Famille nombreuse

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Une famille nombreuse est un type de famille dont le nombre de membres est considéré comme élevé au regard des normes d'une société.

Le concept est difficilement définissable et varie selon le contexte sociopolitique et l'époque. D'"un couple avec trois enfants", à "un mari, trois femmes et quinze enfants", tous les seuils et toutes les estimations sont faites selon les pays considérés. Cependant, les pays ayant une politique nataliste définissent légalement le nombre d'enfants à partir duquel une famille est considérée comme nombreuse, afin de leur accorder des avantages fiscaux ou des réductions de prix.

Aujourd'hui, en France et en Belgique par exemple, à partir de trois enfants la famille est considérée comme nombreuse.

En France[modifier | modifier le code]

Longtemps la famille nombreuse semble avoir été perçue comme une assurance de prise en charge des personnes âgées ou de parents devenus dépendants par leur descendance[1].
En France, les familles nombreuses sont ou ont aussi été encouragées par diverses associations familiales[2] des politiques familiales ; aidées (moins d'impôts, réductions, droits spéciaux) ou subventionnées depuis la Révolution[3].
De l'ancien régime à la révolution industrielle, l'image de la famille est en France notamment ancrée dans une « morale familiale » (moins religieuse et plus civique après la Révolution, un devoir familial et filial et patriotique, ou fait même appel au sens du sacrifice, l'enfantement étant présenté comme un devoir civique[4], sachant que dans l'ancien régime voire plus tardivement ; dans les « bonnes » familles, deux des enfants au moins était traditionnellement réservés aux ordres militaire et religieux.

Ceci pourrait expliquer un net renforcement des politiques natalistes avant et après chaque guerre, et plus encore guerres mondiales, sous la pression notamment de mouvements familiaux ayant des racines à la fois politiques, sociales et religieuses voire militaires[5]. À ces époques, la famille nombreuse devient un enjeu politique plus marqué [6]. L'école[7] et les casernes[7], assistée de l'église se font alors le relais des propagandes pro-famille nombreuse gouvernementales et en faveur d'une démographie associée au renforcement d'une patriee ressentie comme menacée par la démographie de populations voisines ou éloignées (ex : péril jaune)[7]. De ce point de vue les révolutions contraceptives seront mal perçues par certains défenseurs du natalisme[8] ou du paternalisme (paternalisme minier et industriel notamment dans le nord de la France[9]).
La baisse volontaire de la natalité est vécue comme une menace par certains grands acteurs religieux, politiques et militaires. Ils voient là un risque de manquer de soldats (assimilés à de la « chair à canon » pour de nombreux poilus et les pacifistes de « La Der des Ders ») pour les uns et d'ouvriers ou de futurs consommateurs pour les autres, trois risques perçus comme des menaces par divers acteurs-clé des mondes capitaliste. L'industriel, le militaire et le religieux uniront leurs forces pour promouvoir l'idée du travail, de la famille nombreuse et du sacrifice pour la patrie forment une sainte, morale, civique et vertueuse alliance ;
La fécondité féminine peu à peu contrôlée par la contraception donne à la femme qui veut se libérer et s'autonomiser, un certain pouvoir. Certains sociologues comme Barbara Hobson[10] ou démographes comme Barbara Hobson[11] évoquant d'une part la notion d'une certaines résistance des femmes ou couples par la « grève des ventres »[12] ou d'un « tournant positif » (phénomène dont les causes et variations sont encore mal comprises ou très discutées[13],[14],[15] pour le monde économique, quand la participation des femmes au marché du travail devient plus forte, curieusement dans les familles où les taux de natalité étaient les plus élevés (Ahn et Mira, 2002).

Les familles nombreuses, dans certaines régions notamment (ex : Nord de la France) ont eu à certaines époques un poids important en termes de hausse de la démographie et de renouvellement des générations[16], avec parfois des nuances dues au nombre d'enfants morts avant d'avoir pu procréer, ou destinés aux ordres religieux, ou à une moindre espérance de vie en raison d'un niveau de vie réduit[17].

Première Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

L'association « La plus grande famille » fondée durant la 1re guerre mondiale par un industriel roubaisien dans un contexte de guerre et de paternalisme fut présidée par le lyonnais Auguste Isaac (président honoraire de la Chambre de commerce de Lyon). Son siège social était à Paris, dans les bureaux de la société d'économie sociale (inspirée par Pierre Guillaume Frédéric Le Play), 54, rue de Seine, alors que le secrétariat général était au no 24 de la rue du Mont-Thabor. L'association avait pour objet (art 2 de ses statuts déposés au titre de la loi 1901):

  • a) « d'étudier les droits, le rôle et les intérêts moraux et matériels des familles nombreuses »
  • b) « de susciter ou de favoriser par son adhésion, son concours et sa propagande, toutes les initiatives et tous les mouvements d'opinion destinés à revendiquer ou à développer ces droits, à défendre ou à favoriser ces intérêts » ;
  • c) « de provoquer la création ou de contribuer à la constitution de toutes œuvres ou organisations qui seraient de nature, directement ou indirectement, à venir en aide aux familles nombreuses ou à leurs membres ».

