Yaka (peuple)

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
(Redirigé depuis Yaka (peuple d'Afrique))
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Yaka.

Yaka

Populations significatives par région
Drapeau de la République démocratique du Congo République démocratique du Congo 933 000
Drapeau de l'Angola Angola 133 000
Population totale 1 035 000
Autres
Langues

yaka

Les Yaka sont une population bantoue d'Afrique centrale établie au sud-est de la République démocratique du Congo et au nord-est de l'Angola.

Ethnonymie[modifier | modifier le code]

Selon les sources et le contexte, on rencontre les variantes suivantes : Ayaka, Bayaka, Bayéké, Djakka, Giaka, Iaca, Iaka, Jaca, Joca, Mayaka, Ngiaka, Yagga, Yakas[1].

Langue[modifier | modifier le code]

Ils parlent le yaka, une langue bantoue dont le nombre de locuteurs a été estimé à 900 000 en 2000 : 700 000 en République démocratique du Congo et 200 000 en Angola[2].

Histoire[modifier | modifier le code]

Personne ne le sait quand exactement ils sont apparus. Les Yaka, peuple bantou, ont joué un rôle important dans le commerce triangulaire. Peuple de razzieurs nomades, ils lancent avec succès des offensives sur leurs voisins Kongos, ethnie côtière déjà en contact avec les Européens. Après la prise de Mbanza Kongo, la capitale Kongo en 1568, ils seront finalement repoussés et soumis par les Kongo. Se pose la question combien ils étaient pour faire vaciller une nation de près de 4 millions d'individus. Fuyant vers leur région d'origine ils seront finalement soumis par les Lundas pendant tout le XVIIIe siècle. Regagnant leur indépendance pendant un court moment au XIXe siècle, ils gardèrent malgré cela un roi d'origine lunda, le kiamfu. C'est vers la fin du XIXe siècle que les Yaka sont touchés par les menées de l'armée coloniale, la Force publique.

Géopolitique des Yaka[modifier | modifier le code]

Les Yaka constituent un peuple homogène, discipliné, travailleur et guerrier qui occupe les plateaux du Kwango dans le sud-ouest de la République démocratique du Congo.

Ce sont principalement des agriculteurs qui cultivent du manioc, de l'arachide, des ignames, des courges, du maïs, des haricots, du café robusta, et qui élèvent de la volaille et du petit bétail. Ils sont également de bons chasseurs dans les clairières et forêts des rivières Kwango et Wamba. Le Kwango, ainsi que le Kwilu, sont les réservoirs alimentaires de la ville de Kinshasa.

Sur le plan coutumier, le Royaume Yaka est une monarchie patriarcale dirigée par le kiamfu dont le pouvoir prend fin uniquement avec son décès. Il est secondé par plusieurs collaborateurs qui sont des chefs coutumiers ayant des fiefs à gouverner et qui sont parfois de la même lignée que lui. C'est le cas notamment de Swa Mbangi, de Swa Munene, de Swa Lukuni, de Mulopo Ndindi, de Muni Ngunda, de Muni Kazembe, de Muni Ngulu et de Pelende Nkhobo. Certains de ces chefs ont droit à la succession et à l'accession au trône.

Sur le plan administratif, les Yaka occupent 3 des 5 territoires qui composent le Kwango, notamment Kasongo-Lunda, Kenge et Popo-Kabaka et leur démographie avoisine les 2 millions d'habitants. Ils sont voisins des Sukus, des Tchokwés, des Lundas, des Baholos, des Bambatas et des Balemfus.

En ce qui concerne l'administration ecclésiale, deux diocèses catholiques se partagent le monde yaka : les diocèses de Popo-Kabaka et de Kenge. Les centres de formation intellectuelle qui ont formé l'élite du Kwango sont l'École normale d'Imbela et le Collège Ntemo ex- Saint-Paul (des pères jésuites) de Kasongo-Lunda[3].

