Rarotonga

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Rarotonga
Tumutevarovaro
Carte de Rarotonga.
Carte de Rarotonga.
Géographie
Pays Drapeau des Îles Cook Îles Cook
Archipel Îles Cook du Sud
Localisation Océan Pacifique
Coordonnées 21° 14′ 00″ S 159° 47′ 00″ O / -21.233333, -159.78333321° 14′ 00″ S 159° 47′ 00″ O / -21.233333, -159.783333  
Superficie 67,1 km2
Côtes 33,7 km
Point culminant Te Manga (653 m)
Géologie île haute
Administration
Démographie
Population 14 153 hab. (2006)
Densité 210,92 hab./km2
Plus grande ville Avarua
Autres informations
Découverte VIIIe siècle
Fuseau horaire UTC-10

Géolocalisation sur la carte : Îles Cook

(Voir situation sur carte : Îles Cook)
Rarotonga
Rarotonga
Îles des îles Cook

Rarotonga (API : /rarotoŋa/ ) est l'île la plus large des îles Cook avec près de 31 kilomètres de circonférence. D'origine volcanique, l'île culmine à Te Manga (653 mètres).

L'île regroupe plus de la moitié de la population des îles Cook avec plus de 8 000 habitants. Ce chiffre semble se stabiliser depuis quelques années après des décennies de baisse. Son économie repose en grande partie sur le tourisme et les transferts d'argent des parents vivant en Nouvelle-Zélande et Australie. L'agriculture continue d'y jouer néanmoins un rôle toujours prépondérant, taros, fruits exotiques, élevage porcin…

En dehors de l'anglais largement répandu pour s'adresser aux papa'a (les « blancs »), le maori reste la principale langue véhiculaire de l'île.

Avarua, capitale et ville la plus peuplée du pays se trouve sur Rarotonga.

Le lagon large à certains endroits de plusieurs centaines de mètres, s'ouvre sur l'océan par 6 passes récifales dont trois seulement sont navigables :

  • la passe d'Avarua où se situe l'ancien port ;
  • la passe d'Avatiu où se situe le nouveau port ;
  • la passe de Ngatangiia, autrefois appelée Vaikokopu.

Découpage administratif[modifier | modifier le code]

Circonscriptions

Administrativement Rarotonga est découpée en 5 districts et 10 circonscriptions. Ces districts correspondent au territoire des cinq villages fondés par les missionnaires au XIXe siècle.

En partant d'Avarua et dans le sens des aiguilles d'une montre, ces districts sont :

Découpage coutumier[modifier | modifier le code]

Tapere et districts

L'organisation administrative repose largement sur le découpage coutumier de l'île bien que l'on note quelques différences. Il existe sur l'île trois tribus appelées vaka[2] avec à leur tête un ou plusieurs Ariki. Chaque tribu est à son tour divisée en tapere communément appelés sous-tribus et dirigés selon les cas par un mataiapo ou un rangatira[3].

  • Teauotonga (Te Au O Tonga) correspond au district d'Avarua bien que ses frontières ont évolué avec le temps. À la tête de la tribu, trois chefferies se partagent le pouvoir avec par ordre d'importance coutumière Makea Nui Ariki, Makea Karika Ariki, Makea Vakatini Ariki[4]. La tribu est partagée de nos jours en 19 tapere[5] bien qu'il semble que traditionnellement leur nombre n'ait pas dépassé 15.
    Blackrock (Tuoro), frontière traditionnelle entre Puaikura et Teauotonga
    Ce sont majoritairement des rangatira qui se trouvent à la tête de ces tapere, bien qu'il y ait également quelques Mataiapo qui probablement faisaient autrefois partie de Takitumu, ces derniers ayant changé d'allégeance au cours du XIXe siècle.
  • La tribu de Takitumu correspond aux actuels districts de Matavera (autrement appelé Rangiatea), Ngatangiia et Titikaveka. Souvent décrite comme une "confédération de tribu", le pouvoir y est moins centralisé que dans les deux autres vaka. À sa tête les deux chefs ont le titre Pa Ariki et de Kainuku Ariki. Takitumu se subdivise en 27 tapere.
  • La tribu de Puaikura correspond au district d'Arorangi. Elle comprend 9 tapere, 3 pour chacune des circonscriptions actuelles. Son chef porte le titre de Tinomana Ariki. La frontière traditionnelle entre Teauotonga et Puaikura est un rocher basaltique s'enfonçant dans le lagon au nord-ouest de l'île appelé Blackrock, Tuoro en māori (cf.photo).

