Assassinat de Kim Jong-nam

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Assassinat de Kim Jong-nam

Localisation aéroport international de Kuala Lumpur, Malaisie
Cible Kim Jong-nam
Date
Armes agent neurotoxique VX
Auteurs Đoàn Thị Hương
Siti Aisyah

L'assassinat de Kim Jong-nam, fils de Kim Jong-il et demi-frère du dirigeant nord-coréen Kim Jong-un, a lieu le . Il est attaqué avec un agent neurotoxique VX à l'aéroport international de Kuala Lumpur, en Malaisie.

Les premières suspectes sont les deux femmes, d'origine vietnamienne et indonésienne, qui ont attaqué Kim Jong-nam. Elles s'avéreront avoir été dupées par des agents nord-coréens leur faisant croire à une farce télévisée. L'une d'entre elles est condamnée pour « blessures avec des armes dangereuses » à trois ans et quatre mois de prison. Elles sont toutes deux libérées en 2019.

Quatre suspects nord-coréens restent recherchés par la police malaisienne et font l'objet d'un mandat d'arrêt international. Le pouvoir nord-coréen est fortement soupçonné d'être l'auteur de cet assassinat, sur ordre de Kim Jong-un.

Contexte[modifier | modifier le code]

Déroulement de l'attaque[modifier | modifier le code]

Kim Jong-nam arrive en Malaisie le afin de séjourner cinq jours dans un hôtel de luxe de l'île balnéaire de Langkawi[1]. Il voyage alors sous le pseudonyme de « Kim Chol ».

Le vers h du matin, Kim Jong-nam attend le vol AirAsia de 10 h 50 vers Macao dans le hall de départ de l'aéroport de Kuala Lumpur, au niveau 3 du bâtiment KLIA 2 — le terminal des compagnies à bas prix, près d'un kiosque d'enregistrement automatique[2]. Il est alors attaqué par deux femmes qui lui appliquent un produit sur le visage[3]. Ce produit s'avère être de l'agent innervant VX, une arme chimique dérivée du gaz sarin, interdite par la Convention sur les armes chimiques de 1993[4]. Les deux femmes prennent ensuite la fuite en taxi.

Selon la police malaisienne, Kim Jong-nam alerte un réceptionniste de l'aéroport, lui disant que « quelqu'un l'avait attrapé par derrière et lui avait éclaboussé un liquide sur le visage » et qu'une femme « avait couvert son visage avec un chiffon chargé d'un liquide »[5]. Il se rend ensuite à une clinique de l'aéroport, suant abondamment, les yeux injectés de sang et rencontrant des difficultés respiratoires. Il tombe ensuite inconscient et est intubé. Il meurt à 11 h 20 lors de son transport vers l'hôpital[6].

Au moment de sa mort, le sac à dos de Kim Jong-nam contient 120 000 dollars en espèces[1] ; il portait également quatre passeports nord-coréens, tous au nom de Kim Chol[7].

Enquête[modifier | modifier le code]

Autopsie[modifier | modifier le code]

Le corps de Kim Jong-nam est transporté au service médico-légal de l'hôpital de Kuala Lumpur pour être autopsié. Il est par la suite remis à la Corée du Nord[8].

Le , la police malaisienne présente les résultats d'une analyse toxicologique identifiant la substance utilisée pour empoisonner Kim Jong-nam comme étant l'agent VX[9].

La Corée du Nord refuse les résultats de cette autopsie et dénonce un examen effectué « d’une manière illégale et immorale »[10].

Arrestations[modifier | modifier le code]

La police malaisienne reconstitue rapidement le scénario de l'attaque grâce aux images de vidéosurveillance de l'aéroport. Elle identifie notamment les deux femmes ayant attaqué Kim Jong-nam comme principales suspectes ; l'une d'entre elles étant une asiatique portant un t-shirt blanc avec l'inscription « LOL ».

Le lendemain de l'attaque une première suspecte de 28 ans et d'origine vietnamienne, Đoàn Thị Hương, est arrêtée. Le , la seconde suspecte, Siti Aishah, indonésienne de 25 ans, est également arrêtée avec son compagnon malaisien[11],[8]. Celui-ci sera libéré le .

Le , la police arrête un homme nord-coréen de 26 ans nommé Ri Jong-chol. Il est décrit comme un travailleur informatique pour Tombo Enterprise, vivant en Malaisie.

La police soupçonne également quatre hommes d'origine nord-coréenne ayant fui le pays, et souhaitent interroger trois autres personnes, dont un diplomate de l'ambassade de Corée du Nord à Kuala Lumpur[9].

