Aubrac

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

44° 34′ 01″ N 3° 04′ 55″ E / 44.567, 3.082 ()

Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Aubrac (homonymie).
Aubrac
Carte de localisation de l'Aubrac dans le Massif central.
Carte de localisation de l'Aubrac dans le Massif central.
Géographie
Altitude 1 469 m, Signal de Mailhebiau
Massif Massif central
Superficie 1 300 km2
Administration
Pays Drapeau de la France France
Régions Auvergne
Midi-Pyrénées
Languedoc-Roussillon
Départements Cantal
Aveyron
Lozère
Géologie
Âge 6 à 9 millions d'années
Roches Roches volcaniques et granites

L'Aubrac est un haut plateau volcanique et granitique situé au centre-sud du Massif central et aux confins de trois régions administratives françaises : Midi-Pyrénées, Languedoc-Roussillon et Auvergne. Il présente un air de famille avec son cousin le Cézallier et on peut le rattacher comme lui aux hautes terres d'Auvergne. Il est bordé au nord-ouest par les monts du Cantal, à l'est par la Margeride et au sud par les plateaux calcaires des Grands Causses.

Géographie[modifier | modifier le code]

Topographie, géologie[modifier | modifier le code]

Paysage typique de l'Aubrac aux environs du lac de Souveyrols

La région de l'Aubrac ou monts d'Aubrac ou aussi plateau de l'Aubrac est une zone située à cheval sur les départements de la Lozère, du Cantal et de l'Aveyron. Elle est délimitée au sud par le Lot, au nord par la Truyère et à l'est par la Colagne. Le massif culmine au sud à 1 469 m au signal de Mailhebiau. C'est un massif volcanique relativement ancien (6 à 9 millions d'années[1]) par rapport aux volcans de la chaîne des Puys qui eux, n'ont que quelques milliers d'années. Il prend la forme d'une échine basaltique allongée (30 km de long), de direction nord-ouest/sud-est, surmontant un socle granitique (batholite de la Margeride), et issue soit d'un volcanisme de type fissural (rift) soit, selon les auteurs les plus récents, de plusieurs volcans de type hawaïen (volcan rouge) très rapprochés les uns des autres[2]. Les laves émises sont basaltiques ou de composition proche (basanite, trachy-basalte, téphrite...). On peut toutefois trouver localement des traces d'éruptions plus violentes, comme des pyroclastites sous forme de tufs ou de brèches[2], en particulier sur les sommets autour d'Aubrac et à Mailhebiau.

Malgré ces éruptions, les sommets de l'Aubrac sont en général peu marqués car les coulées volcaniques ont été fluides et ont semble-t-il construit peu de volcans bien individualisés (ou alors ceux-ci ont peut-être été érodés lors des phases chaudes de la fin du tertiaire). En fait, les rares sommets notables ont plutôt été dégagés par l'érosion glaciaire au quaternaire.

Sommets principaux :

Le truc des Coucuts dans la commune de Prinsuéjols avec ses orgues basaltiques.
De 1 469 à 1 380 mètres Inférieurs à 1 380 mètres
  • Signal de Mailhebiau (1 469 mètres)
  • Puy[3] d'Alteteste (la « haute tête ») (1 448 mètres)
  • Les Truques d'Aubrac (1 440 mètres)
  • Puy de Gudette (1 427 mètres)
  • Puy du Roussillon (1 407 mètres)
  • Mountasset (1 407 mètres)
  • Suc de Born (1 388 mètres)
  • Montagne du Faltre (1 380 mètres)
  • Montagne de Rabios (1 353 mètres)
  • Le Drellier (1 342 mètres)
  • Pic de Mus (1 324 mètres)
  • Roc du Cayla (1 298 mètres)
  • Mont Redorte (1 291 mètres)
  • Puy de la Tuile (1 290 mètres)
  • Truc des Coucuts (1 286 mètres)
  • La Sentinelle (1 270 mètres)
Bel ensemble de roches granitiques polies par les glaciers (roches moutonnées) dans la haute vallée de la Biourière

La crête basaltique domine au nord-est un haut plateau granitique (altitude moyenne : 1 200 m) qui a la particularité d'avoir été recouvert d'une grande calotte glaciaire (500 km2 et 200 m d'épaisseur) à l'ère quaternaire (pléistocène) et à 3 reprises (glaciation de Mindel, de Riss et de Würm). Les glaciers ont laissé des marques visibles un peu partout (vallées en auge en périphérie - comme celle du Bès au nord ou de la Biourière au sud -, moraines, drumlins, blocs erratiques, roches moutonnées) ainsi que des dépôts étendus d'alluvions (sandur, dépôts nivo-éoliens). Ces dépôts sont parfois exploités (sablières d'Usanges). Quant aux zones de surcreusement glaciaire (ombilic), elles sont souvent occupées par des zones humides, dont un grand nombre de tourbières, et parfois des lacs. Ces derniers ont pu aussi se former en amont de barrages morainiques.

