ʻAkilisi Pohiva

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ʻAkilisi Pohiva
ʻAkilisi Pohiva en 2015.
ʻAkilisi Pohiva en 2015.
Fonctions
16e Premier ministre tongien
En fonction depuis le
(8 mois et 1 jour)
Élection
Monarque Tupou VI
Gouvernement gouvernement Pohiva
Législature 2014-2018
Prédécesseur Lord Tuʻivakano
Ministre tongien de la Santé
4
Monarque Siaosi Tupou V
Premier ministre Lord Tuʻivakano
Législature 2010-2014
Prédécesseur Viliami Tangi
Successeur ʻUliti Uata
Député à l'Assemblée législative des Tonga
En fonction depuis le
Élection
Réélection 1990
1993
1996
1999
2002
2005
2008
2010
2014
Biographie
Nationalité tongienne
Parti politique Parti démocrate des Îles des Amis
Profession Enseignant

ʻAkilisi Pohiva
Premiers ministres tongiens

Samuela ʻAkilisi Pohiva, né en 1941[1], est un homme politique tongien. Membre fondateur du Mouvement pour les droits de l’homme et la démocratie, ainsi que du parti politique qui en émane (le Parti démocrate des îles des Amis), il est l'un des principaux activistes ayant fait campagne pour l'instauration de la démocratie aux Tonga[2]. Il est Premier ministre depuis le 30 décembre 2014.

Biographie[modifier | modifier le code]

Étudiant à l'Université du Pacifique Sud au milieu des années 1970, il s'intéressa à la politique, et fut l'un des fondateurs du groupe étudiant Kau Loma (« Les Romains »), mouvement de réflexion sur la possibilité de réformes politiques. Le monarque (Taufaʻahau Tupou IV) disposait alors d'une réelle autorité politique, et jouissait d'un grand respect parmi les Tongiens[3].

À la fin des années 1970, il devint enseignant en sciences sociales et en pédagogie à l'institut de formation des enseignants. En mars 1981, il lança le programme radio Matalafo-Laukai, avec l'appui des autorités religieuses (catholiques et wesleyennes). Le programme visait à opérer une pédagogie civique auprès des citoyens, apprenant aux auditeurs comment fonctionnait le gouvernement, et comment les impôts étaient collectés et dépensés sans réel contrôle de la part des élus du peuple. En 1983, le gouvernement interdit Matalafo-Laukai, puis l'autorisa mais le soumit à la censure, puis l'interdit définitivement en décembre 1984. Pour s'être ainsi exprimé en faveur de plus de démocratie, et pour avoir critiqué l'autorité de la monarchie (sans toutefois être républicain), Pohiva fut limogé de son poste de fonctionnaire en février 1985. Il porta avec succès l'affaire devant les tribunaux, et retrouva son emploi[3],[2].

Il entra en politique, et fut élu député en 1987, parmi la minorité de députés représentants du peuple à l'Assemble législative[4]. En 1996, il fut arrêté et brièvement emprisonné sur ordre de l'Assemblée nationale pour outrage au parlement, pour avoir révélé au public des détails de procédures parlementaires. Il fut libéré sur ordre de la Cour suprême, qui statua que son emprisonnement était « illégal et anticonstitutionnel »[5].

Dans les années 1980, il devint l'un des éditeurs de Kele‘a, principal journal du mouvement pro-démocratique. En 2002, il fut arrêté et poursuivi pour sédition, pour avoir publié dans Kele‘a un article affirmant que le roi Taufaʻahau Tupou IV était détenteur d'une fortune cachée. Il fut acquitté par le jury[6]. Suite aux émeutes de 2006 à Nukuʻalofa, par des manifestants réclamant la démocratie, Pohiva fut à nouveau arrêté et poursuivi pour sédition, accusé d'avoir encouragé les émeutiers. Il fut acquitté en septembre 2009[7].

En vue des élections législatives de novembre 2010, qui pour la première fois permettraient aux citoyens d'élire une majorité des députés, et introduiraient ainsi la démocratie aux Tonga, Pohiva cofonda le Parti démocrate des îles des Amis, dont il fut le président[8],[9]. Le parti remporta douze des dix-sept sièges ouverts aux représentants du peuple, et Pohiva lui-même fut ré-élu député, avec plus de 60 % des suffrages dans sa circonscription à Tongatapu[10],[11],[12],[13]. Il paraissait dès lors probable qu'il soit nommé premier ministre[10]. Pour la première fois, le premier ministre devait être élu par l'Assemblée, plutôt que nommé par le roi, et l'élection eut lieu le 21 décembre. Pohiva fut candidat face à Lord Tuʻivakano, l'un des neuf représentants de la haute noblesse au Parlement. Le candidat démocrate obtint douze voix, et fut ainsi battu par son adversaire, élu Premier ministre avec quatorze voix[14].

Lorsque Tuʻivakano forma son gouvernement, Pohiva demanda six postes de ministres pour les députés de son parti, en vertu des résultats de l'élection législative. Il n'en obtint finalement que deux, acceptant pour lui-même, le 4 janvier, le poste de ministre de la Santé, tandis que son collègue ʻIsileli Pulu devenait Ministre du Tourisme[15],[16]. Le 13 janvier, toutefois, il démissionna, protestant contre l'entrée au gouvernement de personnes non-députées (à des postes qui, à ses yeux, auraient pu être attribués à des membres de son parti), et refusant de signer un accord qui lui aurait interdit de voter (au Parlement) contre toute mesure adoptée en conseil des ministres[17],[18]. Bien qu'il n'y ait pas d'Opposition officielle, Pohiva fut, dès lors, considéré comme le chef de l'opposition de facto[19].