Mandat de recherche[modifier | modifier le code]

Le , le chef de la police malaisienne, Khalid Abou Bakar, annonce que son pays a demandé à Interpol le lancement d'une notice rouge sur quatre suspects nord-coréens[12].

Version des faits des suspectes[modifier | modifier le code]

Đoàn Thị Hương quitte son village natal à 18 ans pour poursuivre des études de pharmacie à Hanoï. Elle devient ensuite serveuse dans un bar à l'ambiance Far West. Siti Aisyah quitte l'Indonésie pour s'installer à Kuala Lumpur et travailler dans un spa et un bar qui pratiquent tous deux la prostitution[13].

Elles sont alors toutes les deux mises en relation, séparément, avec des hommes se présentant comme des producteurs sud-coréens[14]. Ils leur proposent de participer à des vidéos de canulars diffusées sur YouTube, qui consistent à étaler de la lotion hydratante pour bébé sur leurs mains et à l'appliquer sur le visage d'inconnus, pour une centaine de dollars par opération[15]. Elles réalisent alors des « canulars », chacune de leur côté : Hương dans un centre commercial à Hanoï, encadrée par un certain « Mister Y ». Aisyah à Kuala Lumpur, encadrée par un certain « James », se présentant comme japonais ; puis à l'aéroport de Phnom Penh au Cambodge où elle y rencontre un « M. Chang »[13].

L'avocat malaisien de Đoàn Thị Hương, Hisyam Teh Poh Teik, affirme que « tout a été fait pour les mettre en confiance, leur faire croire qu’elles deviendraient des comédiennes célèbres, qu’elles voyageraient dans de nombreux pays »[13].

Le , « M. Chang » emmène Siti Aisyah à l'aéroport de Kuala Lumpur, où ils prennent un café dans une buvette et s'approchent de la zone d'enregistrement d'Air Asia. Il lui désigne alors un homme, cible d'un nouveau canular et l'informe qu'elle sera rejointe par une autre complice. Hương, qui a appliqué le produit sur Kim Jong-nam, déclarera aux juges : « Mr Y m’a juste dit que c’était de l’huile et que je devais me frotter les mains et les garder fermées puis aller faire la vidéo humoristique »[13].

Après l'agression, elles vont se laver les mains dans les toilettes de l'aéroport et partent chacune prendre un taxi[16].

Đoàn Thị Hương tente ensuite de contacter « Mr Y » qui lui dit de revenir le lendemain à l'aéroport. Elle y sera alors interpellée par la police et leur indiquera sa chambre au Sky Star Hotel, où ils retrouveront les vêtements utilisés la veille, notamment le t-shirt blanc avec l'inscription « LOL » et une jupe bleue, visibles sur les images de vidéosurveillance. Pensant avoir affaire à une caméra cachée, elle ne se rendra compte de la situation qu'au troisième jour de sa garde à vue, selon son avocat, lorsque la police lui montre des journaux titrant en une sur l'événement[13].

Les deux suspectes affirment ne pas avoir eu connaissance de l'identité de leur victime — le demi-frère de Kim Jong-un, ni de la dangerosité du produit qu'elles lui ont appliqué[17].

Procès[modifier | modifier le code]

Les deux femmes sont inculpées le pour meurtre, crime pour lequel elles encourent la peine de mort[18]. Leur procès débute en .

Condamnation[modifier | modifier le code]

Le , à la suite de pressions diplomatiques vietnamiennes, le parquet abandonne les poursuites pour meurtre contre Đoàn Thị Hương et opte pour le chef d'accusation de « blessures avec des armes dangereuses ». Elle est alors condamnée à trois ans et quatre mois de prison par la Haute cour de Shah Alam[19],[20].

Libération[modifier | modifier le code]

Le , le procureur requiert l'abandon des charges contre Siti Aisyah. Cette demande est acceptée par le juge, la jeune femme ressort alors libre et autorisée à quitter le pays[21],[22].

Le , Đoàn Thị Hương est également libérée, bénéficiant d'une remise de peine pour bonne conduite, et quitte la Malaisie pour rejoindre Hanoï, capitale de son pays d'origine[23].

Réactions internationales[modifier | modifier le code]

Corée du Nord[modifier | modifier le code]

L'agence de presse officielle de Corée du Nord accuse la Malaisie d'être responsable de la mort de Kim Jong-nam et de comploter avec la Corée du Sud[9].

