Cliffhanger

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Le « cliffhanger » (expression anglophone)[1], ou le suspense[2] selon les recommandations officielles, désigne, dans la terminologie des œuvres de fiction, un type de fin ouverte créant une forte attente. Il y a cliffhanger quand un récit s’achève avant son dénouement, à un point crucial de l’intrigue, quitte à laisser un personnage dans une situation difficile, voire périlleuse. Ce type de fin, très fréquent dans les feuilletons, implique souvent une suite.

Dans les feuilletons (télévisés, radiophoniques ou romans-feuilletons), le rôle principal du cliffhanger est de donner envie au public de connaître la suite du récit pour savoir comment le personnage va s'extirper de la situation difficile où il se trouve. Parfois, le cliffhanger ne trouve pas de résolution dans l'épisode qui suit, ce qui permet de tenir en haleine jusqu'au dénouement le spectateur frustré.

Il arrive que plusieurs situations plus ou moins différentes soient laissées en suspens. On parle alors de double, triple, quadruple... cliffhanger. Un exemple est le triple cliffhanger entre les deux épisodes L'Humanité en péril/Troisième Guerre mondiale de la saison 1 de la série Dr.Who, où les héros, répartis entre trois lieux différents, se retrouvent chacun devant une menace mortelle apparemment inéluctable.

La technique du cliffhanger a également influencé le cinéma, à commencer par les serials de la première moitié du XXe siècle.

Littérature[modifier | modifier le code]

Le cliffhanger est une technique narrative essentielle des romans-feuilletons (voir l'œuvre d'Alexandre Dumas ou celle d'Eugène Sue). David Lodge affirme (The Art of Fiction, chapitre 3) que la technique du cliffhanger, au sens littéral de « personne suspendue à une falaise », remonte à Thomas Hardy, qui laisse Henry Knight dans cette situation périlleuse dans son roman (publié d'ailleurs en feuilleton) A Pair of Blue Eyes.

Outre les romans-feuilletons, le cliffhanger se retrouve également dans certains romans contemporains. Par exemple, Da Vinci Code, de Dan Brown, comporte de nombreux chapitres s'achevant par un cliffhanger, afin de tenir le lecteur en haleine.

On a constaté que certains romans se terminaient aussi par un cliffhanger. Citons, parmi les plus anciens, Le Bel Inconnu de Renaud de Beaujeu et parmi les plus célèbres, Autant en emporte le vent de Margaret Mitchell.

Bande dessinée[modifier | modifier le code]

Dans le neuvième art, le cliffhanger est apparu notamment dans la presse hebdomadaire de bande dessinée, sous le terme de suspense de bas de page. Ne publiant que quelques pages par semaine (double page ou quadruple page), les auteurs installaient un suspense sur ces pages, qui culminait en fin de page, et était généralement résolu dans les pages des semaines suivantes. On retrouve également cette technique dans les albums[3] (Achille Talon contre docteur Chacal et mister Bide !)

Cinéma[modifier | modifier le code]

Dans la première moitié du XXe siècle, le cliffhanger était régulièrement utilisé dans les serials (Les Mystères de New York, Judex), qui se présentaient comme des feuilletons cinématographiques dont les épisodes étaient rythmés par de multiples coups de théâtre.

Hormis les serials, d'autres films utilisent la technique du cliffhanger, par exemple les sagas cinématographiques contemporaines (Matrix Reloaded, deuxième volet de la trilogie Matrix, s'achève par un cliffhanger).

Certains films se terminent par un cliffhanger sans qu'il y ait de suite (Monsieur Klein, de Joseph Losey, ou encore la version director's cut de Blade Runner, de Ridley Scott), ce qui peut éventuellement décevoir et frustrer le spectateur mais permet de ne pas sceller le destin des personnages.

Séries télévisées[modifier | modifier le code]

Les séries télévisées françaises de l'ORTF qui adaptaient des romans-feuilletons tels que Rouletabille ou Rocambole, étaient constituées d'épisodes de 15 minutes qui se terminaient par un coup de théâtre, une scène de suspense ou une révélation surprenante, conservant l'esprit des œuvres littéraires d'origine.

