Recherches atomiques sous le régime nazi

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Démantèlement de la pile atomique expérimentale allemande située à Haigerloch en avril 1945.

Dans l'Allemagne nazie, des recherches atomiques furent lancées en avril 1939 dans le cadre du « Projet Uranium » (Uranprojekt), quelques mois après la découverte de la fission nucléaire, sous la direction de la Wehrmacht.

Le programme se divisa en plusieurs branches, dont la mise au point d'un réacteur nucléaire (Uranmaschine), la production d'uranium et d'eau lourde et la séparation isotopique de l'uranium, en vue d'exploiter les potentialités énergétiques et militaires de l'atome.

Histoire[modifier | modifier le code]

Après que le physico-chimiste Otto Hahn eut réussi, à l'institut Kaiser Wilhelm de Berlin en décembre 1938, avec son collaborateur Fritz Strassmann, à obtenir la fragmentation de l'uranium en deux noyaux plus légers constituant la première fission nucléaire, les autorités nazies lancèrent en avril 1939 un programme de recherches sur les potentialités de l'atome (Uranprojekt). Ce programme fut interrompu par la mobilisation de nombreux physiciens à l'approche de la guerre, avant d'être relancé en septembre 1939 après l'invasion de la Pologne par l'Allemagne.

Recruté par Kurt Diebner, le responsable du programme, Werner Heisenberg fut alors chargé de travailler sur le projet d'un réacteur permettant de réaliser la réaction en chaîne nécessaire à la production d'énergie. Dans un rapport remis dès décembre 1939, il évalua la masse critique à atteindre pour fabriquer une bombe atomique à plusieurs centaines de tonnes d'uranium 235 (U 235) « presque pur ». C'était au-delà de ce que pouvait produire l'Allemagne. Il fut donc décidé d'utiliser le plutonium et, à cette fin, de construire une pile atomique capable de convertir l'uranium naturel en plutonium. Le choix du modérateur de neutrons pour la réaction en chaîne se porta sur l'eau lourde (dont les réserves se trouvaient alors en Norvège) au lieu du graphite qu'utilisera Enrico Fermi à Chicago aux États-Unis.

Les recherches tardant à produire des résultats, malgré les premières manifestations de la pile atomique élaborée par Heisenberg en mars 1941, la Wehrmacht transféra en janvier 1942 le programme au Reichsforschungsrat (Conseil de la recherche du Reich), mais continua à le financer. À partir de ce moment, le programme se scinda en plusieurs projets menés au sein de neuf instituts universitaires ou para-universitaires, dispersés dans toute l'Allemagne, dont les directeurs fixaient leurs propres objectifs, civils ou militaires. Ainsi, plusieurs équipes de chercheurs, dont celles de Heisenberg à Leipzig, de Walther Bothe à Heidelberg, de Paul Harteck à Hambourg et de Klaus Clusius à Munich, travaillèrent parallèlement mais séparément sur l'atome sans même parfois communiquer les résultats de leurs travaux entre elles.

Par ailleurs, les autorités nazies, notamment le ministre de l'armement Albert Speer, définirent d'autres priorités que l'atome devant les grandes avancées obtenues dans le domaine de l'aéronautique ou des fusées à longue portée notamment.

Le programme de recherches nucléaires atteignit son apogée lorsque des responsables allemands se rendirent compte que la fission nucléaire ne pouvait déterminer l'issue de la guerre[réf. nécessaire].

Personnalités impliquées[modifier | modifier le code]

Les personnes les plus influentes de l'Uranprojekt furent les physiciens Kurt Diebner, Abraham Esau et Erich Schumann (en), tous trois membres du parti nazi, ainsi que Walther Gerlach, le découvreur du spin.

Diebner eut plus de poids, notamment pour la partie militaire, que les physiciens les plus éminents qui participèrent au programme comme Walther Bothe, Klaus Clusius, Robert Döpel, Hans GeigerWolfgang Gentner, Wilhelm Hanle, Paul Harteck, Werner Heisenberg, Gerhard Hoffmann (en), Georg Joos (en), Hans Kopfermann, Carl Friedrich von Weizsäcker ou Karl Wirtz.