Histoire[modifier | modifier le code]

Période pré européenne[modifier | modifier le code]

Cascade de Papua dans le sud de Rarotonga dans les années 1830

Outre l'archéologie, la tradition orale est la meilleure source concernant cette période. Néanmoins son interprétation peut s'avérer complexe d'autant qu'à Rarotonga les versions sont multiples et bien souvent contradictoires variant selon l'origine tribale des narrateurs originaux et les circonstances d'énonciations. Ces récits sont encore source de débats et de polémiques étant liés à des problèmes fonciers toujours d'actualité.

L'île aurait été peuplée dès le IXe siècle par une population que la tradition orale désigne sous le nom de Tongaiti ou tangata enua, et qui selon certaines généalogies, serait originaire des Tuamotu. Parmi les traces archéologiques les plus anciennes, la route circulaire connue sous le nom de Te Ara o Toi[6] du nom de son constructeur, remonterait à 1050 d'après la datation au carbone 14.

Au milieu du XIIIe siècle, Rarotonga va connaître une double vague de migrations qui devait être à l'origine des trois grandes tribus actuelles de l'île:

  • L'une viendrait des Samoa et plus particulièrement des îles Manu'a (aux Samoa américaines). À la tête de cette grande pirogue, un certain Karika (Rarotonga) fondateur du vaka de Teauotonga.
  • L'autre vague de migration serait le fait de Tangi'ia. Originaire de Faaa à Tahiti, il aurait dû fuir son île natale à la suite d'une querelle avec son frère Tutapu. Lors de sa fuite dont le parcours varie selon les versions, il rencontra un certain 'Iro[7] dont il adopta le fils Pa. À Mauke, il rencontra Karika avec qui il fit alliance[8] Les deux hommes se rendirent ensuite à Rarotonga chacun de leur côté[9] Ils y tuèrent Tutapu qui avait poursuivi son frère jusque là. Tangiia s'installa à l'est de l'île où il fonda le vaka de Takitumu qui était également le nom de sa pirogue. Il y fit alliance avec un Tongaiti, Kainuku, qui obtint ainsi également le titre d'ariki. Pa, l'enfant adoptif de Tangiia lui succéda à son décès.
  • Puaikura, la troisième tribu à l'ouest de l'île, aurait été fondée plus tardivement par un certain Tinomana Napa[10] qui aurait été chassé de Takitumu. Certains récits font de Tinomana le descendant biologique de Tangi'ia et dont le pouvoir aurait donc été usurpé par les Pa.

Rarotonga a sans doute par la suite connue d'autres vagues de migration en provenance d'Aitutaki, Atiu, de même que des Rarotongiens s'installèrent dans ces îles avec qui les contacts étaient plus fréquents que l'historiographie le laisse souvent supposer. Parmi ces migrations, les Uritaua rangatira qui vivent le long de la vallée de l'Avatiu et qui s'y seraient installés aux alentours de 1600.

Le passage des premiers navires européens[modifier | modifier le code]

Image satellite de l'Île

Le premier passage avéré d'un navire européen est celui du santalier Cumberland du capitaine Philip Goodenough (Kurunaki pour les Rarotongiens) qui en 1814 fit une escale de près de trois mois à Rarotonga. Plusieurs récits oraux évoquent également le passage d'autres navires. Selon une tradition de Takitumu, un navire pirate du nom de "kona"se serait échoué dans la passe de Ngatangiia à une date indéterminée. Seul le capitaine, un certain "koni" et trois membres d'équipage auraient survécu. Durant leur séjour sur l'île, ils auraient été hébérgés par Kainuku Ariki, à son koutu[11] de Vaerota (vallée de l'Avana). Une nuit, les quatre hommes se seraient emparés d'une pirogue[12] avant de s'enfuir.

De même que pour Mangaia, une autre tradition évoque le passage de la Bounty. Le journal du Capitaine Bligh ne fait quant à lui référence qu'à l'île d'Aitutaki en date du 11 avril 1789, soit 17 jours avant la mutinerie ayant eu lieu au large de Tonga. Il se peut donc que Fletcher Christian et les siens aient fait une escale de quelques jours sur Rarotonga alors qu'ils rentraient sur Tahiti, ou lorsqu'ils en repartirent à la recherche d'une nouvelle île où s'installer. Cette hypothèse repose entre autres sur le témoignage du récit de Maretu[13] publié à la fin des années 1970 et qui évoque un certain Makare identifié comme étant Mc Coy. Toujours est-il que lors de ce séjour un certain Maia aurait dérobé au navire une boîte contenant des oranges, ce qui selon la tradition constituerait l'introduction de ce fruit qui devait au cours du XXe siècle jouer un rôle économique important pour Rarotonga.

