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Bérenger de Roquefeuil-Blanquefort

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Bérenger de Roquefeuil
Titre Comtor de Nant
Autre titre Baron de Roquefeuil
Successeur Charles de Roquefeuil
Allégeance Drapeau du royaume de France : entièrement blanc Royaume de France
Biographie
Naissance
Château de Flaugnac
Décès (81 ans)
Château de Bonaguil
Père Jean de Roquefeuil
Mère Isabeau de Peyre
Conjoint Anne Guerin du Tournel
Enfants Charles de Roquefeuil
Famille Famille de Roquefeuil Blanquefort

Image illustrative de l’article Bérenger de Roquefeuil-Blanquefort

Bérenger de Roquefeuil-Blanquefort, (1448 - 1530) est un seigneur du Rouergue et du Quercy connu pour être le constructeur du château de Bonaguil. Issu de la famille Roquefeuil Blanquefort, il joue un rôle actif dans les affaires politiques et militaires de son temps, notamment durant la Ligue du Bien Public.

Origines familiales

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Bérenger est le troisième fils de Jean, seigneur de Blanquefort et de Bonaguil, marié en 1448 à Isabeau de Peyre. Dès son jeune âge, son père l'envoie à la cour du roi de France où il sert comme page et reçoit une solide éducation. Il grandit pendant la Guerre de Cent Ans et n'a que treize ans lorsque Louis XI accède au trône. Il est probable qu'il ait accompagné le roi dans ses campagnes d'Artois en 1477[1].

Bérenger avait neuf frères et soeurs qui vivaient en décembre 1463. Ses grands-parents maternels étaient Astrog de Peyre et Dauphine de Clermont, elle-même petite fille d'Arnaud II de Roquefeuil[2].

Ligue du Bien Public

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En 1461, Louis XI est couronné Roi de France. Rapidement, il prend différentes mesures pour réduire les prérogatives de la haute noblesse et met en place une politique autoritaire. En mars 1465, une coalition de grand vassaux vient s'opposer à des décisions aboutissant à une guerre entre mai et octobre 1465. Jacques d'Armagnac, duc de Nemours et comte de la Marche rejoint la coalition et malgré les différents traités de paix proposés par le roi, il continue à comploter jusqu'en 1475. Arrêté, il est décapité en 1477[3]. Bérenger, manifeste son désaccord en quittant la cour d'Amboise[4].

Proches soutiens de Jacques dans cette entreprise, Jean et Antoine de Roquefeuil (respectivement père et oncle de Bérenger) doivent implorer le pardon du roi dont ils obtiennent une lettre de rémission en février 1478 après être restés plus de dix années en disgrâce[3].

Mariage et intervention du roi Louis XI

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Certains historiens, dont Michel Coste, avancent que ce pardon aurait été conditionné à une donation de Jean envers son fils Bérenger afin de s'assurer de la fidélité d'une famille influente du midi et de faire entrer les Roquefeuil dans le cercle des grandes familles d'artilleurs du royaume[5],[6].

En effet, le 7 janvier 1477, Bérenger est fait irrévocablement et du vivant de son père, nu-propriétaire des titres ainsi que des biens de sa famille. Il est ainsi substitué à ses deux frères ainés , Guillaume et Antoine, décédés sans héritiers[3]. A cette donation réalisée "suivant le bon plaisir de notre Sire le Roi", et en présence d'Ardit de Bar, sénéchal du Rouergue, s'ajoute une promesse de mariage entre Bérenger et Anne du Tournel. Cette dernière est fille de Louise de Crussol, gouvernante du dauphin et nièce de Louis de Crussol, grand maître de l'artillerie de France. Leur mariage est célébré en 1478 au château d'Amboise, sous le patronage royal. Bérenger y perçoit alors les arriérages d'une pension d'écuyer du Roi et quitte la cour d'Amboise[1].

En 1480, le couple s'installe à Flaugnac, afin de développer le castrum de Castelnau-Montratier, puis s'établit à Blanquefort que Bérenger fait également réaménager[1]. Cette seigneurie, réputée pour ses mines de fer et ses forges, ainsi que les mariages de ses enfants - Charles épousant la sœur d'un maréchal de France et Madeleine, le fils d'un grand maître de l'artillerie - viennent renforcer cette hypothèse que Bérenger appartenait au cercle influent des artilleurs du XVe siècle.

