Jean-Paul Jouary

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Jean-Paul Jouary
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Philosophe occidental

Époque contemporaine

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Portrait photographique de Jean-Paul Jouary

Naissance
Nationalité
Principaux intérêts
Œuvres principales
Entrer en philo,
Rousseau, citoyen du futur,
Diderot, la vie sans dieu,
Préhistoire de la beauté,
Mandela, une philosophie en actes

Jean-Paul Jouary, né à Arzeu (Algérie) le 21 mai 1948, est un philosophe et essayiste français. Professeur de chaire supérieure, agrégé et docteur en philosophie, il a publié de nombreux livres et articles de philosophie des sciences, de philosophie politique et sur l'histoire et l'enseignement de la philosophie. Il a aussi écrit sur l'art paléolithique et sur la gastronomie. Il a été membre du Parti communiste français, qu'il a quitté à la fin des années 1990. Conseiller dans le cabinet ministériel de Charles Fiterman de 1981 à 1984 (chargé de la recherche et des déplacements des personnes handicapées) puis rédacteur en chef de l'hebdomadaire culturel Révolution de 1985 à 1995, il se consacre depuis, totalement, à ses enseignements, ses publications et aussi ses recherches, notamment comme commissaire de la salle consacrée à l'art contemporain du futur Musée international de Lascaux Montignac[1].

Biographie[modifier | modifier le code]

Enseignements[modifier | modifier le code]

Après son agrégation en 1972 à 24 ans, Jean-Paul Jouary a enseigné à Rouen, mais a aussi été chargé de cours à l'ENS de Fontenay, à l'Université Paris 1, pendant trois ans aux facultés des lettres et des sciences de Picardie, puis pendant dix-neuf ans au lycée Paul Eluard de Saint-Denis, classé en "zone sensible". Il y a initié avec plusieurs collègues une initiation à la philosophie en classes de première, conduit avec Françoise Raffin une enquête nationale INRP sur le vécu de la philosophie en terminales technologiques, coordonné pendant quatre ans une expérimentation de l'enseignement philosophique en lycées professionnels dans l'Académie de Créteil[2]. Formateur de professeurs de philosophie mais aussi de sciences, il enseigne depuis 1997 en classes préparatoires aux grandes écoles au lycée Claude-Monet de Paris. Il anime aussi périodiquement des ateliers philosophiques en école primaire. Il est titulaire des Palmes académiques.

Activités citoyennes[modifier | modifier le code]

Membre du PCF jusqu'à la fin des années 1990, il a créé l'Université nouvelle de Seine-Maritime en 1974 et le Festival de la création rouennaise[3] deux ans plus tard. Il a été conseiller dans le cabinet du Ministre des transports Charles Fiterman de 1981 à 1984, rédacteur en chef de l'hebdomadaire culturel Révolution de 1985 à 1995[4], co-fondateur du mensuel Regards, membre du conseil scientifique d'ATTAC pendant deux ans. Il n'est plus membre d'aucune organisation politique depuis près de vingt ans, mais participe à la réflexion collective sur diverses questions en débat dans la société[5] [6].

Amitiés et influences[modifier | modifier le code]

D’abord marqué par les conférences et écrits de Louis Althusser, Georges Canguilhem, Jacques Lacan et Claude Lévi-Strauss, ainsi que par les démarches de Michel Foucault et Gilles Deleuze, il s’oriente rapidement vers un travail de recherche sur le rôle des illusions et des facteurs culturels et artistiques dans la construction des connaissances théoriques. Il travaille dès le milieu des années 1970 avec Jean-Paul Dumont sur l’Antiquité, Yvon Belaval et Michèle Crampes Casnabet sur l’âge classique, avec Arnaud Spire sur l’œuvre de Marx, tous deux proches de Lucien Sève, puis avec Pierre Thuillier et Jean-Marc Lévi-Leblond sur les sciences de la nature. Il fréquente aussi des penseurs et artistes aussi divers que Louis Aragon, Jean Ristat, Patrick Besson, Georges Wolinski, Willy Ronis, Jean-Pierre Chabrol, Jean-Pierre Jouffroy, Henri Cueco, Albert Jacquard, Jean Ferrat, Daniel Bensaïd. Pour ce qui est de l’art paléolithique, il dialoguera ou liera amitié avec Emmanuel Anati, Jean Clottes, Norbert Aujoulat, Jean-Paul Coussy, Dominique Baffier, ou Denis Vialou. Il publiera de très nombreux dialogues avec des intellectuels de tous horizons et de toutes convictions.