Au demeurant les Yaka ont beaucoup migré à Kinshasa, des suites de l'exode rural. Ils représenteraient le quart de la population de Kinshasa. C'est la raison pour laquelle le Gouverneur et les vice-Gouverneurs de la ville de Kinshasa sont souvent recrutés parmi eux (Kibabu Madiata Nzau, Mbemba Fundu, André Kimbuta). Les Yakas sont majoritaires dans les communes et quartiers de Kinshasa ci-après : Masina, Kimbanseke (quartier Kingasani), Bumbu, Ngaba, Mbanza-Lemba, Camp Luka, Kisenso, Kingabwa, Nsele, Mikonga et Mpassa.

Culture[modifier | modifier le code]

Cliquez sur une vignette pour l’agrandir
1. Situation géographique

La région de brousse qui s'étend entre la rivière Kwango et ses affluents, entrecoupée de galeries forestières et comprise entre le seizième et le dix-neuvième parallèle de longitude est et le quatrième et le huitième parallèle de latitude sud, est actuellement habitée par le peuple qu'on appelle communément les Yaka ou Bayaka. Cette région est limitée à l'est par la rivière Bakali, au sud par les chutes Kasongo-Lunda, à l'ouest par les rivières Lufimi et Lubishi. Sa superficie est de 45.000 Km2 et elle est occupée par une population de 400.027 habitants. Rappelons ici qu’en 1930, quand M. PLANQUAERT avait écrit Les Sociétés Secrètes chez les Bayaka, Louvain, imprimerie J. Kuyl-Otto, 1930, il estimait cette population à 300 000 âmes. En 1964, J. DENIS, dans Les Yaka du Kwango. Contribution à une étude ethno-démographique, Musée royal de l’Afrique centrale, Tervuren, 1964, fait une étude ethno-démographique de cette population qui reste toujours estimée à 300 000. En 1984, R. DEVISCH, dans son livre Se recréer femme. Manipulation sémantique d'une situation d'infécondité chez les Yaka du Zaïre, Berlin, Dietrich Reimer Verlag, 1984, reprend le même chiffre et fait même remarquer, que d'après les estimations des missionnaires, les prévisions d'accroissement établies par J. Denis sur base de son enquête n'ont pas tenu compte de la détérioration sanitaire et de l'exode rural. Dans tous les ouvrages récents sur cette population, le nombre d'habitants reste stable, c’est-à-dire 300.000. Parfois on parle de 400.000 habitants. L’annuaire de l’Église catholique en RDC, éd. du Secr. gén., Kinshasa, 1993-1994, donne le chiffre de 400 027 habitants. Ceci vient du fait qu'il n'y a pas de recensement sérieux depuis plusieurs années. En plus, les structures actuelles ne permettent pas un contrôle sérieux des habitants de la région. Nous reprenons pour notre part, le chiffre de 400.027, malgré le doute qui y règne.

Cette population est le résultat des multiples invasions dont les vagues successives sont venus s'échouer au Kwango. La densité moyenne est de 8 à 9 habitants au Km2. Le relief est fait des hauts plateaux à sol pauvre couvrant la majeure partie du territoire. Les larges vallées des grandes rivières Kwango, Wamba, Bakali et de leurs affluents sont constituées de sols rouges et riches. Toutes les rivières coulent généralement du sud vers le nord. Certaines de ces rivières coulent sur des plateaux marécageux, telles la Twana et la Bakali. La végétation se conforme à la structure du sol. On trouve un double paysage botanique : la végétation, très luxuriante des vallées, se rencontre dans les forêts denses et humides qui poussent le long des grandes rivières; celle des plateaux constituée de terres arides et de forêts claires, couvre la grande partie du territoire. La plus grande forêt s'étend sur plus de 100 km entre Kasongo-Lunda et Panzi, forêt qui de nos jours est très entamée. La population Yaka vit généralement d'une agriculture de subsistance. Elle produit d'abord pour la consommation, d’autant plus que le travail se fait avec du matériel artisanal. Outre la chasse, la pêche, et la cueillette, la population tire du sol les diverses cultures vivrières dont le manioc, les arachides, la patate douce, etc. L'élevage de gros bétail est en évolution depuis une vingtaine d'années.

