Arthur Dallidet

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Arthur Dallidet
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Arthur Dallidet, né à Nantes en 1906, était un militant communiste et résistant, fusillé par les Allemands au fort du Mont-Valérien le 30 mai 1942. Il a été responsable de l'organisation du Parti communiste clandestin pendant une partie de l'Occupation.

Biographie[modifier | modifier le code]

1906-1932, avant l'adhésion au PCF[modifier | modifier le code]

Le père d'Arthur Dallidet qui était ajusteur et sa mère qui travaillait dans les usines de conserves Cassegrain à Saint-Sébastien-sur-Loire étaient tous deux des sympathisants communistes. Arthur quitte l'école primaire à treize ans après l'obtention de son certificat d'études et commence sa carrière de métallurgiste comme apprenti chaudronnier aux Chantiers de la Loire, à Nantes.

En 1926, Arthur Dallidet est blessé aux jambes et à la face dans un accident de vélo, au cours d'une course cycliste. Il quitte Nantes et gagne Paris en 1928 et se fait embaucher successivement chez Renault, Citroën, Gallois, Farman. Il se fait régulièrement renvoyer par ses différents employeurs.

Il se marie une première fois en 1929 avec une amie d'enfance qui meurt quinze jours après la naissance d'un fils, Guy, qui est mis en nourrice à Nantes, et une deuxième fois, « ce qui semble être un mariage blanc » avec une lituanienne militante communiste.

1933-1939, militant, puis permanent du PCF[modifier | modifier le code]

Arthur Dallidet continue à travailler dur pour payer la pension de son fils et s'engage dans l'activité militante après une adhésion au Parti communiste vers 1932. Il suit des cours du soir dans un cercle marxiste animé par le dentiste Astouin à la Goutte d'Or, dans le 18e arrondissement. Il crée une cellule à l'entreprise Sulzer où il travaille, s'occupe des comités de chômeurs du 18e. En 1934, il rentre à nouveau chez Renault Billancourt sous un faux nom et organise le Parti dans l'entreprise d'où il est à nouveau licencié.

Remarqué par la direction du Parti communiste, Arthur Dallidet est désigné pour suivre les cours de l'École léniniste de Moscou en 1935. À son retour à Paris, à la fin de 1936, il reste permanent du parti, adjoint de Maurice Tréand à la section aux cadres. Maurice Thorez et Jacques Duclos le chargent personnellement de rechercher des cadres susceptibles d'assurer la continuité du Parti en cas de situation politique difficile. Il se fait aider de Georges Beaufils pour constituer un fichier parallèle à celui des biographies officielles du parti. Sa compagne Mounette Dutilleul racontait qu'en plus des combattants des Brigades Internationales, il faisait plus spécialement confiance aux Bretons et aux métallos.

À la section aux cadres, il a rencontré Mounette Dutilleul, fille d'Émile Dutilleul, qui devient sa compagne. Avec elle, les samedis et les dimanches, il parcourt à vélo la grande banlieue parisienne pour trouver et acquérir pour le compte du parti un certain nombre de fermes et de maisons rurales qui sont intégrées dans le dispositif clandestin. Ce réseau de planques abrita les dirigeants du parti et toute l'infrastructure de l'appareil pendant toute la période de l'occupation.

1939-1942, la clandestinité[modifier | modifier le code]

À la déclaration de guerre, il n'est pas mobilisé, à cause des séquelles de son accident de vélo et il reste à la disposition du Parti communiste. Après l'annonce du Pacte germano-soviétique, en août 1939, Arthur Dallidet est envoyé à Moscou pour recevoir des explications. Il est accompagné de son adjoint, Georges Beaufils. De retour à Paris, il fait partie de l'entourage de Benoît Frachon, qui assure à Paris la direction du Parti devenu clandestin à la suite de son interdiction le 26 septembre 1939. Il fait alors fonction de secrétaire à l'organisation.