Corée du Sud[modifier | modifier le code]

La Corée du Sud dénonce son voisin du Nord comme commanditaire de l'assassinat, évoquant un « ordre permanent » de Kim Jong-un pour éliminer son demi-frère[9].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Arnaud Vaulerin, « Les 120 000 dollars du soupçon après l'assassinat de Kim Jong-nam », sur liberation.fr, Libération, (consulté le 10 août 2020)
  2. (en-US) Ben Otto et Yantoultra Ngui, « How the Hit Team Came Together to Kill Kim Jong Nam », The Wall Street Journal,‎ (ISSN 0099-9660, lire en ligne, consulté le 10 août 2020)
  3. Le Monde avec AFP, AP et Reuters, « Le demi-frère de Kim Jong-un, Kim Jong-nam, assassiné en Malaisie », sur lemonde.fr, Le Monde, (consulté le 10 août 2020)
  4. Sébastian Seibt, « Le gaz VX, la plus mortelle des armes chimiques, a tué le demi-frère de Kim Jong-un », sur france24.com, France 24, (consulté le 10 août 2020)
  5. (en-GB) « North Korean leader's brother Kim Jong-nam killed at Malaysia airport », sur bbc.com, BBC News, (consulté le 10 août 2020)
  6. (en) Trinna Leong, « Kim Jong Nam murder trial: Victim showed signs of poisoning, says doctor », sur straitstimes.com, The Straits Times, (consulté le 10 août 2020)
  7. (en) Shah Alam, « Court told Kim Jong-Nam had four passports », sur www.thesundaily.my, (consulté le 10 août 2020)
  8. a et b AFP, « La Malaisie remettra le corps de Kim Jong-Nam à la Corée du Nord », sur lexpress.fr, L'Express, (consulté le 10 août 2020)
  9. a b c et d franceinfo avec AFP, « Le poison qui a tué Kim Jong-nam identifié par la police », sur francetvinfo.fr, France Info, (consulté le 10 août 2020)
  10. Le Monde avec AFP, « Pyongyang conteste l’autopsie de Kim Jong-nam décidée par la Malaisie », sur lemonde.fr, Le Monde, (consulté le 10 août 2020)
  11. franceinfo avec AFP, « Deux femmes arrêtées en Malaisie après l'assassinat du demi-frère du leader nord-coréen Kim Jong-un », sur francetvinfo.fr, France Info, (consulté le 10 août 2020)
  12. Le Monde avec AFP, « Pyongyang conteste l’autopsie de Kim Jong-nam décidée par la Malaisie », sur lemonde.fr, (consulté le 10 août 2020)
  13. a b c d et e Harold Thibault, « L’incroyable scénario du meurtre de Kim Jong-nam », sur lemonde.fr, Le Monde, (consulté le 10 août 2020)
  14. (vi) « Kẻ ‘dụ dỗ’ Đoàn Thị Hương là con cựu đại sứ Bắc Hàn tại VN », sur VOA, (consulté le 16 novembre 2020)
  15. (en) « Malaysia to charge women with murder of Kim Jong-nam », sur www.aljazeera.com, (consulté le 16 novembre 2020)
  16. (en) Ben Otto et Yantoultra Ngui, « How the Hit Team Came Together to Kill Kim Jong Nam », Wall Street Journal,‎ (ISSN 0099-9660, lire en ligne, consulté le 16 novembre 2020)
  17. (en) « Malaysia police deny prejudice against Kim murder suspects », sur AP NEWS, (consulté le 16 novembre 2020)
  18. AFP, « Assassinat Kim Jong-Nam: deux femmes inculpées en Malaisie », sur lepoint.fr, Le Point, (consulté le 10 août 2020)
  19. LEXPRESS.fr avec AFP, « Meurtre du demi-frère de Kim Jong Un : l'accusée libérée le 3 mai prochain », sur lexpress.fr, L'Express, (consulté le 10 août 2020)
  20. « Assassinat de Kim Jong-nam : la seconde accusée remise en liberté », sur france24.com, France 24, (consulté le 10 août 2020)
  21. ATS, « Assassinat de Kim Jong-nam: charges abandonnées contre une suspecte », Le Temps,‎ (ISSN 1423-3967, lire en ligne, consulté le 10 août 2020)
  22. 20 Minutes avec AFP, « L'une des accusées de l'assassinat du demi-frère de Kim Jong-un libérée », sur 20minutes.fr, 20 Minutes, (consulté le 10 août 2020)
  23. « Assassinat du demi-frère de Kim Jong-un : la suspecte vietnamienne libérée », sur lemonde.fr, Le Monde, (consulté le 10 août 2020)