Dans la forêt, les habitants plantent le café, le palmier, etc. L'agriculture constitue dans cette partie du pays, la principale activité économique et même le noyau de subsistance de la majorité des foyers. Actuellement, la découverte des diamants alluvionnaires dans le sous-sol accentue l'exode rural commencé par les jeunes - en quête d'emploi rémunéré - quelques années auparavant.. Ils abandonnent aussi le travail de la terre. Ainsi, ces jeunes, hantés par le mythe de l'argent facile, renoncent à tout ce qui ne peut produire de l'argent immédiatement. Les vieux, tenants des sociétés secrètes, ne savent où donner de la tête. Parfois, épuisés, donc incapables de se livrer à une activité aussi incertaine que le creusage du diamant, ils sont désespérés de la vie et ceux qui échappent à la mort par souci choisissent l'isolement et le silence. Bientôt dans les villages, nous pourrons trouver deux camps qui vivent en conflit : la jeunesse qui espère tout acquérir par un coup magique de pioche dans le gravier d'une part et les vieux conservateurs qui tentent de faire survivre les traditions et les cultures ancestrales d'autre part. Ces migrations des jeunes vers les centres urbains exercent une certaine influence sur le mode de vie des Yaka. On peut le remarquer par le fait que ce sont surtout les femmes, les enfants et les vieillards qui restent encore au village. Ceci a pour conséquence que les villages sont presque déserts. 2. Histoire des Bayaka

Les Yaka constituent une société fortement hiérarchisée, à la tête de laquelle règne le roi, le grand chef coutumier : le Kiambvu. Il est le chef de tous les chefs. La population appelée aujourd'hui yaka fait partie de la dynastie lunda. dont les habitants quittèrent Lunda de Koola vers le XVIIe siècle pour venir s'établir le long du Kwango. La tradition rappelle les périples et les circonstances de la migration de cette population qui donna naissance au royaume des Yaka. Les expéditions qui partirent du pays de Mwant Yav vers l'ouest parvinrent à créer des puissants états. Beaucoup de succès furent accumulés au cours de toutes les expéditions. C'est dans cet esprit que le Mwant Yav y envoya son propre frère qui eut pour mission de visiter toute la région de l'ouest. Mais il vint s'établir près de Tshikapa où il édifia son règne et pris le nom de Mai Munene. Trois autres candidats partirent du pays lunda gouverné par Mwant Yav : Kisanda Kumeshi, Mukelenge Mutombo et Kasongo qui créèrent chacun un royaume. Kasongo vint jusqu'au Kwango où il s'aperçut que l'autre rive était occupée par le roi de Portugal qui portait le nom de Muni Putu Pour se différencier de lui, il prit le nom de Muni Putu Kasongo.. Mais avant d'atteindre le Kwango, il dut repousser, sur sa route, des populations résistantes. Grâce au renfort qu'il alla chercher dans son pays d'origine, celui de Mwant Yav à Nkalaany, il parvint jusque chez les Yaka qui, à cette époque, occupaient le pays. Pour étendre son pouvoir, il imposa ses bilolo (lieutenants), à commencer par le sud du pays jusqu'en aval des chutes de la rivière Kwango. La conquête de la région se poursuivit rapidement.

Les Lunda qui s'installèrent dans la région du Kwango étendirent leur influence sur la population yaka qu’ils trouvèrent et qui les accepta. Les Yaka devinrent les guerriers préférés des occupants lunda. Ces derniers se fusionnèrent aux Yaka qu'ils trouvèrent en épousant leurs filles et en adoptant leur langue «Les alliances matrimoniales entre vainqueurs et vaincus furent l'arme la plus efficace pour soumettre les anciens clans à l'autorité centrale du Kiambvu».. Autrement dit, "par les alliances matrimoniales entre les différents éléments aborigènes et tout autant par leurs alliances matrimoniales avec les conquérants aLunda" naquit de cette manière le pays des Yaka. Mais l'administration du pays conquis fut confiée à la parenté de Muni Putu Kasongo. ainsi qu'à tous ceux qui, d'une façon ou d'une autre, avaient joué un rôle important lors des conquêtes. Les Yaka actuels sont donc les descendants d'au moins trois tribus distinctes : les Batsamba qui étaient les premiers occupants, les Yaka qui occupaient la région depuis longtemps et les Lunda qui constituent la caste régnante.. Ayant imposé son pouvoir, le chef des Lunda assura la "succession du couteau à ses consanguins masculins en ligne collatérale". Après y avoir repoussé les Suku. les successeurs de Muni Putu Kasongo installèrent leur capitale sur la Nganga qui devint un centre militaire, religieux et administratif de l'état naissant. 3.Structure politique.