Esau fut nommé représentant d'Hermann Goering pour les recherches nucléaires en décembre 1942 ; Gerlach lui succéda en décembre 1943.

Résultats[modifier | modifier le code]

Les physiciens allemands réussirent à construire à partir de 1941 plusieurs piles atomiques expérimentales capables de produire de l'énergie, dont une à Haigerloch (Bade-Wurtemberg) qui fut démantelée par des soldats américains en avril 1945. Mais ils ne parvinrent pas à mettre au point une bombe atomique comparable à la bombe américaine issue du Projet Manhattan en raison de la dispersion des recherches sur l'atome et du manque de matière fissile en Allemagne.

Selon l'historien allemand Rainer Karlsch dans son étude publiée en 2005 Hitlers Bombe (La Bombe de Hitler, 2007), les Allemands procédèrent toutefois, entre l'automne 1944 et le mois de mars 1945, à deux essais de bombes d'une puissance explosive sensiblement équivalente à celle d'armes nucléaires tactiques[1]. Le procédé utilisé n'étant pas bien établi, il pourrait s'agir de l'application des recherches sur les charges creuses. Certains témoignages laissent penser que des cobayes humains venant du camp de concentration d'Ohrdruf (Thuringe) ont été sacrifiés lors de la seconde expérience[1]. D'après Karlsch, les analyses de la radioactivité ont montré des produits issus de réactions nucléaires[2]. Les conclusions de Karlsh sont toutefois contestées par d'autres auteurs qui avancent qu'il s'agirait plutôt de bombes radiologiques[3].

Postérité[modifier | modifier le code]

Le programme disparut lors de l'effondrement du Troisième Reich. À la fin de la guerre, les Alliés entrèrent en compétition (opération Alsos et Russian Alsos) pour se disputer les restes (personnel, machines-outils) comme ils le firent pour le programme V2. Les physiciens allemands capturés par les Soviétiques en 1945, comme Robert Döpel, Manfred von Ardenne, Nikolaus Riehl ou encore Karl Zimmer, jouèrent un rôle essentiel dans l'acquisition de la bombe atomique par l'Union soviétique.

Canular[modifier | modifier le code]

En décembre 2014, un réalisateur autrichien, auteur de documentaires sur le vampirisme ou encore sur le Manuscrit de Voynich[4], affirme avoir découvert une installation souterraine en Autriche à proximité du camp de concentration de Mauthausen et d'un ancien site de production de chasseurs Me 262. Il prétend qu'elle aurait été utilisée pour la fabrication d'armes nucléaires[5]. Cette hypothèse est cependant contestée dans un premier temps par l'historien américain des armes nucléaires Alex Wellerstein qui note sur son blog qu'« aucune preuve solide n'a été apportée pour laisser penser [que le bunker] a un lien avec le nucléaire[6] ». Par la suite, il s'avère qu'il n'y a en fait aucune installation souterraine à l'endroit en question[7].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Karlsch 2007, p. 209-237.
  2. Patrick Vallelian, « Selon un historien allemand, Hitler avait la bombe nucléaire », Nouvel Observateur,‎ (lire en ligne).
  3. (en) Michael Vincent, « Historian's claims of a Nazi atomic bomb causes controversy », ABC,‎ (lire en ligne)
  4. Andreas Sulzer sur imdb
  5. (en) Terrence McCoy, « Filmmaker says he uncovered Nazis’ ‘biggest secret weapons facility’ underground near concentration camp », The Washington Post,‎
  6. (en) Alex Wellerstein, « When bad history meets bad journalism »,‎
  7. Claims of Austrian Nazi nuclear bunker network rejected

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Nicolas Chevassus-au-Louis, Pourquoi Hitler n'a pas eu la bombe atomique, Economica, coll. « Mystères de guerre »,‎ , 128 p. (ISBN 978-2-7178-6593-6, présentation en ligne)
  • Rainer Karlsch (trad. Olivier Mannoni), La Bombe de Hitler : Histoire secrète des tentatives allemandes pour obtenir l'arme nucléaire [« (de) Hitlers Bombe »], Calmann-Lévy,‎ , 521 p. (ISBN 978-2-7021-3844-1)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]