Chiara e Serafina

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ossia I pirati

Chiara e Serafina
ossia I pirati
Description de cette image, également commentée ci-après

Gaetano Donizetti

Genre opéra semiseria
Nbre d'actes 2 actes
Musique Gaetano Donizetti
Livret Felice Romani
Langue
originale
Italien
Sources
littéraires
La Citerne (1809), mélodrame en 4 actes de René-Charles Guilbert de Pixerécourt
Dates de
composition
octobre 1822
Partition
autographe
Milan, Archives Ricordi
Création
Teatro alla Scala de Milan

Personnages

  • Chiara (soprano)
  • Serafina (mezzo-soprano)
  • Don Ramiro (ténor)
  • Picaro (baryton)
  • Lisetta (alto)
  • Agnese (mezzo-soprano)
  • Don Meschino (rôle parlé)
  • Don Fernando (ténor)
  • Don Alvaro (rôle parlé)
  • Gennaro (rôle parlé)
  • Spalatro (rôle parlé)

Airs

  • « Queste romite sponde » (Chiara) (Acte I, scène 3)

Chiara e Serafina, ossia I pirati (Claire et Séraphine, ou les Pirates) est un opéra semiseria en deux actes, musique de Gaetano Donizetti, livret de Felice Romani[1], représenté pour la première fois au Teatro alla Scala de Milan le .

Histoire[modifier | modifier le code]

Après la création de La zingara et de La lettera anonima, Donizetti quitta Naples pour Milan le [2] et il y était arrivé le 3 août, date à laquelle, avec le librettiste Felice Romani, il signa un contrat avec la Scala pour la composition du troisième opéra de la saison d'automne.

Felice Romani était connu comme l'un des meilleurs librettistes d'Italie, mais il avait également la réputation de souvent accepter plus de commandes qu'il ne pouvait en satisfaire et de ne jamais tenir les délais stipulés. En cette année 1822, il avait également accepté de composer le deuxième opéra de la rentrée, Adele ed Emerico, musique de Saverio Mercadante. Le 20 septembre, date spécifiée pour la remise du livret de Donizetti, Romani n'avait toujours pas donné signe de vie[3]. Huit jours plus tard, le compositeur était toujours sans livret[4]. Ce n'est que le 3 octobre que Romani envoya le premier acte au superviseur de la Scala. Le jour même, le censeur l'approuva sous réserve d'un changement mineur, et Donizetti se mit aussitôt à travailler[5]. Dès le 15 octobre, les répétitions commencèrent et la première eut lieu le 26 octobre.

Donizetti, dont c'était le début à la Scala et qui connaissait le dédain des Milanais pour les réputations établies ailleurs[6], était inquiet et s'en ouvrit à son maître Simon Mayr dans une lettre du 16 octobre : « je dois vous informer que malheureusement la première aura lieu le 26, alors que la première picola prova [répétition générale accompagnée au piano] n'a eu lieu qu'hier. J'espère néanmoins que j'aurai le plaisir de vous voir sinon à la première, du moins à la troisième. Je vous suggère d'amener un Requiem, car je vais me faire massacrer et, de cette manière, les rites funéraires seront accomplis. »[7] Sur la dernière page de la partition autographe[8], le compositeur écrivit : « cosi finirà l'opera : o bene o male » (« ainsi finira l'opéra : bien ou mal »)[9].

À la suite d'un refroidissement de la prima donna Isabella Fabbrica, qui manqua plusieurs répétitions, la date de la première fut un moment mise en cause mais la chanteuse se rétablit suffisamment pour paraître sur scène à la date convenue, quoiqu'elle ne fût pas en pleine possession de ses moyens. Le soir de la première, on donna également deux ballets : Gabriella di Vergy entre les deux actes et Il merciaiolo in angustie après l'acte II.

Le nouvel opéra fit l'objet d'un article de Francesco Pezzi dans la Gazzetta di Milano[10]. Le critique commence par stigmatiser les redites qu'il juge fréquentes dans les opéras basés sur des pièces françaises, en l'occurrence La Citerne, « mélodrame en quatre actes, en prose et à grand spectacle » de René-Charles Guilbert de Pixerécourt, créé le au Théâtre de la Gaîté à Paris avec une musique de scène d'Alexandre Piccinni[11]. Quant à la musique, il observe : « en résumé, je dirai qu'après de rares applaudissements destinés à la Morandi et à la Fabbrica et après quelques signes de mécontentement en raison de la faiblesse de la musique, les spectateurs regardèrent le rideau tomber avec des figures de bronze »[9].