De ce mariage naissent[7] :

    • Charles de Roquefeuil, seigneur de Blanquefort, du Pouget et de Bonaguil, marié en 1519 à Blanche de Lettes de Montpezat, sœur d'Antoine et de Jean de Lettes respectivement maréchal de France et évêque de Béziers puis de Montauban
      • Antoine de Roquefeuil, marié en 1555 à Jeanne Claude de Cardaillac.
        • Jeanne Angélique de Roquefeuil, mariée à Antoine de Castanier.
        • Antoine de Roquefeuil, seigneur de Bonaguil, marié en 1604 à Jeanne Angélique de Rochechouart.
          • Antoine Alexandre de Roquefeuil, marié en 1625 à Claude de Saint-Aignan, mort en 1639 dernier de sa branche en ligne masculine.
            • François de Roquefeuil (mort sans alliance avant son père).
            • Marguerite-Gilberte Roquefeuil, dame de Bonaguil († 1699), mariée en 1639 à Gaspard III de Coligny et en 1655 à Yves de Tourzel. Héritière à la mort de son père du château de Bonaguil. Elle fut la dernière de sa branche.
    • Louis mort en bas âge
    • Antoine, baron du Pouget, seigneur de Sauveterre, protonotaire apostolique mort le 19 août 1566 sans postérité
    • François, chevalier de l'ordre de Saint-jean de Jérusalem
    • Marguerite, abesse de Nonenque
    • Angélique, Jeanne, Delphine religieuses
    • Anne, mariée à Jean d'Antin
    • Isabeau qui épouse en janvier 1505 Pierre de Durfort, baron de Bussière
    • Hélène, mariée à Robert de Lauzières, seigneur de La Chapelle
    • Madeleine femme de Louis de Lauzières, baron de Thémines

Différents avec les consuls de Castelnau-Montratier

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Le 16 avril 1484, Bérenger hérite de son père et fait aveu au roi par l'intermédiaire de l'un de ses vassaux: noble Jean de Terre. Il est qualifié de "magnifique et puissant Seigneur"[8]. Bérenger réside au château de Flaugnac, à proximité directe du village de Castelnau.

En 1485, Bérenger reprend la querelle qui avait opposé en 1342 Ratier IV de Castelnau, son grand-père, et les consuls de la ville. La contestation portait notamment sur une dispense partielle du droit de leude (taxe sur les produits vendus par les étrangers au sein de la juridiction) accordée aux habitants de Castelnau-Montratier. La coutume prévoyait que les marchandises ne dépassant pas un quarton échappaient à la taxe. Toutefois, ni le nombre de quartons concernés, ni les unités de mesure n’étaient clairement définis, laissant ainsi aux marchands une grande liberté d’interprétation[3].

Faute d'obtenir des échevins le consentement sincère à ce droit seigneurial, Bérenger ordonne à son juge, le bailli Gayssia de Manas, de rendre justice en son nom sans reconnaître le rôle des consuls. Consigne est de faire primer la loi avant les coutumes mais Bertrand de Mothe, consul de la ville s'oppose à Gayssia de Manas avec violence. Les deux hommes sont séparés mais quelques jours plus tard une autre querelle éclate. Gayssia de Manas se bat en duel avec Jean de Mothe, frère du consul et est blessé. Il meurt des suites de ces blessures[3].

Bérenger porte l'affaire auprès du sénéchal du Qurecy puis auprès du juge-mage de Cahors. Il obtient gain de cause et fait arrêter puis emprisonner Bertrand et Jean de Mothe. Les autres consuls parviennent à les faire évader[3].

Outré, Bérenger dépêche un détachement de 25 arbalétriers pour détruire les poids et mesures de la ville. Une fois leur mission accomplie, les arbalétriers s’en prennent violemment aux habitants de la ville. En réaction, ceux-ci se soulèvent et réussissent à mettre la troupe en déroute. Pour réprimer la révolte, Bérenger redéploie alors une troupe qu’il avait initialement levée pour une campagne en Normandie. Jean de Mothe prend la tête de la rébellion et de violents affrontements éclatent. Un grand nombre de belligérants meurent dont des gentilshommes et la ville se réfugie derrière les remparts[3].

