Centrale nucléaire de Hinkley Point

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Centrale nucléaire de Hinkley Point
Image illustrative de l'article Centrale nucléaire de Hinkley Point
Administration
Pays Royaume-Uni
Nation Angleterre
District Somerset
Ville Bridgwater
Coordonnées 51° 12′ 29″ nord, 3° 07′ 48″ ouest
Opérateur EDF Energy
Année de construction 1965
Date de mise en service 1976
Statut En service
Réacteurs
Fournisseurs Central Electricity Generating Board
Type AGR
Réacteurs actifs 2
Puissance nominale 2x1470 MWe
Production d’électricité
Production annuelle d'électricité 7,8 TWh (2014)
Production totale 346 TWh (2014)[1]
Divers
Source froide Canal de Bristol
Site web http://www.british-energy.com/

Géolocalisation sur la carte : Royaume-Uni

(Voir situation sur carte : Royaume-Uni)
Centrale nucléaire de Hinkley Point

La centrale nucléaire de Hinkley Point est une centrale nucléaire installée près de Bridgwater sur la côte du Somerset, à environ 8 km de l'estuaire du fleuve Parrett.

Elle occupe un terrain de 19,4 hectares et comprend deux unités : Hinkley Point A et B. L'unité A est arrêtée définitivement.

L'implantation de deux EPR sur le site est un projet controversé depuis 2012, le gouvernement britannique donne son accord pour la construction de ceux-ci le 15 septembre 2016[2].

Histoire[modifier | modifier le code]

Hinkley Point A[modifier | modifier le code]

Hinkley Point A.

La construction de Hinkley Point A débute en 1957, et la centrale commence à produire de l'électricité en 1965. Cette unité est l'une des onze centrales nucléaires comprenant un réacteur de type Magnox, qui ont été installées au Royaume-Uni entre 1956 et 1971, puis arrêtées entre 1989 et 2015.

Durant ses 35 ans de production, Hinkley Point A produit plus de 103 TWh d'électricité, avant de s'arrêter en l'an 2000.

Hinkley Point B[modifier | modifier le code]

Hinkley Point B.

La construction de Hinkley Point B par le Central Electricity Generating Board (CEGB) démarre en 1967 et la production d'électricité en 1976. Cette unité comprend alors deux réacteurs avancés au gaz (AGR) avec une capacité de production nette unitaire de 625 MWe.

À la suite de leur vieillissement, chaque réacteur ne peut plus produire que 470 MWe. En 1989, lors de la privatisation de l'industrie électrique du Royaume-Uni, la centrale est confiée à Nuclear Electric. En 1996, les centrales AGR et PWR de Nuclear Electric et Scottish Nuclear ont été privatisées et cédées à la compagnie British Energy.

En décembre 2007, British Energy annonce que cette unité doit être arrêtée au plus tôt en 2016.

Projet Hinkley Point C[modifier | modifier le code]

2012 : lancement du projet[modifier | modifier le code]

Sarkozy et Cameron

Hinkley Point C est un projet d'extension de la centrale existante à Hinkley Point par l'ajout de 2 nouveaux réacteurs de type EPR. Ce projet a été lancé en 2012. Lors du sommet franco-britannique à Paris du 17 février 2012, Nicolas Sarkozy et David Cameron ont fait des annonces[3] concernant l'EPR en cours d'étude[4] sur ce site. EDF engagé dans ce projet[5] avec Areva et Rolls-Royce ont profité de cette occasion pour annoncer des signatures de protocoles d'accords[6].

Les opposants de l'association South West Against Nuclear (trad. le sud-ouest contre le nucléaire) se sont rassemblés dans une vieille ferme à proximité du site de Hinkley Point le dimanche 12 février 2012[7]

En mai 2012, EDF Energy (filiale à 100% d'EDF) a suspendu un contrat d'ingénierie civile de 1,2 milliard de livres sterling. Le nouveau réacteur pourrait n'être construit qu'en 2021 au plus tôt, soit quatre ans après la date prévue initialement[8], et le coût du projet a été revu à la hausse de 40 %[9].

2013 : report du projet[modifier | modifier le code]

En mai 2013, le projet est réestimé à 14 milliards de livres (plus de 16 milliards d'euros), et le démarrage est reporté en 2022[10].