Quoique froidement accueilli, Chiara e Serafina n'en fut pas moins joué douze fois à la Scala au cours de la saison[12]. Verzino rapporte que le théâtre avait été placé sous étroite surveillance par les Autrichiens en raison d'un procès pour haute trahison qui devait se tenir à cette époque et que le public était clairsemé[13]. Signe de l'échec de l'opéra, la Scala ne proposa pas à Donizetti de nouveau contrat, ce que le théâtre aurait certainement fait si l'ouvrage avait eu ne serait-ce qu'un petit succès[14].

Cet échec eut pour conséquence qu'il fallut huit ans à Donizetti pour faire son retour à Milan, avec Anna Bolena, et près de dix ans avant qu'il n'obtienne un succès incontesté à la Scala avec Il furioso all'isola di San Domingo.

Distribution[modifier | modifier le code]

Rôle Type de voix Distribution lors de la première
le 26 octobre 1822
Chiara
Claire
soprano Isabella Fabbrica
Serafina
Séraphine
mezzo-soprano Rosa Morandi
Don Ramiro, figlio del podestà di Minorca, destinato sposo di Serafina
Don Ramiro, fils du podestat de Minorque, fiancé de Séraphine
ténor Savino Monelli
Picaro, antico servitore di don Fernando, ora pirata
Picaro, ancien serviteur de don Fernando, devenu pirate
baryton ou basse chantante Antonio Tamburini
Lisetta, figlia di Sancio e di Agnese
Lisette, fille de Sancho et Agnese
alto ou soprano Maria Gioja-Tamburini
Agnese, custode del castello di Belmonte
Agnese, gardienne du château de Belmonte
mezzo-soprano Carolina Sivelli
Don Meschino, benestante del villaggio di Belmonte, uomo sciocco e innamorato di Lisetta
Don Meschino, riche villageois de Belmonte, sot et amoureux de Lisette
rôle parlé Nicola de Grecis
Don Fernando, tutore di Serafina, falso amico di don Alvaro, ricco signore di Minorca
Don Fernando, tuteur de Séraphine, ami prétendu de don Alvaro, riche seigneur de Minorque
ténor Carlo Poggiali[15]
Don Alvaro, capitano di vascello, reduce dalla schiavitù d'Algeri, padre di Serafina e Chiara
Don Alvaro, capitaine de vaisseau réduit en esclavage en Algérie, père de Séraphine et Claire
rôle parlé ou basse Carlo Pizzochero
Gennaro, capo de' pirati
Janvier, chef des pirates
rôle parlé Carlo Poggiali
Spalatro, capo de' pirati
Spalatro, chef des pirates
rôle parlé Carlo Dona
Paesani e paesane. Cori e comparse, pirati o guardie.
Paysans et paysannes. Pirates. Gardes

Argument[modifier | modifier le code]

L'action se déroule dans l'île de Majorque, dans le vieux château de Belmonte et dans le palais de Don Fernando.

Don Alvaro, père de Chiara et de Serafina, est un brave capitaine de vaisseau, capturé par des pirates alors qu'il navigue de Cadix à Majorque avec sa fille aînée Chiara, et réduit en esclavage pendant dix ans. Ses ennemis à la cour de Don Fernando, homme très puissant, secrètement ennemi de Don Alvaro, donnent à cette infortune toute l'apparence d'une trahison et font condamner Don Alvaro cependant que Don Fernando est désigné comme tuteur de la jeune Serafina. Celle-ci grandit en âge et en beauté à Majorque tandis que Don Fernando projette de l'épouser non par amour mais pour mettre la main sur sa fortune. Mais Serafina tombe amoureuse de Don Ramiro, jeune seigneur d'une île voisine. Ce dernier la demande en mariage à Don Fernando qui ne sait comment s'opposer ouvertement à ce mariage et doit mettre en place un stratagème.

Acte I[modifier | modifier le code]

Agnese raconte l'histoire de Serafina, sœur de Chiara et fille du capitaine Don Alvaro, qui furent tous deux enlevés par les pirates. son tuteur Don Fernando voudrait l'épouser pour mettre la main sur la fortune de Don Alvaro. Don Meschino, riche villageois, est charmé par Lisetta, fille d'Agnese, et il lui demande sa main. La jeune fille refuse, pendant qu'un orage éclate. Don Alvaro et Chiara paraissent à l'improviste, préoccupés pour le sort de Serafina. Ils demandent de l'aide à Lisetta et Agnese, mais sans dévoiler leur identité. Débarque entretemps le pirate Picaro, ancien serviteur de Don Fernando, à la recherche d'un travail sur la terre ferme. Don Fernando lui offre une récompense s'il parvient à empêcher le mariage entre Serafina et Don Ramiro, fils du podestat de Minorque. Picaro se déguise en Don Alvaro et se présente aux deux amoureux dans le jardin du château. Serafina croit avoir retrouvé son père disparu et se laisse convaincre de reporter son mariage. Chiara survient, déguisée en mendiante. Serafina ne la reconnaît pas. Chiara et le vrai Don Alvaro confondent Picaro qui se repent et propose de les accompagner auprès de Serafina, mais ne tarde pas à s'enfuir.

