Speak white

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Speak white (en français : « Parlez blanc ») est une injure proférée aux Canadiens français par les Canadiens anglais lorsqu'ils parlaient français en public. Cette expression péjorative est rarement utilisée de nos jours. L'invective a également inspiré un poème écrit par Michèle Lalonde en 1968 et un film réalisé par Pierre Falardeau et Julien Poulin en 1980.

Historique[modifier | modifier le code]

L'expression[modifier | modifier le code]

L'insulte speak white est une injonction raciste permettant d'agresser ceux qui appartiennent à un groupe minoritaire, et qui se permettent de parler une autre langue que l'anglais dans un lieu public. Dans le contexte colonial du Canada et des traites négrières de l'époque, l'injure signifie qu'un esclave ne peut parler sa langue et doit adopter celle de ses maîtres.[réf. nécessaire] Au Québec, l'usage de cette insulte a continué jusque dans les années 1960, moment où elle a diminué avec la prise de conscience qui a accompagné la Révolution tranquille.

Le 12 octobre 1889, au cours des débats à la Chambre des communes, Henri Bourassa se fait huer par des députés anglophones. Quand il tente de s’expliquer en français, il se fait crier : « Speak White ! » [1]. Le dictionnaire québécois-français a une entrée tirée d'un numéro de Maclean's datant de 1963 : « For every twenty French Canadians you encounter in my house or yours, fifteen can affirm that they have been treated the discreditable "speak white". » (Sur 20 Canadiens-français que vous rencontrez chez moi ou chez vous, 15 peuvent dire avoir été intimés de ce méprisant speak white.) Dans la nuit du , des vandales ont installé une banderole sur le pont séparant le Québec et l'Ontario où l'on pouvait lire : « From this point speak white! » (À partir d'ici, parlez blanc)[2]. En mars 2007, Larry Zolf de CBC publie dans sa chronique un article intitulé "Speak White" dans lequel on peut lire: "when I hear Stéphane Dion mangle the English language I want to say to him, speak white, Stéphane."[3].

Le poème[modifier | modifier le code]

L'expression péjorative a inspiré la poète québécoise Michèle Lalonde qui a écrit le poème engagé Speak white en octobre 1968. Le poème a été lu sur la scène de la Comédie canadienne par la comédienne Michèle Rossignol lors d'un spectacle intitulé Chansons et poèmes de la Résistance, par la suite lors des tournées du spectacle, ce fut Michèle Lalonde qui fit la lecture du poème. Le spectacle qui réunissait plusieurs artistes dont Robert Charlebois, Yvon Deschamps et Gaston Miron était organisé pour soutenir la cause de Pierre Vallières et de Charles Gagnon, qui venaient d'être emprisonnés pour leurs activités au sein du FLQ. Speak White est un appui tacite au livre révolutionnaire du journaliste Pierre Vallières « Nègres Blancs d’Amérique », qui vient d’être saisi par la police en vue du procès qu’on veut lui intenter[4],[5].

Le , pour les besoins du film de l’ONF, Jean-Claude Labrecque a tourné des images lors de la célèbre nuit de la poésie, puisqu'il était interdit de filmer lors du spectacle politique de 1968[4]. Pour l'occasion, on a demandé à Michèle Lalonde de lire son poème afin qu'il puisse être archivé à l’Office national du film du Canada[6].

Le poème devint rapidement un phare pour la cause du Mouvement souverainiste du Québec et fut publié dans le magazine Socialisme. Quelques années plus tard, le texte donne son nom à un recueil de poèmes publié aux éditions L'Hexagone[7]. Le vers « (...) nous sommes un peuple inculte et bègue » du poème fait allusion au passage « (...) les Québécois sont un peuple sans histoire et sans littérature » publié dans le rapport Durham en 1838.

En 1989, l'Italo-Québécois Marco Micone publie le poème Speak what[8],[9],[10] aux Éditions VLB. Dans ce texte Marco Micone fait l'analogie entre l'oppression subie par les Québécois et le manque d'ouverture de nos jours de cette même société québécoise face aux immigrants allophones : «speak what now / que personne ne vous comprend / ni à St-Henri ni à Montréal-Nord / nous y parlons la langue du silence / et de l'impuissance». Il appelle ainsi à une société féconde du mélange des québécois et des néo-québécois : «speak what / «productions, profits, et pourcentages» / parlez-nous d'autres choses / des enfants que nous aurons ensemble / du jardin que nous leur ferons.»

