | modifier le code]

Fileurs à l’œuvre au 17ème siècle

Au temps de sa construction, le cordage le plus long d'un navire mesurait une encablure (soit environ 195 m). Or celui-ci devait être réalisé d'un seul tenant afin d'être le plus solide possible. En sachant que le commettage (technique de fabrication d'un cordage consistant à réunir plusieurs brins ensemble par torsion), réduit sa longueur d'un tiers, l'atelier de fabrication devait donc faire au minimum 270 m de long, d'où les grandes dimensions de la Corderie Royale de Rochefort (374 m). De plus, les navires de guerre les plus importants de l’époque nécessitent jusqu’à 100 km de cordages.

L'aile principale est bordée par deux pavillons. Au nord, celui destiné au stockage du chanvre et au sud, celui destiné au goudronnage du cordage. On utilisait à la Corderie du chanvre qui arrivait des provinces de France et de Rīga en mer Baltique afin de réaliser des cordages. Les étapes de la fabrication, aujourd’hui détaillées dans l’exposition de la Corderie Royale, étaient entièrement prises en charge à l’Arsenal. Cela comprenait la réception de la matière première : le fil de chanvre, sa transformation en fils de caret puis en cordages et enfin le goudronnage.

Réplique actuelle de l'Hermione

Les cordages sont ensuite envoyés à la forme de radoub au nord de l’Arsenal en vue de leur utilisation pour la construction des navires de guerre. Entre 1669 et 1862, près de 550 navires seront construits au sein de l’Arsenal de Rochefort, dont le Victorieux, la Méduse et L’Hermione, ce qui contribua fortement au renouveau de la marine royale française à partir du XVIIème siècle

S’ajoutent également les travaux d’entretien et de réparation de la marine de guerre française pendant cette période.

La fin de la Corderie en 1862 et la reconversion du site[modifier | modifier le code]

À partir de la Révolution industrielle, au XIXe siècle, la propulsion à voile disparaît progressivement, remplacée par les bateaux à vapeur puis les bateaux à moteurs. La construction métallique remplace également la construction en bois. La production de cordages à Rochefort ralentit peu à peu jusqu’à être totalement arrêtée en 1862 et le départ des cordiers. La Corderie Royale n’est pas abandonnée pour autant, elle est reconvertie et abrite plusieurs institutions dont :

  • L'annexe de l'artillerie navale
  • Les travaux maritimes
  • Les archives secrètes de la marine
  • Le musée des « petits-modèles »
  • L'école de maistrance et des apprentis armuriers

Le bâtiment est réaménagé, modifié, coupé en deux pour pouvoir laisser passer une ligne de chemin de fer.

L’Arsenal est quant à lui aménagé pour permettre la construction de quelques navires selon les nouveaux standards de l’époque. Ainsi en 1829, le Sphinx, premier navire à vapeur de la marine française - connu pour avoir transporté l’obélisque de Louxor jusqu’en France - est lancé le 3 Aout. C’est également à l’Arsenal de Rochefort que fut construit et testé le Plongeur, premier sous-marin propulsé par moteur, en 1863.

L'abandon progressif du site[modifier | modifier le code]

Au XXème siècle, l’Arsenal de Rochefort commence à montrer des signes d’essoufflement. La construction des nouveaux cuirassés dessinés par les architectes navals est impossible compte tenu du faible tirant d’eau, et l’envasement de la Charente devient de plus en plus problématique.

Le 10 septembre 1926 il est décidé de fermer de l’Arsenal, avec pour corollaire l'abandon progressif de la Corderie. Cet abandon provoquera un déclin rapide de la ville de Rochefort, privée de sa principale source d’activité.

Le déclin est complet lorsqu’un raid aérien allemand détruit la quasi-intégralité des bâtiments de l’Arsenal et mis le feu à la Corderie Royale en 1944, lors du départ des forces d’occupation de la ville. Le feu qui dura plusieurs jours rendit le bâtiment inutilisable.

Le projet de reconstruction[modifier | modifier le code]

Suite à la guerre, de nombreux sites historiques furent réhabilités grâce aux crédits alloués aux dommages de guerre et à la reconstruction du pays, mais la Corderie Royale n’en fit pas partie dans un premier temps.

