Abbaye de Gembloux

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Ancienne abbaye de Gembloux
Image illustrative de l'article Abbaye de Gembloux
Ancienne abbaye de Gembloux, aujourd'hui occupée par la Faculté universitaire des sciences agronomiques de Gembloux
Présentation
Culte Catholicisme
Type Abbaye
Rattachement Ordre de Saint-Benoît
Début de la construction Xe siècle (fondation en 922)
Fin des travaux Fermeture de l'abbaye à la suite de la Révolution française
Style dominant Architecture néo-classique
Protection Icône du bouclier bleu apposé sur un immeuble classé de la Région wallonne Patrimoine classé (1977, no 92142-CLT-0005-01)
Icône du bouclier bleu apposé sur un immeuble classé de la Région wallonne Patrimoine exceptionnel (2013, no 92142-PEX-0001-02)
Patrimoine mondial Patrimoine mondial (1999, 2005, Beffroi)
Géographie
Pays Drapeau de la Belgique Belgique
Région Drapeau de la Région wallonne Région wallonne
Province Drapeau de la province de Namur Province de Namur
Ville Gembloux
Coordonnées 50° 33′ 44″ N 4° 41′ 42″ E / 50.562286, 4.69488250° 33′ 44″ Nord 4° 41′ 42″ Est / 50.562286, 4.694882

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Ancienne abbaye de Gembloux

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Ancienne abbaye de Gembloux

L'abbaye Saints-Pierre-et-Exupère de Gembloux fut fondée en 936 par Saint Guibert de Gembloux (882-962).

Fondation[modifier | modifier le code]

Selon les textes disponibles, c'est Saint Guibert, appelé Wicbertus dans le document d'Émile Poumon et originaire de Lorraine, lassé de sa carrière militaire, qui s'installa comme ermite dans un domaine familial, à Gembloux (alors connu comme Gemblours) à une quinzaine de kilomètres au nord de Namur. Il était un seigneur de haute naissance et consacra tous ses biens à l'établissement de l'abbaye (922). Il décida de construire ce monastère alors que des disciples venaient à lui.

Il fit auparavant un séjour à l'abbaye bénédictine de Gorze en Lorraine d’où il ramena le moine Erluin comme premier supérieur pour son monastère. Il appliqua à Gembloux la réforme de Gorze, c'est-à-dire la Règle de saint Benoît.

Par sa charte du , Otton Ier de Germanie lui octroya dès le début immunité, pouvoir comtal et droits régaliens, avec une grande autonomie donc (droit de monnaie et de marché)[1].

En 1099, une grande cérémonie est tenue pour élever Guibert, fondateur du monastère de Gembloux, mort 137 ans plus tôt, au rang de saint fondateur de l’abbaye. Avec l’autorisation de l’archevêque de Cologne, ses restes sont extraits de son tombeau puis portés dans un champ voisin pour être montrés au peuple. Les reliques sont ensuite déposées dans une châsse et placées à l’intérieur de l’église de Gembloux[2].

Développement et histoire du monastère[modifier | modifier le code]

Plus tard, le monastère se plaça sous la protection de Notger, et, pendant cette période épiscopale (988-1116), il se développa rapidement, surtout sous le gouvernement de l'abbé Olbert (1018-1048). Il devint rapidement prospère, ce qui attira des convoitises (entre autres du Comte de Namur). Guibert qui s'était retiré à Gorze dut revenir plusieurs fois pour protéger sa fondation.

Dès le siècle suivant, le monastère eut un grand rayonnement intellectuel. Son école claustrale formait d’excellents copistes et savants et sa bibliothèque était réputée être l'une des meilleures d'Europe. Sigebert de Gembloux (1030-1112), un des meilleurs chroniqueurs et historiens de son époque prit part aux controverses du temps[note 1].

En 1116, Godefroid Ier, comte de Louvain, se fit l'avoué de Gembloux, l'empereur du saint empire romain germanique restant haut souverain nominal. La situation s’est alors détériorée, une ère de calamité est survenue, méfaits de la soldatesque, incendies de 1136, 1157, 1185[note 2].

Précisément, en 1157, un incendie détruisit complètement la ville de Gembloux, le monastère et sa bibliothèque. La communauté fut dispersée mais certains (dont Guibert) restèrent sur place. Plus tard, un relâchement de la discipline monastique et des divisions internes le forcèrent à quitter Gembloux pour Marmoutier (Tours). À peine reconstruit, le monastère subit un nouvel incendie, en 1185. Guibert fut élu abbé en 1194. Pendant 10 ans il travailla à la restauration spirituelle et matérielle de l’abbaye, sans obtenir le succès espéré. Il renonça à sa charge en 1204 et s’exila au monastère de Florennes. Le monastère traversa les vicissitudes des âges et des révolutions.

Par exemple, il subit un siège en 1489. Après ce siège, l'abbaye fut ruinée matériellement et spirituellement. Elle fut sauvée par l'intervention de Philippe le Beau, qui confia (1501) l'abbatiat à Arnould de Solbrecq, abbé du Jardinet et cistercien. Plus tard, l'abbaye fut incendiée par les Hollandais (1678) et totalement détruite par le feu le . L'abbé Legrain (1759-1790) rebâtit le monastère (entre 1762 et 1779) selon les plans de Laurent-Benoît Dewez, notamment le palais abbatial.