Avant l'invasion lunda, les Yaka étaient organisés en bandes guerrières. Quand ils devinrent sédentaires, ils s'organisèrent d'abord en société matriarcale, puis en société patriarcale. À la tête se trouvent le Kiambvu et toute la lignée dynastique exerçant actuellement le pouvoir, c'est-à-dire les descendants de la lignée Lunda, mais aussi tous ceux qui appartiennent à l'ancienne lignée et qui sont originaires de Lunda. Pour son règne, le Kiambvu Muni Putu Kasongo s'inspira du pouvoir hérité de Mwant Yav. S'octroyant le principe d'invincibilité, il était craint de ses voisins et jouissait d'un grand prestige. A la cour, il était entouré des descendants de sang royal, mais aussi de son frère et de son fils cadet. La succession se fait par hérédité. Tout descendant légitime du Kiambvu peut prétendre au trône royal, priorité est donnée à l'aîné de la famille. Il arrive parfois qu'en cas de manque de candidat en ligne patriarcale, l'aîné des neveux accède au trône. Mais le pouvoir ne peut être conféré qu'à des ayants droit. Si le Kiambvu peut désigner son successeur éventuel (son influence peut peser sur le candidat), il appartient toutefois au conseil d'investiture d'élire le nouveau Kiambvu, tout en tenant compte de toutes les procédures successorales.

La seconde classe est constituée par les bilolo. Premiers descendants lunda, ils gouvernent toutes les régions et groupements qui sont sous le pouvoir du Kiambvu. Ayant combattu avec le Kiambvu Muni Putu Kasongo pendant la guerre de conquête, ils sont les 'lieutenants' de tout Kiambvu et récoltent le tribut en sa faveur. Le royaume étant divisé en fiefs ou circonscriptions territoriales et le fief lui-même divisé en villages d'inégale importance, chaque yilolo gouverne et administre un fief bien déterminé et il veille à ce que l'ordre, la paix et la justice y règnent. Le village est gouverné par un chef de village intronisé, tenant compte de son origine, soit par le Kiambvu lui-même (s'il est de la lignée lunda), soit par son yilolo (s'il est du sang yaka). Pour faciliter l'intégration entre groupes, les Biambvu épousaient parfois les filles de leurs principaux bilolo. Lorsqu'un enfant mâle naissait de cette union, il avait le droit de prétendre au couteau royal. La troisième classe est constituée par les Tulamba autochtones, c'est-à-dire les véritables Yaka et possesseurs des terres. Quand le Kiambvu avait conquit la terre yaka, il s'était emparé de tout le pouvoir suprême politique et judiciaire. Ayant soumis la population autochtone, il lui imposa de payer tribut. Le pouvoir de gouverner fut confié aux bilolo. A l'arrivée de Muni Putu Kasongo, les Tulamba possédaient les vallées, les collines, les forêts et les brousses. Ce droit de possession ne leur fut pas arraché. Le droit de propriété sur tous ces biens était et reste inaliénable. Les Tulamba peuvent encore en disposer sans inquiétude. Pour mieux gouverner son royaume, le Kiambvu applique la politique héritée de la tradition lunda. Il ne bouleverse pas l'ordre politique existant, il l'inclut dans la nouvelle organisation, mais tout en l'affaiblissant. Les Tulamba sont les intermédiaires entre le monde visible et le monde invisible. Ils sont en fait des interprètes auprès des ancêtres. En cas de maladie ou de malheur, leur secours est très important. Pour cultiver ou occuper une nouvelle terre, on les consulte. Ce sont aussi les Tulamba qui donnent l'autorisation de mettre le feu à une brousse donnée pour une chasse collective. 4. La vision de Dieu et l'origine de la vie.