En 1488, le parlement de Toulouse se saisit de l'affaire et donne raison à Bérenger sur le fond mais le condamne pour avoir tenté de se faire justice lui-même. Il est tenu responsable du comportement de ses soldats et doit reconnaître publiquement ses torts en place publique de la ville. Mécontent, il se présente en armure et entouré d'un puissant groupe armé devant les portes de la ville sans y pénétrer. Soulevant son heaume devant les échevins et la foule massée sur les remparts, il cria «vous m'avez vu!» puis tournant bride il regagna son château de Flaugnac.

Différent avec les évêques de Cahors et l'archiprêtre de Flaugnac

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En 1493, l'évêque de Cahors Antoine d'Alamand exprime des prétentions sur la baronnie de Castelnau. Bérenger conteste et le conflit est porté devant le parlement. Le 4 mai 1493, la Cour déboute le clerc en opposant aux archives de l'évêché les hommages que ses ancêtres avaient rendus directement aux rois de France et aux comtes de Toulouse[3].

Non satisfait de cette décision l'évêque cherche à opposer Bérenger au clergé de sa baronnie. Aidé d'Etienne Saccalay, archiprêtre de Flaugnac, il cite Bérenger à comparaître devant le Parlement de Toulouse ou à lui régler des dimes. De nouveau, un arrêt du 28 février 1494 déboute cette prétention qui cessera en 1495 avec le retour de la peste[3].

Fortification du château de Bonaguil

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Château de Bonaguil, fortifié par Bérenger

Peu de temps après, Bérenger quitte Flaugnac pour s'installer dans son château de Blanquefort-sur-Briolance à quelques kilomètres du château de Bonaguil et du lieu-dit Bonne Aiguille. Il entreprend l'agrandissement et la fortification du château et entame des travaux considérables qui dureront plus de quarante ans. Bérenger résume son projet de la façon suivante[3]:

« J'eslèveroi un castel que, ni mes vilains subjects ne pourront prendre, ni les anglais s'ils ont l'audace d'y revenir, voire les plus puissants soldats du Roy de France. »

Bérenger fait de Bonaguil une forteresse puissante mais également un lieu de vie pour sa famille. Il y intègre les ultimes avancées de l'art de la construction des châteaux forts bravant l'interdiction par Charles VII de la construction de fortifications privées. Un chroniqueur du XVIe siècle écrit[3]:

« Sa mémoire est jusqu'aujourd'hui vénérable à ses subjects pour sa vertu, et de qui le nom est assez public pour ceux qui s'émerveillent qu'un seigneur non aydé des bienfaits du Roy ou de l'Eglise, ait eslevé un si somptueux édifice que celui de Bonneguille »

Décès et testament

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Le décès de son épouse en 1497 marque un tournant dans sa vie. Bérenger se déclare malade pendant deux ans, ce qui l’empêche de rendre hommage au roi Louis XII. Ce n’est qu’en 1503 que le dénombrement de ses fiefs est établi, depuis son château de Blanquefort[1].

Bérenger teste quelques jours avant sa mort le 9 janvier 1530 à l'âge de 82 ans dans son château de Bonaguil et demande à être inhumé dans la chapelle Saint-Michel de Bonaguil qu'il avait fait construire et dans laquelle une litre funéraire avec ses armes est toujours visible[4].

Pour son enterrement, il demande que 120 prêtres prient pour lui, que les personnes qui viendraient soient reçus pour un repas sans musique et qu'aucun signe de sa puissance ne soit visible. Il demande aussi que cent pauvres soient habillés et reçoivent dix deniers tournois[9].

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
16. Hugues de Blanquefort
 
 
 
 
 
 
 
8. Jean de Blanquefort
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
17. Catherine de Madaillan
 
 
 
 
 
 
 
4. Antoine Ier de Roquefeuil
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
18. Arnaud III de Roquefeuil
 
 
 
 
 
 
 
9. Catherine de Roquefeuil
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
19. Hélène de Gourdon
 
 
 
 
 
 
 
2. Jean de Roquefeuil
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
20. Bérenger II d'Arpajon
 
 
 
 
 
 
 
10. Hugues d'Arpajon
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
21. Dauphine de Roquefeuil
 
 
 
 
 
 
 
5. Dauphine d'Arpajon
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
22. Guy VIII de Sévérac
 
 
 
 
 
 
 
11. Jeanne de Sévérac
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
23. Jeanne d'Auvergne
 
 
 
 
 
 
 
