Geis

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Dans la mythologie celtique irlandaise, la Geis (pluriel : geasa) est une incantation magique prononcée par le druide (le file en Irlande). Si le mot n’a pas de traduction littérale, il a le sens d’obligation et d’interdit, la référence au tabou n’est pas pertinente car ce n’est pas une notion indo-européenne. Basée sur le pouvoir du Verbe, elle est obligatoirement orale.

Incantation druidique[modifier | modifier le code]

La geis est d’origine divine, seuls les membres de la classe sacerdotale peuvent la mettre en pratique au moyen de leur magie. Cette contrainte n’est pas nécessairement négative, elle peut avoir une connotation positive, mais la littérature ne rapporte généralement que les cas de violation. Elle concerne essentiellement la classe guerrière, et son représentant en la personne du roi, sans qu’il puisse y avoir contestation, rarement des membres de la classe des producteurs (artisans, agriculteurs, éleveurs) et jamais les druides ni les femmes.

Cette procédure religieuse comprend trois phases sur la durée de l’existence d’un homme :

  1. Le druide prononce l’incantation à la naissance du futur guerrier ou lors de son apprentissage militaire. Il s’agit d’une seule geis ou plus fréquemment de plusieurs geisa qui constituent un ensemble d’interdictions et d’obligations. Cela concerne tous les aspects de la vie de l’individu et s’il n’y a pas de violation, il n’y a aucune conséquence.
  2. Au cours de son existence le roi ou le guerrier se trouve dans l’obligation d’enfreindre les interdits le concernant, sous peine de perdre son honneur, c’est l’annonce de sa mort prochaine. Il convient de noter que deux geisa contradictoires sont systématiquement fatales.
  3. La violation de la prescription provoque la mort violente du guerrier.

L’incantation a force de loi, à la fois religieuse et sociale, c’est un moyen pour la classe sacerdotale de contraindre les guerriers à remplir leurs obligations. Seul un druide a le pouvoir de lever une geis. Cette pratique ne doit pas être confondue avec le Destin (fatum) ni avec le défi que se lancent des héros.

On ne connaît qu’un cas de geis collective dans le récit de la « Razzia des vaches de Cooley» (Táin Bó Cúailnge) où les guerriers d’Ulster n’ont pas le droit de parler avant le roi et où celui-ci ne peut prendre la parole avant ses druides (voir Sualtam).

Dans la mythologie celtique galloise, on retrouve une procédure similaire sous le nom de tynged.

Sources[modifier | modifier le code]

  • Paul-Marie Duval, Les Dieux de la Gaule, Paris, éditions Payot,‎ février 1993, 169 p. (ISBN 2-228-88621-1)
    Réédition augmentée d'un ouvrage paru initialement en 1957 aux PUF. Paul-Marie Duval distingue la mythologie gauloise celtique du syncrétisme dû à la civilisation gallo-romaine.
  • Albert Grenier, Les Gaulois, Paris, Petite bibliothèque Payot,‎ août 1994, 365 p. (ISBN 2-228-88838-9)
    Réédition augmentée d'un ouvrage paru initialement en 1970. Albert Grenier précise l’origine indo-européenne, décrit leur organisation sociale, leur culture et leur religion en faisant le lien avec les Celtes insulaires.
  • Christian-J. Guyonvarc'h, Magie, médecine et divination chez les Celtes, Bibliothèque scientifique Payot, Paris, 1997 (ISBN 2-228-89112-6).
  • Christian-J. Guyonvarc'h et Françoise Le Roux :
    • Les Druides, Ouest-France Université, coll. « De mémoire d’homme : l’histoire », Rennes, 1986 (ISBN 2-85882-920-9) ;
    • La Civilisation celtique, Ouest-France Université, coll. « De mémoire d’homme : l’histoire », Rennes, 1990 (ISBN 2-7373-0297-8) ;
    • Les Fêtes celtiques, Rennes, Ouest-France Université, coll. « De mémoire d’homme : l’histoire »,‎ avril 1995, 216 p. (ISBN 9782737313158)
      Ouvrage consacré aux quatre grandes fêtes religieuses : Samain, Imbolc, Beltaine, Lugnasad.
  • Philippe Jouët, Aux sources de la mythologie celtique, Yoran embanner, Fouesnant, 2007 (ISBN 9782914855372).
  • Venceslas Kruta, Les Celtes, Histoire et Dictionnaire, éditions Robert Laffont, coll. « Bouquins » , Paris, 2000 (ISBN 2-7028-6261-6).
  • Claude Sterckx, Mythologie du monde celte, Paris, Marabout,‎ octobre 2009, 470 p. (ISBN 978-2-501-05410-2).
  • Consulter aussi la bibliographie sur la mythologie celtique et la bibliographie sur la civilisation celtique.

Articles connexes[modifier | modifier le code]