Laguiole (couteau)

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Vue latérale d'un laguiole à la lame dépliée avec un agrandissement de l'abeille.

Le couteau de Laguiole ou, par antonomase, laguiole (prononcé [laˈjɔl][1]), est un couteau fermant dont le manche est en corne de bovin, en bois, en ivoire ou en os et qui s'orne d'une abeille ou mouche (généralement, mais on trouve aussi des couteaux de Laguiole avec d'autres motifs) à la jonction du manche et de la lame. Il tire son nom de la ville de Laguiole en Aveyron où il a toujours été fabriqué. Dans les années 1960, la production a fortement chuté en France si bien que dans les années 1980 il ne se fabriquait plus significativement des laguioles en France. En 1987, suite à une volonté du maire de Laguiole, de quelques laguiolais, Mr Costes et Philippe Starck, la Forge de Laguiole fut créée et relança la production du laguiole ainsi que sa commercialisation. Fort du succès de celle-ci, d'autres sociétés laguiolaises ou thiernoises se sont alors créées ou ont relancé leurs productions.

Origine[modifier | modifier le code]

Pierre-Jean Calmels fut le premier coutelier en 1829 à s'installer à Laguiole. La marque Laguiole n'existe pas. Elle n'a jamais été déposée et se trouve donc dans le domaine public. Cette absence de protection est à l'origine de fabrications de mauvaise qualité venant notamment d'Asie. Un couteau pliant supposé être fabriqué de manière artisanale et soignée en France et vendu à bas prix laisse à penser qu'il s'agit d'une pièce importée.

L'étude historique fait apparaître une origine différente de la légende. Avant la création du couteau de Laguiole sous sa forme actuelle, les habitants de l'Aubrac utilisaient un couteau fixe, le Capuchadou, simple et rustique même s'il existait quelques modèles un peu plus luxueux. Ils utilisaient aussi depuis fort longtemps un vieux couteau pliant "la jambette stéphanoise", laquelle possédait déjà le manche courbé et la lame de type yatagan. Cela ne permet pas d'affirmer une filiation directe d'autant que le mode de retenue de la lame n'est pas le même (2 clous sur la jambette, ressort à cran forcé[2] sur le laguiole). Par ailleurs la forme initiale du couteau de Laguiole était une forme droite, manche droit à bec de corbin et lame bourbonnaise, mouche plate lisse avec ou sans facettes, pas de guillochage, manche en corne ou en ivoire. La fabrication du Capuchadou subsista parallèlement à celle du couteau de Laguiole jusqu'à son arrêt vers 1920. Enfin, le laguiole s'inspire aussi de la navaja espagnole rapportée de Catalogne par les travailleurs saisonniers[3].

La création du laguiole droit est aux alentours des débuts du XIXe siècle, peu après l'apparition des premiers couteliers de Laguiole. En 1840, le laguiole droit se dota d'un poinçon (appelé aussi trocard), pointe d'acier servant aux bergers à percer la panse des vaches atteintes de météorisme ou d'une alêne afin de trouer les lanières de cuir[4].

La forme actuelle du laguiole remonte aux années 1860. À ses débuts sa mouche était lisse, soit en spatule, losange, carré, ou ovale. Les ressorts sont lisses, au mieux ornés de deux traits à la lime couteaux et d'une crois de St André, elle même parfois présente sur la lame. Pas de croix sur le manche donc, ni d'abeille. La forme est alors grossière, la finition plus rustique, les manches sont en corne cachée (partie creuse chauffée et aplatie) ou en pointe de corne, rapidement aussi en ivoire. Les couteaux réalisés à Laguiole n'ont pas de mitres. Les fournitures proviennent très vite de Thiers, dont les couteliers fabriquent aussi des laguioles pour les couteliers laguiolais, ensuite frappés à la marque des couteliers laguiolais.

Entre 1880 et 1910 les mouches évoluent et deviennent ornées de trèfles, fleurs, et les ressorts sont guillochés à la lime. Les plus belles pièces proviennent des couteliers Jules Calmels (petit-fils de Pierre-Jean), Joseph Pagès, Eugène Salette (à Espalion). À noter que ces trois couteliers ont gagné de nombreuses médailles dans divers concours (10 pour Calmels) récompensant l'excellence de leur travail[5].