En septembre ou octobre 1813, le capitaine Theodore Walker qui effectuait la traversée entre Tahiti et Sydney déclara à son retour avoir découvert une île qui selon ses dires regorgeait de bois de santal. La « Compagnie du Santal » décida alors d'affréter le Cumberland avec à sa tête Philip Goodenough afin d'aller y récolter le précieux bois. L'équipage était composé de marins européens, indiens, tahitiens ainsi que deux Maori de Nouvelle-Zélande, Tupe et Veretini[14]. En mai 1814, le Cumberland arriva en vue des côtes de Rarotonga. Goodenough tenta tout d'abord de débarquer par la passe de Ngatangiia, mais les insulaires se montrant hostiles, il dut renoncer à son projet et remonta plus au nord jusqu'à la passe d'Avarua. L'accueil y fut plus chaleureux et l'expédition put s'y installer. Après une semaine de vaines recherches, Kurunaki constata que l'île ne possédait pas comme il l'espérait de bois de santal[15]. Par contre, il nota la présence de Morinda Citrifolola ou noni qu'il pensait pouvoir être utilisés comme teinture. Les arbres étant plus nombreux à Ngatangiia, l'équipage s'y installa, Pa Ariki et Kainuku Ariki ayant finalement accepté de les accueillir dans leur tribu. Ils y restèrent en tout trois mois, période qui fut émaillée de fréquents incidents avec les insulaires. Ceux-ci débutèrent lorsque deux membres d'équipage, George Strait et William Travis, volèrent des noix de coco dans la réserve de Makea Tinirau[16] à son koutu d'Araitetonga. Celui-ci demanda alors à son meilleur guerrier Rupe de venger l'affront. Il tua les deux voleurs ainsi que Ann Butcher, la petite amie de Goodenough, et Veretini, l'un des deux Māori de Nouvelle-Zélande. Goodenough lança alors une expédition punitive qui fit deux morts, un insulaire et Tupe, l'autre Maori de Nouvelle-Zélande qui avait pris fait et cause pour les Rarotongiens[17]. Craignant de nouvelles représailles une partie des habitants de l'île se réfugia dans la montagne. Ce n'est que lorsque les cales du Cumberland furent pleines de nono, que Goodenough donna l'odre de hisser les voiles, au grand soulagement des insulaires. Entre temps se seraient embarquées ou selon les versions auraient été kidnappées, deux filles de chefs Tapairu [18] et Mata Kavau. Tapairu serait la fille de Rupe[19] et Mata Kavaau, celle de Kainuku Tamoko, l'un des deux ariki de la tribu de Takitumu. Elles devaient être déposées quelques jours plus tard sur l'île d'Aitutaki.

La guerre civile entre Takitumu et Teauotonga/Puaikura (1817-1822)[modifier | modifier le code]

Makea Pori, Ariki de Teauotonga de 1823 à 1839, la Bible dans une main et son éventail de chef dans l'autre

Les causes de ce conflit semblent quelque peu obscures. Néanmoins les premières tensions apparurent à la suite d'insultes proférées à l'encontre de Pa te pou et Kainuku Tamoko, les deux ariki de Takitumu, au karioi [20] de Titama. Titama est l'un des tapere de Matavera dont certains mataiapo bien que faisant historiquement partie du vaka Takitumu s'étaient rapprochés des Makea. Les deux chefs auraient été traités de kakatea, nom d'une plante symbolisant l'absence de courage[21], d'ikoko, littéralement maigrichon et de kopu totara, terme qui désigne un vantard, un fanfaron, en référence au ventre (kopu) du poisson porc-épic (totara) qui se gonfle d'eau pour effrayer ses adversaires. Insultes qui leur furent rapportées. Pour faire amende honorable auprès des deux chefs offensés, les Makea envoyèrent au nom de leurs alliés de Matavera une délégation à Vaerota, le koutu de Kainuku pour y déposer des offrandes sur le marae consacré à Tangaroa. Mais ils en furent promptement chassés, rendant inévitable le conflit ouvert.

