Marie Walewska

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Marie Walewska
Maria Łączyńska, Comtesse Walewska
Maria Łączyńska, Comtesse Walewska

Biographie
Naissance
Brodne
Décès (à 31 ans)
Paris
Conjoint Anastazy Walewski
Philippe Antoine d'Ornano
Enfants Antoine Walewski - 1805

Avec Napoléon Ier :
Alexandre Florian Joseph Colonna Walewski
Avec Philippe Antoine d'Ornano : Rudolf-August d'Ornano

Marie Walewska (nom parfois orthographié « Waleska »), à l'origine Maria Łączyńska[1], née le à Brodno (Pologne), morte le à Paris, est connue pour avoir été l'une des maîtresses de Napoléon Ier[2] ; elle est également désignée comme « la femme polonaise » de Napoléon.

La famille Laczynski[modifier | modifier le code]

Il s'agit d'une famille ancienne de la noblesse polonaise. Très respectée, elle s'est distinguée à travers les âges au service de la Pologne. À la fin du XVIe siècle, Jérôme (Hieronym) Łączyński est connu comme juriste. Au XVIIIe siècle, la branche cadette de la famille s'établit en Pologne orientale et la branche aînée, la plus ancienne, en Pologne centrale.

Durant le règne de Stanislas-Auguste, le père de Marie, Mathieu (Maciej) Łączyński reprend le domaine familial lorsque son frère aîné décide d'entrer dans les ordres.

En 1792, la Pologne subit le second partage et perd une bonne part de son territoire. En 1794, Mathieu participe à l'insurrection de Kosciuszko, qui ne parvient pas à éviter le troisième partage (1795) ; cela met fin au royaume de Pologne. Les terres de la famille font partie du territoire incorporé à la Prusse. Mathieu, blessé durant une des batailles, meurt en mai 1795[3].

Biographie[modifier | modifier le code]

Son enfance[modifier | modifier le code]

Marie naît le à Brodno, village proche de Kiernozia (pl). La première enfance de Marie fut heureuse, bien que souvent solitaire. Après la mort de son père, son enfance est marquée par le précepteur engagé par sa mère, Eva ; c'est un Français venu en Pologne sept ans plus tôt, Nicolas Chopin, le père de Frédéric. De 1795 à 1802, il éduque Théodore et Marie, puis les deux autres filles, Antonine et Honorée, avant d'entrer au service d'une famille amie des Laczynski, la famille Skarbek.

À cette époque, de nombreux jeunes gens quittent le pays pour s'engager dans l'armée de Bonaparte, en particulier les Légions polonaises formées à Mantoue sous le commandement du général Jean-Henri Dombrowski. C'est d'ailleurs le cas du frère aîné de Marie, Benoît (Benedykt), qui deviendra général en 1804 (Théodore, deviendra colonel de l'armée française)[3].

Un peu avant son quatorzième anniversaire, Marie part pour le couvent Notre-Dame de l'Assomption à Varsovie, où les jeunes filles de bonne famille étaient envoyées pour y compléter leur éducation. Marie fut heureuse dans cette vie nouvelle. « Marie est intelligente et studieuse, avec une douceur de caractère qui l'a fait aimer par tous ici » écrivait la supérieure à sa mère, Ewa Laczynska, à la fin de la scolarité de la jeune fille. Marie était aussi devenue d'une grande beauté[4]. Il n'y avait qu'une voie qui pouvait apporter à une fille fortune et honneur : un riche mariage avec un homme bien né.

Mariage[modifier | modifier le code]

Elle est mariée en 1804 - à 17 ans - au comte et chambellan Anastazy Walewski, un grand noble polonais presque septuagénaire. La jeune femme rêve d'une Pologne libre, et « nourrit une haine virile du Russe qui occupe la Mozavie, ce lambeau de Pologne où elle est née, à quelques lieues de Varsovie, mais aussi du Prussien et de l'Autrichien qui se sont partagés le reste du pays[5] ». C'est en Pologne, en 1805, qu'elle donne naissance à son premier fils, Antoine[6].

Napoléon[modifier | modifier le code]

À l'automne 1806, Napoléon Ier occupe le territoire polonais. Les Polonais l'attendaient comme le « Messie ». Le champion de la liberté, se devait de libérer la Pologne. Les Walewski (Walewscy), eux aussi voient en lui un libérateur, et s'installent à Varsovie pour mieux s'intégrer à l'enthousiasme ambiant. Marie s'abandonna à une fiévreuse agitation, travaillant avec les dames de Varsovie à organiser des hôpitaux, des ambulances, des stations de premier secours[7]. Elle est également introduite dans la haute société, mais la vie mondaine l'intéresse peu.