Travaux philosophiques[modifier | modifier le code]

Sociologie des guerres[modifier | modifier le code]

Dès l’âge de 19 ans, ayant publié un article sur la sociologie des guerres dans une revue lycéenne, il est appelé par Gaston Bouthoul, fondateur de la "polémologie" à intégrer l’Institut français de polémologie et publiera de nombreuses études dans ses deux revues, sur les guerres du Péloponnèse, les guerres de Chine, l’agressivité polémologique, et déposera des mémoires de recherche sur les guerres tribales berbères par exemple. Évoluant ensuite au contact des sciences sociales modernes, il manifestera avec Gaston Bouthoul des désaccords théoriques qui conduiront à la rupture définitive.

Philosophie politique[modifier | modifier le code]

Le travail préparatoire à sa thèse de doctorat soutenue en 1980 s’accompagne de nombreuses publications de philosophie politique. Ce travail porte notamment sur l’articulation de l’efficacité idéologique des médias et du vécu quotidien (1980, avec A.Spire, B.Vasseur et G.Pélachaud), puis sur la structuration des représentations politiques avec les logiques institutionnelles (1985, avec A.Spire), en relation avec les pratiques sociales effectives, et se consacre de livre en livre à la déconstruction de toute modélisation du futur de la société (avec A.Spire, puis seul). Plaçant la réflexion sur l’espace-temps du politique au cœur de la réflexion, il en vient à explorer avec Rousseau, Marx et Foucault la distinction radicale du "gouverner" et du "diriger", ce qui conduit à placer la question de la démocratie au centre de la philosophie politique, en rupture avec le principe même de la "démocratie représentative" (1989,1994, 1997, 2003, 2007, 2012, 2014). Enfin, une réflexion sur Nelson Mandela l'a conduit à proposer l’idée philosophique d’un "au-delà du droit" (2014)[7].

Philosophie des sciences[modifier | modifier le code]

À partir de ses travaux philosophiques sur l’histoire et la philosophie des sciences, Jean-Paul Jouary a publié de nombreux travaux sur leur enseignement, au-travers de livres, d’articles, d’émissions et de conférences, mais aussi assurant pendant plus de dix années pour deux IUFM des stages pour professeurs de sciences : il s’agit d’inclure dans les cours des éléments de culture et d’histoire des sciences, propres à devancer les obstacles à l’intériorisation des démarches par les élèves habités par toutes sortes de croyances (religieuses ou non). Cette démarche se donne à la fois comme un facteur de meilleure intériorisation des démarches scientifiques, et comme une contribution à la construction de l’esprit laïque.

Enseignement de la philosophie[modifier | modifier le code]

À partir d’une méditation sur Socrate et Kant notamment, mais aussi à partir de près de quarante ans de pratiques pédagogiques à tous les niveaux, Jean-Paul Jouary a publié de nombreux travaux sur l’enseignement de la philosophie, mais aussi des sciences : critiquant toute conception de l’enseignement comme exposé des résultats du processus des connaissances, cette conception se fonde sur la nécessité de développer le sens de la question, de la contradiction et de l’obstacle, afin que tout enseignement réponde à des questions préalablement intériorisées (1989, 1994, 1999, 2002, 2004, 2008).

Réflexions sur l'art paléolithique[modifier | modifier le code]

Dès 1980, sa thèse de doctorat incluait 200 pages de réflexions sur l’art paléolithique, sur lequel il avait déjà rendu publique une intervention prononcée dans le Congrès international Hegel de Lisbonne en 1976. D’articles en conférences, cette réflexion a abouti à une série de travaux articles, de conférences et de livres (2002, 2012). Partant du principe qu’"on ne sait jamais de quoi le passé sera fait", il s’efforce de déconstruire les systèmes d’interprétation de l’art paléolithique, tout en proposant de les articuler, à partir du principe que nos ancêtres n’ont pu accéder à notre distinction du conceptuel, de la croyance et du sentiment esthétique. Il propose, pour désigner le vécu qui conduit à ces œuvres, le concept de "senti-cru-pensé". Il y a bien un art préhistorique, mais non vécu comme tel, et donc inanalysable à partir de nos distinctions conceptuelles. Du coup, c'est la genèse de ce sentiment complexe, né notamment des tâches techniques de taille des outils, qui a permis la constitution de nos diverses capacités. Ce n’est donc pas parce que nous sommes devenus humains que l’art a pu apparaître, mais parce que nous avons accédé à l’art que nous sommes devenus humains. Il participe aux côtés de son fondateur Jean-Paul Coussy aux activités d'@rpec, qui associe préhistoriens et peintres contemporains dans une commune réflexion. Jean-Paul Jouary a été chargé de concevoir la salle consacrée aux rapports entre art paléolithique et art de notre époque dans le Centre International d’Art Pariétal qui sera inauguré au printemps 2016 à Lascaux-Montignac[1].

