Travail précaire

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

Un « emploi précaire » ou un « travail précaire » désigne un emploi qui présente trop peu de garanties d’obtenir ou conserver dans un avenir proche un niveau de vie « acceptable », et qui engendre un profond sentiment d'incertitude sur l'avenir, un sentiment de précarité. On parle parfois de « halo de précarité »[1].

Des revenus très faibles ou des contrats courts sur un marché du travail fortement affecté par le chômage sont les principales sources du travail précaire.

Pour un actif, les situations de travail précaire peuvent avoir des origines diverses, notamment :

Les conséquences du travail précaire peuvent aller au-delà du risque d'une situation dégradée dans un avenir proche. Par exemple, une banque refusera plus facilement un prêt à un travailleur précaire, qui aura des difficultés à fournir des garanties.

En France[modifier | modifier le code]

Description[modifier | modifier le code]

En France, le contrat de travail le plus répandu est le contrat à durée indéterminée (CDI) ; le recours aux autres types de contrat doit faire l'objet de justifications expliquant leur nécessité[2].

À cause de leur faible durée, ces contrats à durée déterminée, comme le contrat à durée déterminée (CDD) ou l'intérim, n'offrent pas la même sécurité de l'emploi qu'un CDI.

Il est important de faire la différence entre la continuité de l'emploi et la garantie qu'une situation ne se détériore pas. En France, le terme de « contrat précaire » est utilisé par les syndicats de salariés qui entendent faire un parallèle entre les contrats non garantis dans la durée par l'employeur et la précarité. L'analogie sous-entend une difficulté notable de retrouver un autre emploi et une assurance chômage ne couvrant pas suffisamment ce risque.

Définition et mesure[modifier | modifier le code]

Pris dans leur ensemble, les contrats à durée déterminée, l’intérim, les stages et contrats aidés (SCA) représentent en mars 2000 plus d’un emploi salarié sur dix. Cependant, leurs ampleurs croissantes concernent de plus en plus de personnes ((CDD : + 60 % entre 1990 et 2000, Intérim : + 130 %, stages et contrats aidés : + 65 %)[3].

En 2003, pour les personnes entrés depuis peu de temps sur le marché de l'emploi, c'est-à-dire essentiellement les jeunes[4], la part des emplois précaires est environ 18 % pour les hommes, et 12 % pour les femmes[5].

En 2005, l'ensemble des emplois précaires représentait 23 % des emplois totaux et 21 % de la population active[6].

Selon l'Insee[7], « la précarité ne répond pas à une définition univoque et son appréciation soulève des difficultés théoriques et méthodologiques ». « Deux dimensions de la précarité peuvent être distinguées [..] d’une part la précarité de l’emploi est caractérisée par la relation contractuelle et sa plus ou moins grande stabilité ; d’autre part la précarité du travail qui renvoie à la manière dont l’individu se représente son rapport à l’emploi (conditions de travail, possibilité de promotion, appréciation de l’environnement de travail, etc.) et la sécurité de l’emploi. »

Si les employés en CDI peuvent être licenciés, ils toucheront des indemnités de licenciement et des allocations chômage (si leur durée de cotisation a été supérieure à la durée minimale). En revanche, pour un « travailleur précaire » en CDD, la crainte d’un licenciement avant la fin du contrat est faible (les indemnités de licenciement sont alors très élevées), et le travailleur bénéficie d’une « prime de précarité », cependant la crainte principale de ne pas retrouver immédiatement un autre emploi peut être difficile à vivre.

Les travailleurs précaires ont davantage de difficultés à obtenir des emprunts auprès des établissements de crédit[réf. souhaitée]. Ils ont également plus de mal à accéder à des formations[8].

Autres facteurs[modifier | modifier le code]

D'autres facteurs remettent en cause la continuité de l'emploi, y compris dans le cadre de contrats à durée indéterminée, et peuvent entraîner un sentiment de précarité :

  • la mauvaise santé économique de son entreprise,
  • le risque de décisions de l'employeur pouvant entraîner des fermetures de site, déplacement d'atelier…
  • les situations peu protégées comme celles des travailleurs indépendants ou des responsables de petites entreprises dont le revenu est directement lié aux aléas de la demande de leurs clients,
  • les changements d'objectifs de l'employeur sans remise en cause de la continuité de l'emploi, c'est alors la nature de l'emploi qui est précaire (cas des fonctionnaires soumis aux aléas politiques),
  • l'instabilité des lieux d'affectation (personnels non titulaires de postes).

À l'instar du salaire, la précarisation de l'emploi peut constituer une variable d'ajustement de l'économie[réf. nécessaire]. À ce titre, les travailleurs peu qualifiés peuvent être les plus touchés par la précarité[réf. nécessaire]. À une plus petite échelle, les employeurs ont recours aux contrats précaires pour :

  • accompagner les fluctuations économiques, en reportant les aléas de la demande sur les salariés, tout en évitant les fortes contraintes liées au licenciement de salariés sous contrat à durée indéterminée [réf. nécessaire] ;
  • éviter d'atteindre un effectif de salariés en contrat à durée indéterminée, situation qui peut amener une augmentation des exigences réglementaires applicables, ou dépasser des quotas d'emploi statutaires [réf. nécessaire] ;
  • diverses autres raisons comme la substitution des périodes de congés par des périodes de chômage (cas de certaines compagnies aériennes qui utilisaient des hôtesses en CDD renouvelés quelques semaines après leur interruption[citation nécessaire]).

Royaume-Uni[modifier | modifier le code]

Selon l'institut national de statistique (ONS) 1,4 millions de britanniques sont employés sous un "contrat a zéro heures" et 1,3 millions avec des contrats de travail ne garantissant aucune quantité d'heures hebdomadaire de travail. Les données publiés par l'ONS en avril 2014[9] indiquent que le travail précaire en Grande Bretagne était considérablement sous-estimé dans les statistique publiques.

Canada[modifier | modifier le code]

Au Canada en 2001, environ 11 % des employés ont un emploi « non conventionnel ou temporaire »[10].

Portugal[modifier | modifier le code]

Au Portugal, le travail précaire concerne plus de deux millions de travailleurs ; un sur six de ces travailleurs précaires (326 000) cumule plusieurs emplois[11]. Chez les moins de 25 ans, 53,3 % des travailleurs sont précaires : stages, contrats à durée déterminés et recibos verdes[11].

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Le halo de précarité recouvre des parcours professionnels individuels divers comportant des précarités d’emploi (CDD, intérim, SCA) et/ ou du chômage : voir Économie et Statistique, 2005, p. 112
  2. contrats de travail, site du Ministère du travail
  3. Économie et Statistique, 2005, p. 109
  4. Français entre 18 et 65 ans ayant terminé leur formation initiale entre 1998 et 2003
  5. Insee - Formation et qualification professionnelle en 2003 - Synthèse des résultats
  6. Calculs effectués à partir des chiffres de l’Insee
  7. Économie et Statistique, 2005, p. 111
  8. Économie et Statistique, 2005, p. 125
  9. http://www.ons.gov.uk/ons/rel/lmac/contracts-with-no-guaranteed-hours/zero-hours-contracts/art-zero-hours.html
  10. Statistique Canada, 2003, p. 19
  11. a et b Jean-Jacques Bozonnet, « Au Portugal, les « recibos verdes » incarnent l’extrême précarité du travail », Le Monde, 4 juin 2009, p. 10