En octobre 2013, EDF signe un accord avec le gouvernement britannique dans lequel Areva et les entreprises chinoises China General Nuclear Power Corporation (CGN) et Compagnie nucléaire nationale chinoise (CNNC) deviennent partenaires minoritaires et Londres ouvre la voie à de futures participations majoritaires chinoises[11]. L'investissement est réévalué à 18 milliards de livres sterling. soit 20,5 milliards d’euros, partagés entre le groupe français (13,6 milliards) et son partenaire China General Nuclear Power Corporation (CGN, 6,8 milliards) le démarrage reporté en 2023[12]. L'étape suivante était la validation du montage financier du projet par la Commission européenne qui, s'il avait été refusé, aurait remis en cause la décision d'investissement initialement prévue en juillet 2014[13],[14]. L'association Stop Hinkley pensait que les chances que le projet soit approuvé par la Commission européenne, étaient presque nulles[15].

Le 8 octobre 2014, la Commission européenne valide l'accord commercial conclu entre EDF et le Gouvernement britannique[16].

2015 : suspension des travaux[modifier | modifier le code]

Le 2 avril 2015, EDF annonce la suspension des travaux, entraînant la suppression de 400 postes de travail, en attendant une décision définitive d'investissement[17]. EDF a déjà engagé des travaux et des commandes pour un montant estimé à 1,5 milliard d’euros, qui restent à sa charge si le projet est annulé[18].

En juin 2015, plusieurs hauts fonctionnaires britanniques remettent en question la viabilité du projet[19]. Compte-tenu des difficultés financières d'Areva et de la reprise prévue par le gouvernement français d'Areva NP par EDF, le schéma de financement prévu pour le projet et dans lequel Areva devait être partie prenante à hauteur de 10%, ne convient plus à EDF qui veut limiter sa part à moins de 50% pour ne pas consolider cette filiale britannique dans ses comptes[20],[21].

Le 2 juillet 2015, dix collectivités locales et fournisseurs d'électricité autrichiens et allemands ont déposé un recours contre la décision européenne validant le mécanisme de subvention du projet Hinkley Point C[22].

En juillet 2015, l'ancien ministre britannique chargé du commerce et de l'énergie Lord Howell of Guildford (en) affirme devant le Parlement britannique : « Je suis très pro-nucléaire, pour sa faible production de gaz carbonique, mais Hinkley C est l'un des pires contrats jamais signés pour l'industrie et les foyers britanniques »[23].

Le 21 octobre 2015, EDF et le groupe chinois CGN ont signé un accord de financement pour la centrale nucléaire d'Hinkley Point C. Pour financer ce projet estimé à 24,5 milliards d'euros[24], la participation d'EDF sera de 65,5% et celle de CGN de 33,5%[25],[26].

2016: décision d'investissement et feu vert du gouvernement[modifier | modifier le code]

En février 2016, à EDF les six administrateurs salariés (CGT, FO, CFDT, CFE-CGC) ainsi que des membres du comité exécutif, de nombreux cadres, techniciens et ouvriers d'EDF refusent de décider trop rapidement la construction de deux EPR au Royaume-Uni[27]

Le 7 mars 2016, le directeur financier d'EDF Thomas Piquemal démissionne d'EDF car il craint que l'entreprise ne puisse pas financer à court terme la construction de deux EPR à Hinkley Point[28]. Ce type de démission est un événement rare dans une grande entreprise[29].

Le 10 mars 2016, la Commission européenne donne son aval sur le partenariat et l'accord de financement passé entre EDF et le groupe chinois CGN[30]. La même semaine, la Cour des comptes publie des doutes[31].

En mai 2016, l'ancien no 2 d'EDF Thomas Piquemal dénonce le projet Hinkley Point qu'il juge suicidaire devant la commission des Affaires économiques de l'Assemblée nationale française[32]. Mais son PDG Jean-Bernard Lévy et Emmanuel Macron maintiennent le projet, forts de l'appui des électriciens chinois CGN et CNNC[33].

Le Référendum sur le maintien du Royaume-Uni dans l'Union européenne du 23 juin 2016 (51,9 % pour la sortie de l'Union européenne) implique des nouveaux risques pour le projet[34],[35].

Le 28 juillet 2016, le conseil d'administration d'EDF décide le lancement du projet, malgré l'opposition des six représentants du personnel[36] ; le jour même, le nouveau ministre du commerce et de l'énergie Greg Clark suspend à nouveau le projet, qu'il entend analyser avant de donner une nouvelle décision à l'automne 2016[37].