Au sud-ouest (côté aveyronnais), le paysage est caractérisé par de fortes pentes boisées (hêtres) qui contrastent avec les immenses pâturages nus de l'Aubrac lozérien. La crête de l'Aubrac domine ici la vallée du Lot par un abrupt de 1 000 m de dénivelé. C'est le pays des Boraldes, rivières courtes et rapides coulant dans des vallées très encaissées et se jetant dans le Lot. Ces vallées ont entaillé le socle de l'Aubrac qui a la particularité d'être ici métamorphique (micaschiste, gneiss) alors qu'il est partout ailleurs granitique.

Climat[modifier | modifier le code]

L'Aubrac en hiver (sont visibles le Bès au premier-plan, puis le village de Marchastel dominé par un piton volcanique et le mont Redorte, bien enneigé, en arrière-plan)

Le climat sur l'Aubrac est rude et le plateau est souvent très enneigé l'hiver. Le massif compte plusieurs petites stations de ski (Laguiole, Brameloup, Nasbinals, Saint-Urcize). Il peut neiger en altitude d'octobre à mai et il peut y geler la nuit presque tous les mois de l'année. Le vent[4] ne rencontre aucun obstacle sur le plateau et balaye la neige, formant des congères parfois énormes qui peuvent rester tard dans la saison (jusqu'en mai-juin). Les précipitations sont abondantes toute l'année et avoisinent les 2 mètres sur les versants exposés. Le vent dominant est celui d'ouest mais le vent de sud apporte parfois aussi brouillard et mauvais temps sur le sud de l'Aubrac (en particulier lors des épisodes cévenols). Les étés peuvent être chauds mais ils sont souvent orageux, les orages pouvant être violents comme dans toutes les zones de montagne.

Milieu naturel, flore, zones Natura 2000[modifier | modifier le code]

Article connexe : Flore du Massif central.
Exemple type d'une lande à genêt purgatif avec rochers de granite et hêtres rabougris dans le sud de l'Aubrac (altitude: 1 250 m)

Sur le plan de la végétation, l’Aubrac constitue un milieu varié : grande forêt de hêtres au sud-ouest, petites forêts de résineux au nord et à l'est (essentiellement du pin sylvestre) et au centre de grands pâturages où domine le nard raide (Nardus stricta) et où les arbres sont peu nombreux. Les pâturages les plus riches se situent dans la zone volcanique ; en zone granitique on trouve aussi de bonnes terres mais le sol est en général moins profond et plus pauvre : on trouve fréquemment sur ce type de sol des landes à genêt purgatif (Cytisus purgans), à fougère ou à bruyère callune (Calluna vulgaris) quand le sol est très peu épais. Il faut également noter la présence de nombreuses tourbières, milieux naturels exceptionnels.

Du fait de la grande variété de ces milieux et de leur préservation relativement bonne, la flore est très diversifiée. Les pratiques pastorales traditionnelles accentuent cette richesse en entretenant naturellement les pâturages (fumure, gestion par rotation des pelouses d'estives), ce qui contribue à une plus grande biodiversité. Toutefois, l'intensification de l'agriculture observée depuis quelques années pourrait conduire à une diminution de cette biodiversité (usage d'engrais chimiques dans les prés de fauche et parfois aussi dans certaines pâtures). Malgré tout, à la belle saison, on trouve un large éventail de fleurs caractéristiques de la moyenne montagne ainsi que quelques raretés. Quelques exemples :

Cliquez sur une vignette pour l’agrandir

Il n'existe pour le moment que peu de mesures de protection de la flore et de la faune sur l'Aubrac. En particulier, il n'existe aucune réserve naturelle alors que plusieurs sites, en particulier des zones humides, mériteraient une telle protection[5]. Le projet de parc naturel régional permettra peut-être de faire évoluer la situation dans le sens d'une meilleure protection de l'environnement. Pour l'heure, n'existent que les zones natura 2000 détaillées ci-dessous :

Les zones natura 2000 de l'Aubrac lozérien et cantalien sont situées sur le plateau et comprennent de nombreuses zones humides d'un grand intérêt écologique. La zone natura 2000 de l'Aubrac aveyronnais recouvre la forêt domaniale d'Aubrac qui constitue l'une des plus belles hêtraies d'altitude de France.