En septembre 1939, Jacques Duclos qui, au même moment a reçu de nouvelles instructions du Komintern sur le changement de la ligne politique, qui d’antifasciste devient anti-impérialiste, demande à Arthur Dallidet de prendre le chemin de Moscou pour en rapporter des directives. Dallidet, qui passe d’abord par Bruxelles, donne lecture d’un message de Duclos à Fried, le représentant permanent de l’Internationale communiste à Paris. Celui-ci, très mécontent de l’interprétation de la ligne donnée par Duclos, le critique sévèrement. Le 12 septembre, il charge Dallidet de remettre le message suivant à la direction du Komintern : « Tu diras aux camarades que j’ai fait le nécessaire pour redresser la situation. Il n’y a pas trop de mal car on n’a pas popularisé cela ; mais il faut de suite faire le tournant nécessaire ».

De retour de Moscou, Dallidet est chargé d’organiser, sans doute sur la demande de Fried, la désertion de Maurice Thorez. Il confie à Mounette Dutilleul, avec qui il a une aventure sentimentale et qui est, depuis la mobilisation de Maurice Tréand, son agent de liaison, la mission de convoyer Maurice Thorez à Bruxelles. Avec l’invasion éclair de la Wehrmacht, Dallidet, accompagné de Jeanjean, Georgette Cadras, Jeannette Têtard et Claudine Chomat, suivent la route de l’exode, le 12 juin 1940. Il retrouve bientôt Benoît Frachon en Haute-Vienne.

Le 12 juin 1940, le groupe proche de Frachon se scinde en trois équipes : une équipe de cyclistes est emmenée par Arthur Dallidet. Frachon et Mounette Dutilleul font partie des deux autres équipes. Arthur Dallidet retrouve Frachon et Mounette Dutilleul à Fursannes, près de Limoges et a l'occasion de participer à une réunion avec d'autres responsables, Cadras et Michaut, au sujet de la démarche que des camarades de Paris ont faite auprès des autorités allemandes pour la reparution de L'Humanité. D'après Mounette Dutilleul, Arthur Dallidet s'est violemment élevé contre cette démarche, qui d'ailleurs a été désavouée par la direction clandestine du Parti[1].

À partir de septembre 1940, remonté à Paris, il est l'artisan de la réorganisation du Parti. Le fichier de militants sûrs qu'il a établi pendant les années précédentes, lui est d'une grande utilité pour réorganiser un parti touché par les arrestations, la mobilisation et le départ des militants hostiles au Pacte et les arrestations de septembre et octobre 1940. Au mois de novembre, Tréand est déjà presque totalement évincé, à la suite de la grave erreur politique qu'ont constitué les démarches auprès des autorités allemandes pour la reparution de l'Humanité. C'est donc Arthur Dallidet qui couvre le terrain, alors que Duclos et Frachon ont pour consigne de sortir le moins possible de leurs planques. Arthur s'occupe de tout, trouver les planques, prévoir les déménagements, organiser les rendez-vous. Il a la chance de garder auprès de lui Mounette qui travaille également dans les sphères de la direction. Arthur jette les bases du futur, mais gère d'abord le quotidien. Il s'agit d'assurer la subsistance d'un certain nombre de révolutionnaires professionnels qu'on appelle permanents en temps de paix et clandestins en temps de guerre.

De nombreux témoignages s'accordent à dire qu'Arthur Dallidet fait l'unanimité autour de lui. Il sert le Parti, sert les dirigeants qu'il côtoie quotidiennement, sans jamais en retirer le moindre bénéfice au niveau de ses ambitions. Véritable plaque tournante au sein de la direction, il est d'un niveau assez élevé pour pouvoir discuter avec chacun et notamment les trois membres du secrétariat clandestin, Jacques Duclos, Benoît Frachon et Charles Tillon.