Réflexions philosophiques diverses[modifier | modifier le code]

Jean-Paul Jouary a aussi publié un livre philosophique sur la cuisine créative de Ferran Adria[8], au terme d’échanges étalés sur plus de quinze années, et poursuit une réflexion sur l’art photographique initiée durant trente années d’amitié avec Willy Ronis.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • La Dialectique objective et son apparence métaphysique, Paris, CERM, 1977.
  • Avec Arnaud Spire, Guy Pélachaud, Bernard Vasseur, Giscard et les idées : essai sur la guerre idéologique, Paris, Éditions sociales, 1980. (ISBN 2-209-05380-3)
  • Avec Arnaud Spire, Éloge de la politique, Paris, Éditions sociales, 1981. (ISBN 2-209-05456-7)
  • Comprendre les illusions, essai philosophique, Paris, Éditions sociales, 1981. (ISBN 2-209-05411-7)
  • Avec Arnaud Spire, Invitation à la philosophie marxiste, Paris, Éditions sociales, 1983. (ISBN 2-209-05523-7)
  • Avec Arnaud Spire, Le Coup d'État continue : Mitterrand et les institutions, Paris, Éditions sociales, 1985. (ISBN 2-209-05791-4)
  • Avec Arnaud Spire, Penser les révolutions : seconde invitation à la philosophie marxiste, Paris, Éditions sociales, 1989. (ISBN 2-209-06197-0)
  • Avec Sylvestre Huet, Sciences, les Français sont-ils nuls ?, Argueil, Jonas, 1989. (ISBN 2-907-14505-3)
  • Diderot et la matière vivante, Paris, Éditions sociales, 1992. (ISBN 2-209-06653-0)
  • Diderot philosophe, Madrid, Collection de l'Institut de philosophie du CSIC, 1992.
  • Avec Arnaud Spire, Grammaire du pluralisme, entretiens avec Bernard-Henri Lévy, Régis Debray, Paul-Loup Sulitzer, et al., Paris, Éditions sociales, 1993. (ISBN 2-209-06751-0)
  • L'art de prendre son temps : essai de philosophie politique, Pantin, Le temps des cerises, 1994. (ISBN 2-84109-015-9).
  • Entrer en philo, Paris, Stock, 1994. (ISBN 2-234-04350-6) Traduit en Italie et en Corée du Sud. Version Audiolib, 2009[9]. (ISBN 2-356-41057-0)
  • Enseigner la vérité ? : essai sur les sciences et leurs représentations, Paris, Stock, 1996 (ISBN 2-234-04660-2) ; rééd. Paris ; Budapest ; Torino : L'Harmattan, 2002. (ISBN 2-7475-2615-1)
  • Avec Arnaud Spire, Servitudes et grandeurs du cynisme : de l'impossibilité des principes et de l'impossibilité de s'en passer, Saint-Laurent (Québec), Fides ; Paris, Desclée De Brouwer, 1997. (ISBN 2-7621-1942-1)
  • L'art paléolithique : réflexions philosophiques, Paris ; Budapest ; Turin, etc., L'Harmattan, « Épistémologie et philosophie des sciences », 2001. (ISBN 2-7475-1644-X)
  • Prendre la politique avec philosophie, Paris, La Dispute, 2003. (ISBN 2-84303-070-6)
  • Je vote donc je pense : la philosophie au secours de la politique, Toulouse, Éditions Milan, 2007. (ISBN 2-130-56171-3) ; rééd. Séoul, 2012.
  • Philosopher. Et si c'était facile ?, Toulouse, Éditions Milan, 2008. (ISBN 2-745-93400-7)
  • Diderot face à Galilée et Descartes, Éditions SCEREN, CNDP-CRDP, 2011. (ISBN 2-240-03221-9)
  • Ferran Adria, l'Art des Mets. Un philosophe à elBulli, Bruxelles, Les Impressions Nouvelles, coll. « Réflexions faites », 2011[8]. (ISBN 978-2-87449-122-1) rééd. Madrid, 2012; Londres, 2013; Séoul, 2014.
  • Rousseau, citoyen du futur, Le livre de poche, 2012[10]. (ISBN 2-253-08924-9) Version Audiolib[11]. (ISBN 2-356-41412-6)
  • Préhistoire de la beauté. Et l'art créa l'homme, Bruxelles, Les Impressions Nouvelles, coll. « Réflexions faites », 2012[12]. (ISBN 2-874-49151-9)
  • Diderot, la vie sans dieu, Le livre de poche, 2013[13]. (ISBN 2-253-16374-0)
  • La sagesse du chien, Théâtre, L'Harmattan, 2013[14]. (ISBN 2-343-01822-7)
  • Mandela, une philosophie en actes, Le livre de poche, 2014[7]. (ISBN 2-253-06852-7)

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]