Agriculture[modifier | modifier le code]

Taurillons de race Aubrac

L'essentiel de l'agriculture en Aubrac se concentre sur l'élevage bovin (les anciennes cultures comme celle du seigle, ou encore l'élevage ovin, ont presque totalement disparu). La race locale Aubrac est prédominante mais elle revient de loin : elle a été sauvée de l'extinction à la fin des années 1970 par une poignée d'agriculteurs courageux et attachés à la race qui refusaient de la voir mourir. En effet, la race Aubrac est une race « mixte » qu'on élevait à la fois pour le lait et la viande, mais qui n'excellait dans aucun de ces deux domaines (en quantité), ce qui constituait un handicap lourd à l'époque. On lui avait donc préféré d'autres races plus rentables ou on la croisait pour améliorer les rendements tant du point de vue laitier que de la viande. À la fin des années 1970, le point de vue sur la race changea et l'on s'aperçut que la vache Aubrac disposait de qualités irremplaçables (rusticité, fécondité, longévité) et que sa viande était d'une très grande qualité. Un programme de sélection efficace visant à produire des animaux de pure race et de qualité fut donc mis en place et perdure encore aujourd'hui (vente de génisses pleines de race pure par des éleveurs spécialisés aux autres agriculteurs).

Les troupeaux occupent les pâturages d'altitude (qu'on appelle aussi « montagnes »[10]) du 25 mai (saint Urbain) au 13 octobre (saint Géraud). Ceux-ci viennent des pourtours du plateau et en particulier du nord-Aveyron qui est la principale zone d'origine des troupeaux de bovins transhumants dans le Massif central [11]. Les « montagnes » peuvent être occupées par leur propriétaire ou louées au plus offrant, la concurrence dans ce cas étant rude pour obtenir les meilleures d'entre elles.

En dehors de la période estivale, le troupeau est à l'étable ou occupe, si le temps le permet, des prés de fauche à proximité de la ferme (c'est le cas en avril-mai ou à l'automne). La nourriture à l'étable est composée en majeure partie de l'herbe récoltée dans les prés de fauche. Les veaux naissent en février-mars, passent l'été dans la montagne avec leur mère puis sont vendus à l'automne : ce sont des broutards (veau de 9 à 12 mois) vendus pour leur viande sur les marchés français et italiens. Les éleveurs peuvent vendre aussi des animaux plus âgés (génisses croisées issues d'une vache Aubrac et d'un taureau Charolais dans le cadre de la filière « Fleur d'Aubrac » ou génisses de race pure (ou vaches de réformes) dans le cadre de la filière « Label rouge - bœuf fermier de l'Aubrac »)[12]. Ces ventes constituent l'essentiel du revenu des éleveurs de l'Aubrac.

Fromage de Laguiole

L'Aubrac est donc aujourd'hui essentiellement une zone d'élevage extensif pour la viande, ce qui n'était pas le cas par le passé (jusque dans les années 1960) où l'on fabriquait la fourme de Laguiole pendant l'été dans les mazucs (burons en français). Dans chaque buron, officiait une équipe fortement hiérarchisée où chacun avait une tâche précise à accomplir (traite des vaches, soin des veaux, élaboration du fromage...). C'était « l'âge d'or » de l'Aubrac et son souvenir imprègne encore fortement la mémoire collective. L'aligot, plat traditionnel de l'Aubrac à base de tome fraîche et de pommes de terre, est directement lié au fromage de Laguiole, la tome fraîche étant issue de son cycle de fabrication. Au début des années 2010, la production du laguiole AOP s'effectue désormais en majeure partie en laiterie (coopérative « Jeune Montagne » installée dans le bourg de Laguiole) avec le lait collecté quotidiennement sur l'ensemble du massif de l'Aubrac, trois éleveurs-producteurs fabriquent du laguiole fermier AOP, et un buron a redemarré une production fromagère estivale de type traditionnel, parallèlement à une activité de restauration.

Articles connexes : Laguiole (fromage) et Aligot.

Une partie du territoire de l'Aubrac est incluse également dans l'aire de production du lait et de fabrication du bleu des causses[13].