Pour le Yaka, toute naissance sur la terre vient renforcer la continuité et la survie du lignage. Mais la naissance d'un enfant ne se réalise pas par hasard, elle trouve son fondement dans l'existence même de l'être-homme. L'enfant comme résultat de la vie intime du couple est l'accomplissement de leur désir d'être parents. Mais d'où vient l'enfant ? Quel est le sens de l'homme et son origine ? Ces questions, qui sont apparemment simples, le Yaka se les pose aussi. Partant de tout ce qui vit, le Yaka fait la distinction entre ce qui est et ce qui n'est pas, entre le visible et l'invisible, le vécu et le non vécu, l'explicable et l'inexplicable, etc. C'est dans cet esprit qu'il s'interroge sur le sens de Dieu et l'origine de l'homme. Dieu qui est-il pour le Yaka ?

Parlant de Dieu, même si les réponses sont diverses, toutes conduisent à une seule : Nzambia Mpungu "est le Créateur de l'univers, le justicier de tous les actes humains". Il est l'«Origine de tout ce qui existe».. En tant que tel, il est celui qui "distribue les terres aux hommes", les ancêtres étant les "possesseurs en seconde main des plaines et des chasses" Mais Dieu, Nzambia Mpungu ne vit pas dans la société des hommes, parce qu'il est lointain. Il est l'inconnu que les hommes ne peuvent côtoyer comme les chrétiens ont osé le faire avec Jésus. Transcendant et immanent, il vit au loin dans le ciel où, selon les fables, les hommes allaient lui demander des solutions aux problèmes impossibles à résoudre par eux-mêmes. Il n'intervient dans la nature des hommes que par leur intelligence. C'est à lui "auquel les Bayaka attribuent la causalité de toutes choses, en l'occurrence des choses bizarres, dont on ne saisit la raison d'être". Comme cause de tout ce qui existe, il est celui qui a créé l'homme, "Nzambia Mpungu wa punga batu, - Dieu Créateur a créé les hommes", il est "pure origine, principe de toute création, avec qui les hommes n'entrent pas directement en relation" Les Yaka n'ont jamais douté que Dieu soit capable d'intervenir à tout moment dans la vie des humains. Si généralement la mort prématurée est imputée au sorcier, au magicien ou au malin génie, Dieu lui-même en tant que Donateur de la vie, intervient à l'âge de la vieillesse : lufwa lwa Nzambi, mort voulue par Dieu. Dieu ne sera jamais accusé de prendre le vieillard qui a bien mené sa vie. Si Dieu peut mettre fin à la vie d'un homme, il est donc celui qui lui donne le « mooyi », le souffle, la vie, la pulsion vitale, le principe qui dynamise et qui coordonne le corps total. Dieu qui donne la vie aux hommes fait-il un contrat avec eux ? Il vit pourtant avec eux durant toute leur existence. Mais Dieu ne donne la vie que par l'intermédiaire des hommes qui ici, sont les ancêtres fondateurs du clan. Les ancêtres sont les Bakhaka, ces défunts de bonne conduite qui vivent dans des grands villages souterrains. Ils mènent une vie semblable à celle des vivants, parce qu’ils ont des champs, ils prennent même des femmes, mais ils ne meurent plus. Les ancêtres s’intéressent très souvent à la vie de tous les descendants qui vivent encore sur la terre. Ce sont eux qui leur procurent « du gibier, appelé le cheptel des ancêtres, du vin de palme, des produits agricoles (...). Ils rendront les femmes fécondes et protégeront la vie de tous les descendants» Mais les ancêtres eux-mêmes désirent parfois revivre dans les enfants et les petits-enfants en revenant dans le clan « par voie de génération physique »