Dans les séries télévisées américaines, un cliffhanger ponctue un épisode toutes les 12 minutes. C'est en effet, sur les chaînes publiques, la fréquence des interruptions publicitaires : ici, le cliffhanger sert à donner au téléspectateur l'envie de regarder le reste de l'épisode et à le convaincre de patienter pendant la page de publicité. À noter toutefois que même les séries créées par HBO, une chaîne payante sans interruption publicitaire, comportent trois ou quatre cliffhangers par épisode de 52 minutes.

Déjà, dans les années 1967-1968, la série Les Envahisseurs (diffusée en France à partir de 1969) utilise un cliffhanger entre chaque épisode.

Il n'est pas rare qu'une saison d'une série télévisée s'achève par un cliffhanger. L'un des exemples les plus célèbres reste le dernier épisode de la troisième saison de Dallas, dans lequel le personnage de J.R. Ewing fait l'objet d'une tentative d'assassinat. La question de la survie éventuelle de J.R. et le mystère au sujet de l'identité du coupable n'ont trouvé leur réponse qu'au cours de la saison suivante, ce qui a contribué à renforcer l'intérêt des téléspectateurs du feuilleton, impatients de savoir «  qui a tiré sur J.R. ? ». La série X-Files est également passée maître, lors de ses doubles (ou triples) épisodes, pour imaginer des cliffhangers marquants y compris en fin de saison ; comme le final de la saison 2, Ceux d'outre-tombe, où L'homme à la cigarette ordonne de faire exploser le wagon souterrain où est enfermé Fox Mulder. L'explosion se produit, et c'est le noir sans que l'on sache ce qu'il advient de l'agent du FBI.

Les cliffhangers de fin de saison visent à la fois à fidéliser le téléspectateur et à convaincre les producteurs de renouveler la série pour la saison suivante, quitte à laisser une fin ouverte en cas de refus — de nombreuses séries, telles que Twin Peaks, Earl, ou Heroes, ont fait les frais de cette méthode. Cependant, certaines fins programmées à l'avance sont pourtant volontairement ouvertes : JAG, Les Soprano, Le Prisonnier, Angel, Desperate Housewives, Urgences

Si les cliffhangers concernent surtout les séries télévisées dramatiques, ils sont également présents dans certaines séries comiques. Ainsi, la plupart des saisons de Friends s'achèvent par un cliffhanger (par exemple, à la fin de la septième saison, l'une des héroïnes de la série s'avère être enceinte, alors que le mystère plane sur l'identité du père de son enfant). Idem pour Scrubs.

L'un des grands adeptes du cliffhanger dans les séries reste J. J. Abrams, producteur et créateur notamment d'Alias et de Lost : Les Disparus, deux séries illustrant à de très nombreuses reprises ce que peut être un cliffhanger d'importance considérable.

Des séries diffusées sur Internet usent aussi du cliffanger comme Le Visiteur du Futur de François Descraques, ou bien Hero Corp de Simon Astier.

Exemples de cliffhangers[modifier | modifier le code]

  • Le grand méchant a un héros à sa merci et se prépare à l'éliminer une fois pour toutes, en se servant d'une méthode diabolique. Ce type de fin est souvent utilisée dans la série télévisée Batman, d'une manière volontairement caricaturale.
  • Un homme est condamné à mort pour un crime qu'il n'a pas commis. L'heure de son exécution approche à grands pas. On le fait s'asseoir sur la chaise électrique ; il n'a plus que quelques minutes à vivre, à moins qu'un événement imprévu n'entraîne l'annulation de l'exécution… ainsi s'achève l'épisode[4].
  • Le héros est contraint de sauter d'un building, le spectateur le voit mort, son enterrement a lieu, mais le dernier plan montre qu'il est encore vivant[5]
  • Pendant le générique, alors qu'on croyait que la Terre était sauve, la personne qui a permis de la sauver déclare vouloir la conquérir[6].

Notes[modifier | modifier le code]

  1. (en) Article cliffhanger ou cliff-hanger dans le Webster's New World Dictionary of American English, Third College edition, 1988 : « 1 An early type of serialized movie in which each episode ended with a suspenseful climax, as the hero hanging from a cliff ; 2 any highly suspenseful story, situation, etc. »
  2. Terme conseillé et publié au Journal officiel de la République française
  3. http://www.bdparadisio.com/dossiers/force/force.htm
  4. Exemple tiré du feuilleton Prison Break.
  5. Exemple tiré de la série britannique Sherlock.
  6. Exemple tiré du jeu Assassin's Creed III.

Lien externe[modifier | modifier le code]