Industrie et artisanat[modifier | modifier le code]

Il y a peu d'industrie sur l'Aubrac à l'exception notable de la coutellerie dans la région de Laguiole. Le couteau de Laguiole, aujourd'hui connu dans le monde entier, est produit par plus de 30 fabricants (industries ou artisans). C'est un couteau inspiré de la navaja espagnole, à l'origine utilisé exclusivement par les paysans de l'Aubrac et des alentours ainsi que par les bougnats et les limonadiers rouergats « montés » à Paris qui utilisaient ce couteau équipé d'un tire-bouchon.

Aujourd'hui, le couteau de Laguiole devient de plus en plus un article de luxe qui peut être personnalisé (nom gravé sur la lame) et dont le manche peut être en divers matériaux, en particulier des bois précieux (bois de rose, d'olivier, d'ébène, etc.) Il peut être pliant ou non (dans ce dernier cas, il est utilisé comme couvert).

Histoire[modifier | modifier le code]

Antiquité et Moyen Âge[modifier | modifier le code]

Les vestiges de la domerie

Toponymie et ethnonymie dans l'Antiquité[modifier | modifier le code]

Dans la documentation historique, Aubrac est mentionné sous les formes Altobraco, Albracum, Albrac et même Auborac en occitan. Le second élément -brac est peut-être issu du gallo-roman BRACO, attesté dans une glose, et qui procèderait lui-même du gaulois *bracu. Il signifie « endroit humide, boueux ». Cf. vieil occitan brac « boue ». Ce mot subsiste encore dans divers dialectes d'oïl (rare) sous la forme brai au sens de « terrain humide » (Piéron), jadis il existait en ancien français au sens de « boue »[14], ainsi qu'en toponymie sous la forme Bray.

L'Aubrac faisait partie du territoire du peuple celtique des Gabales et leur capitale était Anderitum (de ande « sous » ou « devant » et rito- « gué »). Au Bas Empire, la cité prend le nom du peuple civitas Gabalorum, d'où Javols par évolution phonétique, selon un processus courant dans les Gaules. Plus tard, le pagus Gabalorum donnera également son nom au Gévaudan. Il semble aussi que l'Aubrac ait abrité une localité appelée Adsilanum, village étape dans un premier temps sur la voie romaine reliant la Narbonnaise à la Gaule du nord et à l'Aquitaine. Il servit plus tard de poste frontière entre la Narbonnaise et le territoire des Arvernes.

Période médiévale[modifier | modifier le code]

Généralités[modifier | modifier le code]

Un des sommets de l'Aubrac, connu sous le nom de mont-Hélanus, est bordé par un lac, aujourd'hui appelé lac de Saint-Andéol, où, selon Grégoire de Tours les habitants se réunissaient chaque année pendant quelques jours, y faisant ripaille et jetant des offrandes au dieu du lac. Sous Charlemagne, les prêtres, toujours enclins à se reposer sur les pratiques païennes pour propager leur enseignement, perpétuèrent ce culte en substituant un saint au dieu païen. Cette pratique dura jusqu'à la fin du XIXe siècle où cette pratique fut interdite.

Le village d'Aubrac renferme les restes de l'ancienne domerie, ou hôpital d'Aubrac, créée par l'abbaye de Conques à l'instigation du Flamand Adalard entre 1108 et 1125, à son retour d'un pèlerinage à Saint-Jacques-de-Compostelle. Une fois installés dans l'abbaye, les moines reçurent en donation des seigneurs locaux de grandes étendues de terre qu'ils s'employèrent à mettre en valeur. C'est ainsi que sur les hautes terres du plateau d'Aubrac, de vastes pâturages d'estive accueillant de grands troupeaux transhumants prirent progressivement le dessus sur les anciens mas paysans. Le paysage actuel de l'Aubrac est pour une large part le résultat de l'action de ces moines.

Lieu incontournable du Camino frances et de la Via Podiensis, l'hôpital d'Aubrac fut une étape importante au Moyen Âge pour les milliers de pèlerins qui allaient vers Saint-Jacques-de-Compostelle. Le pèlerin, après avoir enduré la rudesse du plateau, se retrouvait à la domerie pour s'y restaurer et se reposer et repartait pour Saint-Côme-d'Olt en descendant cette vallée abritée et verdoyante qui mène à Saint-Chély-d'Aubrac et passait sur le Pont des pèlerins.

