Pêche au poison

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La pêche au poison est une technique de pêche consistant à suffoquer ou tuer les poissons d'un secteur au moyen de poison et à les ramasser une fois en surface. C'est une méthode traditionnelle utilisée par de nombreux peuples autochtones, en particulier en Amérique du Sud et en Océanie, bien qu'interdite dans un grand nombre de pays. Différentes plantes sont utilisées pour produire le poison (feuilles, racines, etc.). Ces végétaux sont qualifiés d'ichtyotoxiques.

Description[modifier | modifier le code]

En Océanie[modifier | modifier le code]

Polynésie[modifier | modifier le code]

Des femmes de l'île tongienne de Niuatoputapu réalisent une pêche ʻaukava en 1969.

La pêche au poison est une méthode traditionnelle employée en Polynésie, notamment à Wallis-et-Futuna[1], à Niue[2] et aux Tonga, particulièrement sur l'île de Niuatoputapu[3]. Pratiquée dans des eaux peu profondes et calmes (lagons ouverts sur le large à marée haute, tombants récifaux sous le vent), cette méthode est appelée ʻaukava[4]. Le poison est obtenu en broyant les feuilles de plantes locales : Derris trifoliata, D. malaccensis, Barringtonia asiatica (à Wallis et à Futuna), Pittosporum arborescens, Scaevola sericea[5], Derris elliptica (à Niuatoputapu). Il est ensuite répandu dans l'eau (directement ou à travers un tissu). Les poissons, suffoquant ou étourdis, remontent à la surface où ils sont capturés. La chair n'est pas contaminée par le poison et le poisson peut être consommé sans danger[5].

La plante Derris elliptica est utilisée dans la pêche au poison à Niuatoputapu.

Répandue dans les années 1970, cette pratique a été interdite aux Tonga en 2002 mais elle est encore utilisée dans certaines îles[6]. Cette pratique est destructrice et non sélective (tous les poissons sont touchés)[1]. En 1999, Frédéric Angleviel note que cette pratique est « en régression » à Wallis et Futuna[1]. Cette pêche a été également interdite à Niue en 1965[7].

Mélanésie[modifier | modifier le code]

La pêche au poison a été également pratiquée aux Fidji, même si la pratique est aujourd'hui interdite[8]. Un article de 1950 mentionne son utilisation en Nouvelle-Calédonie, en Papouasie-Nouvelle-Guinée, ou encore aux îles Salomon[9]. En Nouvelle-Calédonie, une espèce d'euphorbe (Euphorbia kanalensis) était cultivée spécifiquement pour ce type de pêche. Ses racines broyées produisent un poison qui paralyse les poissons[10]. Isabelle Leblic a recensé dix-neuf plantes ichtyotoxiques différentes utilisées par les Kanak[11]. Cette technique traditionnelle des populations Kanak a été interdite au début des années 1930 par l'administration coloniale française en raison de son côté destructeur[11].

Amérique du Sud[modifier | modifier le code]

En Amérique du Sud, la pêche avec des plantes ichtyotoxiques est appelée nivrée (ce nom provient sans doute du français enivrer). Parmi les plantes utilisées, on trouve le barbasco.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. a b et c Frédéric Angleviel, « L'homme et la mer à Wallis-et-Futuna », dans Gilles Blanchet (éd.), Les petites activités de pêche dans le Pacifique Sud, (lire en ligne)
  2. (en) Wolfgang B. Sperlich, Niue Language Dictionary, University of Hawaii Press, (ISBN 9780824819330, lire en ligne)
  3. (en) Tom Dye, « Fish and Fishing on Niuatoputapu1 », Oceania, vol. 53, no 3,‎ , p. 242–271 (ISSN 0029-8077, DOI 10.1002/j.1834-4461.1983.tb01983.x, lire en ligne)
  4. « aukava - Pollex Online », sur pollex.shh.mpg.de (consulté le 17 septembre 2018)
  5. a et b Secrétariat général de la communauté du Pacifique, « Les gardiennes des jardins coralliens : l’importance du ramassage d’organismes marins aux Tonga », Ressources marines et tradition - bulletin d’ information,‎ , p. 8-9 (lire en ligne)
  6. (en) Charles Sheppard, World Seas: An Environmental Evaluation: Volume II: The Indian Ocean to the Pacific, Academic Press, (ISBN 9780128052037, lire en ligne), p. 30.1
  7. Kyrstn Zylich, Sarah Harper, Nicolas Winkler, Dirk Zeller, « Reconstruction of Marine Fisheries Catches for Niue (1950-2010) », dans Harper, S., Zylich, K., Boonzaier, L., Le Manach, F., Pauly, D., Zeller D. (éd.), Fisheries catch reconstructions: Islands, Part III., Fisheries Centre Research Reports 20(5). Fisheries Centre, University of British Columbia, (lire en ligne)
  8. « Fiji fisheries law: When is fishing activity illegal in Fiji's nearshore waters? », (consulté le 17 septembre 2018)
  9. Jacques Barrau, « Fishing Poisons Of the South Pacific », SPC Quarterly Bulletin,‎ (lire en ligne)
  10. Jacques Barrau, « Poisons de pêche dans les îles du Pacifique Sud », SPC Quarterly Bulletin,‎ (lire en ligne)
  11. a et b Isabelle Leblic, « La pêche au poison en Nouvelle-Calédonie », Journal d'agriculture traditionnelle et de botanique appliquée, vol. 37, no 1,‎ , p. 217–235 (ISSN 0183-5173, DOI 10.3406/jatba.1995.3571, lire en ligne)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

J. Kerharo, F. Guichard et A. Bouquet, Les végétaux ichtyotoxiques (Poisons de pêche), IRD-ORSTOM, (1re éd. 1961) (lire en ligne)

Voir aussi[modifier | modifier le code]