De ce qui précède, il est vrai d’affirmer que Dieu est supérieur aux ancêtres, il habite très loin. Les ancêtres sont par contre plus près des hommes, ils habitent sous la terre que les hommes foulent de leurs pieds. À cause de la distance qui sépare Dieu et les hommes, les rapports entre eux sont rares. Pour cela aucune représentation de sa personne n’existe. C’est pourtant Dieu qui crée (- hanga) les choses que les ancêtres manipulent. Ceux-ci interviennent dans la vie physique que Dieu donne aux vivants. Si l'homme vient de Dieu, les ancêtres dirigent les opérations ou plutôt distribuent les enfants comme des cadeaux à ceux qui leur obéissent. Ils en donnent à certains et en privent d'autres. En d’autres termes, «si Dieu est le Créateur de la vie, les ancêtres ont le pouvoir d’intervenir pour favoriser ou entraver la prospérité de la descendance du clan». Un ancêtre peut aussi renaître dans le ventre d'un de ses descendants. Il arrive qu'on lui donne son nom. L'homme trouve donc son origine en Dieu mais il retourne chez les ancêtres dans le village souterrain. C'est là qu'ils vivent avec toutes les qualités qu'ils avaient sur la terre.

Le clan terrestre n’est jamais une entité isolée, il est relié à la protection constante et invincible du monde des ancêtres. Il existe donc une relation constante entre le monde visible des vivants et celui invisible des ancêtres. Les vivants et les ancêtres forment par ce même fait une grande famille. Les évêques de la RDC reconnaissent cette relation et l’expliquent ainsi : ««La relation aux ancêtres et autres trépassés de la grande famille n’est pas seulement chronologique, en tant qu’ils sont à l’origine de ce que les vivants actuels sous le soleil sont et ont, mais elle est également contemporaine ou, comme on dit, synchronique, parce que tous ces trépassés continuent à faire partie, actuellement, de la famille intégrale et à œuvrer, selon un mode qui leur est propre, pour le même idéal. Ce qui fait de la famille intégrale une réalité à deux faces, l’une visible, en ce monde, et l’autre invisible, outre-tombe. Elle est, au moins radicalement, d’ampleur cosmique. Car elle intègre le terroir familier avec son paysage (terre-mère comme répondant de la femme), les cases, les bosquets enchantés, les cours d’eau des ancêtres, les fétiches protecteurs, les tombes des trépassés» Dans cet esprit, les jeunes qui se proposent en mariage doivent se conformer aux principes des ancêtres et éviter de provoquer leur colère. Les oncles aussi bien que les parents veilleront à ce que le jeune couple vive en harmonie avec les anciens du clan. Il revient au marié de ne pas oublier, pendant la remise des biens matrimoniaux, les ancêtres qui interviennent directement dans la vie des vivants. Un verre de vin devra être versé en leur honneur . La vie, les ancêtres peuvent l'interrompre par l'intermédiaire du frère de la mère qui, quand il se sent outragé, peut "bloquer" la matrice de la nièce dont le mari n'a pas respecté les prescriptions ancestrales. Théoriquement, les paroles prononcées par les membres des familles peuvent être écoutées par les ancêtres qui peuvent priver ou donner la vie aux vivants. Les liens qui rattachent les vivants aux ancêtres demeurent à jamais. Ils ne se rompent pas. 5. Littérature

Pour ceux qui veulent en savoir plus sur la vie des Bayaka, nous rappelons que la littétature est très abandante. Nous avons selectionné ici seulement quelques livres de référence qui peuvent servir de base pour une recherche.