Article connexe : Domerie d'Aubrac.
La croix des trois évêques[modifier | modifier le code]
La croix des trois évêques.

Elle commémore un synode rapporté par Grégoire de Tours[15], tenu au VIe siècle sur l'Aubrac entre les évêques de Mende, Rodez et Clermont aux confins de leurs trois diocèses[16]. En 1238, les moines de la dômerie d'Aubrac ont construit la croix en mémoire de ce synode et l'ont placée au point de jonction des trois diocèses. Elle se trouve ainsi à la limite des trois départements de la Lozère, de l'Aveyron et du Cantal ainsi que des trois régions Languedoc-Roussillon, Midi-Pyrénées et Auvergne (44° 38′ 43″ N 2° 58′ 25″ E / 44.645273, 2.973478 (Croix des trois évêques)). La croix des trois évêques a été volée en 1990, malgré ses 300 kilos, et la croix actuelle est une copie. À son pied, figure l'indication des trois diocèses. Elle est située entre Aubrac et Laguiole.

Époque moderne[modifier | modifier le code]

La contre-révolution[modifier | modifier le code]

À l'instar d'une partie de l'ouest de la France, l'Aubrac, terre conservatrice, s'est opposée à la Révolution française en la personne de Marc Antoine Charrier, notaire à Nasbinals, qui leva à l'époque une petite armée pour lutter contre les révolutionnaires. Cette armée était composée de paysans de l'Aubrac et de la Lozère très attachés à la religion catholique et qui voyaient en la Révolution une menace. Cette insurrection populaire ne connut guère de succès militaires et ne dura que quelques mois. Marc-Antoine Charrier finit guillotiné à Rodez en août 1793.

L'exode rural au XXe siècle et les « Auvergnats de Paris »[modifier | modifier le code]

Le café de Flore à Paris

Avec l'arrivée du chemin de fer dans le Massif central vers 1880, l'exode rural, qui était resté jusqu'à cette date relativement faible, va considérablement s'intensifier. Les habitants de l'Aubrac et plus largement du nord-Aveyron (et dans une moindre mesure les habitants du Cantal et du nord de la Lozère[réf. nécessaire]) sont nombreux à émigrer à Paris. Ils échappent ainsi à une vie paysanne bien souvent miséreuse. Dans la capitale, ils se spécialisent dans le commerce du charbon puis dans celui du vin et de la limonade : les Parisiens les surnomment les bougnats. Les nouveaux venus sont aussitôt pris en charge et soutenus par ceux qui sont déjà sur place (de la famille le plus souvent). Leur acharnement au travail et leur sens de l'économie légendaire vont contribuer à leur réussite sociale. La majorité des « cafés-bois-charbons » de Paris est tenue par des Aveyronnais dès le début du XXe siècle. Certains connaîtront une réussite exceptionnelle à l'image de Marcellin Cazes (Brasserie Lipp) ou Paul Boubal (Café de Flore).

Culture et traditions[modifier | modifier le code]

Gastronomie[modifier | modifier le code]

Réjouissances sur l'Aubrac : accordéon et aligot

Le fromage de Laguiole est emblématique du patrimoine gastronomique de l'Aubrac et l'aligot en est le plat incontournable, il est de toutes les fêtes[17].

Musique traditionnelle[modifier | modifier le code]

Article connexe : Musique auvergnate.

L'Aubrac demeure une terre de folklore vivace. Les bals traditionnels dans les fêtes de village sont nombreux. On y joue de l'accordéon et de la cabrette et les danseurs interprètent une grande variété de danses : bourrée, valse, marche, etc. L'Aubrac a produit des compositeurs talentueux de musique traditionnelle ou de bal musette comme Jean Vaissade (auteur du célèbre Sombreros et mantilles), Jean Perrier ou Jean Pons. Le genre musette découle d'ailleurs de la musique auvergnate jouée au XIXe siècle dans les cafés de la capitale tenus par des Aveyronnais (ces derniers seraient donc les inventeurs de danses aussi populaires que la java[18] par exemple). Aujourd'hui, la région compte encore de nombreux musiciens (accordéonistes et cabretaires d'après l'occitan) connus localement mais aussi appréciés de la « diaspora » à Paris (amicales auvergnates).