À la Révolution française, la communauté monastique fut emportée dans la tourmente. Le 53e et dernier abbé , Dom Colomban Wilmart, dut partir. L'abbaye fut vendue comme bien national. L'État belge y installa le dépôt d'étalons de Tervueren en 1850, puis l'Institut agronomique (1864) et finalement racheta le domaine (1881).

Aujourd'hui[modifier | modifier le code]

L'ancien palais abbatial (XVIIIe siècle) abrite aujourd’hui la Faculté universitaire des sciences agronomiques de Gembloux.

Abbés[modifier | modifier le code]

À partir de Philippe Klockman (1609-1625), les abbés firent surmonter leurs armes d'une couronne comtale. Dès le XV, l'abbé, s'appuyant sur la charte de 496, siègea aux États de Brabant, comme comte et primat de l'État noble et non parmi le clergé.

Personnes lièes à l'abbaye[modifier | modifier le code]

Gembloux a compté de nombreux noms illustres : Olbert de Gembloux, l'abbé Papin (dessinateur), Anselme, Guibert de Gembloux, Erluin (1518-1541).

Patrimoine architectural et culturel[modifier | modifier le code]

  • L'ancien quartier abbatial est axé sur un prostyle à quatre colonnes supportant un fronton triangulaire incorporant deux médaillons, celui figurant les armes de l'abbé constructeur et celui des armes de l'abbaye, sur la droite. On y reconnaît la mitre abbatiale et une couronne comtale à treize perles[3], constituant l'ornement majeur de la cour d'honneur.
  • Pour atteindre cette cour d'honneur, intitulée cour des marronniers, on passe sous un porche orné de tympans en bois sculpté. On peut aussi accéder à cette cour par un portique en pierre sculptée. Elle est limitée par deux ailes de bâtiment perpendiculaires. Une deuxième cour, rectangulaire, s'intitule cour des noyers. À l'intérieur de cette cour, dans le vestibule d'entrée, siège un escalier à main courante et fuseaux en chêne (XVIIIe siècle) et aux étages voûtés.
  • L'abbatiale, devenue église paroissiale en 1810, possédait un « Bon Dieu » qui, en 1653, se mit à saigner de toutes ses plaies et qui fit que Gembloux devint un but de pèlerinage célèbre dans toute l'Europe[4].
  • L'église paroissiale Saint-Guibert, consacrée le , est bâtie sur une crypte romane du XIe siècle dont l'entrée est défendue par une grille en fer forgé remarquable. Le sanctuaire abrite d'autres œuvres d'art dont des stalles de 1747, œuvres de Denis-Georges Bayar, et protège le sarcophage de saint Guibert[4].
  • La salle capitulaire comporte un plafond voûté supporté par des colonnes en pierre.
  • Le cloître traditionnel a été restauré en 1944-1948. Il comporte des baies vitrées figurant les armes des abbés ayant officié depuis le XIIIe siècle jusqu'à la suppression de l'abbaye.
  • Il reste de plus quelques vestiges de l'abbaye primitive, dont une partie du mur d'enceinte[4]. Une tour, isolée, se dresse au niveau de cette enceinte fortifiée (1153). À l'intérieur, on découvre une voûte en quartier (schiste), un escalier en spirale et un linteau caractéristique.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Sigebert a écrit une Gesta abbatum Gemblacensium (1071) qui décrit la gestion de l'abbaye par ses premiers abbés, travail qui sera poursuivi par d'autres après sa mort (jusqu'en 1136). Il est égalemeent l'auteur d'une célèbre Histoire universelle(1083-1111) et d'un autre document intitulé De scriptoribus historicis.
  2. Le sac et l'incendie de 1185 est raconté par l'abbé Guibert-Martin de Gembloux (1194-1204), témoin oculaire, dans une lettre à la moniale Gertrude. Ce dernier était ancien élève de l’école monastique et moine-écrivain attaché à son monastère.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Texte et traduction de cette charte mis en ligne par le Corpus Etampois.
  2. Michel Lauwers. La mémoire des ancêtres, le souci des morts. Morts, rites et société au Moyen Âge. Paris Beauchesne, 1997. p. 255.
  3. Cette indication résulte du fait que, dès le début du XVe siècle, l'abbé de Gembloux siègea aux États nobles du Brabant, en qualité d'abbé-comte.
  4. a, b et c Joseph Delmelle, Abbayes et béguinages de Belgique, Rossel Édition, Bruxelles, 1973, p. 70.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • Ursmer Berlière, Monasticon belge, vol.1, p. 15-26.
  • Ursmer Berlière, L'abbaye de Gembloux, dans Revue Bénédictine, vol.4, 19887, p. 303-307.
  • Bernard Gineste, «Otton Ier: Confirmation de donations faites à l’abbaye de Gembloux (20 septembre 946)», in Corpus Étampois, 2008.
  • Émile Poumon, Abbayes de Belgique, Office de Publicité, S. A., éditeurs, Bruxelles, 1954, p. 85 et 86. Document utilisé pour la rédaction de l’article

Articles connexes[modifier | modifier le code]