Il fallait être père d'au moins 5 enfants pour y adhérer en tant que membre actif. La plupart des adhérents étaient catholiques notoires, membre de l'aristocratie campagnarde ou de la grande bourgeoisie industrielle du nord (famille réfugiées pour cause de guerre) et de la région lyonnaise.

L'association s'est fait connaitre en 1916 par un concours (prix de 500 francs) pour récompenser les familles de 7 enfants ou plus qui comptaient « le plus grand nombre de fils actuellement sous les drapeaux ou de fils tombés au champ d'honneur » (les parents « indigents professionnels » ou suspectés d'alcoolisme étant exclus par le règlement). Louis Nicolle, pdt de la Société industrielle du Nord de la France participe à la conduite de l'association, laquelle, avec M. le marquis de Beaucour soutient la « repopulation des campagnes » et l'encouragement à adopter une vie rurale et agricole pour des familles nombreuses abandonnant l'atmosphère délétère des grandes villes.

Etienne Lamy alors secrétaire perpétuel de l'Académie française le 15 juin 1916 crée une fondation dotée de 500 000 francs confiés à l'Institut de France et produisant un revenu annuel d'environ 25 000 francs, pour aider les pères de familles pauvres mais nombreuses qui "par des privations quotidiennes et volontairement subies, perpétuent encore des foyers riches d'enfants", parce que "restaurer la fécondité de notre race est le plus essentiel intérêt de la France"(p. 127)

Anticipant sur les Coopérative de consommation, l'association envisage de créer un bureau d'achats en commun (à Paris) "destiné à centraliser la puissance d'achat des familles nombreuses", les adhérents de La plus grande famille devant "bénéficier de ristournes". L'association veut aussi clairement faire pression pour des lois avantageant les familles nombreuses ("A la journée familiale du 10 juin, lecture fut donnée d'un projet de loi qui édictait jusqu'à la confiscation de l'héritage de certaines catégories de célibataires, puis d'un autre projet de loi qui, tendant à réduire certains propriétaires récalcitrants, substituait parfois le juge de paix au propriétaire pour régler les conditions du loyer et signer le bail avec le locataire") [18]

Après la Seconde guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Le Général de Gaulle fera du repeuplement une priorité, en encourageant les naissances, et donc indirectement les familles nombreuses, au moyen des mécanismes de la politique familiale française. Ces encouragements resteront fort durant les années 1970 pour s'atténuer, sans disparaître, dans les années 1980-90[réf. nécessaire].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (fr) Rosental P.A. (2004). Familles nombreuses et familles normales : un regard historique (1900-1950), Informations sociales, 115 (3): 44-57.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Minonzio J. (2004). Les solidarités familiales dans l'espace public : émergence et controverses dans le cas de la dépendance des personnes âgées, Recherches et Prévisions, 77: 10-19.
  2. Minonzio J., Vallat J.P. (2006). L’union nationale des associations familiales (UNAF) et les politiques familiales, Revue française de science politique, 56 (2): 205-226.
  3. Louis Boucoiran, La famille nombreuse dans l'histoire de nos jours,‎ 1921, 570 p., 45-46
  4. Lenoir R. (2003). Généalogie de la morale familiale, Paris, Seuil, 587
  5. Talmy R. (1962). Histoire du mouvement familial en France (1896-1939), Paris, UNCAF, 589
  6. de Luca Barrusse V. (2008). Les familles nombreuses. Une question démographique, un enjeu politique, France (1880-1940), Rennes, PUR, 341
  7. a, b et c de Luca V. (2005). Reconquérir la France à l’idée familiale. La propagande nataliste et familiale à l’école et dans les casernes (1920-1939), Population, 60 (1-2): 13-38
  8. Leridon H. et al. (1987). La seconde révolution contraceptive. La régulation des naissances en France de 1950 à 1985, Paris, INED, 380.
  9. Frouard H. (2008). Du coron au HLM. Patronat et logement social (1894-1953), Rennes, PUR, 187.
  10. Professeure-assistante de démographie, Université de Stockholm.
  11. Professeure de sociologie, Université de Stockholm.
  12. Hobson B, Oláh L. (2006). Tournant positif ou grève des ventres ? Formes de résistance au modèle de l’homme gagne-pain et à la restructuration de l’État-providence, Recherches et Prévisions, 83 : 45-59.
  13. Engelhardt H., Kögel T. et Prskawetz A., 2004, Fertility and women’s employment reconsidered: a macrolevel time-series analysis for developed countries, 1960-2000, Population Studies, vol. 58, n° 1.
  14. Kögel T., 2004, Did the association between fertility and female employment within OECD countries really change its sign ?, Journal of Population Economics, vol. 17, n° 1.
  15. Esping-Andersen G., 1999, Social foundations of postindustrial economics, Oxford University Press.
  16. Vincent P. (1946). Le rôle des familles nombreuses dans le renouvellement des générations, Population, 1 (1): 148-154
  17. Paillat P. (1971). Influence du nombre d’enfants sur le niveau de vie de la famille : évolution en France de 1950 à 1970, Population, 26 : 13-36.
  18. Chapitre : Chronique du mouvement religieux, article signé Yves de La Brière dans la (revues Études, 5 juillet 1916, bimensuelle, fondée en 1856, par les pères de la compagnie de Jésus) ; exemplaire numérisé par Gallica/BnF)