1. Bérenger de Roquefeuil
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
24. Astorg XI de Peyre
 
 
 
 
 
 
 
12. Astorg XIII de Peyre
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
25. Guillemette d'Apchon
 
 
 
 
 
 
 
6. Astorg XIV de Peyre
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
26. Raymond V d'Agoult
 
 
 
 
 
 
 
13. Isabeau d'Agoult
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
27. Huguette de Seillon ou Sillon[10],[2]
 
 
 
 
 
 
 
3. Isabeau de Peyre
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
28. Bérenger de Clermont
 
 
 
 
 
 
 
14. Déodat Ier de Clermont[11],[2]
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
7. Dauphine de Clermont[2]
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
30. Arnaud III de Roquefeuil
 
 
 
 
 
 
 
15. Isabelle de Roquefeuil[2]
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
31. Hélène de Gourdon
 
 
 
 
 
 

Possessions

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Bérenger était à la tête d'une fortune considérable et rendit hommage au roi le en qualité de noble et puissant seigneur baron de Roquefeuil, de Blanquefort et comtor de Nant pour ses terres[12]. D'autres actes font suite à l'acte d'hommage de 1483 et viennent compléter la liste de ses biens probablement hérités de son père qui vivait encore en 1448[9]. Léopold Limayrac écrit à ce sujet:

« On le voit, il était peu de provinces dans le Midi ou Bringon n'êut quelque baronnie importante, et il aurait pu presque faire le tour de la moitié de la France [...] en couchant tous les soirs chez lui »

Sénéchaussées :

Références

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  1. a b c et d Collectif, Fortification et artillerie en Europe autour de 1500, Éditions de l’Université de Lorraine, (ISBN 978-2-38451-130-3, lire en ligne)
  2. a b c d et e A. Allègre, Monographie de Baumes de Venisse, H. Condamin, , 270 p. (lire en ligne), p. 111 - 113
  3. a b c d e f g h i j et k Léopold Limayrac, Études sur le Moyen-Age: histoire d'une commune et d'une baronnie du Quercy, Girma, (lire en ligne)
  4. a et b Collectif,Dominique Auzias,Jean-Paul Labourdette, Les 100 plus beaux châteaux de France 2011, Petit Futé, 2011, pages 17-18..
  5. « L'énigme de Bonaguil élucidée ? », sur SudOuest.fr (consulté le )
  6. Michel Coste, « 1478: Louis XI instigateur du mariage de Bérenger de Roquefeuil », Revue de l'Agenais, no 138,‎
  7. François-Alexandre Aubert de La Chesnaye-Desbois et Badier, Dictionnaire de la noblesse, Schlesinger frères, (lire en ligne), p. 619
  8. François-Alexandre Aubert de La Chesnaye Des Bois et Badier, Dictionnaire de la noblesse, Duchesne, (lire en ligne), p. 301 - 306
  9. a b c d e f g h i j k l m n o p q r s t u v w x y z aa ab ac ad ae et af Philippe Lauzun, Le château de Bonaguil en Agenais : description et histoire, Agen, Imp. et lithographie Agenaises, , 189 p. (présentation en ligne, lire en ligne [PDF]), p. 82.
  10. Claude Le Laboureur, Les Mazures de l'abbaye royale de l'Isle-Barbe, Jean Couterot, (lire en ligne), p. 118 -119
  11. Ernest Martin, Chronique et généalogie des Guillem, seigneurs de Clermont, (lire en ligne)
  12. a b c d e f g h i j k l m n o p q r s t u v w x y z aa ab ac ad ae et af François-Alexandre Aubert de La Chesnaye Des Bois, Dictionnaire généalogique, héraldique historique et chronologique, t. VI Supplément, Paris, Duchesne, , 740 p. (présentation en ligne, lire en ligne), p. 296 - 299.

Articles connexes

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Bibliographie

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  • Philippe Lauzun, Le Chateau de Bonaguil en Agenais : description et histoire, Agen, Imprimerie et Lithographie Agenaises, , 150 p. (lire en ligne)
  • Léopold Limayrac, Etude sur le Moyen-Age : Histoire d'une commune et d'une baronnie du Quercy: Castelnau de Montratier, Montauban, , 654 p. (lire en ligne), p. 230 - 263
  • Michel Coste, Bonaguil, genèse et histoire de la construction, édition Librairie du château de Bonaguil, 2015

Liens externes

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