En 2011, Pohiva s'opposa à un amendement à la loi sur les armes et les munitions (Arms and Ammunitions (Amendment) Act) qui visait à réduire les peines imposables aux détenteurs d'armes illicites, alors que deux députés avaient été inculpés pour ce délit. Il exprima son espoir que le roi, George Tupou V, refuse d'y apporter sa sanction royale. Le roi opposa son véto à l'amendement début 2012, le déclarant « contraire au bien-être et à la sûreté » de ses sujets[20],[21],[22].

En mars 2012, Pohiva critiqua Lord Tuʻivakano pour n'avoir pas pris de mesures pour endiguer la corruption dans le pays, et annonça qu'il allait déposer une proposition de loi pour que les députés issus de la noblesse soient élus par l'ensemble des citoyens, et non plus seulement par les nobles. Il décrivit cette proposition comme une étape vers une « pleine démocratie »[23]. Cette mesure n'est pas soutenue par l'Assemblée.

En décembre 2013, Action parlementaire globale lui remit le Prix de Défense de la Démocratie (Defender of Democracy Award), en reconnaissance de ses trois décennies et demi de campagne pour davantage de démocratie aux Tonga. Il est le premier insulaire du Pacifique à recevoir ce prix international[24].

Aux élections législatives de novembre 2014, le Parti démocrate, qu'il dirige, remporte dix des dix-sept sièges réservés aux élus du peuple. Pohiva se présente à nouveau candidat aux fonctions de premier ministre, face à Samiu Vaipulu, député sans étiquette. Vaipulu est donné favori, mais c'est Pohiva qui est élu, à bulletin secret, avec quinze voix contre onze. Il est alors le premier roturier élu député à être élu premier ministre par un Parlement lui-même majoritairement élu. (Feleti Sevele, roturier, avait été nommé premier ministre par le roi en 2006, et non pas choisi par l'Assemblée législative. Tandis qu'en 2010, le premier Parlement majoritairement élu avait choisi un noble, Lord Tuʻivakano, pour mener le gouvernement.) Au moment de son élection, Pohiva est le doyen de l'Assemblée, où il siège depuis 1987[25],[26]. Pris d'un malaise peu après l'annonce de son élection, il n'est formellement nommé par le roi, Tupou VI, que le lendemain[27],[28]. Il s'engage à travailler de manière constructive avec le roi[3], et nomme son gouvernement le jour même.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) "Tonga democracy MP becomes prime minister", Stuff.co.nz, 29 décembre 2014
  2. a et b ‘I. F. Helu, "Democracy Bug Bites Tonga", in Crocombe, Ron, Culture & Democracy in the South Pacific, Suva : Université du Pacifique sud, 1982, ISBN 982-02-0079-2, pp.139-152
  3. a, b et c (en) "PM Pōhiva: We have to prove to His Majesty that we can work together to build Tonga", Kaniva Pacific, 30 décembre 2014
  4. (en) "People's Representatives", Parlement des Tonga
  5. (en) « ʻAkilisi Pohiva », Action parlementaire globale, décembre 2013
  6. (en) "MPs acquitted on sedition charges", The Age, 20 mai 2003
  7. (en) "Tongan MPs acquitted over 2006 riots", ABC Radio Australia, 17 septembre 2009
  8. (en) "Another new political party emerges in Tonga as country prepares for 2010 elections", Radio New Zealand International, 6 septembre 2010
  9. (en) "Tonga's Human Rights and Democracy Movement confident", ABC Radio Australia, 22 novembre 2010
  10. a et b (en) "Strong showing for Tonga democrats in election", BBC, 26 novembre 2010
  11. (en) "Pro-democracy party in Tonga a big in winner general elections", Radio New Zealand International, 25 novembre 2010
  12. (en) "Veteran pro-democracy campaigner has major success in historic Tonga elections", Radio New Zealand International, 25 novembre 2010
  13. (en) Résultats officiels des élections de 2010 à Tongatapu, Matangi Tonga
  14. (en) "Lord Tu'ivakano becomes new Tongan prime minister", BBC, 21 décembre 2010
  15. (en) "Editorial: Democracy's day one step closer in Tonga", New Zealand Herald, 4 janvier 2011
  16. (en) "First meeting of Tonga's new Cabinet", Matangi Tonga, 5 janvier 2011
  17. (en) "Tonga's democracy campaigner quits", Michael Field, Stuff.co.nz, 14 janvier 2011
  18. (en) "Democractic Party head resigns as Tongan health minister", Australia Network News, 14 janvier 2011
  19. "Tonga leader unfazed by motion of no confidence", Radio New Zealand International, 20 juin 2012
  20. (en) "Tonga democrats hope King will veto bill reducing illegal gun penalties", Radio New Zealand International, 2 décembre 2011
  21. (en) "Democracy at Work? Part II", Lopeti Senituli, Taimi Media Network, 17 novembre 2011
  22. (en) "King withholds assent on lower firearms penalties", Matangi Tonga, 10 janvier 2012
  23. (en) "Tongans' champion of democracy to push for full voting rights", New Zealand Herald, 30 mars 2012
  24. (en) "Tonga’s Pohiva says Defender of Democracy Award important", Radio New Zealand International, 17 décembre 2013
  25. (en) "Akilisi Pohiva Tonga's new PM", Radio New Zealand, 29 décembre 2014
  26. (en) "Pohiva is new Prime Minister", Tonga Daily News, 29 décembre 2014
  27. (en) "King appoints ‘Akilisi Pohiva as Tonga’s Prime Minister", Kaniva Pacific, 30 décembre 2014
  28. (en) "New Tongan PM "really sick", rushed home after election", Radio New Zealand International, 29 décembre 2014