Pierre Guillaume Frédéric Le Play

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Pierre Guillaume Frédéric Le Play

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Statue de Frédéric Le Play au Jardin du Luxembourg à Paris

Biographie
Naissance 11 avril 1806
La Rivière-Saint-Sauveur (Calvados)
Décès 5 avril 1882
Paris
Nationalité France

Frédéric Le Play (Pierre-Guillaume-Frédéric), né à La Rivière-Saint-Sauveur (Calvados) le et mort à Paris le , est un homme politique et ingénieur social français.

Biographie[modifier | modifier le code]

Le conservateur[modifier | modifier le code]

Le Play était un polytechnicien (Promotion X, 1825), ingénieur du corps des mines et sociologue paternaliste français se revendiquant de la tradition contre-révolutionnaire. Il est l'auteur d'une enquête demeurée célèbre sur les « ouvriers européens » (1855) ; il est également le fondateur de la Société internationale des études pratiques d'économie sociale et de l'Union de la paix sociale.

Sous le Second Empire, Le Play fut conseiller d'État et réalisa de nombreuses études pour le gouvernement de Napoléon III. L'empereur l'appela à sièger au Sénat du Second Empire le .

On le considère aujourd'hui comme un des précurseurs de la sociologie française. Le Play se réclame notamment du positivisme d'Auguste Comte, mais son approche est plus interventionniste et réformiste. Soucieux de la « paix sociale », l'œuvre de Le Play est empreinte d'un conservatisme et d'un paternalisme rigoureux qui portent la trace de penseurs comme Joseph de Maistre et Louis de Bonald. Grand défenseur des valeurs d'Ancien Régime (de la famille, de l'ordre social et du maintien des élites au pouvoir), Le Play est également l'un des penseurs du corporatisme moderne et un théoricien de l'économie sociale.

Dès les premières années de la Troisième République, les travaux de ce polytechnicien influencent des théoriciens du catholicisme social comme René de La Tour du Pin et Albert de Mun. Au début du XXe siècle, l'œuvre de Le Play fait l'objet d'un regain d'intérêt dans les milieux nationalistes de droite, notamment chez les militants de l'Action française tels que Charles Maurras, Louis Dimier et Frédéric Amouretti. Ces derniers se reconnaissent dans le traditionalisme et le conservatisme leplayien et le présentent comme l'un des « maîtres » de la contre-révolution.

Il s'est aussi intéressé à la forêt. Ainsi, après plus d'un siècle d'échec dans les politiques de l'état qui ont tenté de protéger ou restaurer la forêt des défrichements ou d'une surexploitation, en montagne notamment, Le Play écrivait en 1901 (?) : « La destruction des forêts de montagne, alors même qu'elle se justifie par l'intérêt du propriétaire, et un vrai désastre pour la population, le climat, le régime des eaux et l'exploitation des mines ; le mal n'a même plus de compensation quand le produit du défrichement est gaspillé avec une destination immorale » [1], et il estime que la dégradation de la stabilité de la famille dans la société montagnarde traditionnelle est une cause de destruction de la forêt et des sols. Il pense aussi qu'en restaurant la forêt, les montagnards pourraient restaurer la vie sociale de ces régions[2].

Le corporatiste[modifier | modifier le code]

L'intérêt pour le corporatisme autant dans les milieux chrétiens que fascistes donne lieu à de nombreux commentaires des travaux de Le Play durant les années 1920 et 1930. Il est définitivement considéré comme l'un des premiers théoriciens du corporatisme tel qu'il fut élaboré par les différents courants qui s'efforcent de penser un renouveau économique fondé sur la coopération des classes impliquées dans la production. Ce nouveau courant, qui se développe surtout en France et en Italie, rejette généralement le modèle paternaliste de Le Play, qui ne se distancie pas suffisamment, selon eux, de l'individualisme libéral et du collectivisme. On y trouve toutefois une apologie des élites, plus conforme à l'idée d'un gouvernement autoritaire ou dictatorial.

L'enquêteur de terrain[modifier | modifier le code]

Après la Seconde Guerre mondiale et le déclin des régimes totalitaires, l'œuvre de ce proto-sociologue tombe dans l'oubli. Redécouvert aujourd'hui pour ses travaux sociologiques, Le Play est maintenant considéré comme une figure importante dans la genèse de la sociologie française, en particulier, en tant que précurseur des enquêtes empiriques et des techniques de collecte de données.

