Seuil de pauvreté

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Le seuil de pauvreté est un niveau de revenus au-dessous duquel un ménage est considéré comme pauvre. Ce seuil prend des valeurs radicalement différentes selon les pays considérés : pays dits "développés" ou pays dits "en développement".

Le seuil de pauvreté peut être défini de manière absolue (en fonction d'un panier de consommation minimale) ou relative (en pourcentage du revenu médian ou moyen).

Les facteurs individuels sont pris en compte pour adapter la notion à la diversité des situations, par exemple les charges familiales, l’âge, ou encore le nombre de personnes vivant dans le ménage.

Les différentes mesures du seuil de pauvreté[modifier | modifier le code]

La notion de pauvreté monétaire étant difficile à cerner avec précision, plusieurs conventions sont utilisées pour déterminer le seuil de pauvreté. On distingue en général un seuil de pauvreté absolue, utilisé pour les pays en développement et plusieurs pays développés, et un seuil de pauvreté relative, utilisé dans quelques pays développés.

Le seuil de pauvreté est utile en tant qu’outil économique avec lequel calculer combien de personnes sont concernées et qui elles sont, afin de décider en connaissance de cause les réformes socio-économiques de lutte contre la pauvreté (minima sociaux, allocation universelle,…)

Seuil de pauvreté absolue[modifier | modifier le code]

Pour déterminer le seuil de pauvreté, on cherche généralement à établir combien coûtent au total toutes les ressources essentielles qu’en moyenne un adulte consomme en un an. Cette approche se fonde sur l’évaluation qui est faite de la dépense minimale pour assurer un niveau de vie tolérable. Cette méthode est à l'origine du calcul du seuil de pauvreté aux États-Unis, où le seuil de pauvreté a été depuis relevé en raison de l’inflation. Dans certains pays en développement, la plus importante partie des ressources est affectée au loyer nécessaire pour vivre dans un appartement[réf. nécessaire]. Les économistes attirent ainsi l’attention sur le marché immobilier et sur les prix de logement à cause de leur forte influence sur le seuil de pauvreté.

Il existe plusieurs méthodes d'évaluation absolue de la pauvreté. Toutes ces méthodes se basent sur des conventions normatives admises à un moment donné dans le pays ou dans une communauté donnée. Une de ces méthodes est fournie par la Banque mondiale, avec comme critère un seuil normatif de 1 dollar (de 1995) par personne et par jour ; un seuil de deux dollars est également couramment employé. Le nombre de personnes sous ce seuil dans un pays est délicat à estimer : d'une part, les pays concernés n'ont pas les moyens de tenir des statistiques nationales détaillées, d'autre part, à ce niveau de revenu, il faut tenir compte d'activités non marchandes, comme l'autoconsommation ou l'accès possible à des services publics. Cette méthode s'applique essentiellement dans le cadre des comparaisons internationales entre pays.

Afin de pouvoir faire des comparaisons internationales, les seuils doivent être exprimés en parité de pouvoir d'achat, ce qui permet de s'affranchir des différences de pouvoir d'achat des différentes devises. Toutefois, cette méthode est sujette à caution, puisque la consommation des ménages pauvres peut être différente de celle du ménage représentatif, servant à l'établissement des taux de parité de pouvoir d'achat.

Une autre approche de la pauvreté absolue est fondée sur la méthode du coût des besoins essentiels. Cette méthode consiste à estimer le niveau de revenu nécessaire à un individu pour satisfaire un besoin calorique normatif donné (2 450, 2 400, 2 200, 2 100 kcal ou tout autre niveau). Cette approche suppose la détermination de deux composantes du seuil de pauvreté : une composante monétaire et une composante non monétaire. Le seuil de pauvreté est la somme des deux seuils précédemment estimés.

Dans certains pays industrialisés comme les États-Unis ou le Canada, c'est aussi un seuil absolu qui est utilisé[1] ; il correspond à un panier de biens et services essentiels, et il est mis à jour en fonction de l'évolution du coût de la vie.

