Intermezzo (Giraudoux)

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Intermezzo est une pièce de théâtre en trois actes de Jean Giraudoux, à l'humour décalé, parue en 1933 et représentée pour la première fois le 1er mars 1933 à la Comédie des Champs-Élysées dans une mise en scène de Louis Jouvet, sur une musique de scène éponyme de Francis Poulenc.

Résumé[modifier | modifier le code]

Le personnage principal se nomme Isabelle, qui prétend pouvoir discuter avec un spectre, soupçonné par la société bourgeoise et bien pensante d'être un homme, que l'on tentera d'assassiner au second acte. Alors commence pour Isabelle un combat entre la vie, l'amour et la mort : depuis quelque temps les habitants de la petite ville, sous l'effet d'une influence inconnue, se comportent d'étrange façon ; « toute la morale bourgeoise est cul par-dessus tête ». Un spectre est d'ailleurs signalé. Les sœurs Mangebois accusent l'institutrice d'être la responsable des événements. Il est vrai que la charmante Isabelle retrouve le fantôme tous les soirs, au cours d'échanges aussi candides que métaphysiques. Spécialiste de la chasse au surnaturel et venant exprès de Limoges pour rétablir l'ordre, l'inspecteur d'Académie tend un piège au spectre... et échoue. C'est l'Amour qui réussit à désenchanter Isabelle et tout redevient normal : « L'argent va de nouveau aux riches, le bonheur aux heureux, la femme au séducteur. »

Commentaire[modifier | modifier le code]

Les historiens ne manqueront pas de rapprocher la morale selon Isabelle et la morale de Bergson ; le philosophe sera sans doute considéré comme la "source" de ces charmants propos ou "l'aspiration" remplace la "pression". Plus subtil sera l'exégète qui, allant plus loin, saura commenter les relations d'Isabelle avec le spectre en relisant les belles pages de Deux sources de la morale et de la religion sur les images grâce auxquelles la fonction fabulatrice ôte à la pensée de la mort ce qu'elle peut avoir de déprimant "Les animaux ne savent pas qu'ils doivent mourir... Mais avec l'homme apparaît la réflexion... Constatant que tout ce qui vit autour de lui finit par mourir, il est convaincu qu'il mourra lui-même...Cette conviction vient se mettre en travers du mouvement de la nature... Mais la nature se redresse aussitôt. A l'idée que la mort est inévitable elle oppose l'image d'une continuation de la vie après la mort" Dans Intermezzo, la féerie permet d'ôter l'aspect dramatique de la mort tout en conservant les notes graves qui dessinent ce que l'on pourrait appeler un problème. Intermezzo n'est pas une tragédie, c'est une promenade. Il nous est raconté une histoire dont la moralité est claire : il ne faut pas que les fantômes nous tuent avant l'heure. La poésie est dans ce monde, autre nom d'un mystérieux qui porte dans le merveilleux comme un souvenir du tragique. "Comédie sur la mort", le conte dramatique de Jean Giraudoux montre comment le sens tragique de la vie peut n'être pas perdu lorsque la vie refuse le tragique : Intermezzo ou le mystérieux sauvé par la grâce du merveilleux.

Henri Gouhier, Le théâtre et l'existence, chapitre VI : "Le Merveilleux"

Distribution[modifier | modifier le code]