Loin de la méthode abstraite des Libéraux, Le Play pratique la méthode concrète de l'enquête et plus précisément de la monographie.

Ses principes d'observation et de recherche comparative, ses enquêtes systématiques des milieux ouvriers pratiquées dans toute l'Europe pendant 20 ans, font de Le Play l'un des premiers sociologues de terrain.

Son œuvre fut continuée par plusieurs disciples tels Adolphe Focillon (1823-1890), Émile Cheysson (1836-1910), Alexis Delaire (1836-1915), Henri de Tourville (1842-1903), Claudio Jannet (1844-1894), Edmond Demolins (1852-1907) le belge Victor Brants (1854-1917) et le canadien français Léon Gérin qui poursuivirent ses techniques d'investigation. On redécouvre aujourd'hui les travaux de ces leplaysiens et leur influence apparaît non négligeable dans le développement des approches empiriques en sociologie (voir, par exemple, les travaux d'Emmanuel Todd, qui s'y réfère largement).

Enquêtes, rapports, études sociologiques[modifier | modifier le code]

  • Observations sur l’histoire naturelle et la richesse minérale de l’Espagne, Paris, Carilian-Goeury et V. Dalmont, 1834. Lire en ligne
  • Disposition nouvelle de tige de sonde employée en Prusse dans les forages très-profond, Paris, Carilian-Goeury et V. Dalmont, Extrait de Annales des Mines, T. XV, 1839.
  • Recherches statistiques sur la production et l’élaboration de la soie en France, Paris, Imprimerie de Bourgogne et Martinet, Extrait de l’Encyclopédie nouvelle, 1839.
  • "Vues générales sur la statistique" suivies d’un "Aperçu d’une statistique générale de la France », dans l'Encyclopédie nouvelle, Pierre Leroux et Jean Reynaud (dir.), 1840.
  • Mémoire sur la fabrication et le commerce des fers à acier dans le Nord de l’Europe et sur les questions soulevées depuis un siècle et demi par l’emploi de ces fers dans les aciéries françaises, Paris, Carilian-Goeury et V. Dalmont, 1846. Lire en ligne
  • Description des procédés métallurgiques employés dans le pays de Galles pour la fabrication du cuivre et recherches sur l’état actuel et sur l’avenir probable de la production et du commerce de ce métal, Paris, Carilian-Goeury et V. Dalmont, 1848. Lire en ligne
  • Coutellerie et outils d’acier, Paris, Imprimerie impériale, 1854.
  • Rapport sur la coutellerie et outils d’acier, fait à la commission française du jury international de l’exposition universelle de Londres, Paris, Imprimerie impériale, 1854.
  • Ouvriers européens. Études sur les travaux, la vie domestique et la condition morale des populations ouvrières de l’Europe, précédée d’un exposé de la méthode d’observations, Paris, Imprimerie impériale, 1855.
  • Paysans en communauté du Lavedan (Hautes-Pyrénées, France). Propriétaires-ouvriers dans le système du travail sans engagements, d’après les renseignements recueillis sur les lieux en août 1856 par M. F. Le Play, Paris, Société internationale, 1857.
  • Les Ouvriers des deux mondes. Charpentier de Paris (Seine, France), de la corporation des compagnons du devoir (journalier dans le système des engagements momentanés), d’après les renseignements recueillis sur les lieux en avril et mai 1856, par MM. F. Le Play et A. Focillon, t. 1, Paris, Société internationale, 1857.
  • Ferblantier, couvreur et vitrier d’Aix-les-Bains (Savoie, États sardes). Ouvrier chef de métier et subsidiairement journalier, tâcheron et ouvrier tenancier dans le système du travail sans engagements, d’après les renseignements recueillis sur les lieux, en août 1857, par M. F. Le Play, Paris, Société internationale, (Les Ouvriers des deux mondes, t. 2), 1858.
  • Conseil d’État, sections réunies des travaux publics, de l’agriculture et du commerce et de l’intérieur (M. Le Play, rapporteur). Question de la boulangerie du département de la Seine, Rapport aux sections réunies du commerce et de l’intérieur, Paris, Imprimerie impériale, [1858].