BAILLEUL, H., Les Bayaka. Aperçu de l’évolution politique et économique de leur pays jusqu’en 1958, in : Zaïre, 12/8, 1959, 823-841. BUAKASA TULU Kia MPANSU - H. DIDILLON, Le ‘Khiita’. Une technique yaka de guérison de la stérilité, in : Combats pour un christianisme africain. Mélanges en l’honneur de professeur Mulago, FCK, Kinshasa, 1981, 243-256. DE BEIR, L., Les Bayaka de M'nene N'toombo Lenge-Lenge, St Augustin, 1975. DE DECKER, Le clan matrilinéal et la famille chrétienne au Kwango, in : Revue de l’Aucam, n° 145, janv. 1945, 42-49. DEVISCH, R., ET MAHIEU, W., Mort, Deuil et compensations mortuaires chez les Komo et les Yaka du nord du Zaïre, Tervuren, 1979. DEVISCH, R., Les Yaka du nord, in : Mort, deuil et compensations mortuaires chez les Komo et les Yaka du nord au Zaïre, Musée royal de l'Afrique centrale, Tervuren, 1979. -- Analyse sémantique d'une malédiction dans la société yaka, in : Combats pour un christianisme africain. Mélanges en l'honneur du prof. Mulago, n°6, FCK, Kinshasa, 1981, 201-210. -- La mort et la dialectique des limites dans une société d'Afrique centrale, in: Filosofia e religione di fronte alla morte, Padova, cedam, 1981, 503-527. -- Se recréer femme. Manipulation sémantique d'une situation d'infécondité chez les Yaka du Zaïre, Berlin, 1984. -- Le sacré et le symbolisme du corps dans une culture de l’Afrique centrale. Quelques axes de recherches, in : Archivio di filosofia, LIV, 1986, n°1-3, 565-586. -- Le symbolisme du corps entre l'indicible et le sacré dans la culture yaka : quelques axes de recherche, in : CERA, 20-21 (n° 39-42), 1987, 145-165. -- Weaving the Threads of Life. The Khita Gyn-Eco-Logical Healing Cult Among the Yaka, Chicago and London, The university of Chicago Press, 1993. -- Soigner l'affect en modelant le corps en milieu yaka, in : Anthorpologie et sociétés, vol. 17, n°1-2, 1993, 215-237. -- Des forces aux symboles dans le rite bantou : l'interanimation entre corps, groupe et monde, in : Le rite, source et ressources, Bruxelles, Publications des facultés universitaires Saint-Louis, 1995, 35-36. -- "L'argent, feuille morte ?" L'Afrique centrale avant et après le désenchantement de la modernité, Colloque international, Leuven, Centre de conférence Groot Beijnhof Zaal Lemaire, 21-22 juin 1996. -- Tisser la pulsion vitale en fonction symbolique. Lecture anthropologique d’une thérapie traditionnelle : cas des Yaka du Zaïre, in : Psychothérapies, n°4, 1987, 199-208. DEVISCH, R et MBONYINKEBE SEBAHIRE, Systèmes de soins de santé traditionnels en Afrique centrale : un regard d'anthropologie médicale, in : P.G. JANSSENS, M. KIVITS ET J. VUYLSTEKE (éds), Médecine et hygiène en Afrique centrale de 1885 à nos jours, vol. I, Bruxelles, 1992., 33-59. DEVISCH, R., et BRODEUR, C., Forces et signes. Regards croisés d'un anthropologue et d'un psychanalyste sur les Yaka, Paris - Bâle, 1996. FLÜCKIGER, M., Das höchste Wesen bei den Bayakas im vergleichen zu den Gottesvorstellungen des Alten Testamentes. Seminararbeit an der Freien Hochschule für Mission der AEM, Korthal, April, 1989. MBONYINKEBE, S., Le tradipatricien dans la ville. Le cas des Yaka à Kinshasa, in : CERA, n° 45-46, Kinshasa, 1989, 49-99. MITENDO, N. H., Vers une sacramentalité du système matrimonial négro-africain. Une analyse du système de contrat-alliance appliqués au mariage, Fribourg, 2001. NGONDO a PITSHANDENGE, De la nuptialité et fécondité des polygames. Le cas des Yaka de Popokabaka (Zaïre), Tervuren, Musée royal de l'Afrique centrale, 1982. these de doctorat PLANQUAERT, M., Les Yaka. Essai d'histoire, Musée royal de l'Afrique centrale, Tervuren, 1971. -- L’exode des populations vers les centres et l’ébranlement de la famille rurale, in : Revue de l’AUCAM, n° 105, publié par le secrétariat de l’AUCAM, Louvain, 1948., 66-74. -- Les Jaga et les Bayaka du Kwango. Contribution Historico-Ethnographique, section des Sciences Morales et Politiques, Bruxelles, 1932. -- Les sociétés secrètes chez les Bayaka, Louvain, 1930. RUTTENBERG, P., Lexique Yaka-Français; Français-Yaka, Lincolm Europa, Muenchen, 1999. VAN DER BECKEN, A., Proverbes et vie Yaka, St Augustin, 1978. -- Les proverbes Yaka au Service de l'Annonce de l'Evangile, St Augustin, 1982. -- Proverbe Yaka du Zaïre, Karthala, 1993. VAN ROY, H., Le culte des ancêtres chez les Yaka, in : Mort, funérailles, deuil et culte des ancêtres chez les populations du Kwango/Bas-Kwilu. Rapports et compte rendu de la IIIème semaine d’études ethno-pastorales, Bandundu, 1967, 138-197.