C'est le , lors du passage de l'empereur au relais de Blonie, que Marie Walewska aurait rencontré Napoléon pour la première fois. Un bal fut organisé par Talleyrand, ministre français des relations extérieures, devait marquer à Varsovie l'ouverture du carnaval et la plus brillante réception que la capitale dévastée eût vue depuis Stanislas-Auguste. Un bref paragraphe apparut dans le journal officiel, la gazette de Varsovie : « Sa majesté l'Empereur a assisté à un bal chez le ministre des relations extérieures, le Prince de Bénévent, au cours duquel il a invité à une contredanse la femme du chambellan Anastase Walewski. » À midi, le lendemain, une voiture s'arrêta devant l'hôtel des Walewski. Duroc, le grand maréchal du palais, en descendit, portant un gigantesque bouquet de fleurs et une lettre sur un épais parchemin, fermée du sceau vert impérial.

« Je n'ai vu que vous, je n'ai admiré que vous, je ne désire que vous. […] » « N » Marie fit répondre à Duroc qu'il n'y aurait pas de réponse. D'autres lettres enflammées suivirent… Les allées et venues de Duroc allaient attirer l'attention, et nombre de gens venaient donner des conseils à Marie. Elle avait été distinguée par le destin. Elle avait été choisie pour sauver la Pologne. Le chef de famille Laczynski - soldat modèle de l'empereur - lui donnait sa bénédiction.

Elle finit par accepter (avec l'accord de son mari) de devenir sa maîtresse. Ils poursuivent leur liaison au château de Finckenstein en Prusse-Occidentale. L'« idylle » printanière du couple (d'avril à juin) dans le lointain château de Finckenstein est un moment unique et entièrement inattendu dans la vie de Napoléon, une période qui le vit déployer ce qu'un historien de cette période de sa vie appela une « énergie miraculeuse ». Pour Marie, la décision de rejoindre l'Empereur à Finckenstein était un acte de suprême courage et le risque couru énorme[8]. Les deux amants sont très épris l'un de l'autre et l'empereur va dès lors organiser sa vie de façon à consacrer du temps à ses amours, chose qu'il n'avait pas faite depuis Joséphine de Beauharnais.

Dans l'intimité Marie, avec son doux entêtement polonais, ramène la conversation sur son idée fixe : la résurrection de la Pologne. Patiemment Napoléon discute avec elle sans toutefois s'engager. Ses arguments sont toujours les mêmes : que les Polonais fassent preuve de cohésion, de maturité, qu'ils soutiennent militairement sa lutte contre la Russie, et ils seront récompensés selon leurs mérites[9]. Son obstination finira par aboutir : Napoléon crée le Duché de Varsovie (1807-1815), qui disparaîtra peu après la défaite de la campagne de Russie en 1812-1813. C'était en fait un compromis pour ne pas déplaire au tsar, mais une réponse terriblement faible à l'attente de milliers de soldats polonais morts pour l'empereur.

Naissance d'Alexandre[modifier | modifier le code]

Le , à 4 heures de l'après-midi, Alexandre, comte Walewski, un bel enfant robuste, ouvrit les yeux sur un monde dans lequel il allait connaître une carrière brillante et tumultueuse. « Je suis né au château Walewice en Pologne », écrira 35 années plus tard dans ses mémoires le futur ministre des affaires étrangères de Napoléon III. Mgr Anastazy Walewscy (Anastase de Walewski) - âgé de 73 ans - déclara qu'il était issu de son mariage avec Marie née Łączyńska - âgée de 23 ans -[10]. Napoléon apprend la naissance de son fils au cours d'un voyage triomphal en Belgique avec sa jeune épouse (Marie-Louise d'Autriche). Il fait parvenir des dentelles de Bruxelles et 20 000 francs en or pour Alexandre. Le , à Saint-Cloud, en présence de Marie, Napoléon signa un long document juridique garantissant l'avenir du jeune Alexandre [11]. La dotation consistait en 60 fermes aux environs de Naples, d'un revenu annuel de 169 516 francs 60 centimes. Les armoiries conférées par les lettres patentes en même temps que le titre de comte de l'Empire étaient un mélange des blasons Walewski et Laczynski.

Séparation et divorce[modifier | modifier le code]

D'après les règles de la communauté de biens de son mariage, les revenus de la dotation du jeune Alexandre, pendant sa minorité, couraient le risque d'être engloutis dans l'avalanche de dettes du vieux chambellan. Le le couple passa un acte dans lequel Marie déclarait son intention de se séparer légalement de son mari et se chargeait d'assumer la responsabilité financière de ses deux fils (Antoine et Alexandre). La Comtesse Walewska bénéficiait des dispositions récemment introduites par le Code Napoléon qui facilitait le divorce. Le 24 août le mariage était dissous — un temps étonnamment court pour qu'un tribunal rendît une décision. Si Marie était légalement libre, son éducation catholique comme la tradition la contraignirent, aussi longtemps que vécut le chambellan (2 ans et demi), à le considérer comme son mari.