Ce texte fut critiqué avec virulence par Gaëtan Dostie, ancien directeur des éditions Parti Pris, qui l'accuse de plagiat et de censure. « Que, de bonne foi, certains ne voient pas dans le "Speak What" de Micone, l'insulte, voire la dérision, nous étonne toujours infiniment. Qu'on veuille inviter ce monsieur à dire publiquement ce texte, est pour plusieurs d'entre nous, une grande indignité. Ce que Monsieur Marco Micone présente comme son œuvre, n'est en rien son poème, mais un plagiat et une censure, du révisionnisme littéraire, où il pervertit, détourne, banalise, nie un des textes fondateurs de la poésie québécoise contemporaine : SPEAK WHITE de Michèle Lalonde. (...) Voilà qu'un nouvel arrivant, avec quelque réputation du côté du théâtre, s'empare de ce texte symbole de nos blessures, de nos humiliations, il en fabrique une version javellisante, où le mépris n'est jamais dans le texte qu'on lit, mais dans la perversion, le détournement, le nivellement du texte qu'on censure. » Ainsi en signe de protestation, Michèle Lalonde a rompu avec son éditeur quand il est devenu celui de Marco Micone[11].

Le , Michèle Lalonde célébra le 40e anniversaire de son poème, à l'occasion de l'ouverture de la Quinzaine de la poésie. Un événement sera tenu en son honneur à la Maison de la culture Ahuntsic[12].

Le , Speak White est lu par la rappeuse J.Kyll du groupe Muzion à l'occasion du Moulin à paroles[13].

Le film[modifier | modifier le code]

En 1980, les réalisateurs québécois Pierre Falardeau et Julien Poulin ont réalisé, pour l'ONF, un court métrage d'une durée de 6 minutes. Le poème est lu par Marie Eykel, sur une musique de Julien Poulin et se déroule sur un montage de photos-choc[14],[15].

Un autre court métrage, de Jean-Claude Labrecque d'une durée de 5 minutes et tourné à la nuit de la poésie le , est joint à ce court métrage. Michèle Lalonde fait la lecture de son poème. Les deux films ont été combinés en 1984 pour une durée totale de 11 minutes[16],[17].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Eliane Catela de Bordes, Gilles Blanchard, Francois Robichaud, Le Mémorial du Quebec : tome 4, 1939-1952, Montréal, Société des éditions du Mémorial,‎ 1979 (ISBN 2891430026, OCLC 62992496) à la page 89.
  2. Speak white ! - Nouvelle de Radio-Canada, consulté le 14 mars 2008.
  3. http://web.archive.org/web/20070314040721/http://www.cbc.ca/news/viewpoint/vp_zolf/20070302.html
  4. a et b 40e anniversaire du poème speak white - L'aut'journal, consulté le 14 mars 2008.
  5. Pierre Vallières, Nègres blancs d'Amérique : autobiographie précoce d'un terroriste québécois, Montréal, Éditions Parti pris,‎ 1967 (OCLC 28017083)
  6. Lecture de de Michèle Lalonde en 1980
  7. Michèle Lalonde, Speak white, Montréal, L'Hexagone,‎ 1974 (OCLC 10588871)
  8. Marco Micone, Lise Gauvin, Speak what, Montréal, Éditions VLB,‎ 2001 (ISBN 2890057968, OCLC 50774582)
  9. Texte intégral du poème « Speak what»
  10. Reaction de Marco Micone, consulté le 14 mars 2008]
  11. Pour en finir avec le plagiat de Micone, archive consulté le 29 mars 2008
  12. Le Devoir - Les 40 ans de Speak White
  13. Chantal Guy, « Le Moulin à Paroles en direct AJOUT », Blogue Cyberpresse,‎ 12 septembre 2009 (lire en ligne)
  14. Pierre Falardeau, Julien Poulin, Michèle Lalonde, Speak white, Montréal, Office national du film du Canada,‎ 1980 (OCLC 67301806)
  15. Film de Pierre Falardeau et Julien Poulin, lecture par Marie Eykel
  16. Film de Jean-Claude Labrecque, lecture par Michèle Lalonde
  17. Films combinés présenté par l'ONF

Liens externes[modifier | modifier le code]