  • Conseil d’État. Sections réunies des travaux publics, de l’agriculture et du commerce et de l’intérieur. Enquête sur la boulangerie du département de la Seine, ou Recueil de dépositions concernant les méthodes du blé, de la farine et du pain faites en 1859, 1er rapport, Paris, Imprimerie impériale, 1859.
  • Conseil d’État. Sections réunies des travaux publics, de l’agriculture et du commerce et de l’intérieur, Enquête sur la boulangerie du département de la Seine, ou Recueil de dépositions concernant les méthodes du blé, de la farine et du pain faites, en 1859, Deuxième rapport aux sections réunies du commerce et de l’intérieur sur les commerces du blé, de la farine et du pain, Paris, Imprimerie impériale, 1860.
  • Conseil d’État. Sections réunies des travaux publics, de l’agriculture et du commerce et de l’intérieur. No 28385 (M. Le Play, rapporteur). Projet d’avis de la réforme de la boulangerie de Paris et des départements, Paris, Imprimerie impériale, 1862.
  • Conseil d’État. Sections réunies des travaux publics, de l’agriculture et du commerce et de l’intérieur. Question de la boulangerie de Paris et des départements (Rapport fait au Conseil d’État par M. le conseiller d’État Le Play, dans la séance du 24 octobre 1862), Paris, Imprimerie impériale, 1862.
  • Conseil d’État. Sections réunies des travaux publics, de l’agriculture et du commerce et de l’intérieur, projet de décret relatif à la boulangerie de Paris et des départements, adopté par les sections réunies, Paris, Imprimerie impériale, 1862.
  • Instruction sur la méthode d’observation dite des monographies de familles, propre à l’ouvrage intitulé Les ouvriers européens, par F. Le Play, Paris, Société d’économie sociale, 1862. Lire en ligne
  • La Réforme sociale en France déduite de l’observation comparée des peuples européens, Commissaire général aux Expositions universelles de 1855 et 1862, Paris, Henri Plon, 1864. Tome 1, Tome 2, Tome 3
  • L’Organisation du travail selon la coutume des ateliers et la loi du Décalogue. Avec un précis d’observations comparées sur la distinction du bien et du mal dans le régime du travail, les causes du mal actuel et les moyens de réforme, les objectifs et les réponses, les difficultés et les solutions, Tours, Alfred Mame et fils, 1870. Lire en ligne
  • L’Organisation de la famille selon le vrai modèle signalé par l’histoire de toutes les races et de tous les temps, Paris, Téqui, 1871.
  • Lettre à M. F. Le Play par Mgr Isoard. Réponse de M. F. Le Play, Tours, Alfred Mame et fils, 1872.
  • L’Accord des partis politiques. Lettre de M. Lucien Brun, réponse de M. F. Le Play, Tours, Alfred Mame et fils, 1874.
  • Le Principe et les moyens du salut en France. Lettre de lord Denbigh et lettre de lord Robert Montagu, avec une notice de M. F. Le Play. 2e édition, Tours, A. Mame et fils, "L’Union de la paix sociale, correspondance", 1874.
  • La Question sociale et l’Assemblée, réponse aux questions des députés membres de l’Union,Tours, A. Mame et fils, "L’Union de la paix sociale, correspondance", février 1873, [1874].
  • Prélude aux unions locales. La Bibliothèque de la paix sociale, avec des notices comprenant le précis historique des travaux accomplis, depuis 1830, par les fondateurs et le comité de cette bibliothèque, Tours, A. Mame et fils, "Les Unions de la paix sociale, correspondance", mai 1874.
  • Le Mouvement communal et municipal au moyen âge : essai sur l’origine, le développement et la chute des libertés publiques en France, par Edmond Demolins. Précédé d’une lettre de M. F. Le Play, Paris, Didier, 1875.
  • La Constitution de l’Angleterre considérée dans ses rapports avec la loi de Dieu et les coutumes de la paix sociale, précédée d’aperçus sommaires sur la nature du sol et l’histoire de la race, avec la collaboration de M. A. Delaire, Tours, Alfred Mame et fils, 1875. Lire en ligne
  • La Méthode expérimentale et la loi divine. Lettre de M. P. Prédié et réponse de M. F. Le Play, Tours, Alfred Mame et fils, "L'union de la paix sociale : correspondance", mars 1875.