En 1880 apparaît sur le laguiole le tire-bouchon, destiné à accompagner les limonadiers rouergats partis ouvrir des cafés à Paris et en lien avec le développement de la vente en bouteile[6].

La période 1900/1910 voit la naissance de nouvelles formes de ce couteau comme le pied de cheval et l'aile de pigeon.

L'abeille apparaît en 1908/1909, créé par Jules Calmels. Toutefois, au même moment Nicolas Crocombettes de Pigerolles se mit à orner lui aussi ses mouches d'un décor d'abeille, et ses ressorts de feuilles de chêne (il est depuis considéré comme le plus grand artisan du laguiole ayant existé, et ses couteaux sont très prisés des collectionneurs). Plusieurs légendes existent autour de cette abeille, comme celle d'un ornement en hommage à Napoléon, qui avait octroyé aux habitants de Laguiole le droit d'utiliser ce symbole impérial en récompense de leur bravoure au combat[3]. En réalité, la mouche (terme technique de coutellerie qui désigne dès le XVIIIe siècle la partie métallique excédante à l'extrémité du ressort) avait une fonction utilitaire sur les couteaux de poche des paysans, arrêter la lame en position ouverte. Non décorée à l'origine, on prit progressivement l'habitude de façonner dessus un motif (trèfle dans les années 1880, abeille, fleur de lys, feuille de sauge ; on peut donc parler de mouche trèfle, mouche abeille, mouche florale, etc.)[7].

Dans les années 1930 apparaît la mouche soudée, elle était jusqu'alors forgée avec le ressort. La mouche forgée est encore de nos jours un signe distinctif de qualité pour un laguiole.

À partir des années 1950 la croix apparaît sur le manche.

Ainsi, contrairement à l'image d’Épinal du laguiole et aux effets acculturant du marketing de certains couteliers le laguiole ne s'identifie pas que par une abeille et une mouche.

Riche de son histoire et de ses multiples variantes, il prend donc des formes et des décors divers. De nos jours, le regain d'intérêt pour ce couteau permet aux couteliers de recommencer à fabriquer plusieurs versions de ce superbe couteau[8]

Un couteau de prestige[modifier | modifier le code]

Grâce à leur élégance et à leurs lignes distinctives, ainsi qu'à l'utilisation de matériaux de luxe et une finition irréprochable, ils sont devenus de véritables œuvres d'art et peuvent atteindre des prix très élevés. Certains modèles de collection en matières rares, ou avec un travail très important, peuvent coûter plusieurs milliers d'euros. Les différents modèles ont en commun leur fine et courbe silhouette, de 7 à 13 cm une fois repliés. Les matériaux utilisés sont, chaque fois, de grande qualité : des bois exotiques, des cornes de zébu plus souvent que de vaches françaises, ivoire et damas. À l'origine, le couteau de Laguiole était le « une pièce », avec seulement la lame. Vers 1840, on a rajouté le poinçon, puis enfin, en 1880, le tire bouchon, afin d'obtenir le plus complet des laguioles : le « trois pièces ».

L'arrêt de la lame est la plupart du temps une abeille, la légende dit que c'est Napoléon Ier qui octroya aux habitants de Laguiole le droit d'utiliser ce symbole impérial en récompense de leur bravoure au combat. Napoléon 1er étant mort en 1821 il s'agit là d'une impossibilité historique, d'autant que l'apparition de l'abeille est assez tardive dans l'histoire du laguiole comme expliqué plus haut. Mais il existe également d'autres motifs que l'abeille. Par exemple, autrefois, lors d'un mariage, il était de coutume d'offrir un magnifique couteau de Laguiole avec un manche en ivoire, sur lequel, à la place de l'abeille, on trouvait un trèfle à quatre feuilles. Ce couteau d'exception était un couteau porte-bonheur pour le jeune couple.

Le prestige de ce couteau tient particulièrement à l'exceptionnel savoir-faire et attachement à son territoire (au village de Laguiole). Néanmoins, l'image de ce couteau pâtit des productions de mauvaise qualité en provenance de Chine et du Pakistan. Ces pseudos-laguioles vendus quelques euros sur les marchés et dans les hypermarchés ne peuvent rivaliser en qualité, beauté, longévité avec les couteaux artisanaux français de Laguiole. Ils nuisent à l'image du laguiole. Le vrai laguiole, si ce terme peut être employé, est d'abord et surtout un couteau issu du village de Laguiole, de grande qualité réalisé à la main par de bons ouvriers. Ce qui explique son prix parfois élevé, il est en effet illusoire d'espérer posséder quoi que ce soit de convenable à moins de 60 euros, ni de bien à moins de 100 euros. Les pièces de prestige peuvent atteindre des tarifs très élevés et nécessitent de nombreuses heures de travail et des matériaux de grand luxe[7].