Toutefois, le folklore de l'Aubrac n'est pas toujours festif, il peut être aussi mélancolique avec les « regrets », chants tristes, interprétés en occitan, et dont l'origine est très ancienne (certainement issus de la tradition celte). Ils sont souvent accompagnés de la seule cabrette et on les compare parfois aux ballades irlandaises. Le chant lou mazuc[19], très connu en Aubrac, peut se classer dans cette catégorie. Par ailleurs, le compositeur français Joseph Canteloube (1879-1957), passionné par le patrimoine musical de la Haute-Auvergne (Aubrac et Cantal essentiellement), a repris certains de ces chants et les a adaptés au répertoire classique et lyrique dans son recueil Chants d'Auvergne (qui contient le célèbre baïlero[20] mais aussi des adaptations étonnantes de bourrée).

Littérature[modifier | modifier le code]

Chaque année, le dernier week-end d'août, le village d'Aubrac accueille une manifestation littéraire : Les Rencontres d'Aubrac[21].

Tourisme[modifier | modifier le code]

Église de Nasbinals
  • L'Aubrac est une étape importante sur la Via Podiensis, l'un des 4 chemins qui mène à Saint-Jacques-de-Compostelle. La via podiensis (ou route du Puy) part de cette localité et passe par Conques après être passée sur l'Aubrac. Cette route coïncide avec le GR 65 et est très fréquentée par les pèlerins à la belle saison.
  • Sports d'hiver (ski alpin, ski de fond) dans plusieurs petites stations.
  • Sur une extrémité du plateau, le bourg de Laguiole est célèbre pour ses couteaux et incontournable pour se pourvoir en fromage (fourme et tome fraîche au lait cru de vache).
  • Deux églises remarquables à visiter : celle de Nasbinals, du XIIe siècle, de style roman auvergnat et celle de saint-Urcize avec son clocher à peigne et son déambulatoire unique en haute Auvergne.
  • La fête du village d'Aubrac est le 15 août. En ce lieu se trouve aussi la « maison de l'Aubrac »[22].
  • L'endroit se prête à la cueillette en pleine saison... En particulier celle du thé d'Aubrac (voir photo plus haut), consommé en tisane.
  • La région compte deux stations thermales d'importance notable: la Chaldette et Chaudes-Aigues dont les eaux, à la source du Par, atteignent la température record de 82 °C (utilisées entre autres pour le chauffage de la ville).
  • Quelques sites à visiter :
Cliquez sur une vignette pour l’agrandir

L'Aubrac vu par Julien Gracq[modifier | modifier le code]

Le plateau de l'Aubrac

« Une attraction sans violence, mais difficilement résistible me ramène d’année en année, encore et encore, vers les hautes surfaces nues, basaltes ou calcaires du centre et du sud du massif : l’Aubrac, le Cézallier, les planèzes, les causses. Tout ce qui subsiste d’intégralement exotique dans le paysage français me semble toujours se cantonner là : c’est comme un morceau de continent chauve et brusquement exondé qui ferait surface au-dessus des sempiternelles campagnes bocagères qui sont la banalité de notre terroir. Tonsures sacramentelles, austères, dans notre chevelu arborescent si continu, images d’un dépouillement presque spiritualisé du paysage, qui mêlent indissolublement, à l’usage du promeneur, sentiment d’altitude et sentiment d’élévation. »

— Julien Gracq, Aubrac

« Croix de basalte monolithiques de l’Aubrac, grossières, presque informes, à la tête et aux bras très courts, plantées de guingois sur un simple entassement de blocs de lave et qui semblent l’ébauche d’un trait d’union entre le monde mégalithique et le monde chrétien. »

— Julien Gracq, Liberté Grande, José Corti,‎ 1946

« Rarement je pense au Cézallier, à l’Aubrac, sans que s’ébauche en moi un mouvement très singulier qui donne corps à mon souvenir : sur ces hauts plateaux déployés où la pesanteur semble se réduire comme sur une mer de la lune, un vertige horizontal se déclenche en moi qui, comme l’autre à tomber, m’incite à y courir, à perte de vue, à perdre haleine. »

— Julien Gracq, Carnets du Grand Chemin, José Corti,‎ 1992

Panorama d'Aubrac à Bonnecombe

L'Aubrac au cinéma et à la télévision[modifier | modifier le code]

Galerie photos[modifier | modifier le code]

Les communes de l'Aubrac[modifier | modifier le code]

L'ensemble de ces communes totalise une superficie d'environ 1 300 km2 et c'est ce chiffre qui a été retenu dans l'infobox.

