Caryophyllaceae

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
(Redirigé depuis Caryophyllacées)

Dianthaceae

Les Caryophyllaceae (Caryophyllacées) sont une famille de plantes à fleurs de l'ordre des Caryophyllales. Cette famille comporte un peu plus de 80 genres et 2 000 espèces[1]. Ce sont essentiellement des plantes herbacées, caractérisées notamment par des tiges porteuses de feuilles simples et entières, généralement opposées, et attachées à la tige au niveau d'un nœud renflé, comme chez les œillets véritables ou les silènes.

Étymologie[modifier | modifier le code]

Le nom de cette famille donné par Antoine-Laurent de Jussieu en 1789[2] est basé sur le genre type Caryophyllus Mill. — nom de genre pourtant illégitimé, Caryophyllus Mill. étant synonyme de Dianthus L., — et aussi d'après l'épithète spécifique caryophyllus[3].

Le terme a été appliqué à l'espèce cultivée, ou Œillet commun, appelée par Philip Miller Caryophyllus Mill. (Miller abrégé en Mill., est partisan d'une nomenclature prélinnéenne) et Dianthus caryophyllus L. par Carl von Linné (abrégé en L.) dans son Species plantarum en 1753, à cause de l'odeur de ses fleurs qui rappellent le clou de girofle. Or ce nom est donné en 1687 par Paul Hermann[4], à tort car si karyophyllon désigne en grec le clou de girofle, fruit du giroflier (Myrtaceae), le terme évoque l'odeur des feuilles de noyer (du grec karyon, « noix » et phyllon, « feuille »)[5].

Classification[modifier | modifier le code]

Évolution florale représentée par les diagrammes floraux.

Le nom de famille Caryophyllaceae a fait l'objet d'une proposition de conservation (nom. cons.), ce qui permet son emploi préférentiel à Dianthaceae. Ceci explique pourquoi, autant la classification classique de Cronquist (1981) que la classification phylogénétique APG III (2009) emploient ce nom[6].

Distribution[modifier | modifier le code]

La famille est cosmopolite (bien que certaines espèces soient endémiques), mais est surtout bien représentée dans les régions tempérées et chaudes (pourtour méditerranéen) de l'hémisphère Nord[2]. Elle est particulièrement riche sur le pourtour méditerranéen et en Asie. Sous les tropiques, elle est limitée aux secteurs montagneux d'altitude (formant des coussinets, comme Silene acaulis). Elle comporte notamment la Sagine antarctique, l'une des deux plantes à fleurs présente en Antarctique[7].

Elle comprend principalement des plantes herbacées, un grand nombre de plantes ornementales et autant d'adventices subcosmopolites (telles le mouron des oiseaux, la nielle des blés, de nombreuses Silene, Arenaria et Cerastium)[8].

Description[modifier | modifier le code]

Appareil végétatif[modifier | modifier le code]

Les parties aériennes (feuilles, tiges) et surtout souterraines (racines) contiennent des métabolites secondaires allélochimiques, les saponines, qui servent de défense des plantes contre les herbivores (insectes, escargots d'eau douce, têtards, petits poissons), notamment chez les saponaires et les silènes. Les propriétés ichtyotoxiques et moussantes des saponines, associée à leur forte dissolubilité dans l'eau, a permis, sans doute depuis la préhistoire, à certains peuples autochtones d'en faire des poisons utilisables pour la pêche (pêche à la nivrée ou pêche au poison en broyant certaines racines, créant ainsi un savon riches en saponines versé dans l'eau des rivières, et qui provoque l'asphyxie et la mort des poissons en endommageant la membrane de leurs branchies)[13],[14].

Appareil reproducteur[modifier | modifier le code]

Diagramme floral :
A Lychnis
B Silene.

Liste des genres[modifier | modifier le code]

Les genres les plus importants sont Silene avec 700 espèces (dont une cinquantaine dans la flore française), Dianthus avec 300 espèces (23 dans la flore française), Arenaria avec 200 espèces (16 dans la flore française), Gypsophila, Minuartia et Stellaria avec 150 espèces (25 de Stellaria et 16 de Minuartia dans la flore française), Paronychia avec 110 espèces, Cerastium avec une centaine d'espèces (25 dans la flore française). La flore française est représentée par 32 genres et 210 à 220 espèces[2].