Sources : Hilaire N. MITENDO, Vers une sacramentalité du système matrimonial négro-africain, Fribourg 2003

Cette page a déjà été vue 2055 fois depuis le 11 mai 2010.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Source RAMEAU, BnF [1]
  2. (en) Fiche langue, dans la base de données linguistique Ethnologue
  3. Voir la thèse de Madiangungu L. Kikuta, L'environnement historique de l'évangélisation missionnaire jésuite chez les Yaka du Moyen-Kwango dans l'ancienne mission du Kwango (1893-1935), Rome, 2001
  4. Children's Museum of Indianapolis
  5. Château des Sforza
  6. Musée royal de l'Afrique centrale
  7. Museum Rietberg

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Renaat Devisch, Weaving the threads of life : the Khita gyn-eco-logical healing cult among the Yaka, University of Chicago Press, 1993, 334 p. (ISBN 0226143627)
  • (en) Emil Torday et T. A. Joyce, « Notes on the ethnography of the Ba-Yaka », in Journal of the Anthropological Institute of Great Britain and Ireland (Londres), 36, janvier-juin 1906, p. 39-59
  • Bukedi Batuyenda, Makana moodidila : versets de lamentations funèbres, chez le Yaka, P. Bouckaert, Popokabaka, 1979, 95 p. (bilingue)
  • L. de Beir, Religion et magie des Bayaka, Anthropos-Institut St. Augustin, 1975, 191 p. (ISBN 3921389305)
  • Jacques Denis, Les Yaka du Kwango : contribution à une étude ethno-démographique, Musée royal de l'Afrique centrale, Tervuren (Belgique), 1964, 107 p.
  • Renaat Devisch et Wauthier de Mahieu, Mort, deuil et compensations mortuaires chez les Komo et les Yaka du nord au Zaïre, Musée royal de l'Afrique centrale, Tervuren (Belgique), 1979, 197 p.
  • Renaat Devisch, Se recréer femme : manipulation sémantique d'une situation d'infécondité chez les Yaka du Zaïre, D. Reimer, Berlin, 1984, 198 p. (ISBN 3496007516)
  • Renaat Devisch, « Diagnostic divinatoire chez les Yaka du Zaïre », in L'Ethnographie (Paris), vol. 81, no 96/97, 1985, p. 197-216
  • Hermann Hochegger, « Bibliographie Yanzi, bibliographie Yaka », Cahiers des religions africaines, 1972, 5, no 11, p. 113-119
  • Madiangungu L. Kikuta, L'environnement historique de l'évangélisation missionnaire jésuite chez les Yaka du Moyen-Kwango dans l'ancienne mission du Kwango (1893-1935), Éditrice Pontificia Università gregoriana, Rome, 2001, 553 p. (ISBN 8876528768) (Thèse)
  • François Lamal, Basuku et Bayaka des districts Kwango et Kwilu au Congo, Musée royal de l'Afrique centrale, Tervuren, 1965, 323 p.
  • M. Plancquaert, Les sociétés secrètes chez les Bayaka, Imprimerie J. Kuyl-Otto, Louvain, 1930, 131 p.
  • M. Plancquaert, Les Jaga et les Bayaka du Kwango : contribution historico- ethnographiques, Falk (G. Campenhout, successeur), Bruxelles, 1932, 184 p.
  • M. Plancquaert, Les Yaka. Essai d'histoire, Musée royal de l'Afrique centrale, Tervuren, 1971, 188 p.
  • M. Plancquaert, Soixante mythes sacrés Yaka (réunis par), Musée royal de l'Afrique centrale, Tervuren (Belgique), 1982, 161 p.
  • Alain van der Beken, Proverbes yaka du Congo, L'Harmattan, 2001, 333 p. (ISBN 9782747512428)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :