Stepan Petrichenko

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Stepan Maximovitch Petrichenko
Image illustrative de l'article Stepan Petrichenko

Naissance 1892
Nikitenka (Ukraine)
Décès 2 juin 1947 (55 ans)
Prison de Vladimir, URSS
Première incarcération 1945
Origine Ukraine
Type de militance Mars 1921, président du Comité Révolutionnaire Provisoire de Kronstadt
Cause défendue communisme libertaire
anarcho-syndicalisme

Stepan Maximovitch Petrichenko (russe : Степан Максимович Петриченко), né en 1892 à Nikitenka (Ukraine) et et mort le 2 juin 1947 à la prison de Vladimir (URSS), est un révolutionnaire libertaire ukrainien, anarcho-syndicaliste.

C'est un des principaux acteurs de la Troisième Révolution russe. Après la révolution de Février et la révolution d'Octobre 1917 en Russie, il se bat pour une troisième révolution démocratique sous la bannière : « Tout le pouvoir aux soviets (conseils ouvriers) librement élus ».

En mars 1921, il est élu président du Comité révolutionnaire provisoire pendant la révolte de Kronstadt contre les bolcheviks.

Biographie[modifier | modifier le code]

Petrichenko est né dans une famille de paysans ukainiens[1].

Après deux ans d'études, il commence sa vie professionnelle comme ouvrier métallurgiste à Alexandrovsk.

En 1913 ou 1914[2], il fait son service militaire dans la marine russe sur le cuirassé Petropavlovsk, unité rattachée la flotte de la Baltique.

Révolutions russes[modifier | modifier le code]

Anarchist flag 2.svg

En 1917, lors de la révolution de Février, il est avec la flotte au large de l'île estonienne de Naissaar.

Dans la dynamique de la révolution d'Octobre, il est parmi les 82 marins qui s'emparent, en décembre 1917, de l'île et proclament une éphémère République soviétique provisoire des soldats et des constructeurs de forteresse de Nargen (nom alors officiel de l'île). Leur drapeau est rouge et noir, aux couleurs de l'anarcho-syndicalisme. Les 82 militaires et les 200 habitants de l'île s'organisent alors sur un modèle d'autogestion autonome de décembre 1917 au 26 février 1918.

En février 1918, quand le gouvernement d'Estland fait appel à l'Empire allemand pour reprendre l'île, la flotte de la Baltique (dont Petrichenko) met le cap sur Helsinki avant de rejoindre Kronstadt.

En 1919, il adhère au Parti communiste russe (bolchévik) mais en démissionne rapidement[3]. Les tensions montent entre le nouveau pouvoir bolchévik et les courants anti-autoriraires qui appellent à une troisième révolution démocratique.

Insurrection de Kronstadt[modifier | modifier le code]

Attaque de Kronstadt par l'Armée rouge.
Article détaillé : Révolte de Kronstadt.

En avril 1920, il rentre en Ukraine[4] où il aurait rencontré Nestor Makhno[5].

La guerre civile russe bat son plein et dans les villes, des grèves spontanées éclatent à la fin de février 1921, notamment à Petrograd. Le 26 février, les équipages du cuirassé Petropavlovsk et du cuirassé Sébastopol tiennent une assemblée qui décide l'envoi d'une délégation à Petrograd située à seulement 55 kilomètres.

Au retour de la délégation, selon Henri Arvon, « La réunion est présidée par le matelot breveté fourrier Petrichenko, désigné sans doute depuis la veille par ses camarades du Petropavhsk. Il commence par donner la parole aux marins qui avaient été envoyés à Pétrograd. »[6]

Le 1er mars, réunis en assemblée générale, les équipages des 1re et 2e escadres de la flotte de la Baltique envoient une liste de 15 résolutions au gouvernement bolchévik : « Ayant entendu les représentants des équipages délégués par l’Assemblée générale des bâtiments pour se rendre compte de la situation à Petrograd, les matelots décident : [...] D’exiger la liberté de parole et de la presse pour les ouvriers et les paysans, les anarchistes et les partis socialistes de gauche [...] D’exiger la liberté de réunion et la liberté des organisations syndicales et des organisations paysannes [...] De libérer tous les prisonniers politiques des partis socialistes, ainsi que tous les ouvriers et paysans, soldats rouges et marins emprisonnés [...] Désigner une commission de révision des dossiers des détenus dans les prisons et dans les camps de concentration [...] Égaliser les rations alimentaires de tous les travailleurs, sauf ceux qui sont sur des postes insalubres ou dangereux. [...] De donner aux paysans la liberté d’action complète sur leur terre ainsi que le droit du bétail qu’ils devront soigner eux-mêmes et sans utiliser le travail des salariés [...] Autoriser la production artisanale libre, sans travailleurs salariés. - Résolution adoptée à l'unanimité par l'assemblée des escadres, moins deux abstentions. Le président de l'assemblée des escadres : Petrichenko. »[7],[8].

Le pouvoir bolchévik répond par un ultimatum. L'offensive de l'Armée rouge commence le 7 mars et après 10 jours de bombardements et d'assauts, Kronstdat est anéantie.

Président du Comité révolutionnaire provisoire[modifier | modifier le code]

Petrichenko sans date.jpg

Alors quartier-maître sur le cuirassé Petropavlovsk[9], Pétrichenko prend une part active à l'insurrection[10]. « Un comité révolutionnaire provisoire se forma sous l'autorité d'un marin, Petrichenko, qui prit la direction de la ville et du port. »[11] Selon l'historien Jean-Jacques Marie, l'objectif central de Petritchenko est : « Tout le pouvoir aux soviets librement élus »[12]. Paul Avrich en parle comme du « leader principal » de la révolte des marins et de la population de la ville-citadelle[13].

C’est dans les Izvestias de Kronstadt, datées du 3 mars 1921, que le nom de Pétrichenko apparait en tant que président du Comité Révolutionnaire Provisoire[14], signataire d’une adresse datée du 2 mars, « A la population de forteresse et de la ville de Kronstadt ». Il y est question « d’élection juste et honnête d’un nouveau soviet » et de la création d’un « nouveau régime socialiste, celui de tous les travailleurs »[15]

Selon la revue L'Histoire, « Le président du Comité révolutionnaire de Kronstadt, Petrichenko, commentera quelques mois plus tard : "Sans un coup de feu, sans une goutte de sang, nous, soldats rouges, marins et ouvriers de Kronstadt, avions renversé la domination des communistes" »[16].

Pétrichenko témoigne des événements dans la revue des socialistes-révolutionnaires de gauche Znamia Borby, en janvier 1926[17] : « [...] l'insurrection cronstadienne de 1921 n'a pas été inspirée du dehors ; autrement dit cela signifie que la patience des masses laborieuses - marins, soldats rouges, ouvriers et paysans - était arrivée à sa dernière limite. La colère populaire contre la dictature du Parti communiste ou plutôt contre sa bureaucratie a pris la forme d'une insurrection [...] Les marins de Cronstadt ont pris une part active à la création de ce gouvernement : ils l'ont protégé contre toutes les attaques de la contre-révolution : ils gardaient non seulement les portes de Petrograd - le cœur de la révolution mondiale - mais ils ont encore formé des détachements militaires pour les innombrables fronts contre les gardes blancs [...] Après la liquidation des fronts de la guerre civile les ouvriers de Petrograd ont cru pouvoir rappeler au soviet de cette ville que le temps était venu de penser à leur situation économique et de passer du régime de guerre au régime de paix. [...] Le soviet de Petrograd estima que cette revendication à la fois inoffensive et indispensable des ouvriers était contre-révolutionnaire. [...] il a commencé des perquisitions et des arrestations parmi les ouvriers, en le déclarant espions et agents de l’entente. Ces bureaucrates se sont corrompus pendant la guerre civile lorsque personne n’osait résister. Mais ils n’ont pas vu que la situation avait changé. La réponse des ouvriers fut la grève. [...] Les formations militaires (soldats rouges et marins) malgré leur sympathie envers les ouvriers n'osaient se dresser pour leur défense, car les gouvernants les avertissaient que Cronstadt s'attaquerait à tous ceux qui oseraient s’opposer au gouvernement des soviets. Mais cette fois-ci le gouvernement « ouvrier et paysan» n'a pas réussi à spéculer sur Cronstadt. Grâce à sa disposition géographique, à la proximité de Petrograd, Cronstadt avait tout de même appris, quoique avec un certain retard, le véritable état des choses dans cette ville. »[15]

Exil en Finlande[modifier | modifier le code]

Après la répression du soulèvement par l'armée rouge commandée par Trotski, Petrichenko s'enfuit en Finlande où il travaille comme charpentier et continue sa lutte contre les bolchéviks.

En 1945, il est arrêté en Finlande et livré à l'Union soviétique[18], où il est incarcéré à la prison de Vladimir près de Moscou. Il y meurt en 1947.

Selon Janis Bogdanov, l'un des survivants des équipages de la flotte de la Baltique : « On admirait le calme de Petrichenko. Tous ses ordres étaient brefs, précis, convaincants. Le désordre toujours plus grand ne l'atteignait pas. Il se mouvait au fil de la lame qui paraissait séparer l'ombre du dernier espoir et la noirceur du complet désespoir, tel un somnambule. De la pointe de ses doigts, un magnétisme puissant sortait en flots et versait à chacun un renouveau de forces. »[19]

Controverses[modifier | modifier le code]

Selon l'historien Marcel Liebman, « après l'écrasement du soulèvement, le "Comité révolutionnaire provisoire de Kronstadt", ou ce qu'il en restait, conclut un accord avec les "blancs" de Paris, et son principal dirigeant, le marin Petrichenko, homme au passé politique douteux, se mit au printemps 1921, activement au service du "Centre national russe" parisien, se livrant alors pour ce dernier à des activités contre-révolutionnaires à Pétrograd. »[20]

Selon Paul Avrich, en mai 1921, il aurait proposé ses services au général Wrangel[21].

Publications[modifier | modifier le code]

  • La Vérité sur les événements de Kronstadt et Les Causes de l'insurrection de Kronstadt[22], in Alexandre Skirda, Kronstadt 1921 : prolétariat contre bolchévisme, Éditions de la Tête de feuilles, 1972, notice BNF.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Ida Mett, La Commune de Cronstadt. Crépuscule sanglant des soviets, janvier 1949 (réédité en 1977), Spartacus, 2ème série n°11 p. 78-81, notice éditeur.
  • Janis Bogdanov, Ceux de Kronstadt, Gallimard, 1962, notice éditeur.
  • Alexandre Skirda, Kronstadt 1921 : prolétariat contre bolchévisme, La Tête de feuilles, 1971, notice CIRA.
  • Paul Avrich, La Tragédie de Cronstadt : 1921, Éditions de Seuil, 1975, extraits en ligne.
  • Henri Arvon, La révolte de Kronstadt, Éditions Complexe, 1980, extraits en ligne.
  • Marianne Enckell, Des histoires (presques) vraies, Réfractions, n°3, automne 1998, texte intégral.
  • Edward Sarboni, Sur Cronstadt, Nono le Hool's, 2003, texte intégral.
  • Kronstadt 1921 - Izvestia du Comité Révolutionnaire Provisoire des Matelots, Soldats rouges et Ouvriers de la ville de Kronstadt. Insurgés contre l'État bolchévique, Ressouvenances, 2004, notice CIRA.
  • Frank Mintz, Anniversaire du putsch militaire en Pologne en Décembre 1981 et de l’effondrement de l’URSS en décembre 1991: quel enseignement pour les luttes des travailleurs et des chômeurs ?, Fondation Pierre Besnard, 14 décembre 2011, texte intégral.
  • Alexandre Skirda, Kronstadt 1921 (Prolétariat contre dictature communiste), Éditions de Paris Max Chaleil, 2012, note de lecture.

Fiction[modifier | modifier le code]

  • Anne-Marie Garat, L'Enfant des ténèbres, Actes Sud, 2008, texte intégral.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notices[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Paul Avrich, La Tragédie de Cronstadt : 1921, Éditions de Seuil, 1975, page 83
  2. Edward Acton, Tom Stableford, The Soviet Union : a documentary history, University of Exeter Press, 2005, page 437.
  3. Paul Avrich, La Tragédie de Cronstadt : 1921, Éditions de Seuil, 1975, page 95.
  4. « Stepan Petrichenko, the leader of the Kronstadt rising, returned to his native Ukraine between April and the autumn of 1920 », John Rees, In defence of Bolshevik Revolution in 1917 in Russia, International Socialism, 1991, texte intégral.
  5. The Ukrainian Quarterly, volume 23, 1967, page 261.
  6. Henri Arvon, La révolte de Kronstadt, Éditions Complexe, 1980, page 45.
  7. Frank Mintz, Anniversaire du putsch militaire en Pologne en Décembre 1981 et de l’effondrement de l’URSS en décembre 1991: quel enseignement pour les luttes des travailleurs et des chômeurs ?, Fondation Pierre Besnard, 14 décembre 2011, texte intégral.
  8. Alexandre Skirda, Kronstadt 1921, (Prolétariat contre dictature communiste), Éditions de Paris Max Chaleil, 2012, pp. 179-181.
  9. Le chef de l'insurrection, Petrichenko, quartier-maître du Petropavlovsk, est renvoyé en U.R.S.S. en 1945, La Quinzaine littéraire, n°201-223, page 24, 1975, en ligne.
  10. BNF : notice.
  11. Emile Llorca, De la Russie à l'URSS : histoire thématique : sept questions, Edition Marketing, 1998, page 94.
  12. Jean-Jacques Marie, La guerre civile russe, 1917-1922 : Armées paysannes, rouges, blanches et vertes, Éditions Autrement, 2005, page 218.
  13. Paul Avrich, La Tragédie de Cronstadt : 1921, Éditions de Seuil, 1975, page 83.
  14. René Girault, Marc Ferro, De la Russie à l'URSS : l'histoire de la Russie de 1850 à nos jours, F. Nathan, 1983, page 146.
  15. a et b Edward Sarboni, Sur Cronstadt, Nono le Hool's, 2003, texte intégral.
  16. L'Histoire, n° 140-145, Société d'éditions scientifiques, 1991, page 65.
  17. Ou 1925 selon Henri Arvon, La révolte de Kronstadt, Éditions Complexe, 1980, page 117.
  18. L’anarchisme en Russie-URSS. Bolchevisme et anarchisme : Deux utopies communistes opposées., icazaproduction, texte intégral.
  19. Marianne Enckell, Des histoires (presques) vraies, Réfractions, n°3, automne 1998, texte intégral.
  20. Marcel Liebman, Le léninisme sous Lénine: l'épreuve du pouvoir, Seuil, 1973, page 72.
  21. Paul Avrich, La Tragédie de Cronstadt : 1921, Éditions de Seuil, 1975, page 125.
  22. Cahiers du monde russe et soviétique, volume 15, Mouton, 1974, cité.