Le Faiseur

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Le Faiseur est une pièce de théâtre d'Honoré de Balzac écrite en 1840, imprimée en septembre 1848 et créée sous le titre Mercadet un an après sa mort le 24 août 1851 au Théâtre du Gymnase puis à la Comédie-Française le 22 octobre 1868 dans une version remaniée par Adolphe d'Ennery. En 1957, Jean Vilar établit une nouvelle version sous le titre Le Faiseur ; elle a été créée à la Comédie-Française le 3 avril 1993[1].

Argument[modifier | modifier le code]

Mercadet, homme d'affaires ruiné, tente de rassurer ses créanciers de plus en plus pressants. Pour cela il invoque un ancien associé, Godeau, parti faire fortune aux Indes et censé rembourser généreusement les dettes de Mercadet à son retour. Comme certains créanciers s'impatientent, Mercadet décide de marier sa fille Julie à un riche jeune homme : monsieur de la Brive. L'idée lui a été soufflée par sa femme, elle-même conseillée par son jeune galant, M. de Méricourt. Malheureusement, monsieur de la Brive, qui cultive deux identités, est encore plus endetté que Mercadet. Au reste, Julie est amoureuse d'un garçon pauvre : Minard. Mercadet démasque le jeune Michonnin de la Brive et tente de le faire passer pour Godeau, mais le subterfuge est éventé. A l'acte V, tel un deus ex machina, toutefois, Godeau est censé être rentré à Paris et aurait payé les créanciers de son ami : c'est en quelque sorte la fiction qui a engendré la réalité dans la pièce. Au reste, Minard, fils naturel de Godeau, est riche.

La pièce tourne en dérision pêle-mêle les spéculateurs, les usuriers, les créanciers et les débiteurs, mais plus globalement encore un capitalisme financier qui spécule en fonction de rumeurs, d'apparence d'opulence ou de délits d'initié. Les créanciers continuent d'avancer de l'argent à Mercadet sur la foi de ses promesses. Lui-même ment ou manipule l'information à son avantage pour spéculer à la baisse ou à la hausse.

La situation décrite dans Le Faiseur ressemble á celle de nombreux escrocs abusant de la crédulité et de la cupidité de leurs créanciers. On pense particulièrement á Thérèse Humbert qui, durant une vingtaine d'années parvint à obtenir des prêts considérables en faisant miroiter le prétendu héritage d'un millionnaire américain.

Félicien Marceau voyait dans cette œuvre une étrange similitude phonétique entre En attendant Godot de Samuel Beckett et Le Faiseur, où l'on peut lire ceci à la scène 6 de l'acte V :« Godeau !… Mais Godeau est un mythe !… Une fable !… Godeau, c’est un fantôme… Vous avez vu Godeau ?… Allons voir Godeau ! (Balzac, Le Faiseur) »Félicien Marceau de conclure : « … qui dira le mystérieux pouvoir des syllabes qui, à plus de cent ans de distance, fait écrire à Samuel Beckett : En attendant Godot, et à Balzac sa pièce Le Faiseur, où, pendant cinq actes, on ne fait qu’attendre Godeau[2] ? »Dans son essai « Vouloir nous brûle », Barthes souligne également que le grand thème du Faiseur est le vide, incarné dans un associé-fantôme, dont l'absence même permet à ce monde fictif de « fonctionner »[3].

Le faiseur est devenu un nom commun dont Balzac a donné la définition : un « faiseur » est un homme qui tente cent affaires sans forcément en réussir une seule. On trouve cette définition dans le petit Larousse et dans tous les dictionnaires de nos jours.

Charles Lassailly a collaboré à cette pièce en 1839[4].

Mises en scène notoires[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Le Faiseur, comédie en cinq actes et en prose, La Documentation française, coll. Répertoire Comédie-Française, 1993, 157 pages, p. 7 (ISBN 2-11-081302-4).
  2. Félicien Marceau, Balzac et son monde, Gallimard, coll. Tel, 1970, éd. revue et augmentée en 1986, p. 9.
  3. Roland Barthes, Essais critiques, Seuil,‎ 1964, p. 92.
  4. Edmond Texier, Critiques et récits littéraires, Paris, Michel Lévy frères, 1853, 342 pages, p. 107.