  • La Paix sociale après le désastre selon la pratique des peuples prospères, réponse du 1er juin 1871 aux questions reçues par l'auteur, entre le 4 septembre 1870 et le 31 mai 1871, 2e édition, complétée par un épilogue de 1875, Tours, Alfred Mame et fils, 1876.
  • La Réforme en Europe et le salut en France. Le programme des Unions de la paix sociale, introduction de M. H. A. Munro Butler Johnstone, Tours, A. Mame et fils, "Les Unions de la paix sociale, publications du comité de la bibliothèque", [1876].
  • Ouvriers européens. Études sur les travaux, la vie domestique et la condition morale des populations ouvrières de l’Europe, précédée d’un exposé de la méthode d’observations par F. Le Play, Tours, Alfred Mame et fils, 2e éd., 1877-1879. 6 vol.
  • L’Erreur sous l’ancien régime : le retour à la vérité et la réforme, l’épilogue de 1878, Tours, Alfrd Mame et fils (69e chapitre de La Réforme sociale en France), 1878.
  • La Méthode sociale. Abrégé des Ouvriers européens. Ouvrage destiné aux classes dirigeantes qui, selon la tradition des grandes races, désirent se préparer par des voyages méthodiques, à remplir dignement les devoirs qu’impose la direction des foyers domestiques, des ateliers de travail ruraux et manufacturiers, des voisinages, du gouvernement local et des grands intérêts nationaux, Tours, Alfred Mame et fils, 1879. Lire en ligne
  • Observations sur le mouvement commercial des principales substances minérales entre la France et les puissances étrangères pendant les douze dernières années et particulièrement pendant les années 1829, 1830 et 1831, Paris, Carilian-Goeury, Extrait des Annales des mines, 1832, t. II, 1880. Lire en ligne
  • La Constitution essentielle de l’humanité. Exposé des principes et des coutumes qui créent la prospérité ou la souffrance des nations, Tours, Alfred Mame et fils, 1881. Lire en ligne
  • L’École de la paix sociale, son histoire, sa méthode et sa doctrine, Tours, Alfred Mame et fils, 1881.
  • (et Edmond Demoulins, dir.), La Réforme sociale (1re-5e année), Paris, Bureaux de la Réforme sociale, 1881-1885. 10 vol.
  • (et al.) "La Nomenclature sociale", par F. Le Play, suivi de "La science sociale est-elle une science?", par M. Henri de Tourville et "Les lois du travail", par M. Prosper Prieur, Paris, Firmin-Didot, 1887.
  • Voyages en Europe (1829-1854), Extraits de la correspondance de M. F. Le Play publiés par M. Albert Le Play, sénateur. Notice biographique, par Lefèbure de Fourcy, Paris, Librairie Plon, Nourrit et Cie, imprimeurs-éditeurs, 1899. Lire en ligne
  • L’Organisation du travail et le mouvement social contemporain, précédé d’un avant-propos sur le pape Léon XIII et la question sociale, par M. Claudio Jannet, Congrès de la Société d'économie sociale, Paris, Secrétariat de la Société d’économie sociale, 1890.
  • Économie sociale, introduction de F. Auburtin, Paris, Guillaumin, coll. "Petite bibliothèque économique française et étrangère", 1891.
  • Œuvres de F. Le Play I : Principes de paix sociale – La famille, publiés sous la direction de Jacques et René Wittmann, Paris, Éditions d’histoire et d’art, Librairie Plon, coll. "Les cahiers de l’unité française", 1941.
  • Œuvres de F. Le Play II : La réforme de la société – Le travail, publiés sous la direction de Jacques et René Wittmann, Paris, Éditions d’histoire et d’art, Librairie Plon, coll. "Les cahiers de l’unité française", 1941.

Honneurs[modifier | modifier le code]

Grand Officier de la Légion d'honneur en juin 1867.

Lors de la visite des souverains étrangers à l'Exposition Universelle de 1867, il reçut à peu près toutes les décorations de l'époque, soit 70 à 80 médailles et plaques.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Le Play (1901); La réforme Sociale en France, Tours, Mame, 1901, huitième éd. tome II, p 110
  2. Kalaora B & Savoiye A (1985), La protection des régions de montagne au 19e siècle : forestiers sociaux contre forestiers étatistes. Protection de la nature, histoire et idéologie. Harmattan, voir page 29/245 et suivantes (chapitre "Le Play et la question forestière".