En mai 1941, les « Brigades Spéciales » de la police du régime de Vichy ont procédé à des arrestations dans les milieux proches de la direction du Parti : Jean Catelas, puis Gabriel Péri et Mounette Dutilleul sont arrêtés. Jean Catelas est avec Arthur Dallidet et Félix Cadras l'un des principaux responsables de l'organisation, juste au-dessous de Duclos et Frachon. Au début de l'année 1942, la filature d'un certain Pican, responsable de la région rouennaise, permet au commissaire David d'opérer à nouveau un coup de filet dévastateur qui aboutit à l'arrestation d'Arthur Dallidet, le 27 février, à l'angle du boulevard Diderot et de la rue de Reuilly. Il avait rencontré dans un café Marguerite Lamy, l'agent de liaison de Jean Jérome. Marguerite avait un fils et une fille, et elle était enceinte. Arthur lui avait passé discrètement une enveloppe de documents, un paquet de cinq cent mille florins et un peu d'or. Une fois dans la rue, Marguerite voit bondir sur elle deux ouvriers du comptoir, alors qu'un car de police arrive en trombe. Elle se débat, et parvient à balancer le paquet de florins dans la bouche d'égout, les policiers s'étaient déjà emparés de son sac. Arthur, aux prises avec les deux autres faux ouvriers, essaye d'ameuter la foule : « Je suis un ouvrier ! Je suis un communiste ! Ils vont me livrer aux Allemands ! »

Raymond, le petit frère d'Arthur plus connu sous le nom de Raph, qui participait également à l'organisation du dispositif clandestin fut lui aussi arrêté le 6 mars et confronté à son frère, mais il parvint à s'échapper et reprit par la suite une partie des attributions d'Arthur, celle de la gestion du dispositif clandestin.

Arthur Dallidet est livré aux Allemands le 19 mars. Les tortionnaires de la Gestapo tentèrent de faire plier celui qui avait su résister à leurs collègues français. À la Santé, entre deux interrogatoires, il est jeté dans sa cellule, les mains derrière le dos nuit et jour. Marguerite Lamy le voit une dernière fois, place Beauvau, pour une inutile confrontation. Ramené à la prison de la Santé, il arrive à communiquer avec Marie-Claude Vaillant-Couturier. Mounette Dutilleul, sa compagne, est également à la Santé, mais dans une autre aile. Marie-Claude, son amie très proche, lui transmet les derniers messages de celui qui fut le grand amour de sa vie : « Nous retournerons à Garches, à la fête de l'Huma, et nous aurons un fils. »

Le 28 mai 1942 au matin, c'est un homme presque sourd et aveugle mais qui tient encore debout que les soldats allemands emmènent vers le Mont-Valérien pour le fusiller. Mounette, accrochée aux barreaux de sa cellule, chante avec l'ensemble des prisonniers pour accompagner son départ.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jacques Duclos, Mémoires - Dans la Bataille Clandestine - 1re partie - 1940-1942, Fayard, 1970, p 55

Sources bibliographiques[modifier | modifier le code]

Par ordre chronologique

  • Jean Maitron, Claude Pennetier, Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, éditions ouvrières.
  • Raymond Dallidet, Raph, préface de Roger Bourderon, Vive le parti communiste français , Société d' Éditions Générales, 1987.
  • Emmanuel de Chambost, La direction du PCF dans la clandestinité (1941-44), L'Harmattan, 1997.
  • Max Lagarrigue, Dictionnaire des résistants d'Ile-de-France, AERI, 2002.
  • Jean-Marc Berlière et Franck Liaigre, Liquider les traîtres : la face cachée du PCF (1941-1943), éd. Robert Laffont, 2007, spécialement p. 41 à 151.
  • Sylvain Boulouque et Franck Liaigre, Les listes noires du PCF, Calmann-Lévy, 2008 (ISBN 978-2-286-05094-8), spécialement pages 109 à 152.

Article connexe[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]