Cetatea Albă

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Ruines des hangars génois.
Cetatea Albă : la forteresse blanche d'Étienne de Moldavie.
Plan de la forteresse montrant l'ancien port (Chiliile genoveze : entrepôts génois), le donjon, les cours intérieure et extérieure.
La tour Est, le donjon, les vestiges de l'ancien port.

Cetatea Albă est une forteresse et une ville médiévale de Bessarabie située à l’embouchure du Nistre, près de la Mer Noire, aujourd’hui disparue à l’exception du site archéologique et historique de la citadelle. La ville ukrainienne moderne de Bilhorod-Dnistrovskyï, qui date du XIXe siècle (Akkerman) et dont le nom actuel date de 1940, entoure le site.

Noms[modifier | modifier le code]

La cité historique a existé du VIe siècle av. J.-C. à 1484. Elle s’est appelée Tyras en grec antique, Mavrokastro en grec médiéval, Montecastro en italien et Cetatea Albă en moldave/roumain. Comme Cetatea-Albă, les noms slaves de Białogród/Bilhorod et turc d’Ak-Kerman signifient « citadelle blanche », alors qu’à l’inverse Mavrokastro signifie en grec « citadelle noire ». On pense que ces divergences sont dues à l’incendie de la forteresse lors de sa prise par les Mongols et les Tatars en 1221, et à sa restauration par les génois qui la nommèrent Montecastro en 1315 : on suppose qu’elle était donc blanche lorsque leurs successeurs moldaves, turcs et russes en prirent possession[1]. Au XIIIe siècle, on transcrivait en français le nom génois de Montecastro par « Moncastre » et le nom polonais de Białogród par « Bellegarde »[2].

À noter qu’entre 1918 et 1940, la Roumanie réutilisa le nom médiéval moldave de Cetatea-Albă pour la localité moderne et que depuis, ce nom ancien est devenu le nom roumain de cette ville ukrainienne.

Description[modifier | modifier le code]

Le site de la forteresse, qui peut être visité, date pour l’essentiel d’Étienne III de Moldavie (XVe siècle) et comprend d'ouest en est[3] :

  • Le long de l’estuaire du Nistre, le site de l'ancien port génois ; on aperçoit encore quelques vestiges submergés, les jours calmes où l’eau est claire ;
  • une cour extérieure d’environ trois hectares, correspondant à la ville moldave médiévale, et où ont lieu des démonstrations d’utilisation d’armes anciennes (catapulte, arbalète, arc, canons à blanc...) ;
  • une cour intérieure d’environ un hectare, correspondant en partie à la ville antique de Tyras et dans laquelle s’élève un minaret ruiné, vestige de la mosquée de la garnison ottomane ;
  • un donjon pourvu de quatre tours dont l’une est toitée, une autre ruinée, et disposant lui-même d’une petite cour.

Les armoiries sculptées de la Principauté de Moldavie à la tête d’aurochs, au-dessus de la porte principale de la forteresse (donnant sur la cour extérieure, près du rempart séparant les deux cours), ont été enlevées et le creux dans la muraille est masqué par un étendard aux armes de la ville ukrainienne moderne de Bilhorod-Dnistrovskyï : le passé moldave de la forteresse n’est d’ailleurs évoqué, dans la visite guidée et sur les cartels muséologiques, qu’anecdotiquement et comme si la Moldavie n’était qu’un envahisseur étranger du site parmi d’autres, ce qui est reproché à l’Ukraine par la Moldavie et la Roumanie[4].

Histoire[modifier | modifier le code]

Sources[5] :

La cité antique et médiévale avait été fondée comme colonie grecque ionienne au VIe siècle avant notre ère sous le nom de Tyras.

Article détaillé : Tyras.

Devenue romaine, puis byzantine sous le nom de Mavrokastron, elle fut assiégée en 1224 par les Tatars. De plus en plus coûteuse à défendre pour les Byzantins, elle fut concédée aux Italiens de Gênes en 1315 qui la nommèrent Montecastro avant de la céder à leur tour en 1359 à la Principauté de Moldavie qui l’appela Cetatea Albă. Ce fut un port et une forteresse importante pour la Moldavie au temps d’Étienne III le Grand (XVe siècle).

