Massacre d'Amritsar

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31° 37′ 13″ N 74° 52′ 50″ E / 31.6202, 74.88052 ()

Le memorial du massacre

Le massacre d'Amritsar — connu aussi comme le massacre du Jalianwalla Bagh — tire son nom du jardin Jalianwalla Bagh à Amritsar où, le 13 avril 1919, après trois jours de violences meurtrières commises dans cette ville contre des civils européens par des Indiens suiveurs de Gandhi, les soldats indiens du Raj britannique ouvrirent le feu sur un rassemblement politique non autorisé de gandhiens, tuant plusieurs centaines d'entre eux. Il est considéré comme un des événements qui ont amené la chute du Raj britannique.

Les circonstances[modifier | modifier le code]

Le Rowlatt Act de 1919 était dénoncé par des nationalistes indiens comme donnant au gouvernement britannique le pouvoir d'emprisonner arbitrairement les agitateurs. En effet, le mécontentement montait en Inde. On faisait valoir notamment que, bien qu'ayant participé loyalement à l'effort de guerre britannique, les Indiens ne retiraient aucun avantage de ce sacrifice et connaissaient toujours un statut moins libéral que des dominions comme le Canada ou l'Australie. Des Indiens modérés, toutefois, estimaient que les violences de la populace échauffée justifiaient le Rowlatt Act. Parmi les cinq membres d'un comité préparatoire qui avait approuvé la loi en projet, il y avait d'ailleurs deux Indiens[1].

Pour protester contre le Rowlatt Act, Gandhi organise en mars et avril 1919 un Satyagraha. Des heurts ont lieu entre les troupes de Gandhi et les autorités. Du 10 au 12 avril, selon les mémoires publiés plus tard par Michael O'Dwyer, qui en 1919 était gouverneur du Pendjab, des Indiens excités par des mois de propagande tuent cinq Européens d'Amritsar (une des principales villes du Pendjab), essaient de tuer deux Anglaises (une missionnaire qu'ils laissent pour morte dans la rue et une femme médecin), mettent le feu à l'église anglicane et à divers bâtiments des missions, notamment une école à l'intérieur de laquelle se trouvent des maîtres et des élèves, pillent les deux banques anglaises après avoir tué les trois gérants, mettent le feu à la gare de marchandises et tuent un agent britannique du chemin de fer[2].

Le 13 avril, à l'occasion du Baisakhi Day, la fête du début des moissons, une dizaine de milliers d'Indiens se réunirent dans le Jalianwalla Bagh, un jardin au cœur d'Amritsar. Le rassemblement était un défi à l'interdiction, dans la ville, des réunions de cinq personnes et plus. Le Bagh était entouré de tous côtés par des murs de briques et seule une entrée étroite en autorisait l'entrée et la sortie. La troupe, composée de cinquante soldats indigènes, se rendit au parc accompagnée d'une auto-mitrailleuse qui, vu l'étroitesse de l'entrée, ne put accéder au parc.

Les soldats étaient commandés par le brigadier-general Reginald Dyer qui après quelques sommations[réf. souhaitée], ordonna à ses hommes d'ouvrir le feu. Comme il n'y avait pas d'autre sortie que celle où se tenait la troupe, les Indiens tentèrent d'échapper aux balles en grimpant aux murs ou en se jetant dans un puits.

Lorsque la fusillade cessa, des centaines de personnes avaient été tuées et des milliers de corps couvraient le sol. Les estimations officielles font état de 379 tués et 1 100 blessés pour 1 650 balles tirées, une efficacité dont Dyer s'enorgueillira plus tard. La troupe se retira ensuite laissant les blessés sans assistance médicale. Le gouverneur du Pendjab, sir Michael O'Dwyer félicita le général Dyer et instaura, le 15 avril, la loi martiale sur la région pour empêcher l'extension de troubles.

L'événement fut condamné dans le monde entier, le général Dyer fut convoqué à Londres pour paraître devant la Commission Hunter qui, en 1920, le déclara coupable et il dut démissionner de l'armée. Le général s'était justifié en déclarant:

« Il ne s'agissait plus seulement de disperser la foule, mais de produire un effet moral suffisant, d'un point de vue militaire, non seulement sur les présents, mais plus spécifiquement à travers tout le Pendjab[3]. »

Cependant le Parlement britannique le réhabilita et le félicita pour sa rudesse. Des membres de la haute société britannique firent une quête qui s'avéra fructueuse pour garantir sa retraite et lui offrirent une épée ornée de pierres précieuses et qui portait l'inscription « Sauveur du Pendjab ». Innocenté par la Chambre des Lords, Dyer décéda d'une attaque en 1927 alors que sir Michael O'Dwyer, gouverneur du Pendjab au moment des faits, fut assassiné à Londres le 13 mars 1940 par Udham Singh, un survivant du massacre[4].

Les conséquences[modifier | modifier le code]

Le massacre engendra un fort sentiment de colère en Inde, éveilla le Pendjab à la lutte contre le pouvoir britannique et prépara le terrain pour le « Mouvement de non-coopération (en) » que Gandhi allait initier en 1920. En bref, il fut un moment fort sur le chemin de l'indépendance indienne.

Lorsque celle-ci fut obtenue, un monument fut érigé dans le parc pour commémorer cet événement. Encore aujourd'hui, les traces de balles de la troupe britannique sont visibles dans les murs du parc.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Nigel A. Collett, The Butcher of Amritsar, Londres, 2005. (Recension par Nicholas Fearn dans The Independent, 1er mai 2005, en ligne.)
  • Nigel A. Collett (2011), « The O'Dwyer v. Nair Libel Case of 1924: New Evidence Concerning Indian Attitudes and British Intelligence During the 1919 Punjab Disturbances », Journal of the Royal Asiatic Society (3e série), 21, p. 469-483

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Verney Lovett (ancien fonctionnaire britannique en Inde), A History of the Indian Nationalist Movement, Londres, 1920, notamment p. 216-222. Consultable sur le site archive.org.
  2. Michael O' Dwyer, India as I Knew It, Londres, 1925, p. 273-274. Rééd. Mittal Publications, 1988. Cité par G.B. Singh, Gandhi : Behind the Mask of Diviniy, Promeheus Books, 2004, p. 281-282.
  3. En anglais: It was no longer a question of merely dispersing the crowd, but one of producing a sufficient moral effect, from a military point of view, not only on those who were present, but more specially throughout the Punjab. Cité in Henry Laurens, « Le terrorisme, personnage historique », in Terrorismes : Histoire et droit, dir. Henry Laurens et Mireille Delmas-Marty, CNRS éditions, 2010, p. 32.
  4. A Saga of Freedom Movement and Jallianwala Massacre, Great Patriot and Martyr, Udham Singh, 2003, p. 68

Article connexe[modifier | modifier le code]