La Corderie Royale dans les années 50

Laissée à l'abandon total pendant une vingtaine d'années, la Corderie et ses alentours furent complètement envahis de broussailles et de ronces. Cette végétation abondante mettait en péril ce remarquable édifice chargé de l'histoire de la ville. En 1964, l’Amiral Maurice Dupont, nouveau préfet militaire de la base de Rochefort, entreprend un grand projet de réhabilitation de la Corderie. Sans soutien financier, avec l’aide de bénévoles et d’élèves de diverses écoles militaires des alentours, Maurice Dupont effectue un nettoyage du site de la Corderie et élimine les constructions industrielles qui dataient du XXème siècle (baraquements allemands, voie de chemin de fer…). Après un défrichage conséquent, l’amiral Dupont s’attelle à rendre le lieu attractif en installant des jeux pour enfants, des terrains de boules et en aménageant des pelouses.

Peu à peu cet engouement personnel va se transmettre aux rochefortais. L’amiral sollicite fortement les autorités militaires pour les convaincre de la nécessité de restaurer l’édifice.

Dans le même temps, la municipalité commence à s’intéresser à nouveau au sort de la Corderie et entreprend la démarche de classification de l’édifice au titre des Monuments Historiques. La Corderie Royale bénéficiera à ce titre des années Malraux, années fastes pour la culture française et le patrimoine.

Le 2 juin 1967, ce classement est accepté et officialisé.

La priorité est ensuite mise sur les travaux à réaliser. Il y a en effet urgence puisque les risques d’éboulement de la structure posent des problèmes de sécurité sur le site. De plus, la direction Départementale de l’équipement prévoyait l’installation d’une rocade entre la Charente et la Corderie, projet finalement abandonné après la mobilisation forte des élus à son encontre.

En 1973, le site de la Corderie Royale est acheté à l’Etat par la ville de Rochefort, et – aidée financièrement par le « Contrat – Ville moyenne » - les travaux de réhabilitation débutent.

La réhabilitation[modifier | modifier le code]

Les travaux sont chapeautés par l’architecte Michel Mastorakis, l’architecte en chef des monuments historiques. Ce dernier met rapidement en garde contre le coût des travaux qui selon lui seront très élevés : au moins 7 millions de francs.

Pour limiter les frais, des matériaux traditionnels sont utilisés pour l’extérieur du bâtiment et du béton armé pour l’intérieur, qui présente l’avantage d’être moins cher et plus solide.

Aujourd’hui encore, on peut voir quelques graffitis d’époque sur les pierres extérieures de la Corderie Royale, dont les mieux conservées ont été réutilisées par la reconstruction.

Les fondations sont également consolidées, même si le radier était encore en très bon état.

Les travaux vont durer douze ans : jusqu’en 1984. Puis les derniers travaux complémentaires se termineront en 1988 avec la reconstruction du corps de garde.

La Corderie Royale aujourd'hui[modifier | modifier le code]

Le bâtiment, dont les travaux de restauration, ont permis de faire bénéficier à la ville du "Grand prix national du patrimoine abrite aujourd’hui des services administratifs et tertiaires importants :

La médiathèque municipale.

Le Centre international de la Mer est l’espace d’exposition proprement dit de la Corderie Royale : il s'étend sur une surface de 300 m² occupant l'aile Sud du plus long arsenal de France. Il a été ouvert au public en 1986.

Il comprend une librairie spécialisée abritant un large éventail d'ouvrages sur le thème de la mer. On y trouve plus de 8000 références.

Exposition permanente[modifier | modifier le code]

Une salle d'exposition permanente est consacrée à la fabrication des cordages, tandis qu'à l'atelier de matelotage, la démonstration des nœuds marins met en lumière la complexité de cette technique. La salle aux dimensions impressionnantes est adaptée aux différentes tailles des cordages à confectionner : dans ce vaste espace d'exposition, les outils et les machines (dont une machine à câbler du XIXe siècle), les matières premières utilisées (dont le chanvre), les procédés et méthodes de fabrication sont présentés de façon ludique et pédagogique.