À ce titre, Cetatea Albă faisait partie, avec Hotin (aujourd'hui Khotin en Ukraine), Soroca et Tighina, des quatre escales fortifiées pour la navigation fluviale sur le Nistre, situées près des quatre principaux gués du fleuve. Cetatea Albă gardait l’extrémité sud de la route de l’ambre et de la soie entre la mer Baltique (d’où venaient l’ambre et la fourrure vers les pays d’Orient) et la mer Noire (par où venaient de Trébizonde ou de Constantinople la soie, les perles, le miel, les épices vers les pays du Nord). Cette route était l’une des voies fluviales des Varègues (Vikings de la Baltique) vers l’Empire byzantin, mais c’était également une frontière entre, à l’Ouest (rive droite du Nistre), le monde villageois et citadin des populations sédentaires chrétiennes (moldaves ou slaves) vivant d’agriculture et de commerce dans une mosaïque de prés, bocages et forêts, et, à l’Est (rive gauche du Nistre), le monde cavalier des populations nomades (Onogoures, Khazars, Pétchénègues, Coumans, Mongols ou Tatars) païennes (chamanistes) et plus tard musulmanes, vivant de campagnes guerrières et d’élevage extensif dans la steppe pontique et jusqu’en Asie centrale d’où elles arrivaient successivement.

Armoiries de Cetatea Albă, réutilisées par le județ du même nom entre 1918 et 1940.

C’est pourquoi ces sites, dont Cetatea Albă, sont de plus en plus fortifiés par les souverains moldaves : tous sont convoités et fréquemment assiégés par les peuples guerriers des steppes, par le royaume Polono-Lituanien, par l'Empire ottoman et par l'Empire russe (qui, en 1812, finira par tous les annexer).

L’existence de la ville commerciale et portuaire de Cetatea Albă s’achève en 1484 par la conquête ottomane qui prend la citadelle et rase la ville civile. La forteresse d’Étienne III le Grand, désormais nommée Akkerman (mais le nom tatar de Tourla est également attesté), devient une garnison et une escale de la flotte du Sultan ottoman puis, après 1812, du Tsar russe. L’archéologue moldave Ion Suruceanu, fondateur du Musée d'Archéologie de Chișinău, y mène des fouilles au XIXe siècle, publie des articles et relève les plans des cités antique et médiévale[6].

Entre-temps, une nouvelle ville russe, nommée Akkerman puis, à partir de 1940, Bilhorod-Dnistrovskyï, se développe autour du site, et en recouvre une grande partie, de sorte qu’aujourd’hui, hors du périmètre immédiatement voisin de la forteresse, les fouilles archéologiques ne sont possibles que lors des chantiers routiers ou de construction... à condition que les propriétaires et commanditaires en soient d’accord.

Études et historiographie[modifier | modifier le code]

Comme on peut le voir en comparant les sources et articles en différentes langues, l’historiographie des états modernes qui se revendiquent comme successeurs des puissances ayant joué un rôle dans le passé du site, décrit ce passé selon des points de vue privilégiant respectivement les apports :

Cette situation n’est pas propre à ce site mais concerne la plupart des monuments historiques de l’Est et du Sud-Est de l’Europe, du Caucase, d’Anatolie ou du Proche-Orient, sans même évoquer les dérives protochronistes et les controverses concernant des pays entiers tels la Macédoine ou la Moldavie.

Références[modifier | modifier le code]

  1. G.I. Brătianu : Cercetări asupra Vicinei și Cetății Albe ("Recherches sur Vicina et Cetatea Albă"), éd. de l'Université de Iași, 1935, cote 14.333 à la Bibl. Univ. de Chișinău.
  2. Par exemple chez Villehardouin.
  3. Brătianu, Op. cit.
  4. Voir [1], [2] et [3].
  5. Marie-Nicolas Bouillet et Alexis Chassang (dir.), « Cetatea Albă » dans Dictionnaire universel d’histoire et de géographie,‎ (Wikisource) et Brătianu, Op. cit.
  6. G.I. Brătianu : Op. cit., E. H. Minns : Scythians and Greeks Cambridge, 1909 et V. V. Latyshev : Inscriptiones Orae Septentrionalis Ponti Euxini, Volume I.

Voir aussi[modifier | modifier le code]