Massacre des Italiens d'Aigues-Mortes

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Massacre des Italiens d'Aigues-Mortes

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Illustration de l'attaque des ouvriers italiens. En arrière-plan, l'assaut de la boulangerie.

Lieu Aigues-Mortes (France)
Résultat Probablement 17 morts et 150 blessés.
Chronologie
16-17 août 1893 tuerie
30 décembre 1893 verdict du procès

Le massacre des Italiens d'Aigues-Mortes est une suite d'événements survenus les 16 et 17 août 1893, à Aigues-Mortes (France), ayant conduit au massacre de travailleurs italiens de la Compagnie des Salins du Midi, par des villageois et des ouvriers français. Les estimations vont d'une dizaine de morts (officiellement 8) à 150 morts (selon la presse italienne de l'époque), ainsi que de nombreux blessés, victimes de lynchages, coups de bâton, noyade et coups de fusils.

Cet événement est aussi l'un des plus grands scandales judiciaires de l'époque, puisque aucune condamnation ne fut jamais prononcée.

Contexte[modifier | modifier le code]

La deuxième moitié du XIXe siècle en France, est marqué par une forte progression de l'immigration étrangère. Que ce soit les Belges dans le nord ou les Italiens dans le sud-est. L'immigration étrangère, surtout vers la fin du siècle, commence à se faire pesante pour les habitants de ces zones.

Ainsi un réel sentiment nationaliste au sein de la population tend à naître avec entre autres l'apparition de ligues d'extrême droite dont la Ligue de la patrie française. Durant cette période, l'étranger commence à ne plus du tout être accepté par les populations car les immigrés sont considérés comme des voleurs de travail et des malfrats, comme en témoigne certains écrits. L'apparition de surnoms à caractère péjoratif, comme « rital » pour les Italiens, montre bien encore l'évolution des mentalités. En corrélation avec cette montée de la méfiance et de la défiance envers les immigrés, des mesures sont mises en place par l'appareil étatique comme des quotas, ou l'obligation dès 1890 d'avoir une carte de séjour obligeant chaque étranger à se faire connaître auprès de la mairie du village où il réside, toujours dans une logique de rationalisation et de régulation de l'immigration.

C'est donc dans ce contexte qu'éclate l'affaire d'Aigues-Mortes, au moment où les tensions entre résidents et étrangers sont au plus haut, l'affaire semble presque comme une inévitable catastrophe[style à revoir].

Description des événements[modifier | modifier le code]

Attaque des ouvriers italiens par les saliniers d'Aigues-Mortes
Arrivée de la troupe sur les lieux, à 18 heures, après le drame

La Compagnie des Salins du Midi lance à l'été 1893 le recrutement des ouvriers pour le battage et le levage du sel. L'embauche est en réduction en raison de la crise économique que connaît l'Europe alors que la perspective de trouver un emploi saisonnier a attiré, cette année-là, un plus grand nombre d'ouvriers. Ceux-ci se partagent en trois catégories surnommées :

  • les « Ardéchois », paysans, pas forcément originaire d'Ardèche, qui laissent leur terre le temps de la saison,
  • les « Piémontais » composés d'Italiens originaires de tout le Nord de l’Italie et recrutés sur place par des chefs d'équipe, les chefs de colle,
  • les « trimards » composés en partie de vagabonds[1].

En raison du recrutement opéré par la Compagnie des Salins du Midi, les chefs de colle sont contraints de composer des équipes comprenant des Français et des Italiens[2]. Dès le début de la matinée du 16 août, une rixe éclate entre les deux communautés qui se transforme rapidement en lutte d'honneur[3].

Malgré l'intervention du juge de paix et des gendarmes, la situation va rapidement dégénérer[4]. Certains trimards rejoignent Aigues-Mortes et y affirment que des Italiens ont tué des Aiguemortais, ce qui fait grossir leurs rangs de la population et des personnes qui n'ont pas réussi à se faire embaucher[4].

Un groupe d’Italiens est alors attaqué et doit se réfugier dans une boulangerie que les émeutiers veulent incendier. Le préfet Gustave Le Mallier fait appel à la troupe vers 4 heures du matin, elle n’arrive sur les lieux qu’à 18 heures, après le drame[5].