Acte II[modifier | modifier le code]

Les pirates, à la recherche de leur chef, pénètrent dans le château et capturent Don Meschino, Chiara et Lisetta ainsi que Picaro qui se démasque et libère ainsi les prisonniers. Les deux sœurs se retrouvent, Don Ramiro jure un amour éternel à Serafina. Tous craignent que Chiara se soit enfuie avec les pirates, mais elle revient avec Picaro.

Analyse[modifier | modifier le code]

On trouve à l'acte I une scène d'orage, comme on en trouvera plus tard dans Emilia di Liverpool et dans Il furioso, mais après un bref crescendo d'accords staccato, l'orage est vite terminé.

L'air le plus connu de la partition est celui de Chiara, précédé par une introduction accompagnée au cor anglais. La gracieuse cavatine Queste romite sponde (maestoso, 4/4, mi bémol) est suivie par une cabalette dans laquelle la détermination de l'héroïne s'exprime en motifs rythmiques emphatiques qui rappellent la manière de Rossini.

Discographie[modifier | modifier le code]

Année Distribution
(Chiara, Serafina, Lisetta)
Chef d'orchestre,
Orchestre et chœur
Label
1994 Lynne Davies,
Yvonne Kenny,
Della Jones
David Parry,
Philharmonia Orchestra
CD Audio : Opera Rara
Référence : ORCH 104

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Le même livret fut mis en musique par Alberto Mazzucato sous le titre I corsari (Les corsaires). Représenté pour la première fois à la Scala le , cet opéra n'eut que trois représentations.
  2. Lettre de Donizetti à Simon Mayr du , in : G. Zavadini, Donizetti: Vita – Musiche – Epistolario, Bergame, 1948, n° 14, pp. 234-235, cité par Ashbrook, p. 27
  3. Ashbrook, p. 27
  4. Mayr écrivit à Bonesi : « Notre Donizetti est à Milan, et dit qu'il ressent son habituelle peur du théâtre, mais je veux croire que c'est uniquement en raison de ce que son ami Mercadante n'a pas eu (dit-on) autant de succès cette année que l'an passé. » (lettre inédite du conservée à la Biblioteca Civica, Bergamo Alta, citée par Ashbrook, p. 27) En réalité, Adele ed Emerico, créé le eut cinquante représentations dans la saison, succès similaire à celui d’Elisa e Claudio, créé à l'automne 1821 et qui eut trente représentations dans la saison et encore vingt-sept au printemps 1822.
  5. La partition laisse apparaître à plusieurs reprises, tout au long de l'acte II, des signes de la hâte avec laquelle elle dut être composée. Sur le manuscrit autographe, des traces de cire de chandelle sur certaines des pages du duo de Chiara et de Don Meschino donnent à penser que Donizetti dut y travailler de nuit (Ashbrook, p. 291).
  6. L'année précédente, il avait triomphé à Rome avec Zoraida di Granata et à Naples avec La zingara.
  7. Zavadini, Op. cit., n° 15, p. 235, cité par Ashbrook, p. 28
  8. conservée aux Archives Ricordi, Milan
  9. a et b cité par Ashbrook, p. 28
  10. Supplément du , cité par Verzino, Le opere di Donizetti, pp. 44-47 et par Ashbrook, p. 28
  11. Source : Bibliothèque nationale de France, catalogue général des imprimés, notice n° FRBNF30556293
  12. les 26, 27, 28, 29, 30 et 31 octobre et les 2, 21, 23, 24, 25 et 26 novembre (Ashbrook, p. 604, note 47)
  13. Verzino, Op. cit., p. 43, cité par Ashbrook, p. 28
  14. Ashbrook, p. 29
  15. ou Poggioli ?

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (it) Clemente Verzino, Le opere di Gaetano Donizetti, Bergame, 1897, pp. 20–48 (principale source concernant le séjour de Donizetti à Milan en 1822)

Liens externes[modifier | modifier le code]