Les communes de l'Aubrac A-E Les communes de l'Aubrac F-M Les communes de l'Aubrac M-T

Note : Brameloup à Saint-Chély-d'Aubrac est une station de ski qui fonctionne comme celles de Nasbinals, Saint-Urcize et Laguiole, et leurs chalets sont ouverts en période estivale.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • Francis Nouyrigat, Fleurs et paysages d'Aubrac, Rodez, Éd. du Rouergue, coll. « Fleurs et paysages » (no 2),‎ 1998, ill. en noir et en coul., couv. ill. en coul. ; 22 cm, 285 p. (ISBN 2-84156-084-8, notice BnF no FRBNF36970437)Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Jacques Rouire et Claude Rousset (géographe), Causses, Cévennes, Aubrac, Paris, Masson, coll. « Guides géologiques régionaux »,‎ 1973, ill. ; 24 cm, 183 p. (ISBN 2-225-35-948-2, ISSN 0338-2672, notice BnF no FRBNF35388667)Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Yves Garric (photogr. André Molinier), Paroles de burons, Rodez, Fil d'Ariane éd.,‎ 2001, ill. en noir et en coul., couv. ill. en coul. ; 22 cm, 250 p. (ISBN 2-912470-23-4, notice BnF no FRBNF37696262)Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Laurent Fau (Directeur de publication), Les monts d'Aubrac au Moyen âge : genèse d'un monde agropastoral, Paris, Éd. de la Maison des sciences de l'homme, coll. « Documents d'archéologie française » (no 101),‎ 2006, ill., couv. ill. ; 30 cm, 214 p. (ISBN 978-2-7351-1117-6, ISSN 0769-010X, notice BnF no FRBNF41039796)
  • Étienne Andrieu et Claude Petit, Mémoire d'Aubrac, Rodez, Éd. Subervie,‎ 1997, ill., couv. ill. en coul. ; 20 × 25 cm, 115 p. (ISBN 2-911381-01-7, notice BnF no FRBNF36175280)
  • Rémi Bessière, Enfant de l'Aubrac : souvenirs, Nonette, CREER (Centre de réalisations, d'études et d'éditions régionales),‎ 2000, ill., couv. ill. en noir et en coul. ; 24 cm, 87 p. (ISBN 2-909797-59-7, notice BnF no FRBNF37195461)
  • Christian-Pierre Bedel (préf. Raymond Cayrel), Sant-Chèli-d'Aubrac : Condom d'Aubrac / Christian-Pierre Bedel e los estatjants del canton de Sant-Chèli, Rodez, Mission départementale de la culture, coll. « Al canton »,‎ 1998, ill., couv. ill. ; 28 cm, 238 p. (ISBN 2-907279-40-8, ISSN 1151-8375, notice BnF no FRBNF37078682)
  • Lucette Laurens, Aménagement rural et développement local en Aubrac, Montpellier, Laboratoire de géographie rurale de l'Université Paul-Valéry, coll. « Espace rural » (no 18),‎ 1988, ill., couv. ill. ; 29 cm, 94 p. (ISSN 0764-7557, notice BnF no FRBNF35003894)
  • Étienne Hamon (Rédacteur), Francis Nouyrigat (Rédacteur) et Pierre Pradel (Rédacteur, spécialiste de l'élevage) (photogr. André Kumurdjian, Émile Sudres, Paul Finet.), L'Aubrac : Association pour le développement, l'animation et la sauvegarde d'Aubrac, Millau, Éd. du Beffroi,‎ 1996, ill. en noir et en coul., couv. ill. en coul. ; 22 cm, 48 p. (ISBN 2-908123-20-7, notice BnF no FRBNF37173007)
  • Colette Gouvion et Renaud Dengreville (photogr. Renaud Dengreville), Guetteur de vie : splendeurs d'Aubrac, Rodez, Éd. du Rouergue,‎ 1995, ill. en coul., couv. ill. en coul. ; 30 cm, 281 p. (ISBN 2-84156-004-X, notice BnF no FRBNF35786736)
  • Jean Anglade (photogr. Jean-Dominique Lajoux), Drailles et burons d'Aubrac, Paris, Chêne, coll. « Terroirs »,‎ 1979, couv. ill. en coul. ; 26 cm, 65 p. (ISBN 2-85108-226-4, ISSN 0153-0682, notice BnF no FRBNF34643464)
  • Fédération française de la randonnée pédestre, Tour des monts d'Aubrac : GR de pays - topo-guide, Aumont-Aubrac, Laguiole, Saint-Chély-d'Apcher, Paris, FFRP,‎ 2000, ill. en coul., couv. ill. en coul. ; 21 cm, 80 p. (ISBN 2-85699-811-9, notice BnF no FRBNF37108785)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Selon les travaux les plus récents (Goër et al, 1991), 90 % des laves de l’Aubrac auraient été émises sur un temps très court, de l’ordre de 250 000 ans, il y a 7,5 Ma.