Le refonte de l'exposition[modifier | modifier le code]

En 2017, à l’occasion des 50 ans de la Corderie Royale au titre de Monument Historique, le Centre International de la Mer a entrepris de grands travaux pour rénover son exposition permanente. Le 1er Avril 2017, l’exposition a rouvert avec un espace entièrement modifié. L’expérience est plus interactive grâce à des ajouts comme un théâtre optique holographique et des manipulations laissées à disposition des visiteurs. L’espace matelotage est conservé et le parcours est agrémenté de nombreuses vidéos et démonstrations pour mieux expliquer le procédé de fabrication des cordages utilisés dans la marine.

Les différents ateliers de l’exposition (Filage / Commettage / Matelotage) sont mieux délimités pour coller davantage au schéma de la production des cordages au XVIIème siècle.

Expositions temporaires[modifier | modifier le code]

Depuis 1986, la Corderie Royale a accueilli de nombreuses expositions temporaires pour promouvoir la culture au niveau régional et national.

  • Panama, un canal au cœur des Amériques
  • La mer à l’encre, 3 siècles de cartes marines
  • La promesse d’une île
  • Des embruns dans les bulles
  • Face au vent
  • Les Glénans, la mer en partage
  • Chanter la mer : exposition sonore
  • Survivants des glaces avec Shackleton vers le pôle Sud
  • Thé & cie, entre Chine et Europe

Ces expositions portant sur des sujets maritimes sont renouvelées environ tous les 1 à 2 ans.

Stages[modifier | modifier le code]

En plus des expositions permanentes et temporaires, la Corderie Royale propose à ses visiteurs des stages d’une journée pour apprendre à réaliser des nœuds marins. Ces stages sont supervisés par des mateloteurs professionnels.

Le Jardin des Retours[modifier | modifier le code]

Suite à la réhabilitation partielle du site de la Corderie entamée dans les années soixante, le terrain est dégagé mais les alentours de la Corderie restent assez négligés. En 1982, la municipalité décide de lancer le concours « Parc Charente ». Sur les 64 projets déposés, c’est celui de l’architecte-paysagiste Bernard Lassus qui séduit le jury composé d’élus locaux et de professionnels de la culture et de l’architecture.

L'entrée du labyrinthe des batailles navales
Gréement à l'échelle 1/2 dans l'aire des gréements.

Ce projet est mis en application dès 1982 et aboutit à la création du Jardin des Retours tel qu’il est actuellement.

L’appellation Jardin des Retours regroupe l’ensemble des espaces naturels aménagés autour de la Corderie Royale, ce qui comprend le Jardin des Amériques, le Jardin de la Galissonnière et le Jardin de la Marine.

Le jardin des Amériques[modifier | modifier le code]

Situé entre la Corderie et la Charente, cet espace est aménagé tel un parcours le long du fleuve. On y trouve également le labyrinthe des batailles navales et l’aire des gréements.

Le jardin de la Galissonnière[modifier | modifier le code]

Situé entre la Corderie et l’ancien rempart de la ville, ce jardin est composée d’un alignement de palmiers au milieu de la pelouse, ce qui rappelle le caractère longitudinal de la Corderie. Une serre devait compléter l’ensemble mais le projet fut abandonné faute de moyens.

Le jardin de la Marine[modifier | modifier le code]

Le Jardin de la Marine

Le jardin de la Marine était à l’origine le Jardin du Roy, puis celui de l’Intendant. L’élévation de ce jardin permet de contempler l’ensemble du panorama, aussi bien de la Corderie que des autres jardins. Il fut le jardin botanique de l’Arsenal de Rochefort.

C’est par ce jardin qu’ont transité de nombreuses plantes exotiques importées d’Amérique, et dont la plus célèbre est le bégonia, nom donné en l’honneur de Michel Bégon, intendant de la marine de Rochefort entre 1668 et 1710.

Une deuxième partie de ce jardin sert désormais d’aire de jeux pour les Rochefortais.

Galerie photo[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. UNESCO Centre du patrimoine mondial, « Arsenal de Rochefort et fortifications de l'estuaire de la Charente - UNESCO World Heritage Centre », sur whc.unesco.org (consulté le 22 mai 2017)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]