Vie en France[modifier | modifier le code]

L'année 1813 trouva Marie de retour à Paris, installée rue de la Houssaye avec ses deux fils, son frère Théodore et sa sœur Antonia. Grâce à la généreuse dotation de Napoléon, la comtesse Walewska était maintenant une femme riche[12].

Marie et son fils Alexandre rendirent visite à Napoléon en exil à l'île d'Elbe du 1er au en compagnie d'Emilia et de Teodor (Émilie et Théodore), sœur et frère de Marie.

Second mariage[modifier | modifier le code]

Comtesse Marie Walewska

Veuve en 1814 de son premier mari, elle consent à épouser le 7 septembre (Sainte-Gudule Bruxelles) 1816 le comte Philippe Antoine d'Ornano, cousin éloigné de Napoléon et général d'empire. En janvier 1817, Marie qui attendait un enfant décida de se rendre en Pologne pour consulter son vieil ami, éminent gynécologue, le Dr Ciekierski. Il diagnostiqua une maladie des reins : toxémie aiguë aggravée par la grossesse. La fin de sa vie semble proche. Au cours de l'été, étendue sur une chaise longue dans le jardin de sa maison à Liège, la comtesse d'Ornano dicta à son secrétaire, ce qui est supposé être ses Mémoires. Sa liaison avec l'empereur y est décrite comme « un sacrifice fait à son pays »[13].

Décès[modifier | modifier le code]

À 7 heures du soir, le 11 décembre 1817, le cœur de Marie Walewska cessa de battre. Elle avait 31 ans et 4 jours. « Toute la maison était plongée dans un vrai désespoir, racontera Alexandre Walewski des années plus tard. […] Ma mère était l'une des femmes les plus remarquables qui eût existé. » [14]

Testament[modifier | modifier le code]

Dans son testament, Marie exprima le désir que son cœur reste en France mais que son corps soit transporté en Pologne dans le caveau familial de Kiernozia. Conformément à ce vœu, une urne contenant son cœur repose aujourd'hui au cimetière du Père-Lachaise dans le caveau des d'Ornano (67e division)[15], portant la simple inscription : « Marie Laczynska, comtesse d'Ornano […] » et le corps fut emmené en Pologne 4 mois plus tard.

Regards des contemporains[modifier | modifier le code]

Sous la plume de Madame de Kielmannsegge :

« J'eus peu de rapports avec Mme Walewska (…) Elle n'était pas précisément grande, mais elle avait la taille bien prise, les cheveux blonds, le teint clair, la figure pleine, un sourire extrêmement agréable et un timbre de voix qui la rendait sympathique aussitôt qu'elle parlait ; modeste et sans prétention, très réservée dans ses gestes et toujours très simple dans sa toilette, elle avait comme femme tout ce qu'il faut pour plaire et être aimée. »

Napoléon évoquant Marie Walewska :

« Une femme charmante, un ange ! C'est bien d'elle qu'on peut dire que son âme est aussi belle que sa figure !… »

Hommages[modifier | modifier le code]

En 1937, Greta Garbo interprète le rôle de Marie Walewska dans le film Marie Walewska (Conquest, en anglais) qui retrace sa vie.

Chanson : Serge Lama, « Marie La Polonaise »

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Czesław Sielużycki, « Mikołaj Chopin w Warszawie, Kaliszu i Kiernozi w latach 1787-1802 » (« Nicolas Chopin à Varsovie, Kalisz et Kiernozia dans les années 1787-1802 »), dans Ruch Muzyczny, année XLIII, n° 3 (7 février 1999), p. 30-33.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  1. En polonais, ce mot se prononce en gros : « wontchignska »
  2. Octave d'Aubry : Maria Walewska, le grand amour de Napoléon, Paris, A. Fayard, 1951
  3. a et b Sieluzycki, 1999.
  4. Christine Sutherland : Marie Walewska : le grand amour de Napoléon p. 51 Perrin .
  5. Guy Godlewski : Revue du Souvenir Napoléonien n°358.
  6. Archives familiales: http://www.aasm.ch/fonds/facw/static/walewskichrono.html
  7. Christine Sutherland : Marie Walewska le grand amour de Napoléon, 1981 Perrin. p. 76
  8. Christine Sutherland : Marie Walewska le grand amour de Napoléon, 1981 Perrin.
  9. Guy Godlewski : Le destin tourmenté de Marie Walewska
  10. Christine Sutherland : Marie Walewska le grand amour de Napoléon p. 190, Perrin.
  11. Christine Sutherland : Marie Walewska le grand amour de Napoléon p. 215, Perrin.
  12. Christine Sutherland : Marie Walewska le grand amour de Napoléon p. 237, Perrin.
  13. Christine Sutherland : Marie Walewska le grand amour de Napoléon p. 299, Perrin.
  14. Christine Sutherland : Marie Walewska le grand amour de Napoléon p. 300, Perrin.
  15. Paul Bauer, Deux siècles d'histoire au Père Lachaise, Mémoire et Documents,‎ 2006 (ISBN 978-2914611480), p. 780