Seuil de pauvreté relative[modifier | modifier le code]

Cette méthode de calcul tient compte du niveau de vie d'un pays. Le plus souvent on utilise une fraction du revenu médian : 50 % pour la France, 60 % pour l'Union européenne (Eurostat).

Si le revenu de l'ensemble de la population augmente de manière homogène (non différenciée dans les différentes couches de la population) de 20 %, le seuil augmente lui aussi de 20 %, et le taux de pauvreté reste identique[2].

Par contre, de par sa méthode de calcul, une augmentation du revenu médian augmente mécaniquement le taux de pauvreté relative[3].

Cette mesure apporte donc un éclairage très subjectif de la pauvreté qui est critiqué pour diverses raisons par de nombreux économistes[4], dont notamment Amartya Sen qui a reçu le prix Nobel d’économie pour ses travaux sur l'économie du bien-être. Le seuil de pauvreté relative apparaît davantage comme une mesure des inégalités de revenus.

Le seuil de pauvreté à travers le monde[modifier | modifier le code]

La Banque mondiale, qui étudie surtout les pays en développement, retient des seuils de pauvreté absolus identiques (1,25 dollar/jour, 2 dollars/jour, etc.), et tient compte dans ses mesures des parités de pouvoir d'achat[5].

Pour l'Union européenne, Eurostat utilise un seuil relatif de 60 % du revenu médian[1].

Seuil de pauvreté en France[modifier | modifier le code]

Article connexe : pauvreté en France.

En France, l'Insee calcule également, en plus du seuil à 60 %, un seuil relatif correspondant à la moitié du revenu médian.

En France, en 2010, pour une personne seule, le seuil de pauvreté relatif mensuel est de 803 euros (seuil à 50 %) ou de 964 euros (seuil à 60 %). Pour un couple avec deux enfants de moins de 14 ans, le seuil est de 1 687 euros (seuil 50 %) ou de 2 024 euros (seuil 60 %). Entre 1970 et 2010, le seuil de pauvreté à 50 % a doublé en euros constants[6].

En France[7], pour la sociologue Monique Pinçon-Charlot, ancienne directrice de recherche au CNRS, interviewée par Agnès Rousseaux[8] le 5 novembre 2013, « près de 10 millions de Français vivent aujourd’hui en-dessous du seuil de pauvreté, soit près de 16% de la population. Celui-ci est défini très précisément. Mais il n’existe pas de « seuil de richesse ». C’est très relatif, chacun peut trouver que son voisin est riche. Et pour être dans les 10 % les plus riches en France, il suffit que dans un couple chacun gagne 3000 euros. [...] Se promener dans les beaux quartiers, leurs cinémas, leurs magasins, leurs cafés, est un voyage dans un espace social. Il faut avoir de l’humilité pour accepter d’être remis à sa place, ne pas se sentir à l’aise, se sentir pauvre car vous ne pouvez pas vous payer une bière à six euros. ».En 2006, 4,216 millions de personnes (7,1 % de la population) vivaient en dessous du seuil de pauvreté relatif de 50 % en 2006, et 7,862 millions de personnes (13,2 % de la population) sous le seuil de pauvreté de 60 %. Ce nombre monte à 13,4 % de la population (8 millions) en 2007[9].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b définition, site de l'Insee
  2. La pauvreté de la mesure de la pauvreté Le Figaro, 6 juin 2006.
  3. La forte hausse du SMIC a provoqué une augmentation du nombre de pauvres en France IFRAP 6 juin 2008
  4. Jacques Rodriguez, Le pauvre et le sociologue: la construction de la tradition sociologique
  5. (en) An introduction to PovcalNet de la Banque mondiale.
  6. Les seuils de pauvreté en France, Observatoire des inégalités, 6 septembre 2012
  7. personnes vivant sous le seuil de pauvreté, Insee.
  8. [1] Monique Pinçon-Charlot : « La violence des riches atteint les gens au plus profond de leur esprit et de leur corps »
  9. La moitié des Français disposent de moins de 1.500 euros par mois, Les Échos, 24 juillet 2009

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]