Les hostilités furent déclenchées quelques semaines plus tard, à la suite du décès d'un des sept mataiapo de Ngatangiia, Manavaroa. Kainuku décida de prendre sa veuve comme troisième épouse. Peu de temps après, la pauvre femme également convoitée par Makea Pori, le fils de l'ariki en titre de Teauotonga, Makea Tinirau, fut enlevée par celui-ci[22]. Cela entraîna une première série de violence qui obligea les Makea à se réfugier à Puaikura, le troisième vaka de l'île. Une alliance fut nouée avec Tinomana Enuarurutini qui accepta de leur prêter assistance dans leur lutte contre les Takitumu.

Traité de Rarotonga[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Traité de Rarotonga.

Le traité de Rarotonga, ou traité pour une zone exempte d'armes nucléaires dans le Pacifique sud (South Pacific Nuclear Free Zone Treaty) est un traité signé sur l'île le 6 août 1985 et visant à créer une zone d'exclusion des armes nucléaires dans le Pacifique sud. Les États signataires sont l'Australie, les Îles Cook, les Fidji, les Kiribati, Nauru, la Nouvelle-Zélande, Niue, la Papouasie-Nouvelle-Guinée, les Îles Salomon, les Samoa, les Tonga, les Tuvalu et le Vanuatu.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Cette dernière est associée à Palmerston
  2. Sont membres d'un même vaka (terme qui signifie également pirogue) l'ensemble des descendants des ancêtres étant arrivés à bord de la même pirogue ou flotte de pirogue
  3. Les mataiapo comme les ariki peuvent être à la tête de plusieurs tapere ou tout au moins propriétaires fonciers de parcelles de terres (kainga) situées sur différents tapere.
  4. Ces trois Ariki descendent tous de Makea Te Patua Kino qui au milieu du XVIIIe siècle décida de donner un titre d'Ariki à trois de ses fils (sans doute l'aîné de chacune ses trois femmes)
  5. Chiffre de la Land Court
  6. Littéralement « le chemin de Toi ». Certains tronçons correspondent à l'actuel Ara Metua (chemin des ancêtres), la route circulaire à flanc de montagne à ne pas confondre avec « te Ara Tapu », la route du rivage
  7. Ancêtre mythique que l'on retrouve dans la plupart des traditions de Polynésie orientale sous la forme Whiro (Nouvelle-Zélande), Hiro (îles de la Société), Hilo (Hawai'i)
  8. Il s'agit vraisemblablement d'une alliance matrimoniale entre la fille de Karika, Mokoroa ki Aitu, et Tangiia lui-même ou l'un de ses fils.
  9. Il doit exister une bonne vingtaine de versions du cycle Karika/Tangiia. Selon l'origine tribale du narrateur Karika aurait précédé Tangiia sur Rarotonga ou l'inverse. Nombre de ces récits ont été recueillis au cours du XIXe siècle à une époque où chacun des ariki cherchait à se faire reconnaître comme l'unique souverain de l'île auprès des missionnaires puis des autorités néo-zélandaises.
  10. Taira Rere, "Genealogy of the Tinomana Family"
  11. Il s'agit du siège de la chefferie, là où l'ariki et ses proches vivent
  12. cf. vaka
  13. Maretu, Cannibals and Converts, traduit et annoté par Marjorie Tuainekore Crocombe, Institute of Pacific Studies, USP, 1983. Maretu qui est né sans doute entre 1800 et 1805 n'a pu néanmoins vivre l'événement
  14. Se trouvaient également à bord plusieurs Tahitiennes et la petite amie de Goodenough, Ann Butcher
  15. Cela laisse supposer que ce n'est pas Rarotonga que visita en 1813 Walker
  16. Un des trois Ariki de Teauontonga, lignée des Makea Nui Ariki
  17. Le frère cadet de Pa Ariki qui s'était lié d'amitié avec lui, décida à partir de ce jour de se faire appeler à son tour Tupe.
  18. Ou selon les sources Tapaeru, Tepaeru…
  19. Le guerrier des Makea qui avait tué la petite amie de Goodenough
  20. Le karioi ou 'are karioi est généralement défini comme une maison de divertissement où se pratiquaient dances et fêtes et où le kava coulait à flot
  21. Nom scientifique, Mucuna Gigantea
  22. Il est probable que cette dernière était originaire de Matavera et que son enlèvement soit lié à la rivalité d'influence à laquelle se livraient les Takitumu et les Teautonga sur cette zone

Lien externe[modifier | modifier le code]