Le 9 août 2016, l'ambassadeur chinois à Londres encourage le Royaume-Uni à donner son feu vert au plus vite au projet Hinkley Point. Le gouvernement britannique a déclaré le 28 juillet qu'il allait « examiner avec soin » le projet et qu'il rendrait sa décision finale au début de l'automne 2016[38].

Le 15 septembre 2016, le gouvernement britannique donne son accord pour la construction de la centrale nucléaire Hinkley Point, projet controversé de 18 milliards de livres (22 milliards d’euros) porté par le français EDF, avec la participation à hauteur de 6 milliards de livres de la compagnie chinoise China General Nuclear Power Company. Dans un communiqué, Londres précise que son aval à ce projet est assorti de nouvelles conditions, qui lui permettent notamment d’intervenir dans une cession éventuelle de la participation de contrôle d’EDF dans le projet[39],[40].

Pour le 22 septembre 2016, une séance du comité central d'entreprise de EDF est annoncée[41].

2017 : nouveau retard et surcoût[modifier | modifier le code]

Le 11 janvier 2017, une filiale de Bouygues Construction, Bouygues Travaux Publics, annonce s'être vu confier par EDF, en regroupement avec Laing O'Rourke, la construction des bâtiments qui abriteront les deux réacteurs nucléaires de technologie EPR d'Hinkley Point C[42].

Le National Audit Office britannique, équivalent de la Cour des comptes française, estime, dans un rapport publié le 23 juin 2017, que l'accord signé en 2016 par le ministère de l'Économie avec EDF pour la construction des deux réacteurs EPR à Hinkley Point « a enfermé les consommateurs dans un projet risqué et coûteux avec des bénéfices stratégiques et économiques incertains »[43].

En juillet 2017, EDF annonce des surcoûts de 1,7 milliard d'euros, pour un coût global de 22,3 milliards d'euros, ainsi qu'un risque de retard sur le calendrier initial de 15 mois pour le premier réacteur et de neuf mois pour le deuxième ; ces retards entraineraient un surcoût supplémentaire de 700 millions de livres ; la première tranche serait mise en service en 2025[44],[45],[46].


Prix de vente garanti[modifier | modifier le code]

Le contrat garantit à EDF un prix de 92,50 £/MWh (105 €/MWh) sur trente-cinq ans, assurant une rentabilité de 9,2 %. Ce prix est trois fois supérieur à celui du marché européen de l’électricité[12], mais inférieur au coût de production de l'électricité produite par les éoliennes en mer au Royaume-Uni : 97 £ (112,8 ) par MWh en moyenne en 2015-2016[47].