Selon NCBI (3 mai 2010)[19] :

Selon Angiosperm Phylogeny Website (21 mai 2010)[20] :

Selon DELTA Angio (3 mai 2010)[21] :

Selon ITIS (3 mai 2010)[22] :

Histoire et légendes[modifier | modifier le code]

Selon une légende, l'armée de Louis IX est victime d'une épidémie dite de peste lors du siège de Tunis à la huitième croisade en 1270. Les soldats y découvrent à cette occasion une liqueur tonique à base d'œillet qui est censée avoir apaisé leurs souffrances, rapportent la plante en France où elle est cultivée comme plante médicinale puis plante ornementale[23].

La réputation d'aphrodisiaque de l'œillet fait qu'il est symbole de fiançailles et de mariage, illustrant les portraits médiévaux des couples. À l'inverse, signe de l'amour divin et symbole de virginité, il se retrouve sur de nombreuses représentations de la Vierge Marie du XVe au XVIIe siècles[24]. À cette époque, l'œillet disputait à la rose le titre de reine des fleurs[25].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Fritz Hans Schweingruber, Annett Börner & Ernst-Detlef Schulze, Anatomy of Stems in Herbs, Shrubs und Trees : An Ecological and Systematic Approach, Volume 1, Springer, (ISBN 978-3-642-11637-7), p. 103–211.
  2. a b et c Michel Botineau, Botanique systématique et appliquée des plantes à fleurs, Lavoisier, (lire en ligne), p. 376.
  3. François Couplan, Les plantes et leurs noms : Histoires insolites, Editions Quae, (lire en ligne), p. 192.
  4. P. Hermann, Horti academici Lugduno-Batavi catalogus, Boutesteyn, Leiden, p.111
  5. François Couplan, Les plantes et leurs noms. Histoires insolite, Éditions Quae, (lire en ligne), p. 192.
  6. De fait, en 2008, The Angiosperm Phylogeny Website continue d'employer le nom Caryophyllaceae.
  7. (en) E. D. Rudolph, « Antarctic lichens and vascular plants : their significance », BioScience, vol. 15, no 4,‎ , p. 285–287.
  8. a b et c Caryophyllaceae sur plantes-botanique.org.
  9. Nouveau Larousse encyclopédique, Larousse, , p. 274.
  10. Pierre Déom, La Hulotte n°65, Le petit guide des fleurs des bois, 1995
  11. Les nervures secondaires sont fugaces si bien que la nervation semble plus ou moins parallèle.
  12. Walter S. Judd, Christopher S. Campbell, Elizabeth A. Kellogg, Peter Stevens, Botanique systématique. Une perspective phylogénétique, De Boeck Supérieur, , p. 240.
  13. (en) Soumaya Cheikh-Ali, Muhammad Farman, Marie-Aleth Lacaille-Dubois & Nabil Semmar, « Structural organization of saponins in Caryophyllaceae », Phytochemistry Reviews, vol. 18,‎ , p. 405–441 (DOI 10.1007/s11101-019-09600-8).
  14. (en) Peter R. Cheeke, Toxicants of plant origin, CRC Press, , p. 123
  15. Walter S. Judd, Christopher S. Campbell, Elizabeth A. Kellogg, Peter Stevens, Botanique systématique. Une perspective phylogénétique, De Boeck Supérieur, , p. 241.
  16. Les Caryophyllales étaient justement nommées Centrospermales à cause de cette disposition en forme de colonnette au centre de l'ovaire d'un gynécée lysicarpe.
  17. Plus rarement un akène (Paronychia), un nucule (Scleranthus, Herniaria) ou une baie à déhiscence irrégulière (Cucubalus).
  18. Michel Botineau, op. cit., p. 110
  19. NCBI, consulté le 3 mai 2010
  20. Angiosperm Phylogeny Website, consulté le 21 mai 2010
  21. DELTA Angio, consulté le 3 mai 2010
  22. ITIS, consulté le 3 mai 2010
  23. Jean Pierre Rambosson, Histoire et légendes des plantes utiles et curieuses, Librairie de Firmin Didot frères, fils et cie, , p. 191-193.
  24. Guy de Tervarent, Attributs et symboles dans l'art profane : dictionnaire d'un langage perdu (1450-1600), Librairie Droz, , p. 340.
  25. Maurice Moullet, Les maîtres à l'œillet, Éditions Holbein, , p. 15.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]