Marque collective[modifier | modifier le code]

Un produit manufacturé ne peut pas être protégé par une AOC. Le couteau de Laguiole n'est donc pas un produit de terroir au sens où le serait un produit alimentaire (vin, fromage...) et sa fabrication à Laguiole ou à Thiers ne préjuge donc en rien de sa qualité. Mais pour pallier cette désinformation du consommateur, le syndicat des fabricants du laguiole en Aveyron demandent que les productions de Thiers et de Laguiole soient scindées et repérées pour le consommateur différemment.

Ainsi les couteaux pliants poinçonnés « Laguiole Origine Garantie » excluent les fabricants thiernois surfant sur la notoriété du couteau de Laguiole.

En 1993, Gilbert Szajner, homme d'affaires de la région parisienne, dépose la marque Laguiole dans 38 classes qui commercialisent la coutellerie mais aussi le linge de maison, les vêtements, les briquets ou les barbecues. « Contre redevance, il accorde des licences à des entreprises françaises et étrangères qui peuvent commercialiser sous le nom Laguiole des produits d'importation »[9]. Après une longue bataille juridique entamée en 1997 par le village de Laguiole, s'estimant victime de « parasitisme » économique, est débouté de son recours en justice pour continuer à exploiter son nom. Le tribunal estime que les couteaux de Laguiole sont devenus un nom générique, confirmant la « prédominance du droit des marques sur le droit au nom ». Le ministère de l'Agriculture étudie un projet d'indication géographique protégée (IGP)[10].

Le laguiole aujourd'hui[modifier | modifier le code]

Le couteau de Laguiole est de nos jours le couteau régional le plus produit en France et constitue avec le couteau Opinel les produits phares de la coutellerie française dans le monde. Des couteliers d'art français réalisent de nos jours des pièces somptueuses, comparables à la haute couture, mais aussi des pièces uniques plus abordables. Entre les couteliers d'art dont certains sont Meilleur Ouvrier de France (Virgilio Munoz Caballero, Robert Beillonnet, Jean-Michel Cayron, Pascal Gravelines) et les artisans de type semi-industriels (ils conçoivent leurs couteaux à partir de fournitures) qui réalisent des pièces magnifiques d'un haut niveau de qualité (matériaux nobles, lames en Damas etc) l'offre française est large et répond aux désirs de chaque passionné qui souhaite avoir le "Graal" de tout passionné, un couteau unique.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jean-Marie Pierret, Phonétique historique du français et notions de phonétique générale, Peeters, Louvain-la-Neuve, 1994, p. 102.
  2. À la différence des couteaux à cran d'arrêt qui ont une bague qui garde la lame constamment ouverte, la tête du ressort du laguiole vient se verrouiller dans l'encoche du talon, rendant plus ferme sa tenue une fois ouverte et étant fermé par simple pression de la lame (on dit que l'on « casse le couteau »).
  3. a et b Dominique Auzias, Jean-Paul Labourdette, Guide des visites d'entreprise, Petit Futé,‎ 2011, p. 115
  4. Histoire, légendes et traditions. 1829 - 1880 sur layole.com
  5. Gérard Pacella, Couteaux de nos terroirs, Editions de Borée,‎ 2005, p. 17
  6. Pierre Pelou, L'arbre et le paysage : L'itinéraire d'un postier rouergat (1907-1981), Editions L'Harmattan,‎ 2011, p. 76
  7. a et b Documentaire de Maja Dielhenn « L'Auvergne : la guerre des couteaux », sur Arte, 3 février 2012
  8. Histoire du couteau de Laguiole, Ch Lemasson. Ed de la momtmarie
  9. « Insolite : le village de Laguiole abandonne symboliquement son nom », sur sudouest.fr,‎ 18 septembre 2012
  10. « Dépossédé de son nom, le village de Laguiole se rebelle », sur lefigaro.fr,‎ 19 septembre 2012

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Histoire du couteau de Laguiole, par Christian Lemasson, éditions de la Montmarie.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Webographie[modifier | modifier le code]