Galerie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. http://www.iaea.org/pris
  2. Londres approuve le projet de centrale nucléaire d’EDF d’Hinkley Point
  3. Sarkozy et Cameron vont parler coopération nucléaire et militaire
  4. Hinkley Point C New Nuclear Power Station sur The Infrastructure Planning Commission (IPC)
  5. EDF Energy Hinkley Point
  6. Areva et Rolls-Royce élargissent leur coopération sur Reuters
  7. Campaigners set-up nuclear construction demo camp
  8. Zone Bourse - 28/05/2012 : EDF Energy suspend l'attribution d'un contrat nucléaire de 1,2 md de livres
  9. La Tribune - 31/05/2012 : Secteur nucléaire : il y a de l'électricité dans l'air
  10. https://www.lesechos.fr/entreprises-secteurs/energie-environnement/actu/0202790664538-a-hinkley-point-edf-attend-le-reveil-du-nucleaire-britannique-570645.php
  11. Nucléaire : EDF signe un accord historique avec Londres - Les Echos, 18 octobre 2013
  12. a et b « L’EPR britannique d’EDF déjà sous haute pression », sur lemonde.fr/, (consulté le 3 juillet 2017)
  13. EDF conclut un accord pour bâtir deux EPR en Grande-Bretagne "Sous réserve d'une décision finale d'investissement dans le projet de Hinkley Point prévue d'ici juillet 2014", l'Expansion - L'express - Reuters le 21 oct 2013
  14. Accord nucléaire EDF/Londres : Des réacteurs ultra-subventionnés… mais qui ne verront jamais le jour - Observatoire du nucléaire, 17 octobre 2013
  15. (en) Strike price – a stab in the dark - Stop Hinkley Press Release, 22 October 2013
  16. (en) « State aid: Commission concludes modified UK measures for Hinkley Point nuclear power plant are compatible with EU rules », sur Commission européenne,
  17. « EDF suspend les travaux à Hinkley Point C (UK) », sur http://www.lefigaro.fr/, (consulté le 2 avril 2015)
  18. « La débâcle d’Areva est-elle la première manifestation de la faillite générale de l’industrie nucléaire française ? », sur http://www.transition-energetique.org, (consulté le 28 juin 2015)
  19. « Le doute s’installe sur le projet nucléaire d’EDF au Royaume-Uni », sur https://www.lesechos.fr/, (consulté le 20 juin 2015)
  20. EDF : L'opération EDF/Areva aura un impact sur le projet Hinkley Point, Les Échos avec l'Agence Reuters, 30 juin 2015
  21. Hinkley Point: EDF n'avance plus de date pour la décision finale d'investissement, Romandie avec l'Agence France Presse, 30 juin 2015
  22. « Hinkley Point : dépôt officiel de la plainte contre le mécanisme de soutien financier », sur http://www.actu-environnement.com, (consulté le 2 juillet 2015)
  23. « Le ciel s'assombrit pour EDF et ses actionnaires », sur http://www.lopinion.fr, (consulté le 11 mai 2016)
  24. Nucléaire: EDF s'associe au chinois CGN pour les EPR de Hinkley Point, RFI, le 22 octobre 2015, consulté le 26 octobre 2015
  25. EDF: a signé l'accord pour la centrale Hinkley Point C, CercleFinance.com, le 21 octobre 2015, consulté le 26 octobre 2015
  26. Nucléaire : les très chers amis chinois d'EDF, marianne.net, 9 mai 2016
  27. « EDF : Le coût de l’EPR britannique d’Hinkley Point inquiète », sur http://www.lemonde.fr/, 17/20/2016 (consulté le 18 février 2016)
  28. http://www.ladepeche.fr/article/2016/03/08/2299639-edf-l-ariegeois-piquemal-demissionne.html
  29. « Le directeur financier, un lanceur d'alerte… », sur http://business.lesechos.fr, (consulté le 14 mars 2016).
  30. Hinkley Point: Bruxelles valide le partenariat franco-chinois EDF-CGN Challenges, 10 mars 2016
  31. TheGuardian.com 11. März 2016: Hinkley Point branded potentially risky for EDF by French auditor
  32. Hinkley Point : l'ancien n° 2 d'EDF dénonce un projet suicidaire, lepoint.fr, 4 mai 2016
  33. « Nucléaire : les très chers amis chinois d'EDF », sur https://www.marianne.net, (consulté le 11 mai 2016).
  34. FAZ.net 30. Juni 2016: In der britischen Industrie macht sich Angst breit
  35. FAZ.net 30. Juni 2016: Brexit gefährdet britische Atomkraft-Pläne
  36. EDF décide de lancer Hinkley Point, Londres tergiverse, Le Monde, 28 juillet 2016.
  37. Philippe Bernard (Londres, correspondant) et Denis Cosnard, « EDF décide de lancer Hinkley Point, Londres tergiverse », Le Monde.fr,‎ (ISSN 1950-6244, lire en ligne)
  38. « Nucléaire: pourquoi la Chine exhorte le Royaume-Uni à soutenir Hinkley Point » (consulté le 11 août 2016)
  39. Londres avalise le projet de la centrale d’Hinkley Point, Le Monde, 16 septembre 2016.
  40. Londres et EDF saluent une «nouvelle ère» pour le nucléaire, Les Échos, 15 septembre 2016.
  41. http://www.connaissancedesenergies.org 30. juin 2016: Projet Hinkley Point: avec le Brexit, le report "plus que jamais nécessaire" pour les syndicats
  42. Zone Bourse, « EDF : contrat avec Bouygues pour Hinkley Point C. | Zone bourse », Zone Bourse,‎ (lire en ligne)
  43. Les inquiétudes montent autour des EPR anglais, Les Échos, 24 juin 2017.
  44. Jean-Michel Bezat, « L’EPR britannique d’EDF déjà sous haute pression », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  45. « Nucléaire : EDF revoit à la hausse le coût du projet EPR à Hinkley Point, au Royaume-Uni », sur francetvinfo.fr, (consulté le 3 juillet 2017)
  46. Véronique Le Billon, Anne Feitz et Vincent Collen, « Nucléaire : premier revers pour l’EPR anglais d’EDF », Les Échos,‎ (lire en ligne)
  47. Les énergies vertes de plus en plus compétitives, Les Échos, 25 janvier 2017.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Article connexe[modifier | modifier le code]