  2. a et b L'Aubrac, BRGM
  3. Le terme « puy » est employé ici par commodité bien qu'il ne soit pas en usage dans l'Aubrac où l'on emploie à la place le mot occitan « puech ».
  4. Le terme écir, qui est le nom d'un vent d'hiver dans le Cézallier, et vient d'un verbe occitan qui signifie « souffler », ne désigne pas, en Aubrac, de vent en particulier. En Aubrac, le vent d'ouest, qui est le plus fréquent, est appelé « la traverse », le vent du nord, « la bise » et le vent du sud, tout simplement « le vent » (lou ven en patois).
  5. Il existe cependant trois tourbières aménagées dont deux gérées conjointement par des agriculteurs et les services de l'État (ONF): la tourbière de la Vergne noire dans les bois de Laguiole et la tourbière de la Source du roc, et une autre, la tourbière des Vergnes des Mazes, gérée par la commune de Lieutadès et l'ONF (voir lien plus haut).
  6. DEVN0650433A
  7. Natura 2000 : Fiche du site FR7300871 (Plateau central de l'Aubrac aveyronnais)
  8. Natura 2000 : Fiche du site FR8301069 (AUBRAC)
  9. Natura 2000 : Fiche du site FR9101352 (PLATEAU DE L'AUBRAC)
  10. En Aubrac, le mot « montagne » a un sens bien particulier et désigne non pas une élévation mais une propriété foncière située en altitude et utilisée par les éleveurs pour faire pâturer leur troupeau à la belle saison. Le droit d'usage peut se louer (parfois fort cher) ou bien la pâture est occupée par son propriétaire. La majorité des « montagnes » dans l'Aubrac sont occupées par des éleveurs aveyronnais ce qui reflète le dynamisme de l'élevage dans la partie nord de l'Aveyron.
  11. Eric Bordessoule, Les « montagnes » du Massif central, Presses universitaires Blaise Pascal (Clermont-Ferrand), collection CERAMAC,‎ 2001 (ISBN 2-84516-166-2), p. 277
  12. Site de l'association des éleveurs du bœuf fermier de l'Aubrac
  13. Bleu des Causse - Histoire
  14. Site du cnrtl : étymologie de "brai"
  15. Grégoire de Tours, Histoire des Francs, livre X, § XI-XII, [lire en ligne (page consultée le 9 février 2014)]
  16. Christine Dieulafait et Francis Dieulafait, in Laurent Fau et al., Les monts d'Aubrac au Moyen âge : genèse d'un monde agropastoral, Paris, Éd. de la Maison des sciences de l'homme, coll. « Documents d'archéologie française » (no 101),‎ 2006, 214 p. (ISBN 978-2-7351-1117-6, ISSN 0769-010X, notice BnF no FRBNF41039796), p. 42
  17. « Des goûts et des saveurs sur le plateau de l'Aubrac », Des racines et des ailes
  18. Cela n'est évidemment qu'une hypothèse défendue par certains. D'autres pensent que la java descend d'une mazurka italienne ou encore d'une danse appelée la Chaloupeuse pratiquée au XIXe siècle dans un dancing de la rue Mouffetard. Quoi qu'il en soit, l'origine parisienne de la java ne fait aucun doute et il est tout aussi certain qu'elle était dansée, entre autres, dans les cafés aveyronnais de Paris, lesquels ont largement contribué à sa popularité.
  19. Lo Mazuc (occitan) décrit la vie simple et rude des burons d'autrefois. Ce titre se chante le plus souvent « a capella » et exclusivement en occitan. Si l'Aubrac était un pays, lo Mazuc en serait certainement l'hymne national. Le silence qui se fait autour de l'interprète de ce chant est toujours impressionnant : on touche là à l'âme de l'Aubrac.
  20. Baïlero interprété par l'artiste lyrique suédoise Anne Sofie Von Otter
  21. Le site du festival littéraire des Rencontres d'Aubrac.
  22. La maison de l'Aubrac sur le site officiel du tourisme en Aveyron.
  23. Un film tourné dans le Cantal sélectionné à Cannes (photos)