Dès le début de la matinée, la situation s’envenime, les émeutiers se rendent dans les salins de Peccais où se trouvent le plus grand nombre d’Italiens que le capitaine des gendarmes Cabley essaie de protéger en promettant aux émeutiers de les chasser une fois raccompagnés à la gare d’Aigues-Mortes[6]. C’est durant le trajet que les Italiens assaillis par les émeutiers sont massacrés par une foule que les gendarmes ne réussissent pas à contenir.

Selon les autorités françaises, il y eut officiellement 8 morts. On connaît l’identité de sept d'entre eux :

On ne retrouva jamais le cadavre d'un neuvième Italien, Secondo Torchio. De même, suite à ces événements, 17 Italiens étaient trop gravement blessés pour pouvoir être évacués en train : l'un d'eux mourra du tétanos un mois plus tard[7].

Conséquences[modifier | modifier le code]

« Leurs témoignages [ceux des blessés], auxquels s'ajoutaient d'imprécises dépêches d'agences (on parla de centaines de morts, d'enfants empalés et portés en triomphe, etc.), contribuèrent à faire grossir la vague d'indignation qui, comme nous le verrons par la suite, était en train de se former en Italie »
— Barnabà, Le sang des marais : Aigues-Mortes, 17 août 1893, une tragédie de l'immigration italienne, p. 82

L'affaire devient un enjeu diplomatique et la presse étrangère (dont celle italienne) prend fait et cause pour les ouvriers Italiens[8]. Des émeutes anti-françaises éclatent en Italie[9]. Un règlement diplomatique est trouvé et les partis sont indemnisés : les ouvriers italiens d'une part, l'État français de l'autre pour les émeutes devant le palais Farnèse (ambassade de France à Rome). Dans la commune d'Aigues-Mortes, le maire nationaliste Marius Terras doit démissionner[10].

Références culturelles[modifier | modifier le code]

Deux pièces de théâtre se fondent sur cet événement: Sale Août de Serge Valletti et Cloruro di Odio - Requiem pour Aigues-Mortes de Jean-Pierre Jouglet.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Gérard Noiriel, « Le massacre des Italiens », Fayard 2010, p. 33-43
  2. Gérard Noiriel « Le massacre des Italiens » Fayard 2010, p. 51
  3. Gérard Noiriel « Le massacre des Italiens » Fayard 2010, p. 53
  4. a et b Gérard Noiriel « Le massacre des Italiens » Fayard 2010, p. 55
  5. Gérard Noiriel « Le massacre des Italiens » Fayard 2010, p. 56
  6. Gérard Noiriel, Le massacre des Italiens, Fayard, 2010, p. 58
  7. Barnabà, Le sang des marais : Aigues-Mortes, 17 août 1893, une tragédie de l'immigration italienne, p. 80-81
  8. Gérard Noiriel, op. cit., p. 134-136
  9. Gérard Noiriel, op. cit., p. 139
  10. Gérard Noiriel, op. cit., p. 149

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Enzo Barnabà, trad. Claude Galli, Le sang des marais : Aigues-Mortes, 17 août 1893, une tragédie de l'immigration italienne, Via Valeriano, 1993 (OCLC 463750554) - première édition dans Autres Passages... (dir. J.Ch. Vegliante), 'Gli italiani all'estero' n° 3, PSN 1990 (p. 45-83) ; Morte agli Italiani ! Il massacro di Aigues-Mortes 1893, Formigine, 2008(ISBN 978-88-89602-42-3) ; Mort aux Italiens! 1893, le massacre d'Aigues-Mortes, Editalie, Toulouse (ISBN 978-2-9525264-5-6).
  • Gérard Noiriel, Le massacre des Italiens. Aigues-Mortes, 17 août 1893, Fayard, 2010, 294 p. (compte-rendu sur le site des Clionautes)
  • José-Ramón Cubero, Nationalistes et étrangers : le massacre d'Aigues-Mortes, Éd. Imago, diff. Presses universitaires de France, 1995, 256 p. (ISBN 2 90 270296 5)
  • Michel-Louis Rouquette, La chasse à l'immigré : violence, mémoire et représentations, Bruxelles : P. Mardaga, 1997.
  • Frédéric Simien, Aigues-Mortes, tome III, éditions Alan Sutton, 2011. (ISBN 978-2-8138-0345-0)
  • Serge Valletti, Sale Août, éditions L'Atalante, 2010 (pièce de théâtre inspirée de ce massacre).

Liens externes[modifier | modifier le code]